Le massacre de Hama - février 1982

Date: 
12 Octobre, 2009
Auteur: 
Quiades Ismael

Le 2 février 1982, la Présidence de la République arabe syrienne donne l’ordre à des unités régulières de l’armée et des Forces spéciales d'investir et de pilonner Hama, la quatrième ville du pays. L’objectif de l’assaut est de répondre à une insurrection menée par la mouvance des Frères musulmans basée en Syrie. Pendant une vingtaine de jours, des combats opposent les troupes du contingent à la branche armée des Frères musulmans, mais également à la population citadine. Les frappes aériennes et les tirs de mortier causent la mort de plusieurs milliers de civils. Hama sera le théâtre de nombreuses exactions, telles des tortures, exécutions sommaires et privations en tout genre, commises par la garde prétorienne du régime à l’encontre de la population locale. Par son ampleur, sa violence, son organisation et les buts poursuivis, cette intervention militaire constitue un cas de massacre.

Le contexte

Le massacre de Hama, ville dénombrant à l’époque quelque 250 000 habitants, représente le point culminant d’un violent conflit entre le pouvoir syrien et l’opposition islamiste dont les premiers éclats remontent au milieu des années 1970 et dont les prémisses sont antérieures encore. Bien que recentré sur la scène politique syrienne interne, cet affrontement est également partie intégrante de la vague de turbulences qui s’abat sur le Moyen-Orient à la même époque.

Depuis l’indépendance du pays en 1947, l’élite politique éprouve des difficultés à bâtir un régime sur les bases de nouvelles limites territoriales, tout en conciliant le réel désir d’unification de toutes les « patries » arabes. Une série ininterrompue de coups d’État témoigne des dissensions qui peuvent exister au sein d’une société multiconfessionnelle et traditionnelle – sunnites en majorité, chiites, chrétiens, alaouites, druzes, ismaéliens – et de l’échec des principales forces politiques à fédérer des populations, au-delà de leur clientèle habituelle. Des luttes sourdes opposent divers courants nationalistes jusqu’à la prise du pouvoir, en 1963, par les dirigeants du parti Ba‘th. Ce parti, qui se réclame du socialisme, vient changer la donne politique dans le sens où les structures en place depuis l’indépendance étaient plutôt d’inspiration libérale. Ce dernier parvient à gouverner le pays pendant toute la décennie 1960, nonobstant d’âpres luttes internes dont l’enjeu est le maintien de la ligne idéologique des fondateurs historiques. Celles-ci se solderont par l’accession au pouvoir du général et ancien ministre de la Défense, Hafez al-Assad, au mois de novembre 1970, à la faveur d’un coup d’État. Lasse de l’instabilité politique persistante, la bourgeoisie d’affaires de toute confession, ainsi que l’immense majorité de la petite paysannerie, apportent leur soutien au nouveau Président qui se veut progressiste et rassembleur. Toutefois, le consensus au sein de l’élite ne tarde pas à s’effriter lorsqu’il apparaît qu’une majorité des postes clefs de l’appareil d’État sont dévolus à la minorité confessionnelle alaouite, dont Hafez al-Assad est issu. Le phénomène est clairement perceptible au sein de l’armée et des services de renseignement (Van Dam, 1996). Les premières contestations voient le jour à travers l’action des Frères musulmans au cours des émeutes de 1973, consécutives à la tentative de promulgation d’une nouvelle Constitution.

La formation des « Frères » en Syrie s’établit probablement à Alep en 1935. À l’instigation de leaders religieux, une partie de ses membres participent à des émeutes dirigées contre le parti Ba‘th en 1964 et qui ont lieu à Hama, ville réputée pour servir de bastion au traditionalisme sunnite. Ce soulèvement a eu lieu en réaction au lancement, par le nouveau régime, d’une vaste campagne de nationalisation et de marginalisation des anciennes élites latifundiaires (Heydemann, 1999: 174).

Sous l’impulsion de ‘Issam al-Atar, les Frères musulmans ne cessent de s’organiser au point d’apparaître, pendant l’agitation populaire de 1973, comme la seule formation capable d’opposer une résistance au monopole du Ba‘th sur la vie politique syrienne ; alors même qu’elle n’offre pas de réelle alternative sur le plan idéologique. On estime qu’après 1975, les Frères musulmans comptaient entre 5 000 et 7 000 militants actifs (Dekmejian, 1985: 118 ; Abd-allah, 1983). Il est probable qu’après 1979, les effectifs aient augmentés malgré la répression. Le mouvement aurait rallié de nombreux partisans, car à cette époque l’affrontement entre l’organisation et le pouvoir se polarise et gagne en intensité. Tandis que ‘Issam al-Atar manoeuvre depuis son exil d’Allemagne Fédérale, des groupuscules structurés autour de personnalités religieuses proposent de manière récurrente leur collaboration à des opérations terroristes, mais sans nécessairement lui prêter allégeance. L’attentat de l’école d’artillerie d’Alep constitue à cet égard l’un des événements les plus marquants. Le 16 juin 1979, un officier sunnite membre du parti Ba‘th, fait ouvrir le feu par des complices sur des cadets présents dans une salle de classe, exécutant 83 d’entre eux, tous alaouites. Cette tuerie provoque un émoi sans précédent au sein de la population et de l’élite dirigeante.

