La Hongrie et les Juifs. De l’âge d’or à la destruction, 1895-1945

Date: 
13 Juillet, 2016
Auteur: 
Rozett Robert

Cet article a été traduit par Odile Demange, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

 

La persécution des Juifs de Hongrie, qui a culminé avec la tentative de destruction de l’intégralité de la communauté juive du temps de la Seconde Guerre mondiale, s’est caractérisée par sa rapidité et son intensité au cours des derniers mois du conflit. L’Holocauste des Juifs de Hongrie a été une « joint-venture » qui a opéré pendant la période d’occupation de ce pays par les Allemands, sous la conduite de ces derniers, mais avec une participation non négligeable de citoyens hongrois.

Entre le milieu du XIXe siècle et la fin de l’Holocauste, la place des Juifs dans la société de la Hongrie moderne en gestation a fait l’objet de débats extrêmement sérieux parmi les Hongrois eux-mêmes. Les désaccords sur les possibilités d’intégration des Juifs dans l’État-nation émergent étaient nombreux. On distinguait pour l’essentiel trois conceptions rivales de leur rôle dans la société hongroise : 1) la revendication inconditionnelle d’égalité des droits pour les Juifs ; 2) la volonté de subordonner l’émancipation des Juifs à leur assimilation au sein de la nation hongroise ; 3) le refus pure et simple de leur accorder l’égalité sous prétexte que leurs traits de caractère invétérés interdisaient toute assimilation.

Lors du compromis de 1867 qui fonda la double monarchie austro-hongroise, l’élément libéral de l’élite hongroise l’emporta et les Juifs de Hongrie obtinrent, à titre individuel, l’intégralité des droits juridiques. Le judaïsme en tant que religion était « toléré », sans être pour autant sur un pied d’égalité avec le christianisme : les chrétiens ne pouvaient pas s’y convertir, les Juifs ne pouvaient pas légalement épouser des chrétiens, sauf en se convertissant au christianisme. Ce n’est qu’en 1895, au terme de trois années d’intenses débats parlementaires, que le judaïsme devint une « religion reçue », obtenant ainsi d’être traité d’égal à égal avec le christianisme. Lorsque le projet de loi à cet effet fut enfin mis aux voix, il fut adopté à l’unanimité. 1 En outre, durant la période qui précéda le déclenchement de la Première Guerre mondiale, les magnats juifs de la banque, du commerce et de  l’industrie commencèrent à avoir leurs entrées dans les plus hautes sphères, surtout s’ils se convertissaient au christianisme. Dans les annales de la communauté juive hongroise, cette période est considérée comme un âge d’or au cours duquel les Juifs purent prospérer. Néanmoins, un groupe non négligeable de Hongrois continuaient à estimer qu’il restait aux Juifs à prouver qu’ils étaient de bons Hongrois en rejetant tous les vestiges de leur judéité, tandis que d’autres demeuraient convaincus qu’aucune assimilation n’était possible. Sans être dominant, l’antisémitisme n’avait donc pas disparu.

Le scepticisme quant à l’aptitude des Juifs à se fondre entièrement dans le tissu national hongrois était particulièrement fort parmi ceux qui faisaient l’apologie du passé et rejetaient le monde libéral émergent. De fait, ceux qui s’opposaient à ce dernier considéraient les Juifs comme ses agents privilégiés. Le Katolikus Néppárt (parti catholique populaire) était peut-être la formation politique la plus importante à professer ce point de vue. Ce phénomène n’était pas réservé à la Hongrie et trouvait des équivalents dans d’autres pays européens, à l’image de l’Allemagne et de la France.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale et du démembrement de l’empire austro-hongrois, la Hongrie ressurgit sous forme d’État-nation, à l’intérieur de frontières extrêmement resserrées officialisées par le traité de Trianon, qui fut signé le 4 juin 1920. La perte des deux tiers de sa population et de plus des deux tiers de son territoire représentait un grave coup dont les répercussions se feraient sentir dans le discours hongrois durant de longues années. Au cours de sa première année tumultueuse d’existence en tant qu’État autonome, la Hongrie fut en proie à une grande instabilité. Comme en Allemagne, l’inflation monta en flèche et la gauche radicale bolchevique chercha à prendre le pouvoir. Le 21 mars 1919, avant même la signature du traité de Trianon, elle réussit à établir à Budapest une République hongroise des soviets, qui se maintint au pouvoir pendant plus de six mois. Ses membres se livrèrent à des actes de violence contre ceux qu’elle percevait comme ses adversaires, parmi lesquels des Juifs hongrois. Béla Kun, ministre des Affaires étrangères, était la figure majeure de la République. De père juif, Kun représentait aux yeux de bien des Hongrois l’incarnation même du judéo-bolchevisme. L’idée que, si tous les bolcheviks (communistes) n’étaient pas juifs, tous les Juifs étaient bolcheviques et que le bolchevisme s’inscrivait dans un complot juif visant à l’hégémonie, fut très répandue dans une grande partie de l’Europe centrale et orientale après la révolution bolchevique de Russie en 1917.

Durant l’été 1919, avec l’encouragement des Alliés occidentaux vainqueurs, les Roumains et, dans une moindre mesure, les Tchèques lancèrent une offensive contre le régime des soviets. En novembre, les forces étrangères contrôlaient l’essentiel de la Hongrie. Cependant, aux yeux de l’opinion publique, le mérite d’avoir mis fin à la République des soviets revenait moins aux forces étrangères qu’aux contrerévolutionnaires hongrois de droite.

Ces contrerévolutionnaires étaient connus comme « les hommes de Szeged » et leur idéologie politique réactionnaire présentée comme l’« idée de Szeged ». L’amiral Miklos Horthy s’affirma bientôt comme le commandant et le chef des forces armées contrerévolutionnaires. Tandis que la République hongroise des soviets s’effondrait, les hommes de Horthy se livrèrent à des actes de terreur contre ceux que l’on accusait d’être liés au régime bolchevique abhorré, ce qui hâta encore la chute de celui-ci. Des milliers d’individus furent victimes de ce qu’on appelle aujourd’hui la Terreur blanche.

