"On ne peut pas détourner le regard"

"On ne peut pas détourner le regard"

Entretien avec le Professeur Clément Bergère-Mestrinaro
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Rencontre avec Clément Bergère-Mestrinaro, Professeur affilié à l'École de droit de Sciences Po.

Quel a été votre parcours ?

Après des études secondaires en province, j'ai été admis à Sciences Po au sein du cursus Sciences et Sciences sociales qui venait d'ouvrir en partenariat avec l'Université Pierre et Marie Curie (Paris 6). Durant la période du collège universitaire, j'ai donc alterné les cours habituels de Sciences Po et les cours de sciences dures ; une expérience très stimulante !

Ma licence de chimie obtenue, j'ai abandonné les sciences pour me consacrer au droit au sein du master Carrières juridiques et judiciaires que j'ai obtenu en 2010. Reçu à l' École Nationale de la Magistrature (ENM) à l'issue du master, j'en suis sorti major en septembre 2013 pour rejoindre le tribunal d'instance de Fontainebleau.

En 2017, j'ai été nommé au tribunal judiciaire de Paris et affecté à la première chambre civile dans laquelle je traite principalement de la responsabilité de l'État pour les dysfonctionnements de la justice et de la responsabilité civile des professions du droit.

Quelles ont été vos motivations pour devenir magistrat ?

C'est un projet ancien, largement nourri par une magistrate de mon entourage. Ce métier m'est toujours apparu comme particulièrement varié et avec une forte dimension humaine. Le juge est au croisement entre la beauté du monde du droit, avec ses règles subtiles, pensées et exigences et la réalité de la société avec ses difficultés, ses incohérences et, évidemment, le facteur humain. Enfin, que le magistrat soit au siège ou au parquet, son quotidien est rempli de prises de décisions avec des conséquences souvent considérables : cette responsabilité est un facteur de motivation.

Quels sont vos défis au quotidien ?

Les fonctions de magistrat sont exigeantes en ce sens qu'elles exigent une permanente adaptation : le droit est vaste et changeant. Il faut à la fois le maîtriser, savoir l'appliquer et, surtout, pouvoir l'expliquer aux justiciables. A cet égard, les activités d'enseignement sont un formidable complément. La dimension humaine est aussi très intense car le juge est obligé de se confronter, sans filtre, à des réalités sociales parfois très dures. On ne peut pas détourner le regard.

Vous enseignez dans notre École depuis maintenant plusieurs années : pouvez-vous revenir sur les différentes missions que vous y exercez ?

J'ai eu la chance de rejoindre l'École de droit de Sciences Po en tant qu'enseignant dès 2013 et de redonner ainsi un peu à mon Alma Mater. J'ai enseigné le droit pénal en master Carrières juridiques et judiciaires et, parallèlement, le droit civil en classe préparatoire au concours de l'ENM.

Je me concentre désormais sur la classe préparatoire et son ambiance très concentrée et très stimulante. Outre la coordination et l'enseignement du droit civil, je participe à la vie du master Carrières juridiques et judiciaires en participant au recrutement des étudiants et au grand oral de diplôme.

Enfin, je suis à la disposition de l'équipe de l'École de droit pour participer et contribuer aux différents événements organisés par Sciences Po et pour lesquels je peux apporter mon aide.

Si vous aviez un seul conseil à donner à nos étudiants, lequel serait-ce ?

Faire preuve d'audace, intellectuellement et professionnellement ! Une société a toujours besoin de gens qui osent.

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