Une vague de répression s’ensuit et 1979 est une année à marquer d’une pierre blanche dans le conflit, désormais ouvert, entre les dirigeants des principales institutions politiques syriennes (la Présidence, l’armée, le parti Ba‘th, le gouvernement) et les Frères musulmans. À la suite d’attentats à l’explosif commis contre les installations du régime – bâtiments officiels, aéroports militaires, divisions de la Sûreté intérieure – des émeutes éclatent à Alep, ville traditionnellement hostile au pouvoir central de Damas, au mois de septembre de la même année. Face à cette fièvre, les autorités procèdent à l’arrestation de plusieurs milliers de personnes dont les liens avec les Frères musulmans ne sont pas toujours avérés. Mais les troubles ne cessent pas pour autant. Le 26 juin 1980, alors qu’il reçoit le Président du Mali en visite officielle, Hafez al-Assad échappe à un attentat provoqué par un membre de la garde présidentielle. La riposte ne se fait pas attendre : les « Brigades de défenses », garde prétorienne du régime, exécutent environ 500 détenus de la prison de Palmyre. La raison invoquée est que ces derniers appartiennent ou sont suspectés d’appartenir à l’organisation des « Frères » syriens. Des témoignages de soldats repentis ayant participé à l’opération annoncent le double. Le 7 juillet 1980, la Présidence fait adopter par le Parlement la loi 49 qui punit de mort l’appartenance à l’organisation intégriste. En parallèle, les manifestations se multiplient dans le nord du pays et on cite de fréquents accrochages entre des membres de la tendance des « Frères » et les Forces spéciales. La situation économique catastrophique ne favorise pas le retour au calme. En ce début de décennie 1980, le régime compte ses soutiens.

Sachant l’armée infiltrée par la formation radicale syrienne, Hafez al-Assad obtient la mise à pied de 400 officiers sunnites (Seurat, 1989: 68). L’objectif de la manoeuvre est de maintenir sous contrôle l’appareil répressif, véritable gage de sa conservation à la tête de l’État. De 1979 à 1981, on estime à 300 le nombre d’assassinats politiques ayant entraîné des victimes dans les rangs du pouvoir – militaires, responsables ba‘thistes, personnalités alaouites – ou des Frères musulmans. Les tracts que ces derniers font circuler clandestinement soutiennent que les actions violentes visent à se défaire de « la tyrannie d’une minorité au pouvoir qui gouverne par l’oppression ». À ces troubles qui émaillent périodiquement la scène intérieure vient s’ajouter l’instabilité de la scène régionale avec la guerre civile au Liban, la guerre contre Israël et la question palestinienne. Ajoutons que ce climat est lui-même dépendant du contexte général de guerre froide où la Syrie a choisi l’allié soviétique. Alors que les observateurs affirmaient, depuis la fin des années 1970, que le régime n’était pas sérieusement menacé par l’action des Frères musulmans, le propos change à partir de 1981. C’est une guerre particulièrement brutale qui s’installe, donnant parfois l’image que le leadership politique est aux abois. Le déroulement des combats à Hama

Dans la nuit du 2 au 3 février 1982, un groupe composé de 150 à 200 hommes armés évolue dans Hama sous le commandement de ‘Umar Jawad, chef local de l’organisation des « Frères », plus connu sous le nom d’« Abu Bakr ». Le mot d’ordre est d’assaillir les principaux responsables politiques affiliés au pouvoir, ce qui inclut les cadres du parti Ba‘th, les hauts fonctionnaires, les chefs militaires. Des exactions sont commises à cette occasion par les membres du commando et on évoque une douzaine de cadres du Ba‘th assassinés à leur domicile avec femme et enfants. En outre, on fait état de la liquidation de cléricaux ayant publiquement dénoncé les crimes de la Tali‘a al-muqatila (« l’avant-garde combattante »), la branche armée des Frères musulmans en Syrie. Au total, 90 personnes sont passées par les armes. L’état-major des Frères musulmans déclare dans un communiqué que Hama est considérée comme une « ville libérée » et exhorte la population à se soulever contre les « infidèles ».

À l’annonce de ce communiqué, Hafez al-Assad mobilise en premier lieu les Forces spéciales et des unités de l’armée, telle la 47ème brigade blindée, afin de reprendre le contrôle de la ville. L’ensemble des communications entre Hama et l’extérieur est coupé. L’action des hélicoptères se coordonne à celle de l’artillerie (chars et mortiers), des forces aériennes et des bulldozers pour mener ce qui s’apparente désormais à une offensive.