Dans la mesure où Béla Kun et plusieurs autres éminentes personnalités de son cercle étaient juifs ou d’origine juive, la Terreur blanche s’accompagna d’un puissant déferlement d’antisémitisme. De nombreux Juifs furent purement et simplement assassinés, tandis que d’autres étaient victimes de passages à tabac. Bien que la plupart des Hongrois aient considéré la République des soviets comme juive et aient continué à défendre cette idée plusieurs dizaines d’années après sa chute, l’écrasante majorité des Juifs ne s’identifiait pas avec le régime des soviets, et ne le soutenait pas. Par ailleurs, de nombreux Juifs étaient de fervents patriotes hongrois, convaincus en tant que tels que les Juifs et les élites gouvernantes de Hongrie partageaient des intérêts communs. Certains Juifs restèrent fidèles à cette idée pendant toute la période de l’entre-deux-guerres et au-delà.

Le 1er mars 1920, Horthy devint régent du royaume (chef d’État), remplaçant ainsi le roi de Hongrie qui ne fut pas rappelé sur le trône par l’Assemblée nationale hongroise. De toute évidence, Horthy n’eut jamais la moindre intention de rendre les rênes du pouvoir au monarque déposé, pas plus qu’à un nouveau souverain, quel qu’il fût. Le traité de Trianon, qui privait la Hongrie d’une grande partie de son territoire ancestral, fut signé le 4 juin 1920 et ratifié le 13 novembre de la même année. Désormais, la droite fit de la révision de ce traité et de la reconquête du territoire hongrois perdu un de ses chevaux de bataille, un programme rapidement adopté par le courant d’opinion dominant.

Dans la Hongrie tronquée de l’entre-deux-guerres, dépouillée de l’essentiel de ses nationalités d’autrefois, les Juifs devinrent la minorité la plus vulnérable. En 1920, la Hongrie abritait un tout petit moins d’un demi-million de Juifs, qui composaient approximativement six pour cent de la population. C’était la deuxième communauté juive la plus importante d’Europe après celle de la Pologne. Les Juifs hongrois constituaient probablement la fraction la plus instruite de la société hongroise. Bien que la plupart d’entre eux aient appartenu à la classe moyenne et aient exercé une activité dans le commerce, les petites entreprises, l’artisanat et les professions libérales, certains Juifs occupaient également une position éminente dans la vie artistique et intellectuelle ; on trouvait même un groupe restreint mais non négligeable de propriétaires fonciers. Les deux tiers des Juifs se réclamaient du judaïsme néologue (plus ou moins équivalent du judaïsme conservateur américain), un peu moins de 30 % étaient orthodoxes, les autres appartenant à une tendance dite « du statu quo ante » regroupant des communautés juives qui ne se sentaient liées ni aux néologues, ni aux orthodoxes. Les Juifs de Hongrie étaient magyarophones et la plupart s’identifiaient fortement avec la nation hongroise. Le nationalisme juif, le sionisme, était plutôt marginal à l’époque et ne gagnerait du terrain que pendant les années de guerre. Bien que les Juifs n’aient représenté que 6 % de la population et se soient profondément identifiés avec la Hongrie, la « question juive » occupait une large place dans le discours public, en même temps que la lutte pour recouvrer les territoires perdus. Dans l’esprit populaire, les Juifs passaient fréquemment pour être la cause de la chute de la Hongrie. 2

La législation antijuive dans l’entre-deux-guerres


En septembre 1920, le gouvernement Horthy adopta un numerus clausus qui plafonnait les effectifs d’étudiants juifs pouvant être admis dans les établissements d’enseignement supérieur. Ce plafond était fixé à 6 % du nombre total d’étudiants, soit le pourcentage de Juifs au sein de la population de la Hongrie réduite de l’entre-deux-guerres. Cette mesure reflétait la « voie chrétienne » adoptée par l’administration, qui cherchait à limiter la place des Juifs dans la vie publique sans nuire excessivement à l’économie du pays. Cette mesure blessa la fierté de nombreux Juifs hongrois, et incita un grand nombre de jeunes Juifs à partir faire leurs études à l’étranger. 3

En avril 1921, le comte István Bethlen devint Premier ministre et il resta en fonction jusqu’en 1931. Au cours de cette période, les autorités n’appliquèrent pas la loi antijuive avec une grande rigueur. Bethlen était plus soucieux de conserver le soutien des responsables juifs de l’industrie et de la banque dans ses efforts pour revitaliser l’économie hongroise que d’exécuter cette loi restrictive à la lettre. Le comte Gyula Károlyi, qui succéda à Bethlen au poste de Premier ministre, suivit son exemple dans ce domaine.

En octobre 1932, Guyla Gömbös, un ancien officier qui avait fait partie des hommes de Szeged, devint Premier ministre. Il nourrissait des idées farouchement antisémites. Pourtant,  pendant son mandat qui dura jusqu’à sa mort en 1936, il réfréna souvent sa rhétorique antisémite en public, car en ces temps de grave dépression mondiale, il avait besoin de l’aide de la communauté juive pour faire face à la situation économique du pays. Gömbös n’en prépara pas moins en coulisse le terrain à de nouvelles lois antijuives. Non content d’espérer restreindre encore les droits des Juifs, il avait l’ambition d’établir un État fasciste en Hongrie. Il mourut avant d’avoir pu réaliser cet objectif.

