Travail dominical, usages du temps et vie sociale et familiale...

Vers moins de sociabilités familiales et amicales ?
Jean-Yves Boulin et Laurent Lesnard - Economie et Statistique, juillet 2016
  • Photos JeanneMenjoulet&Cie, 2015, via Flickr (CC BY-ND et BY-NC-SA)Photos JeanneMenjoulet&Cie, 2015, via Flickr (CC BY-ND et BY-NC-SA)

Jean-Yves Boulin, IRISSO Paris Dauphine et Laurent Lesnard, Sciences Po (OSC et CDSP)

Revue Economie et Statistique (INSEE)

n° 486-487 - Juillet 2016 - p.149-183

Travail dominical, usages du temps et vie sociale et familiale : 
une analyse à partir de l’enquête Emploi du temps

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Les débats relatifs au travail dominical opposent, d’un côté, les tenants de la liberté de travailler sans contrainte, qui mettent en avant les gains de compétitivité de l’économie et les gisements d’emploi que recélerait l’ouverture des commerces le dimanche, et, de l’autre, à la fois les défenseurs, de moins en moins nombreux, d’un temps consacré à la sanctification et ceux qui prônent le maintien d’un temps commun consacré à la vie en société et à la famille. Les premiers invoquent l’évolution de la société, des modes de consommations, la compétition économique dans un monde globalisé tandis que les seconds font appel aux travaux socio-historiques, à la dimension socio‑anthropologique du dimanche et à la nécessité d’en préserver la spécificité. D’un côté comme de l’autre, peu de référence est faite aux conditions de vie et de travail des salariés amenés à travailler le dimanche.
L’étude réalisée ici à partir de l’enquête INSEE Emploi du temps, bien que n’étant pas une étude d’impact du travail le dimanche à proprement parler, permet de comparer les usages du temps de ceux qui travaillent le dimanche et de ceux qui ne travaillent pas ce jour‑là.
Selon les estimations économétriques, travailler le dimanche va de pair avec une perte de sociabilité familiale et amicale et une diminution du temps de loisir allant au‑delà de celles observées un jour de semaine et qui ne sont pas, en général, entièrement contrebalancées par le jour de repos compensateur. De plus, les salariés concernés par le travail le dimanche, c’est‑à‑dire par une forme de travail atypique, sont également ceux qui sont le plus concernés par des horaires de travail atypiques les jours de la semaine.

Pertes nettes relatives de sociabilité compensées par le repos compensateur