Les combats des quatre premiers jours sont particulièrement violents et le pilonnage de l’artillerie conduit à la destruction du centre ville historique afin de faciliter l’action des unités au sol. Les Frères musulmans font savoir par l’intermédiaire de leur Bureau d’information qu’ils ont tué 1 436 soldats et en ont blessé 2 000 autres au cours des premiers assauts.

Le gros des troupes du contingent est stationné à sept kilomètres du centre-ville et exerce un blocus total. Des commandos spéciaux affiliés aux services de renseignement et notamment les « Brigades de Défense » (Sirayat al-difa‘) commandées par Rif‘at al-Assad, frère benjamin du président Hafez al-Assad, procèdent à des arrestations massives de civils hamaouites, accusés de coopérer avec les Frères musulmans. Ces arrestations seront, dans la plupart des cas, accompagnées de tortures, voire d’exécutions. Du 4 au 6 février, on estime qu’environ 2 000 personnes périssent sous le feu des bombardements ou sont abattues, notamment dans le stade municipal de football.

Les ordres qui ont été donnés aux soldats du contingent, mais surtout aux Forces spéciales, s’avèrent rigoureusement précis. Des familles entières, parfaitement identifiées, sont exécutées, le plus souvent par balles. Il semble qu’à l’issue des premiers jours de bombardements, la priorité fut donnée aux assassinats ciblés et à la chasse aux insurgés potentiels. Il est procédé au regroupement des raflés, puis à leur conduite dans des centres de détention de circonstance : une usine de coton, des écoles, mais également les bureaux locaux de la Sûreté de l’État et des Renseignements militaires. Sur place, les détenus subissent de mauvais traitements incluant les privations d’eau et de nourriture pendant plusieurs jours, ainsi que d’effroyables tortures pour certains. Une grande partie des commerces est saccagée ou endommagée par les forces gouvernementales et une attention toute particulière est portée aux pharmacies. Leur mise à sac a pour effet de ralentir, voire d’empêcher que des soins adéquats soient prodigués aux blessés.

Le 15 février, le ministre de la défense, Mustafa Tlass, déclare que la rébellion est matée, mais que Hama reste assiégée par l’armée jusqu’à nouvel ordre. Cette annonce officielle n’empêche pas que des résidents du quartier al-Hader, un secteur placé sous le contrôle des « Brigades de Défense », soient exterminés dans la seule journée du 19 février (Amnesty International, 1983). Les bombardements ont, dès lors, diminué en intensité. Pourtant, cela n’empêche pas la destruction totale d’au moins quatre rues de la ville, dont « al-Zanbaqi », ainsi que la destruction partielle de plusieurs autres. En outre, il n’est resté des principales mosquées et des églises de la ville, que ruines. Il s’agissait de frapper le symbole, le lieu de ralliement et de mobilisation des combattants islamistes, mais également le refuge de nombreux civils. Le rapport d Amnesty International indique l’utilisation de gaz à base de cyanite dans une zone de la ville que des insurgés étaient soupçonnés d’occuper. Cette information n’est pas totalement fiable dans la mesure où elle n’a pu être recoupée par d’autres sources.

Les affrontements se poursuivent jusqu’à la fin du mois de février avec un avantage écrasant pour les Forces armées. Ces dernières continuent de perpétrer des massacres à l’encontre de civils et d’empêcher que la ville ne soit approvisionnée en denrées alimentaires. L’état de siège aura duré 27 jours au total. Après le mois de février, le retour à la normale s’effectue progressivement, mais avec le maintien d’une forte présence sécuritaire et d’un faible retour des habitants victimes de rafles.

Les principaux instigateurs

La participation active des forces de sécurité au siège et au massacre des habitants de Hama implique l’existence d’une chaîne de commandement. Cette dernière était déjà identifiable à l’époque, puisque Mustafa Tlass, pour ne prendre que cet exemple, s’était exprimé dans les médias nationaux au sujet de l’offensive en cours. De manière générale, des ordres aussi dramatiques et lourds de conséquences n’ont pu être donnés que par de hauts responsables de l’État syrien. Au premier chef, on trouve le Président de la République, Hafez al-Assad. Ce dernier a nécessairement donné son aval à l’engagement des troupes, ainsi qu’à l’usage de matériel militaire lourd servant au pilonnage de la ville. De plus, les principaux chefs des services de renseignement qui ont joué un rôle clef dans la perpétuation du massacre étaient – comme aujourd’hui d’ailleurs – sous l’autorité du chef de l’État. De même, Mustafa Tlass, réputé pour avoir été très proche du Président Assad, ce qui lui a valu son maintien au poste de ministre de la Défense pendant 32 ans a, sinon donné son accord pour une offensive de cette ampleur, du moins coordonné l’action des unités de l’armée avec les principaux officiers du Renseignement et des Forces spéciales. Il est à noter que Tlass, lors de précédentes émeutes à Hama en 1964, avait pris la tête de tribunaux ad hoc chargés de juger les insurgés. Ce n’est donc pas la première fois qu’il menait la répression au nom du régime et particulièrement à Hama.