Gömbös réussit cependant à favoriser une politique étrangère plus favorable à l’Allemagne. Les tendances germanophiles des gouvernements hongrois entre le début des années 1930 et la fin de la Seconde Guerre mondiale jouèrent un rôle majeur dans l’évolution des persécutions subies par les Juifs hongrois. Les dirigeants hongrois souhaitaient coopérer avec Hitler, sans pourtant tomber entièrement dans l’orbite de l’Allemagne. Nombre d’entre eux espéraient qu’en collaborant avec l’Allemagne, ils obtiendraient la restitution des territoires arrachés à la Hongrie après la Première Guerre mondiale ; d’autres en revanche continuaient à se méfier de l’hégémonie allemande, craignaient d’être entraînés dans une guerre coûteuse ou se sentaient politiquement et culturellement bien plus proches de la Grande-Bretagne que de l’Allemagne. Avant l’adoption de la Solution Finale, la persécution des Juifs telle que la pratiquait le régime de Horthy contentait Hitler et servait plus ou moins de soupape de sécurité dans les relations germano-hongroises ainsi qu’à l’égard des éléments les plus à droite de Hongrie. En revanche, quand l’extermination massive et systématique des Juifs fut érigée en politique officielle de l’État nazi, le gouvernement hongrois n’en fit pas suffisamment aux yeux d’Hitler et de ses cohortes, pas plus qu’à ceux des extrémistes hongrois. Ils n’obtiendraient satisfaction qu’en 1944 avec l’occupation de la Hongrie par les Allemands lesquels, avec la coopération des Hongrois, envoyèrent les Juifs à la mort. 4

Après le décès de Gömbös en 1936, son successeur, Kálmán Darányi, imposa une législation contre les Juifs inspirée du travail préparatoire de Gömbös. Darányi démissionna en mai 1938 avant l’adoption du projet de loi, adopté sous son successeur, Béla Imredy, le 29 mai 1938. Ce qu’on appelle la première loi antijuive limitait à 20 % la place des Juifs dans l’économie et dans les professions libérales de la Hongrie.

La deuxième loi antijuive fut adoptée le 4 mai 1939 sous le gouvernement du Premier ministre Pál Teleki et appliquée le lendemain. Elle réduisait encore la place des Juifs dans la vie économique hongroise, fixant un plafond à 6 %. La loi définissait comme Juifs ceux qui se déclaraient comme tels ou qui avaient un parent ou deux grands-parents membres de la communauté juive à cette date. La loi ne s’appliquait cependant pas à ceux qui étaient nés chrétiens, dont les parents étaient chrétiens au moment de leur mariage ou qui s’étaient convertis avant le 1er janvier 1939. Cette dérogation concernait également les soldats blessés sur le front, ou ceux qui avaient obtenu une ou plusieurs médailles pour acte de bravoure, les veuves et les enfants des soldats morts à la guerre, les participants à la contrerévolution et ceux qui travaillaient comme conseillers de la cour, professeurs, prêtres, ecclésiastiques ou qui étaient champions olympiques. La classe moyenne inférieure, les artisans, les employés de bureau et la plupart des membres des professions libérales furent en revanche touchés de plein fouet par les effets de cette loi. Celle-ci élargit le fossé entre riches et pauvres et accéléra l’appauvrissement de la communauté juive dans son ensemble. 5

La troisième loi antijuive, adoptée le 23 juillet 1941 sous le gouvernement de Lászlo Bárdossy et promulguée le 8 août de la même année, se rapprochait davantage des lois nazies de Nuremberg dans son ton et dans sa définition raciale des Juifs. Comme la loi de Nuremberg initiale, elle interdisait le mariage entre Juifs et non Juifs, ce qui lui valut d’être couramment surnommée loi de protection raciale. Selon Nathaniel Katzburg, elle devint une des clés de voûte du processus d’exclusion et d’élimination des Juifs de la société hongroise. 6

D’autres restrictions législatives imposées aux Juifs hongrois avant l’occupation nazie en mars 1944 supprimèrent les derniers vestiges de l’émancipation qui leur avait été accordée au siècle précédent. Un projet de loi voté le 19 juillet 1942 abolissait ainsi le statut de « religion reçue » dont avait joui le judaïsme en Hongrie, tandis qu’une loi promulguée le 6 septembre 1942 interdisait aux Juifs d’acquérir des propriétés agricoles et exigeait le transfert des biens juifs à des non Juifs. 7

L’alliance avec l’Allemagne nazie et la guerre


Durant la période où furent adoptés les projets de lois antijuives, la Hongrie commençait à voir se réaliser ses vœux de restitution des territoires perdus à Trianon grâce à ses liens plus étroits avec l’Allemagne nazie. La partie méridionale de la Slovaquie fut transférée à la Hongrie le 2 novembre 1938 peu après les accords de Munich, en vertu de ce qu’on a appelé le premier arbitrage de Vienne. La Ruthénie subcarpathique 8, qui appartenait la République tchécoslovaque depuis la Première Guerre mondiale, fut rendue à la Hongrie le 15 mars 1939, quand les Allemands réalisèrent le démembrement de la Tchécoslovaquie. Finalement, grâce à un accord signé par le ministre allemand des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop et par son homologue italien, le comte Galeazzo Ciano, et avec l’accord réticent de la Roumanie, la Transylvanie du Nord fut placée sous domination hongroise en vertu du deuxième arbitrage de Vienne, le 30 août 1940. Alors que l’Allemagne d’Hitler inspirait une profonde aversion et une vive méfiance à certains membres des classes dirigeantes, ceux-ci acceptèrent, par reconnaissance pour la restitution de ces territoires et par crainte de l’Union soviétique, que la Hongrie se range de plus en plus clairement dans le camp allemand.
Bien que la Hongrie ait été le premier pays à rejoindre le pacte tripartite entre l’Allemagne, l’Italie et le Japon le 20 novembre 1940, l’armée hongroise ne s’engagea pas aux côtés de l’Allemagne nazie durant les dix-huit premiers mois de la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est que lorsque Hitler fit miroiter à ses responsables la possibilité de reconquérir une autre partie de leur ancien territoire désormais placé sous le joug de leur allié formel, la Yougoslavie – la région de Délvidék, formée de Bácska et de Baranya, aujourd’hui respectivement en Serbie et en Croatie – que la Hongrie entra en guerre. Pour le Premier ministre Teleki, qui éprouvait un fort sentiment d’échec sur de nombreux fronts, la trahison de la Yougoslavie, ancienne alliée de son pays, fut probablement le coup fatal qui le poussa au suicide. 9 Le nouveau Premier ministre, László Bárdossy, fit franchir la frontière yougoslave aux forces hongroises le 11 avril 1941, cinq jours avant le début de l’invasion allemande de la Yougoslavie, pour s’emparer d’un territoire abritant plus d’un million d’habitants, dont plus du tiers étaient des Hongrois de souche. 10

