Les marches de la mort nazies, 1944-1945

Date: 
15 Février, 2016
Auteur: 
Blatman Daniel

Cet article a été publié avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah

Article traduit de l'anglais par Odile Demange

Introduction

Les chercheurs qui veulent comprendre les origines et l’évolution du génocide nazi se heurtent à de nombreuses difficultés, surtout quand ils s’intéressent à ses dernières phases. Une grande incertitude entoure en effet la période concentrée de violence meurtrière qui caractérisa la fin de la guerre, pendant laquelle des centaines de milliers de prisonniers furent évacués de milliers de camps de concentration et d’autres lieux de détention et de travail situés le long des voies de retraite d’un Reich en pleine déliquescence. Selon les documents nazis, 714 000 détenus dépérissaient dans les camps de concentration en janvier 1945. Cependant, ces chiffres ne tiennent pas compte du nombre inconnu de détenus et de travailleurs forcés retenus dans d’autres composantes du système de répression nazi, notamment dans des entreprises privées, ni du nombre de prisonniers de guerre et d’autres individus détenus dans des camps extérieurs au système concentrationnaire proprement dit. Les occupants de ce sinistre réseau étaient répartis entre plusieurs centaines de camps, de toutes dimensions, couvrant le territoire de l’empire nazi du Rhin aux berges de la Vistule, et des rives de la Baltique au Danube. Si l’on trouvait parmi eux des représentants de presque toutes les nationalités européennes, ils partageaient cependant une histoire commune, étant arrivés dans leurs camps respectifs dans un contexte de persécutions raciales, politiques, religieuses ou sociales. Quatre mois plus tard, une fois le tumulte de la guerre apaisé en Europe, et le Troisième Reich définitivement banni de la scène internationale, au moins 250 000 de ces prisonniers n’étaient plus de ce monde, et bien d’autres se trouvaient en si piteux état qu’ils ne survivraient pas longtemps à leur libération. Cette dernière phase de la guerre fut donc d’une brutalité particulièrement meurtrière, même selon les critères impitoyables du génocide nazi.


Dans les derniers mois du conflit, plus personne n’ignorait la réalité du génocide nazi. Néanmoins, sa phase finale – entre l’été 1944 et la capitulation allemande en mai 1945 – ne rencontra pas beaucoup d’échos dans la presse du monde libre. La presse hébraïque de Palestine ne lui accorda pas grande attention, tandis que les journaux britanniques et américains ne se passionnaient guère, eux non plus, pour les camps de concentration, et moins encore pour l’évacuation et l’assassinat de prisonniers durant cette période. Les allusions des médias à l’évacuation de prisonniers détenus par les Allemands dans des camps de l’Est concernaient presque exclusivement les prisonniers de guerre alliés, dont le sort inspirait beaucoup plus de compassion que celui des détenus de l’univers concentrationnaire1.  Il fallut attendre le mois d’avril 1945 pour que se multiplient les récits sur ce qui s’était passé dans les camps de concentration avant leur libération, grâce surtout à l’arrivée des troupes américaines dans les camps et à la découverte des atrocités qui avaient précédé leur évacuation. Les images d’amas de cadavres criblés de balles, incinérés et difformes, et celles des squelettes vivants qui avaient survécu, s’imposèrent alors dans la presse américaine et aux regards du public2.  Ce flot d’informations, cependant, ne s’accompagna pas forcément d’une meilleure connaissance de la période des marches de la mort. De fait, cette expression est totalement absente des journaux. La révélation des horreurs, et notamment les récits de première main de prisonniers libérés, permirent à l’opinion publique occidentale de se convaincre du caractère effroyable du nazisme plus qu’elle ne contribua à une juste compréhension des paroxysmes ultimes du génocide nazi au moment où la guerre approcha de son terme.

Les allusions aux derniers mois du conflit et aux évacuations lors des procès de Nuremberg ne firent pas grand-chose non plus pour améliorer la prise de conscience générale de ce qui s’était passé à l’époque des marches de la mort ni de l’ampleur colossale des meurtres qui accompagnèrent celles-ci. La question de l’évacuation des camps de concentration se posa essentiellement lors du procès d’Ernst Kaltenbrunner, successeur d’Heydrich à la tête de l’Office central de la Sécurité du Reich (Reichssicherheitshauptamt – RSHA). L’ensemble du débat porta cependant sur des points relatifs à l’administration et au commandement, le tribunal cherchant à établir qui était responsable des ordres et des décisions appliquées durant la période d’évacuation des camps, et qui avait planifié l’assassinat des prisonniers de plusieurs camps à l’aide d’explosifs, de poison ou d’attaques aériennes avant l’arrivée des forces de libération. En 1946, alors que les forces d’occupation alliées engageaient une série de procédures judiciaires contre des criminels de guerre employés dans le réseau des camps de concentration, on a eu tendance à traiter les marches de la mort comme une période isolée du génocide nazi. Quand il a été question des évacuations, l’accusation s’est essentiellement interrogée sur la responsabilité de l’apparition d’une situation de désordre total, qui avait entraîné la mort de milliers de détenus des camps. Les accusés en rejetaient évidemment la faute sur les échelons supérieurs de la hiérarchie, surtout quand un commandant de camp se trouvait parmi eux.

La masse dérisoire d’études consacrées à la période des marches de la mort dans l’historiographie du génocide nazi laisse perplexe au vu de l’abondance de témoignages de survivants et d’autres documents d’archives à la disposition des chercheurs. Raul Hilberg ne consacre que quelques pages aux évacuations, se concentrant sur celle d’Auschwitz qui commença à l’automne de 1944 et s’acheva par le départ des Allemands du camp en janvier 1945 et la répartition des prisonniers survivants entre plusieurs autres camps situés en territoire allemand. Le sous-chapitre qui retrace cette histoire, intitulé « La liquidation des centres de mise à mort et la fin du processus de la destruction3 » , est caractéristique de l’approche des assassinats commis pendant les derniers mois de la guerre qui a dominé pendant des années. Quand les grands centres d’extermination de l’Est furent évacués et détruits, l’appareil de meurtre qui avait caractérisé la Solution finale se trouva éradiqué du même coup, mettant fin à cette méthode particulière de génocide. C’est pourquoi la période meurtrière qui précéda immédiatement la libération obéissait à une logique différente de celle des principes de base généraux du génocide nazi au point culminant de son activité. Leni Yahil traite plus longuement de la période des marches de la mort, notant la remarquable augmentation du nombre de détenus des camps pendant la dernière année de guerre en raison des nécessités de l’économie de guerre, un phénomène qui entraîna une concentration massive d’individus uniformément considérés comme des ennemis du Reich. Elle résume son exposé sur les marches de la mort en imputant la brutalité singulière de cette période à l’effort ultime d’un régime déliquescent pour régler ses comptes avec ses victimes et se venger de sa défaite imminente4.  L’ouvrage que Saul Friedländer a consacré aux années d’extermination ne contient que quelques pages sur les derniers mois du génocide, relevant le chaos qui domina cette période et imputant le nombre considérable de morts qui accompagna les évacuations au fait qu’à cette époque, personne n’était plus véritablement responsable de ce qui se passait5.  Gerald Reitlinger parvient à la même conclusion dans son ouvrage révolutionnaire sur la destruction des juifs d’Europe6.