Rif‘at al-Assad figure en bonne place, sinon en première place dans l’exécution des opérations, puisqu’il dirigeait les fameuses « Brigades de Défense ».

Les principaux chefs des Forces spéciales, des bureaux locaux de la Sécurité politique, de la Sûreté intérieure – elle-même une sous-division de la Sûreté générale –, des Renseignements militaires et de deux divisions de l’armée ont également pris une part active dans les événements de Hama.

À l’époque des affrontements, c’est ‘Ali Haidar, un officier alaouite, qui commandait les Forces spéciales. Ce que l’on tient pour assuré, c’est qu’elles étaient composées d’environ 10 régiments d’élites indépendants dévolus au contre-terrorisme, ainsi qu’à des opérations clandestines à l’étranger ou aux frontières avec le Liban, la Turquie et Israël. Ces unités étaient particulièrement bien équipées en matériel lourd et comptaient parmi elles une division de parachutistes. Hafez al-Assad s’est largement appuyé sur ‘Ali Haidar pour venir à bout de l’insurrection et plus généralement pour venir à bout de la menace que représentait les Frères musulmans sur l’ensemble du territoire.

Certains commentateurs évoquent le nom de ‘Abd al-Halim Khaddam, l’ancien vice-Président de la République, comme possible acteur des événements. Ils soulignent que les tentatives d’assassinat dont il fut la cible – au moins quatre de 1976 à 1986 – étaient certainement le fait de la mouvance radicale syrienne et que Hama a été l’occasion pour lui d’exprimer sa vindicte. Il est avéré, d’une part que la responsabilité des Frères musulmans dans deux des tentatives est à écarter, et d’autre part, que Khaddam n’a jamais occupé de poste dans les Forces armées ou contrôlé de services de renseignement. Ces deux objections laissent planer le doute sur le rôle exécutif que Khaddam aurait joué dans la mise en oeuvre du massacre. Au reste, nous ne disposons pas d’éléments attestant de son implication. Concernant la planification des opérations, il est très difficile d’être circonstancié et définitif. Il est certain que le Président Assad n’a pas pu planifier avec détail la riposte à l’insurrection des Frères musulmans. Il a agi en qualité de donneur d’ordre et a donc pris la responsabilité des suites de l’offensive. Le siège de Hama a constitué une réponse quasi immédiate au déclenchement d’une insurrection dont les Frères musulmans espéraient qu’elle se généralise et gagne l’ensemble du pays. Par conséquent, le déroulement des opérations armées n’a pu faire l’objet d’une planification détaillée. Il semble que la férocité avec laquelle les forces sécuritaires ont engagé le combat soit due au blanc seing fourni par Hafez al-Assad et à l’impulsion de Rif‘at al-Assad, connu pour sa promotion de la violence politique et pour son extrémisme idéologique. Le principal danger pour les instigateurs de la contre-offensive armée résidait dans le fait que les soldats engagés refusent ou répugnent au combat face à un ennemi qui n’est autre qu’un compatriote. Afin de s’en prémunir, il importait, pour les responsables militaires de mobiliser des unités homogènes d’un point de vue confessionnel afin de favoriser l’esprit de corps et s’assurer de la réussite des opérations.

Les victimes

Le massacre de Hama ne fait pas exception aux autres concernant la difficulté d’établir un bilan des destructions et d’évaluer le nombre de victimes.

Les variations de chiffre dans le bilan annoncé par les différentes sources peuvent s’avérer très grandes. Tandis que Robert Fisk parle de 20 000 morts, l’hebdomadaire anglais The Economist avance le chiffre de 30 000 morts et le Comité Syrien des droits de l’homme estime qu’entre 30 000 et 40 000 personnes auraient péri.

Le Bureau d’information des Frères musulmans indique que les Forces armées du régime ont perdu 3 412 hommes et ont dénombré plus de 5 000 blessés dans les combats qui se sont déroulés du 2 au 22 février (Batatu, 1999: 274). En revanche, ce même Bureau n’a pas fourni de chiffres précis quant au total des disparus. Le chercheur français Michel Seurat s’est appuyé sur l’enquête d’Amnesty international de novembre 1983 pour évaluer l’étendue de la catastrophe, à savoir de 10 000 à 25 000 morts selon les sources. Il est probable qu’en croisant tous les chiffres, on parvienne à établir qu’au moins 20 000 personnes ont été victimes de la répression des Forces de sécurité sur une population totale de 250 000 personnes, soit près d’un dixième.