En 1941, après ces gains territoriaux, le recensement révélait que la Grande Hongrie abritait 725 000 habitants de confession juive. Au moment de l’entrée en vigueur de la Troisième loi juive définissant comme Juifs ceux qui avaient trois ou quatre grands-parents juifs quelle que fût la religion qu’ils pratiquaient, les autorités hongroises répertoriaient 786 555 personnes comme juives. Selon Tamás Stark, qui a effectué les recherches les plus approfondies à cette date sur les données démographiques juives en Hongrie, il y avait peut-être jusqu’à 820 000 individus concernés par cette définition raciale des Juifs à la veille de l’entrée en guerre de la Hongrie contre l’Union soviétique, dans le courant de l’été 1941. 11

Le 27 juin 1941, invoquant le bombardement de Kosice (Kassa) et Mukachevo (Munkács) qu’ils reprochaient à l’aviation soviétique, les Hongrois envoyèrent pour la première fois des troupes au-delà de la frontière avec l’Union soviétique, rejoignant ainsi l’armée d’invasion allemande qui était intervenue une semaine auparavant. Comptant pour finir 90 000 hommes, cette force servit essentiellement en Ukraine et dans une partie de l’actuelle Biélorussie. En raison de pertes relativement lourdes, d’un équipement obsolète et d’un manque évident d’enthousiasme, les Hongrois comme les Allemands acceptèrent de retirer l’essentiel des troupes hongroises à la fin de l’automne 1941. 12

Au début de 1942, Hitler réclamant plus de troupes, la Seconde Armée hongroise fut envoyée au feu. 13 Dans le courant de l’année, le nombre de membres du personnel militaire hongrois dans la zone de guerre atteignit plus de 200 000 hommes, parmi lesquels entre 32 000 et 39 000 travailleurs forcés juifs. 14 En juin 1942, les troupes allemandes marchèrent sur le Don dans l’espoir que l’essentiel des forces allemandes réussirait finalement une percée dans le Caucase. L’avancée des Allemands sur Belgorod créa une brèche de plus de 700 km. Les alliés de l’Allemagne – Hongrois, Roumains et Italiens – furent chargés de s’accrocher à ce territoire. On interposa les Italiens entre les soldats hongrois et roumains pour éviter les querelles, voire les conflits ouverts, entre ces groupes rivaux. 15Le secteur hongrois de la ligne de front dessinait un contour très mince au nord de Stalingrad sur 180 km, avec la ville de Voronej au centre. 16

D’autres forces hongroises étaient stationnées derrière les lignes de front, dans le cadre de l’armée d’occupation. Elles étaient essentiellement chargées de maintenir l’ordre et de préserver l’ouverture des voies de ravitaillement des troupes de l’avant. Les activités des partisans, surtout dans les forêts situées au sud de Briansk, ne leur facilitaient cependant pas la tâche. Lorsque arriva l’été 1942, les Hongrois collaboraient étroitement avec le secret militaire allemand pour venir à bout des activités de résistance. 17

L’offensive soviétique à Stalingrad commença le 19 novembre 1942. Pris dans une poche, les Allemands furent littéralement réduits à la famine durant des combats qui comptèrent parmi les plus violents de toute la guerre, et prirent essentiellement la forme d’une guérilla urbaine maison par maison, dans le froid indescriptible de l’hiver russe. La bataille s’acheva par la défaite allemande, le 2 février 1943. 18

Dans le contexte des combats sur le front de Stalingrad, les troupes soviétiques se livrèrent à une attaque contre Voronej les 12 et 30 janvier 1943, infligeant de lourdes pertes aux forces hongroises. Au deuxième jour de l’offensive, l’Armée Rouge creusa dans les lignes hongroises une brèche de 10 km de large sur 12 km de profondeur. Par un froid de – 45°C, les armes s’enrayaient et les troupes étaient transies. Se repliant dans la plus grande confusion, les soldats en fuite prirent la direction générale de Kiev, où l’armée hongroise anéantie se réorganisa au mois de mars. 19

Les pertes hongroises lors de la débâcle de Voronej et de ses répercussions immédiates sont estimées à quelque 80 000 hommes. 20 Environ 5 000 chevaux (principal moyen de transport pour rejoindre le front) trouvèrent la mort et l’intégralité des armes lourdes de l’infanterie, l’essentiel des pièces d’artillerie et du matériel technique lourd, des camions et des chars, furent perdus en même temps que d’importantes quantités de nourriture, d’uniformes, de brodequins et de munitions. 21

Entre le mois d’août 1943 et l’été 1944, les Soviétiques repoussèrent les Hongrois en direction des Carpates. Le 22 juin 1944, trois ans jour pour jour après l’invasion allemande de l’Union soviétique, l’Armée Rouge mena une offensive de grande envergure, l’Opération Bagration, et à la fin août 1944, les Soviétiques se battaient en territoire hongrois. 22 Le 17 janvier 1945, toute la partie de la capitale hongroise appartenant à Pest tomba aux mains des Soviétiques, et les quartiers de Buda subirent le même sort le 12 février.

Le système du Service du travail

Le système du Service du travail, mis sur pied sous l’égide de l’armée hongroise, regroupa finalement plusieurs dizaines de milliers d’hommes que les autorités jugeaient « peu fiables » et indignes de porter des armes. Il s’agissait notamment des représentants de nombreuses minorités, de socialistes, de communistes et d’autres adversaires du régime de droite. Les Juifs étant, collectivement, considérés comme « peu fiables », le Service du travail devint également un moyen de traiter la « question juive ». La persécution des Juifs fut ainsi étroitement liée à ce système au fil de son évolution.

