La fiction chez Bentham : L'utilitarisme entre science et grammaire

La fiction chez Bentham : L'utilitarisme entre science et grammaire

Vivien Krystkowiak, Docteur en philosophie

ATELIER SAB PROCBENTHAM

Logo centre BenthamIl est maintenant largement admis, parmi les spécialistes de Jeremy Bentham, que sa morale utilitariste doit être interprétée, au moins en partie, en fonction de sa théorie des fictions. Or cette théorie implique un grand renouveau dans l’interprétation de l’utilitarisme. Il était en effet d’usage de considérer Bentham comme un simple héritier du projet empiriste : la morale devait se constituer en science et trouver son fondement dans l’observation de la nature humaine, ici, la recherche des plaisirs et l’évitement des peines. Il était alors possible d’opposer à cette théorie les mêmes objections qu’on oppose à l’empirisme de John Locke ou David Hume. Dès lors, l’utilitarisme devait soit échouer dans l’identification objective des perceptions mesurables que seraient les plaisirs et les peines, soit dans la psychologisation de la morale. Cependant, la théorie des fictions de Bentham, en tant que théorie du sens des propositions, permet justement à ce dernier de s’émanciper de certains des problèmes majeurs de l’empirisme et d’ouvrir une nouvelle voie pour l’interprétation du vocabulaire moral notamment. Cette voie peut être comparée à ce qu’on appelle avec Wittgenstein la "grammaire philosophique".

Cette intervention visera donc à donner les raisons qui nous poussent à établir un lien entre la théorie de Bentham et celle de Wittgenstein, à situer la théorie des fictions de Bentham en fonction de cette "grammaire philosophique" et, enfin, à considérer certaines des implications morales de cette interprétation de la théorie des fictions.

Vivien Krystkowiak, Docteur en philosophie. Les recherches de Vivien Krystkowiak portent principalement sur les thèmes de la philosophie morale et de la philosophie du langage. Elles concernent en particulier la morale utilitariste et les analyses wittgensteiniennes concernant la signification. Il a, au cours de son doctorat, interprété les concepts clefs des théories morales utilitaristes en fonction de ces théories de la signification. Celles-ci lui ont permis de souligner les difficultés qui se posent aux théories utilitaristes de la signification et donc aussi à leurs théories morales. Cette démarche lui a non seulement permis de présenter une interprétation originale des théories morales utilitaristes classiques mais aussi d’évacuer certaines des difficultés qu’ont leur oppose habituellement et d’en exposer de nouvelles. Dans la continuité de ces travaux, les recherches de Vivien Krystkowiak portent aujourd’hui sur la place qu’il est possible d’attribuer aux plaisirs et aux peines dans l’action humaine et dans le domaine de la morale : une fois que les difficultés utilitaristes ont été soulevées, il reste à savoir si, lorsqu’elles ne se posent plus, le plaisir et la peine peuvent encore jouer le rôle que leur accordaient les utilitaristes.

Date de l'événement : 
Vendredi, 28 Mai, 2021 - 14:00 - 16:00
Lieu : 
En ligne
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