L’écrasante majorité des disparus sont des hommes sunnites, la confession dominante de la ville. Il est quasiment impossible, compte tenu de l’état actuel des données, de préciser les tranches d’âges les plus touchées. Les femmes et les enfants n’ont pas été particulièrement épargnés surtout dans le cas de l’assassinat des membres d’une même famille. La population chrétienne de Hama était en très faible minorité, mais compte de nombreuses victimes dans les bombardements. Il semblerait qu’elle ait été durement touchée eu égard à son faible nombre. En tout état de cause, les principales enquêtes sur la question constatent que le simple fait d’être un habitant de Hama était une condition suffisante pour être visé par la répression (Droz-Vincent, 2004: 269).

Ce n’est pas seulement le pilonnage de l’armée qui a provoqué la disparition d’environ 10 % de la population de la ville, mais également le siège qui lui a été imposé. Comme nous l’avons déjà souligné, Hama a été totalement coupée du reste du pays et l’approvisionnement en denrées alimentaires de première nécessité n’a pu s’opérer. Logiquement, ce sont les individus les plus fragiles qui ont succombé en priorité à ce traitement, c’est-à-dire les personnes âgées, les enfants, les malades.

Les conditions de détention très dures, comprenant tortures et brutalités, entassement et rationnement, voire inanition, ont contribué à grossir les rangs des victimes. Sans compter qu’une grande partie de ceux qui furent emprisonnés ne sont jamais revenus et que le gouvernement syrien n’a jamais été capable de fournir la moindre précision les concernant.

Lors du siège, les forces sécuritaires syriennes ont usé d’un instrument classique en de telles circonstances : la terreur. Les corps mutilés de civils ont été jetés dans les rues et laissés à l’abandon, à la vue de tous et sous la garde vigilante des soldats, empêchant leur inhumation. Des témoins ont rapporté qu’en les conduisant dans un centre de détention, les soldats les auraient fait traverser des allées jonchées de cadavres. Les viols, bien que non systématiques, furent fréquents, et on signale l’exécution de femmes qui auraient farouchement résisté. Les exécutions sommaires de plusieurs membres d’une même famille se sont souvent effectuées sous le regard des enfants, quand ceux-ci n’étaient pas également sacrifiés.

À la suite des bombardements et des meurtres en masse, les soldats se sont livrés au pillage et ont mutilé de nombreux habitants afin de récupérer les bijoux qu’ils portaient. Ces pratiques ont contribué à alimenter le climat de terreur.

Étant donné que la ville a toujours été le fief de l’opposition au régime en place et que l’hostilité au parti Ba‘th y était forte, l’appareil sécuritaire s’y est déployé avec d’autant plus d’envergure. La répression s’est accompagnée d’une campagne de traque contre l’ennemi intérieur (Lobmeyer, 1995). Mais il est surtout notable que les autorités aient tenté de faire disparaître, le plus rapidement possible, les traces du massacre. La destruction d’une partie de la ville a inévitablement conduit des familles à chercher à se loger ailleurs car leur domicile n’avait pas échappé au pilonnage. D’autres familles ont préféré quitter la cité, mais pour d’autres raisons et essentiellement par crainte des représailles, a fortiori si elles continuaient d’être soupçonnées de connivence avec l’opposition islamiste. À cet égard, la vaste campagne « d’enlèvements » d’individus liés à Hama, probablement menée par les forces sécuritaires, a encouragé le départ des nombreux habitants. Enfin, la reconstruction de Hama a commencé très peu de temps après le siège. Le centre-ville, totalement sinistré par les combats, a été remis en état moins d’un an plus tard (Hottinger, 1983). De larges voies ont été creusées pour desservir de nouveaux quartiers en périphérie avec de nombreux équipements : des écoles, des centres commerciaux, des installations sportives, mais aussi un hôpital et de nouveaux bâtiments pour accueillir des associations paysannes. Hautement symbolique est la reconstruction des deux grandes mosquées et de l’église de Hama, lesquelles avaient été réduites à l’état de poussière.

Les témoins

D’après les sources, il semble que le seul journaliste étranger présent aux alentours de la ville au moment des événements ait été le Britannique Robert Fisk. Il parvint à s’y rendre pendant quelques jours et a relaté l’assaut dans son ouvrage Pity the Nation.

Le journaliste Arnold Hottinger y a également séjourné et témoigne dans un très bref article de l’état d’esprit des habitants un an après les événements. Il évoque la chape de plomb qui s’est abattue sur la ville et l’omniprésence évidente d’agents du Renseignement. Par ailleurs, il insiste sur les efforts considérables déployés par les dirigeants politiques syriens afin d’effacer les stigmates de l’offensive armée. Ensuite, il y a les informations fournies par le Bureau d’information des Frères musulmans et par les militants de l’organisation. La majeure partie d’entre elles concerne les pertes des forces gouvernementales pendant l’offensive et quelques informations parcellaires sur l’engagement des combats face à 500 hommes environ des « Brigades de Défense » dans la nuit du 2 février 1982 (Batatu, 1999: 269).

En dehors de quelques photos, il n’y a aucun document filmé connu qui puisse rendre compte des affrontements. C’est à l’initiative d’Amnesty International que certains faits ont pu être reconstitués sur la base des témoignages des habitants. Malheureusement, nous ne disposons d’aucune déclaration personnelle émanant des hauts responsables civils et militaires qui ont participé à ce drame.