On pourrait avancer une explication de la tendance à subsumer la période des marches de la mort dans le récit plus global de l’effondrement apocalyptique du Troisième Reich. Un grand nombre de monographies sur l’histoire du génocide nazi font en effet du chaos ambiant le principal facteur explicatif des événements des derniers mois. Les installations d’extermination avaient été mises hors service, les administrations chargées du meurtre s’étaient délitées et les principaux responsables de la police de sécurité, le SD, et des camps d’extermination n’étaient plus à leurs postes. Pendant des années, on a donc continué à considérer les marches de la mort comme emblématiques de l’ère crépusculaire du Troisième Reich qui s’enfonçait vers l’abîme ultime dans la violence, les flammes et le sang.

D’autres explications avancées essentiellement par des chercheurs israéliens se sont efforcées d’établir un lien entre cette ère de sauvagerie et les phases de la Solution finale antérieures à 19447.  Au milieu des années 1990, cependant, Daniel Jonah Goldhagen a présenté l’analyse la plus controversée des marches de la mort dans le contexte de la politique de la Solution finale. L’ouvrage très discuté de Goldhagen consacre deux chapitres aux marches de la mort, qu’il considère comme un élément dans l’éventail de techniques d’assassinat employées par les nazis pour appliquer la Solution finale8.  Selon Goldhagen, les marches de la mort avaient fait partie des techniques habituelles des nazis pour exterminer les juifs dès les toutes premières phases de l’occupation de la Pologne, et avaient été pratiquées au cours de trois périodes bien précises.

Il se trouve que les chapitres de l’ouvrage de Goldhagen relatifs aux marches de la mort font partie de ceux qui ont suscité les plus vifs débats. Son exposé sur plusieurs marches de la mort, et sur l’une, notamment, qui mettait en scène des détenues juives du camp de Helmbrechts, met fortement l’accent sur la férocité constante et sinistre de ceux qui escortaient les convois9.  Il résume ainsi ses conclusions sur la période de marches de la mort :

Ces gardiens allemands […] ces Allemands ordinaires, savaient tous qu’ils continuaient le travail commencé (et déjà largement accompli) dans le système des camps et dans les autres institutions vouées au meurtre : exterminer les juifs jusqu’au dernier10.


Les conclusions du tribunal allemand sur cette marche de la mort mettent en évidence la principale faiblesse des affirmations de Goldhagen, à savoir que les dernières victimes du génocide nazi n’étaient pas forcément identifiées comme juives par leurs assassins : 

L’objectif de l’évacuation était ignoré [des prisonniers] ainsi que des membres du groupe chargé de les garder, exception faite de l’accusé. Ce dernier ne considérait pas seulement les prisonniers comme des ennemis de l’État, des saboteurs, des destructeurs du peuple [allemand], des asociaux et des criminels, mais voyait en eux des créatures dont l’humanité pouvait à peine être envisagée. En vertu de quoi, qu’une affaire concernât des juives ou des non juives, des Polonais, des Tchèques, des Russes, des Hongrois, des Français, des Hollandais ou des membres d’autres nations, c’était tout un pour lui11.

À cette époque, la population de détenus des camps était d’une grande diversité et d’une extrême hétérogénéité, conséquence des circonstances particulières qui avaient prévalu pendant les dernières années de guerre, durant lesquelles les juifs ne représentaient qu’un groupe important parmi d’autres. Aussi est-il hasardeux de ne voir dans la période des marches de la mort que le prolongement de l’infrastructure idéologique ayant conduit à la Solution finale. Mais il est tout aussi périlleux de ne voir en elles que la prolongation du système des camps de concentration. Bien que les victimes des évacuations et des marches de la mort aient été des détenus, la brutalité des marches elles-mêmes dépassait les limites habituelles de la terreur pratiquée dans les camps où, jusqu’à cette date, ces prisonniers avaient vécu. De fait, le sort des prisonniers évacués pendant les marches de la mort – comment ils ont fait face à cette situation nouvelle et comment ils ont lutté pour survivre – doit donner lieu à des récits distincts de ceux qui concernent leur internement dans les camps.

Bien que les acteurs des marches de la mort aient été des prisonniers et des gardiens de camps de concentration, le théâtre de la violence et du meurtre s’était déplacé, tout comme avaient changé la nature et les objectifs de la tactique de terreur employée. Les marches de la mort doivent être essentiellement conçues comme la phase terminale du génocide nazi et, partant, comme un ensemble d’opérations menées contre différents groupes de victimes définies par les tueurs en fonction de certaines caractéristiques, victimes qui ont été exterminées en différents lieux et à différents moments. Cette perspective exige à son tour que l’on comprenne bien le processus de prise de décision entourant les assassinats, ainsi que les motivations des coupables et les identités collectives des victimes.

Les décisionnaires

Les premières études universitaires sur les camps de concentration remontent au milieu des années 1960. Elles s’intéressaient principalement à la question de la responsabilité d’Himmler et de ses subordonnés dans l’élaboration du processus d’évacuation des camps et dans les meurtres qui l’ont accompagné. Pour Martin Broszat, l’ordre d’Himmler de ne laisser aucun prisonnier tomber vivant entre les mains de l’ennemi a été la cause majeure de l’évacuation désordonnée et meurtrière qui a scellé le sort de plusieurs centaines de milliers de détenus12

Himmler a donné un premier ordre le 17 juin 1944 depuis le bureau de Richard Glücks, inspecteur général des camps de concentration au WVHA (SS-Wirtschafts- und Verwaltungshauptamt, Office Central SS pour l’économie et l’administration). Cet ordre prévoyait qu’en cas d’urgence, le HSSPF (Höherer SS-und Polizeiführer, commandant supérieur de la SS et de la police de district) disposait des pleins pouvoirs pour décider du sort des camps relevant de sa compétence, assumant ainsi la responsabilité de la sécurité militaire du district13.  Cet ordre fut donné au beau milieu des débarquements en France et de l’offensive d’été massive de l’Armée rouge en direction des États baltes et de la Pologne. Ces événements incitèrent Himmler à ordonner l’évacuation de plusieurs camps situés dans les régions de Kovno et Riga. Les préparatifs d’évacuation de l’immense camp de concentration de Majdanek à proximité de Lublin avaient commencé dès le mois de mars 194414.  Une fois qu’Himmler eut décidé quels fonctionnaires seraient chargés de son application, l’ordre prit effet dans un cadre défini par les responsables présents sur le terrain, parmi lesquels le HSSPF, le Gauleiter et son personnel, et le commandement des camps. Le pouvoir de décision fut ainsi délégué à des acteurs locaux, chargés de choisir le moment opportun pour procéder aux évacuations et d’affecter les ressources nécessaires aux camps relevant de leur autorité15.