Le Service du travail, dont les racines historiques remontaient à la période de la Première Guerre mondiale, fit l’objet d’une amorce de remaniement en 1939, lorsque la Hongrie se prépara à une guerre qui paraissait imminente. On commença à créer des unités juives en 1940 et, dans le courant de l’été 1941, les Juifs furent, à quelques exceptions près, systématiquement exclus des unités régulières et mutés dans des compagnies de travail. En août 1941, un décret stipulant qu’ils ne pouvaient servir que dans des unités de travail entra en vigueur, et tous les officiers juifs furent privés de leur grade. Ce décret exigeait également que les travailleurs juifs portent des brassards jaunes, tandis que les travailleurs chrétiens considérés comme juifs en vertu de la définition raciale portaient des brassards blancs. Un ordre ultérieur prévoyait que les Juifs ne se verraient pas octroyer d’uniformes mais devraient porter leurs propres vêtements civils, avec des brassards. Les hommes furent alors systématiquement enrôlés par classe d’âge, et bien que la limite d’âge supérieure du service armé fût de 42 ans, cette mesure fut supprimée pour certains Juifs en vue, enrégimentés à un âge plus avancé. 23

La majorité des unités du Service du travail juif affectées sur le front est y furent envoyées en même temps que la Seconde Armée hongroise, dans le courant du printemps, de l’été et de l’automne 1942. Le désastre de Voronej en janvier 1943 ne mit pas fin à l’envoi d’unités de travail sur le front. 24 Pour finir, ce furent près de 100 000 Juifs qui furent enrôlés dans le Service du travail, dont 45 000 envoyés sur le front est, où leur situation fut tellement atroce que seuls 20 % survécurent.

La vie des travailleurs forcés juifs de Hongrie sur le front est a été marquée par une haine et une cruauté gratuites presque inimaginables, entrecoupées de rares gestes d’humanité, voire d’héroïsme. Ces hommes étaient contraints de travailler très dur dans des conditions généralement épuisantes, soumis aux harcèlements impitoyables des officiers et des soldats hongrois responsables d’eux. Des tâches comme le bûcheronnage lui-même pouvaient devenir effroyables quand les hommes étaient obligés de parcourir plusieurs kilomètres en portant sur leurs épaules le bois qu’ils venaient de couper, avant de retourner au travail en courant, et ce plusieurs fois par jour, sous les insultes et les coups. Certains emplois étaient simplement dangereux, comme l’inhumation des corps sur les lignes avancées sans aucune protection alors que les balles tirées par les deux camps sifflaient aux oreilles des travailleurs forcés. D’autres étaient franchement meurtriers, à l’image du déminage sans formation préalable, avec pour tous outils des bâtons destinés à extraire les mines détectées. L’idée implicite était que les hommes révéleraient la présence de mines en posant le pied dessus, avec des conséquences évidentes pour leur vie ou leur intégrité physique

Aussi cruel que fût généralement le traitement qui leur était infligé, il existait certaines exceptions. Quelques soldats et responsables hongrois faisaient de leur mieux pour aider les travailleurs forcés, les traitant comme des êtres humains et cherchant à améliorer leurs conditions de travail. Parmi eux, plusieurs ont été reconnus comme des Justes parmi les Nations par le Yad Vashem.
À l’approche des forces soviétiques, de nombreux travailleurs forcés juifs cherchèrent à être faits prisonniers, espérant que leurs épreuves et leurs souffrances cesseraient rapidement. Malheureusement, les Soviétiques les considérant comme des soldats hongrois, ils furent intégrés dans le système soviétique des prisonniers de guerre. Chose tragique, seul le quart environ de ceux qui furent faits prisonniers survécut.

Sans être facile, le sort des membres du Service du travail restés en Hongrie fut meilleur que celui de leurs pairs envoyés à l’est. Au moment des déportations de 1944, faire partie d’une unité de travail en Hongrie évita aux hommes d’être envoyés à Auschwitz. Vers la fin de 1944, des travailleurs forcés furent affectés à la construction de fortifications sur la frontière autrichienne. La conquête soviétique de la Hongrie paraissant imminente, un grand nombre d’entre eux furent envoyés de l’autre côté de la frontière avec le Reich, où certains furent massacrés, et la plupart incarcérés dans des camps de concentration nazis.

Le système du Service du travail n’était pas conçu comme un instrument de torture et de meurtre. Cependant, au milieu des épreuves de la guerre, alors que l’antisémitisme sévissait dans l’ensemble de la société hongroise et plus particulièrement dans les rangs de l’armée, le travail forcé des Juifs sur le front est devint létal pour la grande majorité d’entre eux. Ce drame s’étant déroulé pour l’essentiel avant l’occupation allemande, la Hongrie fut la principale responsable des conséquences désastreuses du Service du travail pour les Juifs. 25

Entre le déclenchement de la guerre et l’occupation allemande – 1939-1944

Avant l’invasion de la Hongrie par l’Allemagne le 19 mars 1944, les événements de l’Holocauste ne concernèrent guère la grande majorité des Juifs hongrois. Quelques incidents meurtriers se produisirent cependant en Hongrie et dans les territoires annexés au cours de cette période. Si l’on veut comprendre ce qui s’est passé sous l’occupation allemande, il peut être utile de reprendre un certain nombre de fils.

La première rencontre marquante des Juifs avec l’Holocauste hors du système du Service du travail eut lieu dans le courant de l’été 1941. À partir de la mi-juillet et pendant tout le mois d’août, le gouvernement du Premier ministre Lászlo Bárdossy opéra la rafle de 18 000 Juifs destinés à la déportation. Ces Juifs n’avaient, prétendument, jamais acquis la nationalité hongroise, bien que certains d’entre eux aient été établis dans le pays depuis plusieurs générations. Ils furent envoyés de l’autre côté de la frontière hongroise en Galicie, près de Kamenets-Podolski. Certains se retrouvèrent dans d’autres villes voisines. Annexée par l’URSS en 1939 à la suite du pacte germano-soviétique, la Galicie avait été prise par la Wehrmacht lors de l’invasion allemande du 22 juin 1941. Sous la direction de l’Obergruppenführer Friedrich Jeckel, Höherer SS und Polizeiführer (commandant supérieur de la SS et de la police de district), la plupart des Juifs déportés de Hongrie furent assassinés en même temps que la population juive locale à la fin du mois d’août. Environ 2 000 de ces déportés échappèrent aux massacres, souvent en versant des pots-de-vin aux soldats hongrois ou avec l’aide de paysans locaux. Rentrés chez eux,  ils firent des récits terrifiants de ce qu’ils avaient vu et subi en Galicie. Leurs exposés bouleversèrent bien des gens, dont le ministre hongrois de l’Intérieur, Ferenc Keresztes-Fischer. Cela n’empêcha pas la poursuite des opérations de déportation qui touchèrent encore plusieurs milliers de Juifs avant de prendre fin. 26