Mémoire de l’événement

Il faut rappeler que les combats à Hama se déroulent dans un climat insurrectionnel. Déjà connu pour sa grande opacité, le régime syrien s’est emmuré pour faire face à la déstabilisation et il veille, aujourd’hui encore, à ce que nul en Syrie ne conteste au massacre son statut d’« incident ». On comprendra donc aisément que la presse syrienne n’ait pu, jusqu’alors, rendre compte de ce tragique épisode de l’histoire du pays.

Globalement, la brutalité de la répression a été vécue comme un véritable traumatisme par la population de Hama et a durablement marqué les esprits. Devant l’inégalité du rapport de force et la détermination des tenants du pouvoir à sacrifier une partie des habitants pour la préservation de l’ordre politique, les tentations de s’exprimer étaient faibles. De surcroît, la loi 49 punissant de mort l’appartenance à la mouvance des Frères musulmans est toujours en vigueur ; sans compter que tout acte s’apparentant à la « diffusion de fausses nouvelles » est également passible de poursuites devant les tribunaux. Dans un tel contexte, des initiatives anodines prennent rapidement un caractère subversif.

Il faut également souligner, qu’après février 1982, un très grand nombre de personnes réprimées ont été emprisonnées, officiellement pour être mises à la disposition de la justice et des autorités, afin d’apporter un complément à l’enquête. Une bonne part d’entre elles, y compris le grand Mufti de Hama, une autorité religieuse, n’a jamais reparu (Comité Syrien des droits de l’Homme, 2005). Ce type de procédé avait pour évidente finalité d’organiser la disparition du plus grand nombre de personnes susceptibles de donner un écho à leur témoignage au-delà de la sphère privée ; ce dont les autorités s’inquiétaient. Il était impératif que l’exemple de Hama soit dissuasif, qu’il symbolise la violence et la peur, mais que des preuves accablantes pour le régime ne puissent être massivement collectées.

Enfin, la répression à Hama constitue un tabou que les dirigeants syriens veillent à entretenir sans fléchir. En effet, plus de vingt années après, l’activité des successeurs aux postes gouvernementaux procède du même cadre institutionnel et politique. Cela signifie que les bases du pouvoir n’ont pas substantiellement changé depuis le massacre, mais surtout que ceux qui se trouvent actuellement à la tête de l’État occupaient déjà, à l’époque, certains postes de responsabilité, et notamment les officiers des Forces armées. Une sociologie sommaire de l’élite au pouvoir montre que l’appartenance confessionnelle à encore son importance, ce qui a pour conséquence d’alimenter les antagonismes sociaux d’hier. Mettre le massacre de Hama sur la place publique reviendrait à aviver des tensions sociales déjà perceptibles et rappeler que les Frères musulmans ont constitué l’opposition la plus déstabilisatrice du régime.

Pour l’ensemble de ces raisons, aucun « travail de mémoire » n’a pu s’initier en Syrie, bien que certains observateurs en mentionnaient l’éventualité avec l’accession au pouvoir de Bashar al-Assad. En prenant l’option d’une libéralisation, même limitée, le leadership politique pourrait faire le bénéfice de davantage de pluralisme. Dès lors, il est envisageable qu’une partie des élites soit favorable à ce que l’histoire ou les Autorités publiques jugent « l’événement », comme cela s’est passé au Maroc sous le nouveau règne de Mohamed VI.

En définitive, en Syrie, le « travail de mémoire » concernant Hama se pose davantage en termes d’extension du pluralisme politique qu’en termes de renouvellement générationnel de l’élite.

Interprétation des faits

Quelle a été la résonance du drame de Hama auprès des dix millions de Syriens de l’époque et dans quelle perspective replacer cet événement dans l’histoire du pays ? La première interrogation s’avère malheureusement toujours aussi difficile à lever aussi longtemps que persistera ce régime particulier.

Pour répondre à la seconde question, Fouad Ajami nous livre quelques pistes d’interprétation : « the tactics and passions of the true believers in the Brotherhood may have been somewhat extreme, but they served as a vehicle for the resentments of the Sunni majority […] The cadets were no longer the symbol of national security in a sacred fight with Israel but the beneficiaries of a regime of privilege and corruption. The Brotherhood eluded the regime’s determination to crush it because it fed off the sympathies of the majority of the population » (Ajami, 1992: 215). Du point de vue des autorités, les objectifs étaient clairs, il s’agissait d’en finir, quels que soient les moyens mis en oeuvre, avec l’insurrection et d’« éradiquer » l’opposition islamiste. En démontrant que le pouvoir était prêt à tout, y compris au massacre de sa propre population, pour assurer sa perpétuation, il imposait un rapport de force totalement défavorable à l’opposition. Pour le politiste Hanna Batatu, le massacre perpétré devait servir de repoussoir à « all of Syria’s other cities and to Syrians of all political tendencies » (Batatu, 1999: 274).