Lors de son procès, Oswald Pohl, responsable des camps en tant que directeur du WVHA, affirma que les consignes données au début de l’été 1944 concernant l’évacuation des camps et le transfert des pouvoirs exécutifs aux HSSPF locaux répondaient à des motifs opérationnels et ne reflétaient aucune évolution de la position officielle à l’égard des prisonniers. Comme il l’a fait valoir, il était difficile de maintenir des communications régulières et de préserver la logistique complexe de la gestion et du ravitaillement de plusieurs centaines de camps situés dans les lointaines régions de l’Est depuis les bureaux de l’IKL (l’Inspection des camps de concentration) situés à Oranienburg, en raison, tout particulièrement, de la situation qui régnait sur le front et de la désorganisation des lignes de ravitaillement et de communications16.  Dans le courant de l’été et de l’automne 1944, l’évacuation de prisonniers des camps de l’Est en direction des camps de concentration et des centres industriels situés en Allemagne s’accéléra, mais resta relativement organisée. Le transfert de prisonniers d’Auschwitz vers des camps situés en territoire allemand illustre bien le déroulement de cette phase d’évacuation. À la mi-juillet 1944, 92 208 prisonniers étaient détenus dans les trois camps principaux d’Auschwitz. Au moment de l’évacuation finale le 17 janvier 1945, ils étaient encore 67 00017.  D’autres évacuations de camps éloignés qui risquaient de tomber entre les mains de l’ennemi se produisirent durant l’été et le début de l’automne 1944 à Majdanek, dans des camps de travail des États baltes et au camp de concentration de Natzweiler-Struthof en Alsace18.  Bien que ces évacuations aient été accompagnées d’épreuves, de souffrances et de mauvais traitements évidents, elles ne se caractérisèrent pas par la brutalité endémique associée aux marches de la mort ultérieures. Aussi est-il difficile d’en faire un élément du chapitre final du génocide nazi.

Au printemps 1945, cependant, des évacuations de camps et des marches forcées se produisaient en territoire allemand proprement dit. À cette date, les évacués furent obligés de passer au cœur même de la population allemande et de pénétrer dans une réalité où les systèmes de gouvernement officiels avaient cessé de fonctionner. De toute évidence, cependant, l’ordre donné par Himmler en juin 1944, complété par des directives supplémentaires, continuait à servir de fondement aux décisions concernant les évacuations des camps. Interrogé après la guerre, Max Pauly, commandant de Neuengamme, déclara avoir rencontré en avril 1945 le HSSPF de Hambourg pour une dernière discussion consacrée à des sujets tels que l’évacuation définitive du camp et le sort à réserver aux prisonniers qu’il était impossible d’évacuer19.  En avril 1945, Pauly déclara que la situation était telle qu’il ne savait plus quoi faire des prisonniers. Le commandant de Buchenwald, Hermann Pister, prit plusieurs décisions contradictoires entre le 2 et le 7 avril 1945, envisageant ainsi successivement de laisser le camp intact et de le remettre aux Américains, ou d’en évacuer tous les prisonniers, certains d’entre eux, ou exclusivement les juifs20.  L’incertitude était la même dans presque tous les autres camps, différents responsables donnant des directives confuses. Au début de 1945, le commandant de Ravensbrück, Fritz Suhren, reçut lui aussi de Richard Glücks ou du HSSPF des ordres plutôt vagues concernant l’évacuation des prisonniers des camps satellites dont il était responsable, qui ne précisaient ni ce qu’il devait en faire ni le lieu où il était censé les envoyer21.  La plupart des commandants de camps n’avaient pas très envie de prendre l’initiative de décider du sort des prisonniers, préférant attendre le dernier moment pour essayer de comprendre la teneur exacte de l’ordre qu’on leur avait transmis, déterminer si le fonctionnaire qui l’avait émis était habilité à le faire et s’ils étaient en mesure de l’appliquer. La question de la source de l’autorité demeura ambiguë jusqu’à la fin de la guerre.

Après la libération de Buchenwald le 11 avril 1945, des rumeurs prétendirent que des prisonniers libérés maraudaient dans la ville voisine de Weimar, où ils auraient attaqué des civils. À la suite de quoi, Himmler publia son célèbre ordre affirmant qu’en aucune circonstance, les prisonniers ne devaient tomber vivants entre les mains de l’ennemi22.  Cet ordre, diffusé dans un contexte d’effondrement total du système, de défaite militaire généralisée et de retraite chaotique, ne fit qu’amplifier la dynamique meurtrière. La justification sur laquelle reposaient les décisions contradictoires et changeantes était devenue incompréhensible. Fallait-il liquider les prisonniers pour éviter qu’ils ne tombent aux mains de l’ennemi ? Devait-on les transférer vers d’autres camps pour qu’ils continuent à travailler ? Fallait-il se préoccuper des prisonniers juifs ? Les solutions concrètes qui furent choisies n’avaient rien d’exceptionnel dans le cadre du système bureaucratique nazi. La voie sinueuse du Führerbefehl, l’« ordre du Führer », était déjà familière dans l’ensemble du Reich, ayant été employée en d’autres temps et dans d’autres situations difficiles. Informés de l’existence d’une directive générale, qui leur interdisait de laisser derrière eux des détenus et des prisonniers de guerre, les hauts responsables SS ont très bien pu y voir l’ordre d’exécuter ceux-ci en cas de risque avéré qu’ils tombent aux mains de l’ennemi. Le chef du RSHA, Ernst Kaltenbrunner, déclara lors de son procès qu’il ignorait tout d’un ordre explicite d’Hitler concernant l’assassinat des prisonniers des camps, ajoutant qu’en tout état de cause, la personne habilitée à donner de tels ordres était Himmler23.  Nous ne disposons en tout cas d’aucune preuve de l’existence d’une directive explicite et générale ordonnant d’assassiner les prisonniers des camps dans l’éventualité où un camp ne pourrait pas être évacué. Sur place, le massacre est né de la conjugaison d’instructions données à l’échelon local par différents fonctionnaires. Joachim Neander désigne ces instructions sous le nom d’« ordres locaux d’extermination » (locale Vernichtungsbefehle), autrement dit d’ordres donnés par des commandants locaux de rang inférieur en présence de besoins ou de difficultés spécifiques24.  Grâce au vaste mandat ainsi confié à des fonctionnaires subalternes, la décision d’éliminer les prisonniers fut transférée aux individus qui se trouvaient à leur contact direct, autrement dit aux gardiens des camps et aux membres du personnel qui les escortèrent sur les chemins de l’évacuation. C’est là que se joua le sort des prisonniers.

Les assassins sur place

La période des marches de la mort est devenue une partie intégrante du récit global de l’effondrement apocalyptique du Troisième Reich. On a vu que certains ouvrages donnent ce chaos comme principale explication de l’atmosphère qui régna dans les derniers mois du Reich25.  Durant cette période de massacres désorganisés, les installations d’extermination avaient été mises hors service, l’administration habituellement chargée des assassinats s’était désintégrée et les hauts responsables de la police de sécurité, le SD, et des camps d’extermination – dont les opérations de meurtre étaient la principale occupation – n’étaient plus à leur poste. Les marches de la mort restèrent des événements caractéristiques du crépuscule du Troisième Reich, qui agonisait dans la violence, le feu et le sang.