Des atrocités furent également commises dans les régions de Yougoslavie sous occupation hongroise. Au début de 1942, à la suite d’activités de partisans, le général Ferenc Feketehalmy-Czeydner décida de leur donner une leçon. À Zsablya (Józseffalva) et dans les villages environnants, puis à Novi Sad (Újvidék) et aux alentours, des milliers d’individus, dont 700 Juifs, furent tués de sang froid. 27En décembre 1943, à l’issue de plusieurs enquêtes avortées, les principaux responsables de ces massacres gratuits furent enfin jugés en Hongrie, mais ils réussirent à prendre la fuite et à échapper ainsi à leur châtiment. 28

Des réfugiés juifs étaient arrivés en Hongrie avant même le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, et leurs effectifs s’accrurent dès le début des hostilités. Ces réfugiés apportaient avec eux leurs expériences des persécutions. Au mois de janvier 1942, la Hongrie abritait, selon les rapports, environ 6 000 réfugiés juifs, essentiellement originaires de Pologne et de la Grande Allemagne. 29 Plusieurs organisations leur accordèrent de l’aide : le Joint Distribution Committee, l’OMSZA (la Campagne nationale hongroise d’assistance aux Juifs), le MIPI (le Bureau d’assistance aux Juifs hongrois) ainsi qu’un groupe de militants sionistes qui se constitua autour d’Otto Komoly, responsable de l’Organisation sioniste de Hongrie, et de son adjoint, Rezsö Kasztner. Plus tard, le groupe Komoly-Kasztner fonda le Comité d’aide et de secours de Budapest, qui obtint le statut d’organe officiel de l’Agence juive en janvier 1943. Des représentants du mouvement de la jeunesse sioniste et des Juifs orthodoxes secoururent les réfugiés juifs arrivés en Hongrie, chaque groupe s’occupant de ses propres membres. Certains réfugiés avaient de la famille en Hongrie, ce qui leur permit d’y trouver un asile relativement sûr.

Avec le début des déportations en provenance de Slovaquie en mars 1942, un nombre grandissant de Juifs commença à fuir en direction de la Hongrie. Le flot se poursuivit jusqu’au moment de l’occupation allemande de la Hongrie. Il est difficile d’estimer avec précision le nombre de Juifs slovaques qui arrivèrent ainsi en Hongrie, mais il semble qu’ils aient été entre 6 000 et 8 000. De plus, grâce aux efforts collectifs d’activistes juifs hongrois et slovaques, entre 1 100 et 2 000 Juifs polonais se réfugièrent en Hongrie via la Slovaquie entre février 1943 et le début de l’occupation allemande de la Hongrie. 30

La menace d’assassinats massifs n’étant devenue immédiate pour la plupart des Juifs hongrois qu’en mars 1944, ce que l’on savait en Hongrie à propos de l’Holocauste avant cette date constitue une question essentielle. D’une part, de nombreux Juifs hongrois rescapés affirment dans des récits personnels n’avoir pas vraiment pris la mesure du sort que les Allemands leur réservaient. De l’autre, on sait que des informations sur différents aspects de l’Holocauste arrivèrent en Hongrie avant le début des déportations massives, qui se firent essentiellement en direction d’Auschwitz, à la mi-mai 1944. Les récits de réfugiés n’étaient pas, et de loin, la seule source d’information disponible en Hongrie. La BBC évoqua pour la première fois en juin 1942 les atrocités que les nazis infligeaient aux Juifs d’Europe. Des émissions de radio diffusées ultérieurement par Voice of America et par Kossuth Radio, la station de radio en hongrois financée par Moscou, faisaient également état de cette entreprise d’extermination. 31 Par ailleurs, les membres du Service du travail envoyés sur le front est n’ignoraient rien des assassinats massifs perpétrés par les nazis et il arriva à ceux qui eurent la chance d’être renvoyés en Hongrie de les mentionner. Les soldats hongrois de retour au pays évoquèrent eux aussi les persécutions et les massacres de Juifs. Quant aux activistes juifs hongrois, tels que les dirigeants de la jeunesse sioniste et les gens liés au Comité Komoly-Kasztner, ils furent informés de ces exterminations par le Groupe de travail semi-clandestin des Juifs slovaques. 32

C’est dans ce contexte que Kasztner rencontra des responsables de la jeunesse sioniste en décembre 1943, puis en janvier 1944. Ils s’interrogèrent ensemble sur la façon la plus judicieuse de se préparer à l’éventuelle occupation allemande de la Hongrie. Certains restaient sceptiques, mais d’autres relevèrent le défi de Kasztner et entreprirent de sérieux préparatifs. Ils s’efforcèrent de rassembler des armes le plus rapidement possible et s’apprêtèrent à opposer une résistance armée, sur le modèle de l’insurrection du ghetto de Varsovie en avril 1943. La situation de Budapest étant très différente de celle de Varsovie, ces projets de soulèvement ne se concrétisèrent pas, et la résistance armée demeura très limitée. De jeunes sionistes cherchèrent également à franchir la frontière entre la Hongrie et la Yougoslavie pour rejoindre les partisans de Tito. Certains d’entre eux regagnèrent la Slovaquie, où la situation était devenue un peu plus calme (la majorité de la communauté juive slovaque avait été déportée entre mars et octobre 1942, et les déportations systématiques ne reprirent qu’au début du soulèvement national slovaque avorté, à la fin du mois d’août 1944). D’autres jeunes sionistes se réfugièrent en Roumanie, dans l’espoir de rejoindre la Terre d’Israël depuis ce pays. De plus, les responsables des jeunes sionistes décidèrent d’envoyer des messagers dans les provinces afin d’avertir leurs collègues de ce qui risquait de se passer en cas d’arrivée des nazis, et pour les exhorter à venir à Budapest. Les chefs des communautés juives conseillèrent souvent à ces jeunes messagers de rentrer chez eux et de cesser d’affoler les gens. 33

