Rencontre avec Friederike Popot-Müller

Rencontre avec Friederike Popot-Müller

Diplômée 2014 de l'École de droit
  • Friederike Popot-MüllerFriederike Popot-Müller

J’ai intégré Sciences Po en 2009 sur le campus franco-allemand de Nancy. Le parcours me semblait (et était) parfait pour moi souhaitant étudier en Allemagne (pays natal) et en France sans pour autant devoir choisir entre les deux. Déjà déterminée à vouloir intégrer l’École de droit en Master, j’ai opté pour les cours de droit pendant le bachelor et la Bucerius Law School à Hambourg en troisième année. C’est donc en 2011 que j’ai entamé la voie des études des droits comparés français et allemand.

Et pourtant, à l’entrée du Master Droit économique, je ne savais pas encore vers quelle spécialisation j’allais m’orienter. Le droit économique en général me paraissait le mieux adapté pour une utilisation simultanée en France et en Allemagne, étant harmonisé entre les pays européens et marqué par une interaction au-delà des frontières. C’est mon cours de droit de la concurrence qui m’a permis de me spécialiser : j’ai pu découvrir un « vrai droit européen » qui est appliqué aussi bien en France qu’en Allemagne !

Après avoir trouvé cet intérêt particulier pour une matière, j’ai tout d’abord saisi l’opportunité offerte par l’École de droit d’étudier un semestre à l'Université de McGill à Montréal, durant ma 2ème année de Master. Bien que cela ne rentre pas dans mon « programme franco-allemand », il m’était important de découvrir le common law, cette autre approche du droit. Ensuite, j’ai poursuivi sur la voie franco-allemande : après avoir été diplômée de Sciences Po en 2014, j’ai réussi l’examen du barreau à Paris. En parallèle de ma formation à l’école française du barreau, j’ai effectué le M2 proposé conjointement par Paris 1 et l’université de Cologne en M2 droits français et allemand des affaires durant lequel j'ai écrit mon mémoire sur la transposition de la directive 2014/104/EU en droits français et allemand de la concurrence. J'ai terminé par un stage au département de la concurrence chez Linklaters à Düsseldorf (que j’ai pu trouver avec l’aide de mon enseignant de l’École de droit).

L’année 2016 a marqué la fin de mes études. Elle était intense : stage final chez Vogel Vogel, préparation en parallèle de « l’examen d’aptitude » pour passer le barreau allemand, validation du CAPA en juillet et septembre. En octobre, j’ai intégré Allen & Overy à Hambourg, en tant que stagiaire dans le département de la concurrence – en préparant encore les examens allemands. Les écrits ont eu lieu en décembre (trois examens de cinq heures : droit civil, droit de la procédure civile, droit des sociétés et droit commercial), suivi par trois oraux en avril 2017 (droit pénal et déontologie). En mai et juin 2017, ce fut achevé : j’ai prêté serment aux barreaux de Hambourg et de Paris.

Depuis octobre 2016, je travaille dans l’équipe du droit de la concurrence chez Allen & Overy, depuis mai 2017 en tant que Rechtsanwältin. Je traite principalement de dossiers d’actions en réparation à la suite des pratiques anticoncurrentielles, notifie des fusions d’entreprises au Bundeskartellamt et conseil des clients en compliance. Les actions indemnitaires me passionnent en particulier, étant à la frontière du droit de la responsabilité civile et de l’économie. Nous évoquons les notions de présomption de dommage, de preuve, de prescription aussi bien que nous traitons de l’évaluation du préjudice économique engendré par un cartel ou encore du pass-on des dommages aux consommateurs. C’est le droit allemand et le droit européen que j’applique principalement, mais j’utilise par exemple mes acquis du droit français lorsque je notifie des fusions d’entreprises françaises en Allemagne.

Au quotidien, c’est la rigueur et la précision dans les écrits et les présentations, l’organisation efficace du travail et l’autonomie qui comptent – des valeurs et compétences acquises lors de mes années à Sciences Po. Pour ces raisons et bien d’autres, je n’aurais pas pu avoir de meilleure école que Sciences Po.

Mon plus grand défi aujourd’hui est d’enrichir ma « double nationalité juridique» : je dois et souhaite parfaitement connaître le droit allemand alors que je l’ai appris en moins d’un an, sans avoir suivi de cursus de droit allemand classique. C’est encore l’École de droit de Sciences Po qui m’a donné les outils afin de faire face à cette situation : pendant le Master, nous devions assimiler des notions complexes en peu de temps, apprendre quelques points de droit par nous-même – les compétences que j’utilise au quotidien. Il semble que cela fonctionne : mes collègues sont très ouverts, connaissent mon parcours et le valorisent. De fait, les retours sur ma formation sont positifs en Allemagne.

En résumé, l’École de droit m’a permis d’atteindre mon objectif professionnel : être avocate et Rechtsanwältin. Si je peux me permettre de donner un conseil : cherchez l’échange avec vos enseignants et la direction de l’École de droit. Avec leur soutien, il est parfaitement possible de se composer un parcours personnalisé. L’encadrement que nous recevons est une réelle chance, aussi bien de l’École de droit que des enseignants émanant de la vie pratique. Il faut poser des questions, prendre des initiatives, creuser des points intéressants bien qu’ils ne soient pas pertinents pour les examens. Il est vrai : On n'a plus jamais autant de temps pour poursuivre et approfondir ses centres d’intérêts que pendant les études.

Friederike Popot-Müller, diplômée 2014 du master Droit économique spécialité Entreprises, marchés, régulations (EMR)

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