Aussitôt que les colonnes de prisonniers se mirent en route vers la destination choisie, les évacuations tournèrent à l’hécatombe. Dès leur sortie du camp, les prisonniers étaient entièrement soumis à l’arbitraire des gardiens et des détachements chargés de les escorter, lesquels pouvaient décider librement de leur sort. En janvier 1945, à la veille des évacuations massives des camps de l’est, 37 674 hommes et 3 508 femmes étaient employés dans l’ensemble des camps. Environ 80 à 90 % d’entre eux étaient des gardiens (Wachmannschaften) qui ne travaillaient pas dans les services « professionnels » chargés de la tenue des dossiers, de l’administration et de la vie du camp. Ceux-ci comprenaient également les services techniques, les services de bureaux, les services médicaux et la division politique (politische Abteilung) placée sous l’autorité de la Gestapo26.  La plupart de ces gens étaient arrivés dans les camps à un moment où le système s’était considérablement développé, une période qui avait commencé en 1943 avec la création de plusieurs centaines de camps satellites et l’essor des programmes de travail forcé. Le 9 mai 1944, Hitler publia un ordre permettant à Himmler de mobiliser des anciens combattants approchant ou même ayant dépassé les 40 ans – nés en 1906 ou auparavant – comme personnel des camps de concentration. À la suite de cette directive, après le milieu de l’année 1944, environ 10 000 soldats de la Wehrmacht de retour de Crimée ainsi que des soldats des équipes de défense antiaérienne, d’unités techniques non combattantes de la Luftwaffe et même de la Marine furent redéployés pour travailler dans les camps satellites des camps de concentration27.  Au cours de cette dernière phase, des Allemands de souche (Volksdeutsche) et des groupes d’Ukrainiens, de Lettons, de Lituaniens et de membres de quelques autres nationalités, furent également appelés à travailler dans les camps.

Les récits transmis après la guerre par ceux qui furent chargés d’escorter les convois révèlent clairement qu’ils avaient été livrés à leur sort en compagnie de groupes de prisonniers épuisés qui entravaient leur marche, alors qu’ils cherchaient à fuir le plus rapidement possible les troupes ennemies qui menaçaient de les rejoindre. Entre janvier 1945 et la fin de la guerre, des dizaines de milliers de détenus furent obligés dans certains cas de couvrir des distances de plusieurs centaines de kilomètres, tandis que ceux qui les escortaient devaient leur trouver un hébergement de nuit, tout en faisant face aux aléas météorologiques et aux incessantes tentatives d’évasion. Les gardiens et les membres des escortes se plaignaient souvent d’avoir été abandonnés avec leurs prisonniers et d’avoir dû se débrouiller par leurs propres moyens dans des conditions effroyables. Il n’était pas rare qu’en rejoignant les lignes de chemin de fer où ils étaient censés monter dans des trains pour poursuivre leur voyage d’évacuation, les gardiens et les prisonniers découvrent que les convois avaient du retard ou avaient été réquisitionnés par l’armée, ce qui les obligeait à poursuivre à pied leur périple désormais sans but. Aussi, il n’est pas surprenant que les escortes aient pris l’habitude d’éliminer purement et simplement les prisonniers qui avaient du mal à marcher ou étaient soupçonnés de chercher à s’évader ou à créer des problèmes. Lorsque s’aggravèrent les épreuves de l’évacuation ainsi que le risque de se faire prendre en même temps que les prisonniers, il ne fut plus suffisant de se débarrasser des traînards ou des prisonniers qui cherchaient à fuir. Dans bien des cas, les gardiens prirent l’initiative d’éliminer d’importants groupes d’évacués. La gâchette facile était une manifestation évidente d’exaspération, et exprimait le désir d’éliminer tout ce qui pouvait empêcher les gardiens et les escortes de prendre la tangente le plus rapidement possible, de crainte d’être eux-mêmes faits prisonniers. Un autre groupe d’assassins dont le parcours professionnel n’avait pas grand-chose à voir avec la liquidation systématique des ennemis politiques ou raciaux du Reich, mais qui se livrèrent néanmoins à des meurtres de grande ampleur pendant la période des marches de la mort, était celui des membres du Volkssturm, la milice populaire du parti formée d’hommes plus âgés, inaptes au service militaire ordinaire, créée à l’automne 1944. Le Volkssturm se vit confier la tâche impossible d’essayer d’endiguer localement la progression des armées alliées28.

Un des massacres les plus effroyables dans lesquels furent impliqués des membres du Volkssturm se produisit durant l’évacuation de prisonniers juifs hongrois d’un camp situé sur la frontière austro-hongroise, près de la ville d’Eisenerz. Un contingent de 6 000 à 8 000 détenus partit de Graz le 4 avril 1945, traversant la région le 7 avril. Ils formaient trois colonnes surveillées par des membres du Volkssturm et de la Gestapo, auxquels s’ajoutaient quelques soldats ukrainiens de la Waffen-SS. En raison du nombre limité de gardiens, il fallut mobiliser des unités locales du Volkssturm tout le long de la route d’évacuation29.  Cette lente procession passa par le Präbichl, un col des Alpes proche d’Eisenerz qui débouchait du côté de Hieflau. La décision d’assassiner les juifs que l’on conduisait vers Mauthausen fut apparemment prise par Otto Christandl, Kreisleiter du district de Leoben, et fut appliquée par des hommes d’une unité du Volkssturm d’Eisenerz. Leurs victimes furent quelque 250 prisonniers juifs30.

Il peut être utile de rappeler que ces tueurs opéraient dans un contexte bien particulier. Il s’agissait de civils, mobilisés pour assurer des missions de sécurité à proximité de chez eux. Ils avaient été dans l’incapacité d’apporter une contribution significative à l’effort de guerre contre les Alliés et, à leurs yeux, les véritables ennemis, qu’ils considéraient comme une menace vitale, étaient les prisonniers des camps de concentration qui circulaient dans leur voisinage. La presse locale regorgeait de récits et de rumeurs de viols et de pillages commis par des détenus évadés des convois d’évacuation et de mises en garde sinistres contre toute velléité de leur proposer un moyen de transport31.  Pendant les dernières semaines de guerre, des on-dit destinés à attiser ces craintes trouvèrent une oreille complaisante auprès d’un public avide d’informations auxquelles s’accrocher, alors que tout le système officiel s’effondrait. Ces rumeurs étaient noyées dans un épais brouillard d’imprécisions concernant l’identité concrète de ces gens étranges, répugnants, que les habitants voyaient passer devant leurs seuils. C’est l’une des conséquences courantes d’un ordre social précaire, vulnérable ou contesté. Les guerres, les épidémies, les émeutes et les perturbations de toute sorte de l’ordre habituel sont pernicieuses par nature et transforment les rumeurs en dangereux déclencheurs de violence32.  La société allemande se trouvait exactement dans cet état au cours de ces semaines ; cette situation étaya l’infrastructure sociale qui incita un aussi grand nombre d’individus à rejoindre le groupe de meurtriers de prisonniers de camps de concentration en cette période de marches de la mort. Cette infrastructure singulière favorable aux meurtres n’aurait cependant pas pu exister en l’absence de consensus social général sur l’identité des victimes.

L’élément idéologique

Un consensus raciste à fondement idéologique et la pratique de déshumanisation des prisonniers jouèrent un rôle majeur dans l’attitude des tueurs à l’égard de ceux qui leur avaient été confiés. D’innombrables exemples illustrent cette disposition à l’égard des victimes des marches de la mort. C’est ainsi que dans la ville de Stary Jaromierz, en Pologne, une quarantaine de prisonnières juives évacuées d’un camp de travail de Basse Silésie furent massacrées le 25 janvier 1945. Ce groupe de femmes, particulièrement épuisées et affaiblies, fut conduit jusqu’à une forêt proche de la ville, où on les fit violemment descendre des charrettes qui avaient servi à leur transport. Les gardiens relativement âgés qui en étaient responsables les traînèrent par les cheveux jusqu’à plusieurs tranchées voisines où ils les abattirent d’une balle dans la nuque. Un paysan polonais recruté pour conduire une des charrettes dans la forêt entendit les tueurs compter les « pièces » (Stücke) qu’ils avaient déjà liquidées33.  Quelques rescapées juives du massacre qui avaient survécu à cette marche de la mort arrivèrent à Helmbrechts plusieurs semaines plus tard.

