Auteur(s): 

Paul Rollier, assistant professor – université de St Gallen (Suisse) & associate professor –université d'Oslo (Norvège)

Date de publication: 
Novembre 2017

Depuis une vingtaine d’années, le paysage religieux pakistanais est traversé par un mouvement social de grande ampleur autour de la question du blasphème. Dernier épisode en date, en octobre 2017 des manifestants outrés par un prétendu assouplissement des lois sur le blasphème ont obtenu la démission du Ministre de la justice, après des semaines de sit-in aux portes de la capitale. Depuis l’affaire des Versets sataniques[fn]En 1988, la sortie du roman de Salman Rushdie suscite la polémique, notamment en Inde et au Pakistan.

Carte : Peines encourues dans les pays ayant une législation contre le blasphème

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Commentaire de Valentine Zuber

Les Etats possédant une législation nationale relative aux crimes de nature religieuse (blasphème, apostasie) restent encore nombreux de par le monde. Ces législations sont soit des héritages historiques (en particulier dans les anciens Etats confessionnels), soit d’introduction récente et liées à une affirmation religieuse et identitaire dans certains pays récemment créés. Ces législations vont à l’encontre des critères internationaux des droits de l’homme en matière de droit à la liberté de religion et de conviction, qui sont à la fois libéraux et laïques. Il faut cependant distinguer différents groupes de pays en fonction des sanctions réellement encourues par les individus en raison de ces « crimes ». La plus sévère, soit la peine de mort, reste l’apanage d’un petit nombre de pays dont la religion dominante se montre fortement intolérante face au pluralisme des convictions. Dans d’autres pays – généralement monoconfessionnels, l’apostasie est plus sévèrement réprimée que le blasphème. Cela s’explique par l’adéquation faite dans ces pays entre identité religieuse et identité nationale. Enfin, dans les autres Etats concernés, ces législations héritées de l’histoire sont généralement en déshérence ; les restrictions à la liberté d’expression qu’elles prévoient sont très rarement mises en application de nos jours.

Retour en haut de page