Accueil>"Le romancier est toujours un révolté" : échange entre Juan Gabriel Vásquez et Mohamed Mbougar Sarr

7 mai 2026

"Le romancier est toujours un révolté" : échange entre Juan Gabriel Vásquez et Mohamed Mbougar Sarr

Le calepin de Carole Vidal, membre de l'équipe de la MAC, à la suite de la rencontre entre Mohamed Mbougar Sarr et Juan Gabriel Vásquez dans le cadre du séminaire “Littérature et sciences sociales en Afrique”. 

Juan Gabriel Vásquez et Mohamed Mbougar Sarr se rejoignent dans une ambition rare : faire du roman un territoire qui défie les frontières, un espace où le monde entier peut tenir. Chez l’un comme chez l’autre, le “roman monde” est une manière d’habiter la langue, de la pousser jusqu’à ses limites pour qu’elle devienne capable d’accueillir la complexité du réel.

Vásquez, héritier du boom latino‑américain, revendique la tradition du « roman total » qui, de García Márquez à Vargas Llosa, voulait rivaliser avec le réel. Ses livres voyagent, traversent les guerres, les idéologies, les continents, et cherchent à comprendre ce que l’Histoire fait aux individus. Pour lui, écrire revient à construire un monde autonome, un espace où les contradictions humaines — politiques, intimes, mémorielles — trouvent une forme que ni l’histoire ni la sociologie ne peuvent offrir.

Quoique plus méfiant vis-à-vis des “étiquettes”, Mbougar Sarr partage cette même volonté d’embrasser le monde par la littérature. Dans La plus secrète mémoire des hommes, il mêle les genres, les voix, les époques, les continents, comme si la forme romanesque devait refléter la circulation incessante des idées, des corps et des héritages. Il refuse les assignations — nationales, identitaires, géographiques — pour mieux affirmer une appartenance au “pays de la littérature”, un pays sans frontières mais traversé de conflits, de dettes et de fantômes

Ce qui relie profondément les deux écrivains, c’est la conviction que le roman est un acte de révolte. Révolte contre les limites d’une seule vie, contre les récits officiels, contre les simplifications du réel ; révolte aussi contre l’idée que la littérature devrait se contenter de refléter le monde, au lieu de le questionner, de le contester et de l’élargir.

Ainsi, de Bogotá à Dakar, de la Colombie des guérillas à la France des héritages littéraires, Vásquez et Mbougar Sarr tracent une même ligne : celle d’une littérature qui a pour ambition d’inventer pour comprendre.

 

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