Les tentatives de la Hongrie pour se dégager de son alliance avec l’Allemagne furent la cause directe de la décision d’Hitler d’occuper le pays le 19 mars 1944. Tout au long de l’année 1943, à la suite de la catastrophique défaite des Allemands à Stalingrad et de la débâcle de l’armée hongroise chargée de défendre le tronçon de la ligne de front allant de Stalingrad à Voronej, Horthy et le Premier ministre Miklís Kállay nouèrent des contacts avec les Britanniques et les Américains, espérant conclure un accord avec eux. À la fin de 1943, à la suite notamment du renversement du régime de Mussolini en Italie à la fin de l’été, les Hongrois s’efforcèrent de rapatrier leurs soldats du front est. Ayant eu vent de ces projets, les services de renseignement hitlériens décidèrent d’occuper la Hongrie. Le 19 mars 1944, une force militaire allemande d’une modestie trompeuse fut envoyée en Hongrie pour empêcher le repli des troupes. Il lui fallut environ un mois pour essaimer à travers la Hongrie et rendre sa présence sensible en tout lieu. En même temps que cette force, une unité spéciale encore plus réduite puisqu’elle ne comptait qu’environ 150 hommes arriva le 19 mars. Son commandant, le SS Obersturmbannführer (lieutenant colonel) Adolf Eichmann, qui rejoignit semble-t-il la Hongrie deux jours plus tard, fut chargé de mettre en œuvre le programme d’extermination des Juifs hongrois. Les Allemands obligèrent Horthy à renvoyer son Premier ministre, Kállay, et à le remplacer par Döme Sztójay, l’ambassadeur de Hongrie à Berlin, qu’ils trouvaient plus à leur goût. Il apparut immédiatement que la croisade anti-juifs ne pourrait réussir qu’avec la coopération d’un grand nombre de Hongrois et d’institutions hongroises. Le ministère de l’Intérieur et la gendarmerie jouèrent ainsi des rôles essentiels dans le déroulement des persécutions. Des fonctionnaires, des administrateurs locaux et des policiers étaient également indispensables à l’application des mesures antijuives et ceux qui ne se montraient pas dociles, y compris certains maires, furent remplacés par des éléments favorables aux Allemands. 34 Pour les Juifs qui vivaient en territoire hongrois, l’arrivée des Allemands marqua le début du cataclysme. La veille de l’entrée des Allemands en Hongrie, Hitler rencontra Horthy au château de Klessheim à Salzbourg, en Autriche. Horthy accepta de livrer plusieurs centaines de milliers de Juifs qui devaient être affectés au travail forcé en Allemagne, plantant ainsi le décor de la suite des événements. 35

La période de destruction, mars 1944  - février 1945

La destruction des Juifs établis en Hongrie en 1944 s’est caractérisée par sa rapidité et son intensité. Pour l’essentiel, les mesures discriminatoires qui avaient précédé les déportations et les massacres dans les autres régions d’Europe frappèrent la communauté juive de Hongrie moins d’un mois après l’arrivée des Allemands. Dès que Sztójay fut nommé Premier ministre, le ministre de l’Intérieur Andor Jaross, avec le concours de deux de ses sous-secrétaires, László Bakyt et László Endre, antisémites fanatiques, entreprit de préparer l’élimination immédiate des Juifs de la vie hongroise. Le 31 mars, Eichmann prit la décision de mettre en place un conseil juif à l’échelle nationale, le Zsidó Tanács, qui avait des antennes dans chaque bourgade et chaque ville de Hongrie abritant un nombre significatif de Juifs. Samu Stern, qui portait le titre prestigieux de Conseiller à la cour royale, fut nommé à la tête de ce conseil. À la réunion au cours de laquelle il donna l’ordre de créer le Zsidó Tanács, Eichmann exigea également que l’on dresse la liste détaillée des propriétés foncières juives, dans l’intention évidente d’organiser leur expropriation en prélude à la déportation. Le port d’un insigne juif fut rendu obligatoire par décret le 5 avril, avant le début du processus de déportation. Dix jours plus tard, sous la direction de l’unité spéciale d’Eichmann et du lieutenant-colonel de gendarmerie László Frenczy, les Hongrois entreprirent de regrouper les Juifs dans des ghettos, à l’exception de ceux qui habitaient la capitale, Budapest. Ces ghettos étaient généralement aménagés dans des briqueteries locales ou dans des étables situées à la périphérie des villes. À la fin du mois d’avril, des Juifs détenus dans le camp de Kistarcsa près de Budapest et de celui de Topolya dans la Bácska furent déportés et, à la mi-mai, des convois réguliers commencèrent à partir pour Auschwitz. Le 9 juillet, à la fin de la première vague de déportations, quelque 435 000 Juifs avaient été envoyés depuis la campagne hongroise vers des camps de concentration, presque exclusivement Auschwitz. 36Les Juifs de Budapest furent assignés à résidence dans des immeubles désignés à cet effet à travers toute la ville, et seuls quelques milliers d’entre eux furent concernés par cette première vague de déportations. 37