Alfred Jespen, un des individus chargés d’assurer le transport, évacua des prisonniers de Wilhelmshaven, un camp satellite de Neuengamme. Ils furent près de 200 à périr durant l’évacuation, soit des suites du bombardement aérien du train par les Alliés, soit sous les balles de leurs gardiens. À son procès, après la guerre, Jespen affirma que de toute manière, les prisonniers qu’il avait assassinés ou avait fait tuer par d’autres dans la ville de Lüneberg, théâtre d’un important massacre de ce groupe de prisonniers, étaient déjà à moitié morts34. Ludwig Krenn, commandant de l’unité du Volkssturm dont les membres massacrèrent les prisonniers juifs près d’Eisenerz, déclara à son unité dans un discours d’encouragement prononcé la veille que « Ces porcs et ces chiens méritent d’être abattus, tous autant qu’ils sont35.»  Quand les tueurs traquaient des prisonniers fugitifs, ils prêtaient à leurs proies l’identité folklorique et macabre de rongeurs ou de lapins36.  Les témoignages de survivants répètent que les gardiens les traitaient comme des chiens sauvages, dangereux, qu’il fallait exterminer37.

Il est extrêmement difficile d’expliquer l’ampleur de ces épisodes de massacres si l’on ne comprend pas l’image collective des victimes que se faisaient les tueurs. Les victimes sont catégorisées de manière absolue comme « autres », opposées à « nous », une dichotomie reposant sur un solide support idéologique permettant de motiver le meurtre38.  Les détenus des camps de concentration avaient été rangés dans la catégorie des « autres » dès l’aube de l’ère nazie, et au fil des ans, ils avaient acquis de façon croissante l’image d’un groupe menaçant, violent, délinquant et dangereux. Lorsque ces masses venues de l’Est commencèrent à affluer dans les camps au milieu de l’année 1942, elles s’étaient transformées en bombes à retardement situées à un jet de pierre des maisons de paisibles civils. À partir de la deuxième moitié de 1943, quand la multiplication des camps satellites devint partie intégrante du quotidien des civils allemands, la menace parut plus grande encore.

Bien que les prisonniers des camps de concentration aient été les principales victimes de la violence nazie après les premiers mois de domination nationale-socialiste, aucun groupe ethnique, politique ou racial de détenus de camps n’a jamais été sélectionné pour une élimination intégrale. S’il est vrai qu’à partir de 1944, le taux de mortalité fut élevé parmi les prisonniers des camps sélectivement exploités à mort, même dans ces circonstances, ils conservaient une mince possibilité de salut dépendant de leur faculté de travail et de leur vigueur physique. L’évacuation des camps et les marches de la mort rendirent cette voie de survie plus ténue encore. Leur identité collective d’ennemis, d’« étrangers », d’« autres » parut beaucoup plus menaçante aux habitants locaux, parce qu’ils n’étaient plus parqués derrière des clôtures et ne manquaient pas une occasion de fuir pour échapper à la mort. Certains des tueurs continuaient à ne voir en eux que des juifs, tandis que d’autres les traitaient de communistes, d’autres récits encore les décrivant comme des criminels, violeurs de femmes et d’enfants. Dans certains cas, ils étaient perçus comme l’incarnation de toutes ces menaces réunies.

Les tueurs voyaient leurs victimes sous un angle de total anonymat. Comme presque toujours lors de massacres perpétrés au milieu d’un processus génocidaire, les bourreaux considéraient leurs victimes comme un groupe dénué de toute caractéristique humaine individuelle. Dans pareille situation, un groupe d’individus impuissants est mis à mort par un autre groupe qui détient le pouvoir et les moyens d’accomplir un massacre, sans courir lui-même le moindre risque. Un côté agit tandis que l’autre, celui des victimes, ne peut ni s’enfuir, ni résister. L’acte est perpétré par les tueurs contre un groupe précis d’individus en position d’impuissance, « mains en l’air ».  L’événement prend fin quand la dernière victime a été supprimée, quand la rage meurtrière des assassins reflue ou qu’un agent plus puissant vient perturber le processus de destruction39. De nombreux épisodes du chapitre final du génocide nazi se sont achevés par l’une de ces trois situations : les derniers prisonniers avaient été assassinés, l’accès de folie meurtrière à l’origine de l’acte avait disparu ou les forces alliées s’étaient trop rapprochées du site pour permettre la poursuite du massacre. La diversité des tueurs, leur affiliation à des groupes sociaux aussi variés que vastes et leur appartenance à différentes organisations et unités ont empêché toute définition d’un commun dénominateur psychologique. On trouvait parmi eux des nazis convaincus, des opportunistes cherchant à louvoyer habilement entre les différentes solutions offertes, ceux qui voulaient simplement rentrer sains et saufs chez eux avant l’entière désintégration du Troisième Reich, et des civils ordinaires qui s’étaient trouvés sans le vouloir dans une situation qu’ils n’auraient jamais imaginée. Ils n’avaient pas choisi initialement le nazisme, mais y furent initiés par leur participation au massacre collectif systématique et adoptèrent le modèle de cruauté raciale nazie à l’instant même où ils décidèrent d’agir dans l’esprit nazi40.

La composante idéologique de ces tueries ne saurait être ni dissimulée ni niée. Les milliers d’individus qui ont assassiné des prisonniers pendant les marches de la mort n’étaient pas forcément des antisémites ou des adeptes du racisme idéologique appliquant un programme parfaitement défini. À l’image d’autres secteurs de la société allemande, ils avaient évidemment été soumis à l’endoctrinement politique et aux campagnes de slogans et de propagande antisémites ou racistes. Un immense point d’interrogation plane cependant sur l’efficacité de ce rouleau compresseur de propagande pour le vaste éventail d’individus qui prirent part aux massacres. La plupart des tueurs n’avaient pas participé à la machine d’extermination nazie pendant les années où elle avait fonctionné à plein régime. Il est impossible, en définitive, d’évaluer l’impact de la propagande antisémite sur un groupe aussi diversifié que celui qui prit part aux évacuations des camps et se transforma en machine de mort dans les dernières semaines de la guerre.