À la suite de Hama, les principaux responsables des Frères musulmans encore présents en Syrie ont rejoint les exilés d’Allemagne qui avaient fuit la première vague de répression de 1977. Les dirigeants rescapés de la Tali‘a al-muqatila (« l’avant-garde combattante ») et notamment Adnan Oqla, ont gagné, quand ils le pouvaient, la Jordanie, le Koweït, l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan.

Malgré tout, une « alliance nationale pour la libération de la Syrie » s’est constituée, quelque temps plus tard, réunissant dans un front commun contre le régime l’organisation des Frères syriens et des partis laïcs comme le Mouvement socialiste arabe. Les Autorités ont réagi en engageant des négociations secrètes et différenciées. ‘Ali Duba, chef des Renseignements militaires, fut chargé de cette tâche. Il procéda avec habileté en parvenant à neutraliser la branche militaire des Frères musulmans, déjà en proie à des défections. Les tractations avec la branche politique ont été plus difficiles et aucun accord global ne fut trouvé. De ce processus, il résulta, quelques années après, l’éclatement de « l’alliance » et la division des Frères musulmans syriens en différentes tendances, telle la branche historique de ‘Issam al-Atar, de ‘Ali Bayanuni ou encore de ‘Adnan Sa‘deddine, toutes divergentes quant à la ligne d’action à adopter face au pouvoir syrien.

Pour le sociologue Michel Seurat, il faut replacer les affrontements de Hama dans une problématique plus profonde que celle de la légitimité et de la contestation d’un régime. Il perçoit dans la violence « le phénomène moteur du système social » (Seurat, 1989: 39). En effet, comment expliquer autrement « l’acharnement avec lequel des Unités spéciales du régime ont pilonné Hama ». L’auteur développe son argumentation autour du fait que les Alaouites qui constituaient, d’une certaine manière, la minorité au pouvoir à l’époque (ce qui est en quelque sorte valable aujourd’hui), étaient autrefois et pendant une longue période exploités et humiliés. Ils ont toujours été considérés comme appartenant à une branche sectaire et déviée de l’islam orthodoxe et, de ce fait, étaient persécutés par les sunnites. Hama a été l’expression violente de leur rancoeur et de leur ressentiment à l’égard des féodaux de cette ville qui ont contribué à leur avilissement. Même si les rapports sociaux avaient évolué dans leur aspect général depuis la prise du pouvoir du Ba‘th en 1963, les hauts responsables alaouites restaient convaincus que « la moindre concession de leur part les ramènerait à leur ancien état de « damnés de la terre » (Seurat, 1989: 41). Seurat voit dans « l’exercice brutal » du pouvoir la condition de régénérescence de la solidarité communautaire. En somme, il laisse entendre que « l’esprit de corps » de cette minorité confessionnelle en Syrie tendrait à se raffermir lorsque les individus qui la compose prennent part, de manière unitaire et parfois violente, aux conflits sociaux. On trouve les prémisses de cette idée chez l’historien Ibn Khaldun, pour qui les guerres tribales et claniques sont un moyen de consolider la cohésion d’un groupe en vue de la domination politique. Cette violence spécifique serait tout autant significative de « l’organisation du système social » que de la volonté des responsables syriens d’user de la terreur.

Pour tranchée qu’elle soit, cette interprétation tient compte des évolutions sociopolitiques depuis la prise de pouvoir de Hafez al-Assad en 1970 et s’appuie sur une rigoureuse enquête de terrain. Par conséquent, il est inopportun de la négliger. À l’instar de ce que nous avons brièvement décrit, la fin de la décennie 1970 et le début des années 1980 ont été les témoins d’une véritable exacerbation des extrémismes dans le pays, ramenant les tensions sociales – entre autres communautaires – et la coercition étatique à des niveaux inégalés depuis l’indépendance. La question qui se pose en permanence et dont Michel Seurat a tenté de trouver la réponse est la suivante : Pour quelle raison le pouvoir syrien a-t-il répondu à l’insurrection armée des Frères musulmans de manière aussi démesurée et impitoyable et en exterminant des milliers de civils ?

Une réponse est envisageable à condition de saisir la perception qu’avaient les dirigeants de l’époque de l’opposition islamiste et de la confronter à la menace qu’elle représentait objectivement dans un pays sunnite à plus de 70 %. Ce n’est pas tant la confrontation idéologique avec les Frères musulmans que le leadership politique redoutait, mais bien plus son potentiel de mobilisation, soutenu par l’idée que quatorze siècles témoignent, dans la région, du « droit imprescriptible du sunnisme » à prendre la direction des affaires (Seurat, 1989: 60). Pour les principaux dirigeants, l’idée d’un renversement aurait signifié, non pas seulement leur relégation dans l’antichambre de la vie politique, mais surtout le risque réel de faire l’objet d’une persécution populaire et l’éventualité que les nouveaux venus purgent brutalement l’appareil d’État.