D’une manière ou d’une autre, cependant, chacun de ces individus fut façonné par son intégration dans un système social, public ou autre, dont la culture ménageait un espace à cette idéologie : ils étaient les produits d’une société qui les avait encouragés et exposés pendant douze ans à une philosophie bien particulière, transformant un certain nombre d’entre eux en nazis, parfois à leur insu. L’association entre leur existence individuelle au sein d’une société qui avait adopté la philosophie nazie et les conditions qui régnèrent durant les derniers mois de la guerre en transforma certains en tueurs, qui considéraient les prisonniers comme des instruments avec lesquels ils entretenaient souvent des relations de pur opportunisme. Tant que les prisonniers se dirigeaient vers leurs camps de destination, assurant leurs besoins et leur servant de police d’assurance pour les maintenir à l’écart du front, ils continuèrent à les accompagner. Dès l’instant où les prisonniers devenaient pour eux un fardeau, ce qui n’était pas rare, ils n’hésitaient pas à les éliminer impitoyablement. Un acte prétendument dicté par le fanatisme idéologique était donc souvent la simple expression d’un calcul opportuniste41 qui mettait dans la balance les chances et les risques de l’évacuation, la crainte d’être fait prisonnier et le désir de protéger sa propre famille du danger et de la violence. Cependant, ces meurtres n’auraient pas pu être perpétrés si les meurtriers n’avaient pas été liés de près à une infrastructure sociale qui les soutenait et à un système de valeurs condamnant les ennemis du peuple-nation (« Volk ») à une éradication totale.

Conclusion

Selon Wolfgang Sofsky, il faut replacer l’histoire interne de la force et de la terreur employées dans les camps de concentration dans le cadre d’un espace clos, « dense » (« dichte Beschreibung »). Au lieu de s’ancrer dans des faits, sa description propose une interprétation de situations, de processus et de structures42.  De ce point de vue, il n’est pas surprenant que son ouvrage, d’une importance remarquable, ne s’intéresse pas aux évacuations ni aux marches de la mort. Ces événements se produisirent en effet dans un espace et dans un cadre différent, mettant en scène de nouveaux acteurs dans des situations inexistantes ou non opérationnelles pendant les années de fonctionnement des camps. Lorsqu’il arrive tout de même à Sofsky de faire allusion aux marches de la mort, il les isole presque entièrement du contexte historique et les investit d’une signification métahistorique qui ne peut s’expliquer qu’en recourant à une analyse psychopathologique. Sofsky interprète les marches de la mort comme une torture collective qui se mit progressivement en place, et dont la poursuite ne fit qu’aiguiser l’appétit de gardiens qui tiraient un plaisir de plus en plus intense de leur autorisation illimitée d’assassiner. Les marches de la mort offraient une occasion idéale à la pratique de la violence et durèrent assez longtemps pour permettre aux gardiens d’assouvir leur goût pour la torture. Cela explique également pourquoi ils n’assassinèrent pas tous les prisonniers à la fois43.

La tentative pour interpréter l’intensité et l’absurdité de la violence infligée aux prisonniers en s’appuyant sur la chronologie – plusieurs semaines avant la capitulation – permet d’alimenter ce genre de débat. Il importe cependant de se rappeler que les mois durant lesquels se produisirent les marches de la mort avaient été précédés par des mois, voire des années, de violence et de terreur qui s’étaient exercées dans le système des camps de concentration, dès le premier jour de sa création. Les camps faisaient partie d’un système politique destiné à aider le régime nazi à se stabiliser et à exclure ses adversaires de la société allemande en les enfermant dans un gigantesque goulag de terreur. Ce système offrait une vaste gamme de possibilités de traitement idéologique des problèmes que le régime cherchait à résoudre, parmi lesquels les questions d’« hygiène sociale ». Il avait l’avantage de fournir une main-d’œuvre quasi gratuite à des secteurs de production vitaux, d’éloigner et d’éliminer des ennemis politiques et idéologiques, de procurer le matériel humain nécessaire à des expériences médicales et de supprimer les juifs et autres parias ethniques. En ce sens, le massacre effréné de prisonniers pendant les marches de la mort est une conséquence directe de la mise en place interne de ce réseau de terreur. Bien que les meurtres aient été perpétrés à l’extérieur des limites territoriales établies du réseau des camps, les objets de cette terreur et de cette violence étaient les mêmes qu’au cours de la période antérieure.

Constituant le chapitre de conclusion de l’histoire des camps de concentration, les marches de la mort représentent aussi le chapitre final du génocide nazi. Ce chapitre ne s’en distingue pas moins des précédents. Pendant les derniers mois du génocide, les victimes ne furent plus aussi clairement définies que précédemment. De fait, durant cette dernière phase, elles ne furent plus exclusivement, ni même, dans bien des cas, prioritairement juives. D’où la difficulté de replacer cette période dans le contexte plus général de la Solution finale de la question juive. Vouloir intégrer ces quelques mois dans le cadre qui a présidé à l’extermination des Juifs brouille toute tentative d’explication historique. En outre, chose plus importante, cette perspective n’apporte rien à notre compréhension de la situation des juifs en tant que groupe important et distinct de victimes dans cette période finale du génocide nazi, parce qu’elle masque l’élargissement du cercle des victimes à un grand nombre de nationalités. Enfin, ce point de vue entrave toute entreprise d’examen approfondi des motivations et des identités des assassins, des circonstances pratiques et politiques dans lesquelles les meurtres furent perpétrés et de l’infrastructure sociale qui les sous-tendait. Prétendre expliquer le phénomène des marches de la mort exclusivement comme une nouvelle phase de la Solution finale impose de sélectionner les événements étudiés, un peu comme si l’on tirait une flèche et que l’on choisissait la cible ensuite. Au cours des derniers mois du génocide nazi, le processus d’extermination se décentralisa entièrement. Lors d’une marche de la mort, la décision de tirer incombait en dernier recours à un meurtrier qui marchait avec un groupe de prisonniers. C’était lui qui déterminait si le moment et les conditions de son geste étaient propices, et qui choisissait le moment précis de cet acte fatal. Loin d’être une réaction spontanée ou impulsive, cette décision répondait à un jugement, ainsi qu’à des calculs concernant l’utilité, l’efficacité, le moment et les conditions locales entourant ce geste. Il ne faut certainement pas y voir l’explosion de violence d’une populace enflammée, mue par une haine xénophobe ou un antisémitisme radical. Jamais dans les années du génocide nazi, semble-t-il, aussi grand pouvoir n’avait été placé entre les mains d’un aussi grand nombre d’individus, les autorisant à faire appel à leur seul discernement pour décider de tuer ou de ne pas le faire. La situation était fondamentalement différente du système, parfois négligent ou erratique, de contrôle, d’administration et de surveillance bureaucratiques de l’acte d’assassinat, qui avait présidé au génocide jusqu’à l’été 1944.

Ce qui débuta cet été-là sous l’effet de considérations économiques – le désir de préserver coûte que coûte la force de travail des détenus des camps – se transforma au début de 1945 en une série de marches d’évacuation brutales, au cours desquelles les gardiens éliminèrent systématiquement presque tous ceux qui retardaient leurs efforts effrénés de fuite. La guerre touchant à son terme, les tueurs en uniforme furent rejoints par d’autres, qui ne portaient pas l’uniforme, parmi lesquels des civils et des membres de groupes plus ou moins militaires qui, dans un climat d’absence d’ordre et de loi, se sentaient autorisés à faire ce qui leur paraissait nécessaire pour assurer le bien-être de leurs familles et de leurs communautés. Bien que les assassins aient été issus d’unités et d’entités sans relations opérationnelles les unes avec les autres, et de systèmes dont les actions n’avaient pas été coordonnées au niveau du commandement ou de l’administration au cours des précédentes phases du génocide, ils n’eurent aucun mal à coopérer dans leurs agissements meurtriers. Des forces fortuitement disponibles participèrent ainsi ensemble à des opérations ad hoc pour accomplir une tâche que tous s’accordaient à juger vitale. Chaque élément humain de ce puzzle meurtrier n’a été responsable que d’une fraction des opérations, qu’il s’agisse de la planification, de la transmission d’instructions, de l’escorte, de la surveillance, de l’apport d’un soutien auxiliaire (pièces détachées, carburant, munitions par exemple), de l’acte d’assassinat lui-même ou de la suppression des traces de celui-ci44.

La spécificité ethnique ou raciale des victimes se brouilla, même si elle les identifiait comme cibles d’un système idéologique qui façonnait les actes de violence létale perpétrée contre elles par les assassins. Les dernières phases du génocide nazi se distinguèrent des précédentes, et les paramètres qui avaient défini ses contours au cours de ses années d’apogée sont impuissants à en rendre compte. De fait, si le consensus idéologique prônant l’élimination de certaines catégories humaines continuait à dominer, l’image de l’objet du meurtre évolua vers la fin de cette période. L’ennemi n’était plus forcément juif ou membre d’un autre groupe racial (Tziganes ou Polonais, par exemple), il ne s’agissait plus seulement de profanateurs de la race, d’adversaires politiques comme les prisonniers de guerre soviétiques, d’attardés mentaux et de tous ceux qui étaient condamnés par malchance. Aussi est-il impossible de ne voir dans l’assassinat des évacués des camps de concentration au cours des marches de la mort que le dernier chapitre de la Solution finale de la question juive. Néanmoins, dans la mesure où elle constitue indéniablement un chapitre du génocide nazi, cette période n’en est pas moins associée à une perspective spécifiquement juive, qu’il convient d’intégrer dans une interprétation plus globale prenant en compte l’intégralité des circonstances et des facteurs sous-jacents. La place relativement dominante des juifs parmi les détenus des camps au moment des évacuations doit en effet être considérée comme un élément central de toute tentative d’explication de l’intensité du massacre qui a caractérisé ces derniers mois mortels. Durant cette dernière période, cependant, le génocide nazi a été guidé par une idéologie du meurtre différente de celle qui avait été élaborée auparavant, car elle avait évolué pour donner naissance à une série de pratiques et de convictions nihilistes qui ne reposaient plus sur des principes généraux. Bien que les tueries aient eu lieu dans le cadre d’un consensus connu, l’unicité et l’identité des victimes avaient été brouillées, exception faite de leur image globalisante et entièrement imaginaire de groupe dangereux et inférieur qui ne méritait pas de vivre.

 

 

 