Mais comme nous l’avons déjà signalé, la menace d’une chute du régime était, à cette période, plutôt faible. Deux raisons incitent à le penser : l’état de stabilisation d’institutions établies en 1973 et la relative incapacité politique des Frères musulmans. Durant les troubles, les responsables du Parti et du gouvernement ont d’abord tenté de mobiliser la population, afin qu’elle apporte son soutien au régime. Ce mouvement s’est opéré à travers les relais dont disposait le pouvoir, à savoir, les organisations populaires comme les syndicats et associations. Ils ont, ensuite, entamé des négociations avec des cléricaux que l’on savait proches de la mouvance radicale. De leur côté, les « Frères » ont mésestimé la difficulté d’organiser une mobilisation multisectorielle et pâti de l’indigence de leur projet politique.

Quoi qu’il en soit, les événements prennent une toute autre tournure après la tentative d’assassinat manquée visant Hafez al-Assad, le 26 juin 1980. La détermination des Frères musulmans à subvertir l’ordre sécuritaire et ba‘thiste syrien ne faisait plus de doute. Au surplus, elle montrait leur propension à infiltrer les Forces armées. Dès lors, le régime s’est arc-bouté sur ses institutions répressives et il s’en est suivi des ratissages dans les régions du Nord (Alep, Hama), lesquelles sont considérées comme perméables à la propagande des Frères musulmans. À cela s’ajoute la mise sur pied de milices alaouites, les sanglantes opérations de représailles des Forces spéciales à des attentats commis contre des officiels, et le durcissement des lois pénales. À partir de 1981, il semble que tout recours permettant d’enrayer le cycle de la violence avait manifestement disparu. D’ailleurs, les analystes qui traitent de l’évolution du régime syrien révisent alors leur jugement et se montrent notoirement pessimistes quant aux chances pour le système d’échapper à un ébranlement à court terme. Il est probable qu’en ces circonstances, les franges les plus radicales du pouvoir, principalement concentrées dans l’appareil sécuritaire, ont considérablement pesé sur le processus de prise de décision. Ainsi, la primauté aurait été accordée aux solutions qu’ils proposaient pour le règlement du conflit. Il semble que sur le terrain, ils aient eu toute latitude pour apprécier la situation et agir en conséquence afin d’anéantir l’opposition et « défendre les acquis de la révolution » ; l’utilisation de la terreur constituant l’un des moyens d’y parvenir. Cette violence endémique a vraisemblablement fait de Hama le point paroxystique d’une antinomie entre l’action du leadership politique et la dynamique sociale.

L’ensemble des organisations non gouvernementales et des observateurs de l’époque ont qualifié les événements de Hama de « massacre ». En définitive, d’aucun ne contestera le caractère organisé du processus de destruction, par les dirigeants syriens, de combattants et surtout de civils, ainsi que de leurs biens afin d’atteindre des objectifs définis. À l’heure actuelle, la question du jugement des principaux protagonistes de ce drame, dans les rangs du pouvoir, reste hypothétique, voire inenvisageable. En effet, le premier d’entre eux, Hafez al-Assad, est décédé en juin 2000.

Bibliographie.

Aucun ouvrage ne fait de son thème principal le massacre de Hama. On ne trouve les informations afférentes à cet événement que dans de nombreuses parties et sous-parties de livres portant sur des thématiques plus larges, notamment l’opposition islamiste et les conflits dans le Moyen-Orient contemporain, la vie politique et sociale en Syrie ou encore sur les nouvelles idéologies dans le Monde arabe. Seuls certains articles font de cet événement leur sujet essentiel, comme celui d’Arnold Hottinger, mais aussi celui de Thomas L. Friedman.

Deux principaux rapports émanant d’organisations non gouvernementales sont disponibles, celui d’Amnesty International et celui du Comité syrien des droits de l’homme. On peut également lire les témoignages sur les événements dans les publications des Frères musulmans syriens (Al-Nadhir).

Rapports et Communiqués

Amnesty International, 1983, Syria : An Amnesty International Briefing , London.

Amnesty International, 1983, Report from Amnesty International to the Government of the Syrian Arab Republic .

Rapport du Comité Syrien des droits de l’Homme, 2005 :

[http://www.shrc.org/data/aspx/d0/1260.aspx->http://www.shrc.org/data/aspx/d0/1260.aspx]

Communique of the Islamic revolution in Syria and it success, 1980, « Bayan al-thawrat al islamiyah fi suriya wa najahuha », Damascus: Command of the Islamic Revolution in Syria. Existe également en traduction française : « Déclaration et programme de la Révolution islamique en Syrie ».

Ouvrages

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Articles

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Citer cet article

Quiades Ismael, Le massacre de Hama - février 1982, Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 12 Octobre, 2009, accéder le 21/11/2018, https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/le-massacre-de-hama-fa-vrier-1982, ISSN 1961-9898