  • 1. Yehuda Bauer, « The Death Marches, January-May 1945 », in Michael R. Marrus, éd. The Nazi Holocaust, vol. 9 : The End of the Holocaust, Westport, Meckler, 1989, p. 503-504.
  • 2. Laurel Leff, Buried by the Times, The Holocaust and the American’s Most Important Newspaper, New York, Cambridge University Press, 2005, p. 294-307. [Relégué en page 7: quand le « New York Times » fermait les yeux sur la Shoah, trad. Aline Weill, Paris, Calmann-Lévy, 2007].
  • 3. Raul Hilberg, The Destruction of the European Jews, vol. III, New Haven et Londres, Yale University Press, 2003, p. 1045sq. [La Destruction des juifs d’Europe, vol. II, trad. M.F. de Paloméra et A. Charpentier, Paris, Gallimard (Folio Histoire), 1988, p. 846 sq.]
  • 4. Leni Yahil, The Holocaust, The Fate of European Jewry , New York et Oxford, Oxford University Press, 1990, p. 541.
  • 5. Saul Friedländer, The Years of Extermination, Nazi Germany and the Jews 1939–1945, New York Harper Collins Publishers, 2007, p.648–652. [L’Allemagne nazie et les juifs, 2e vol. Les années d'extermination: 1939-1945, trad. Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Seuil, 2008].
  • 6. Gerald Reitlinger, The Final Solution, The Attempt to Exterminate the Jews of Europe 1933–1945, New York, The Beechhurst Press, 1953, p. 459, 461.
  • 7. Voir par exemple Livia Rotkirchen, « The “Final Solution” in Its Last Stages », Yad Vashem Studies 8 (1970), p. 7–29; Shmuel Krakowski, « The Death Marches in the Period of the Evacuation of the Camps », in Marrus, The Nazi Holocaust, p. 476-490.
  • 8. Daniel Jonah Goldhagen, Hitler's Willing Executioners, Ordinary Germans and the Holocaust, New York, Alfred A. Knopf, 1999, ch. 13, 14. [Les bourreaux volontaires de Hitler: les Allemands ordinaires et l'holocauste, trad. Pierre Martin, Paris, Seuil, 1997, Collection Points, ch. 13 et 14.]
  • 9. Ibid., p. 443 sq.
  • 10. Ibid., p. 497.
  • 11. Staatsanwalt beim Landesgericht Hof, Alois Dörr Case, Zentrale Stelle der Landesjustizverwaltungen (ZStL), 410 AR 1750/61, 42.
  • 12. Martin Broszat, « Nationalsozialistische Konzentrationslager 1933-1945 », in Hans Buchheim, Martin Broszat, Hans-Adolf Jacobsen, Helmut Krausnick, Anatomie des SS-Staates, vol. 2, Olten et Fribourg, Walter Verlag, 1965, p. 159.
  • 13. « Sicherung der Konzentrationslager », International Military Tribunal (IMT), PS-3683.
  • 14. Józef Marszalek, Majdanek.Obóz koncentracyjny w Lublinie, Varsovie, Wydawnictwo Interpress, 1981, p.177; Zygmunt Zonik, Anus belli. Ewakuacja i wyzwolenie hitlerowskich obozów koncentracyjnch, Varsovie, Państwowe Wydawnictwo Naukowe, 1988), p. 55; Karin Orth, Das System der nationalsozialistischen Konzentrationslager, Eine politische Organisationsgeschichte, Hambourg, Hamburger Edition, 1999, p. 271.
  • 15. Zonik, Anus Belli, p. 45-47.
  • 16. Interrogatoire d’Oswald Pohl, WVHA Case, Yad Vashem Archives (YVA), N4/Proc/E, box 223, 1341.
  • 17. Andrzej Strzelecki, Endphase des KL Auschwitz. Evakuierung, Liquidierung und Befr eiung des Lagers, Oświęcim, Verlag staatliches Museum in Oświęcim-Brzezinka, 1995, p. 99–100
  • 18. Edward Dziadosz, Zofia Leszczyńska, « Ewakuacja obozy i wyzwolenie », in T. Mencla, éd., Majdanek 1941–1944, Lublin Wydawnictwo Lubelskie, 1991, p. 399–406; Christoph Dieckmann, « Das Ghetto und das Konzentrationslager in Kaunas 1941–1944 », in Ulrich Herbert, Karin Orth, Christoph Dickmann, éds., Die nationalsozialischen Konzentrationsalger. Entwicklung und Struktur, vol I, Göttingen, Wallstein Verlag, 1998, p. 458; Alfred Streim, « Konzentrationslager auf dem Gebiet der Sowjetunion» , Dachauer Hefte 5, (1989), p. 174–176; Robert Steegmann, Struthof. Le KL-Natzweiler et ses kommandos: une nébuleuse concentrationnaire des deux côtés du Rhin 1941–1945, Strasbourg, Nuée Bleue, 2005, p. 159–172.
  • 19. Interrogatoire de Bassewitz-Behr, 12 février, 1946, et déposition de Max Pauly, 30 mars 1945, The National Archives of Great Britain (TNA), WO 309/408; Hermann Kaienburg, Das Konzentrationslager Neuengamme 1938–1945, Bonn, J.H. W Dietz Nachgolger, 1997, p. 268–283.
  • 20. Interrogatoire de Hermann Pister, NARA, RG–153, box 256, 6 ; Daniel Blatman, Les marches de la mort. La dernière étape du génocide nazi, été 1944-printemps 1945, Paris, Fayard, 2009, p. 151-170.
  • 21. Orth, Das System, p. 288-289.
  • 22. Témoignage de Rudolf Höß, IMT Vol. XI, p. 352–354. Sur la question de la directive d’Himmler d’avril 1945 et de ses effets sur le sort des prisonniers dans les dernières semaines de la guerre, voir Stanislav Záméčník, « “Kein Häftling darf lebend in die Hände des Feinde fallen”. Zur Existentz des Himmler-Befehls vom 14–18 April 1945 », Dachauer Hefte I (1985), 219–231; Edgar Kupfer-Koberwitz, Die Mächtigen und die Hilflosen. Als Häftlige in Dachau II, Stuttgart, Friedrich Vorwerk, 1960, p. 260.
  • 23. Témoignage d’Ernst Kaltenbrunner, IMT, NO-2366.
  • 24. Joachim Neander, Das Konzentrationslager « Mittelbau » in der Endphase des NS-Diktatur, thèse de doctorat, Université de Brême, 1996, p. 98.
  • 25. Voir par exemple Ian Kershaw, The End, The defiance and destruction of Hitler's Germany, 1944-1945, New York, Penguin Press, 2011 [La fin: Allemagne, 1944-1945, traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Éd. du Seuil, 2012 ]; Peter Kuhlbrodt (éd.), Schicksalsjahr 1945: Inferno Nordhausen : Chronik, Dokumente, Erlebnisberichte, Nordhausen, Archiv der Stadt, 1995); Christoph Kleßmann, Befreiung durch Zerstörung: das Jahr 1945 in der deutschen Geschichte, Hanovre, Niedersächsische Landeszentrale für Politische Bildung, 1995 ; Idem et. al, (éd.), Nicht nur Hitlers Krieg: der Zweite Weltkrieg und die Deutschen, Düsseldorf, Droste, 1989.
  • 26. Wolfgang Sofsky, The Order of Terror, The Concentration Camp, Princetonn Princeton University Press, 1999, p. 106–108 [L'organisation de la terreur: les camps de concentration, trad. Olivier Mannoni, Paris, Calmann-Lévy, 1995] ; Karin Orth, Die Konzentrationslager-SS: Sozialstrukturelle Analysen und biographische Studien, Göttingen, Wallstein Verlag, 2000, p. 335.
  • 27. Heinz Boberach, « Die Überführung von Soldaten des Heeres und der Luftwaffe in die SS-Totenkopfverbände zur Bewachung von Konzentrationslagern 1944 », Millitärgeschichte Mitteilungen 2 (1983), p. 185–190; Sofsky, The Order of Terror, p. 102.
  • 28. Concernant le Volkssturm, voir David K. Yelton, Hitler’s Volkssturm, The Nazi Militia and the Fall of Germany 1944–1945, Lawrence, University Press of Kansas, 2002 ; Klaus Mammach, Der Volkssturm. Das letzte Aufgebot 1944/45, Cologne, Pahl-Rugenstein, 1981.
  • 29. Rapport sur les meurtres pendant l’évacuation de camps de travail du district de Styrie, police criminelle de Graz, 5 juillet 1945, TNA, WO 310/155.
  • 30. Werner Anzenberger, Heimo Halbrainer et Hans Jürgen Rabko. Zwischen den Fronten. Die Region Eisenerz von 1938–1945, Leoben, Institut für Strukturforschung und Erwachsenenbildung, 2000, p. 60–67; Elenore Lappin, « The Death Marches of Hungarian Jews Through Austria in the Spring of 1945 », Yad Vashem Studies 28 (2000), p. 232–234.
  • 31. Par exemple, « Männer und Frauen in Hannover-Stadt und Land », Hannoversche Zeitung, 30 mars 1945; « Achtet auf entwichene KZ-Häftlinge! » Lüneburger Zeitung, 11 avril 1945.
  • 32. Sur ce sujet, voir Gordon W. Allport, Leo Postman, The Psychology of Rumor, New York, Henry Holt et Cie, 1947.
  • 33. Déposition de Florjan Drzymała, 20 décembre 1967; entretien avec lui, 4 août 1999, United States Holocaust Memorial Museum Archives (USHMMA), 2000.311.
  • 34. Kriegsverbrechen in Lüneburg. Das Massengrab im Tiergarten, Lüneburg, Geschichtswerkstatt Lüneburg e.V., 2000 ; Déposition de Gustav Alfred Jespen, 18 août 1946, TNA, WO, 235/229, p. 249.
  • 35. Déposition d’Anna Feda, 28 janvier 1946, TNA, FO 1020/2056.
  • 36. On en a pour exemples la poursuite de prisonniers évadés de Mauthausen en février 1945 et la chasse au gibier humain au voisinage de Gardelegen en avril de la même année : Michel Fabréguet, « Entwicklung und Veränderung der Funktionen des Konzentrationslagers Mauthausen 1938–1945 », Die nationalsozialistischen Konzentrationslager, 1er vol., p. 210; Tage im April. Ein Lesebuch, Schriftenreihe des Stadtmusueums 3, Gardelegen, 1995, p. 24.
  • 37. Témoignage d’Yitzchak Grabowski, 8 juilllet 1998, YVA, 03/7001.
  • 38. Cf. Jacques Sémelin, Purifier et détruire. Usages politiques des massacres et génocides, Paris, Seuil, 2005, p. 288–289.
  • 39. Mark Levene, « Introduction », in Mark Levene, Penny Roberts, éd., The Massacre in History, (New York et Oxford, Berghahn Books, 1999, p. 5–6.
  • 40. Sur cette question, voir Zygmunt Bauman, Modernity and the Holocaust, Cambridge, Polity Press, 1989, p. 152–153. [Modernité et holocauste, trad. Paule Guivarch, Paris, la Fabrique, 2002.]
  • 41. Doris L. Bergen, « Death Throes and Killing Frenzies: A Response to Hans Mommsen’s “The Dissolution of the Third Reich: Crisis Management and Collapse, 1943–1945” », Bulletin of the German Historical Institute 27 (2000), p. 25–37.
  • 42. Sofsky, The Order of Terror, p. 14. [L’Organisation de la terreur]
  • 43. Wolfgang Sofsky, « An der Grenze des Sozialen. Perspectiven der KZ-Forschung », Die nationalsozialistischen Konzentrationslager, vol. II., p. 1160–1163.
  • 44. Diana Gring, « Das Massaker von Gardelegen », Dachauer Hefte 20 (2004), p. 118-119.

Citer cet article

Blatman Daniel, Les marches de la mort nazies, 1944-1945, Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 15 Février, 2016, accéder le 20/10/2019, https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/les-marches-de-la-mort-nazies-1944-1945, ISSN 1961-9898