Les mois d’été et du début de l’automne furent marqués par une pause dans les déportations, mais ce répit prit fin à la mi-octobre 1944, quand Horthy s’efforça une nouvelle fois de revenir sur l’alliance de la Hongrie avec l’Allemagne. Il annonça à la radio que son pays s’était retiré de la guerre, et l’on put croire pendant quelques heures au succès de sa démarche. Mais les Allemands employèrent une tactique très personnelle pour le ramener au pas. Ils enlevèrent son unique fils survivant et menacèrent de le tuer si Horthy ne cédait pas. Cette fois, ce dernier ne fut pas simplement convoqué à une réunion avec Hitler ; il fut déposé et exilé. Le 15 octobre 1944, les Allemands placèrent à la tête de la Hongrie le chef des Croix fléchées (Nyilas), Ferenc Szálasi. Se livrant à des actes de violences de rues d’une terrible brutalité, les membres des Croix Fléchées assassinèrent près de 600 Juifs dès les premiers jours du règne de Szálasi. Peu après, ils opérèrent des rafles de Juifs, condamnés à construire des fortifications sur la frontière austro-hongroise. Cette nouvelle forme de déportation débuta le 8 novembre et se poursuivit sans relâche jusqu’au début décembre. Il est difficile d’estimer avec précision le nombre d’individus contraints d’aller travailler comme esclaves sur ces fortifications, mais on estime qu’au moins 50 000 Juifs subirent ce sort, dont beaucoup dans le cadre du système du Service du travail. Traités avec une indicible cruauté, un grand nombre d’hommes et de femmes moururent au cours de cette dernière période de persécution des Juifs hongrois. En Hongrie, cette période est entrée dans les annales de l’Holocauste sous le nom de marches de la mort, la même appellation que celle qu’on a donnée au transfert impitoyable de détenus des camps nazis situés sur la périphérie d’un Reich se réduisant comme peau de chagrin, que l’on contraignit à rejoindre le cœur du territoire allemand, essentiellement en 1945. Pendant que des Juifs étaient conduits de force vers l’Autriche, le régime de Szálasi réclama la création d’un ghetto pour les Juifs de Budapest. Le 2 décembre, la plupart des Juifs qui allaient être ainsi emprisonnés se trouvaient déjà à l’intérieur du ghetto, lequel fut fermé peu après. Tout au long des mois de décembre et de janvier, les membres des Croix fléchées perpétrèrent de nombreux actes de violence aveugle, tuant des milliers de Juifs sur les rives du Danube et dans le ghetto lui-même. Près de 15 000 Juifs furent purement et simplement assassinés, ou périrent à la suite des souffrances résultant de leur réclusion dans le ghetto. 38


Tentatives de sauvetage

Pendant que se déroulaient ces événements, une vaste opération de secours se fédéra peu à peu dans la ville de Budapest. Ses premiers éléments se mirent en place juste après l’occupation allemande de la Hongrie. Bien que le monde ne fût pas encore informé dans le détail des atrocités perpétrées à Auschwitz-Birkenau, en mars 1944, de nombreuses informations sur l’extermination des Juifs avaient atteint l’Occident. C’est sur cette toile de fond que le 24 mars, cinq jours seulement après l’invasion de la Hongrie par les nazis, le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt adressa un message radiophonique aux Hongrois pour chercher à les dissuader de commettre des crimes contre les Juifs qui vivaient parmi eux. D’autres, dont le ministre britannique des Affaires étrangères Sir Anthony Eden, le roi Gustave de Suède et le pape Pie XII, suivirent son exemple au cours des semaines et des mois suivants.

Il convient de relever dans ce contexte l’importance capitale d’un rapport rédigé par des Juifs évadés d’Auschwitz-Birkenau qui rejoignirent la Slovaquie et transmirent des informations détaillées sur les exterminations qui se produisaient dans ce camp de sinistre réputation, et plus particulièrement sur le massacre imminent des Juifs hongrois. Ce texte, auquel on a donné le nom de Protocoles d’Auschwitz, comprenait en réalité deux rapports émanant de deux groupes distincts d’évadés arrivés en Slovaquie : Alfred Wetzler et Rudolf Vrba à la mi-avril 1944 ; Czeslaw Mordowiicz et Arnost Rosin, au mois de juin suivant.  Le rapport Wetzler-Vrba fut très probablement remis aux responsables juifs hongrois entre la fin avril et la mi-mai. Le texte complet, qui comprenait des informations fournies par les deux groupes d’évadés, arriva en Suisse à la mi-juin. Bien que le contenu de ces rapports ait indéniablement influé sur les activités ultérieures de sauvetage des Juifs en Hongrie, les Protocoles ne furent pas largement diffusés auprès des Juifs hongrois. Quand et comment ces Protocoles furent distribués en Hongrie et auprès de qui, et pourquoi ils ne furent pas communiqués sur une plus grande échelle – ces questions demeurent très controversées. Lorsque ces Protocoles furent connus en Suisse, notamment grâce aux efforts de George Mantello, consul honoraire du Salvador dans ce pays, une campagne de presse fut lancée pour alerter l’opinion publique suisse sur l’importance de ce qui se passait à Auschwitz. Cette campagne eut des échos dans d’autres pays et toutes ces informations contribuèrent à un développement significatif des initiatives de sauvetage lancées en Hongrie à la fin du printemps et dans le courant de 1944. 39

Pendant ce temps, dès janvier 1944, Roosevelt avait créé le War Refugee Board, chargé de secourir les Juifs dans l’Europe sous domination nazie. Son efficacité fut véritablement mise à l’épreuve au moment de l’occupation allemande de la Hongrie. Il joua notamment un rôle en encourageant les activités de secours  de plusieurs diplomates qui se trouvaient déjà à Budapest ou y furent envoyés à cette fin. Karl (Charles) Lutz, le consul suisse déjà établi sur place, fut le premier à apporter son aide. Raoul Wallenberg, le plus célèbre des diplomates engagés dans ces activités, arriva en juillet 1944. 40 Quelques jours auparavant seulement, Max Humer, responsable de la Croix Rouge internationale, adressa à Horthy un message de première importance. Dans cette note datée du 4 juillet 1944, Huber suggérait que son organisation se charge, par l’intermédiaire de l’émissaire Friedrich Born, de distribuer de la nourriture et des médicaments aux Juifs de Budapest. Horthy donna rapidement son accord, et la Croix Rouge internationale devint ainsi un des rouages des efforts pour secourir les Juifs qui vivaient encore en Hongrie.

À la suite des événements du mois de juin, et plus particulièrement du débarquement allié en France et de la progression soviétique à l’est ainsi que de plusieurs interventions internationales, Horthy déclara le 7 juillet son intention de mettre fin aux transports de Juifs depuis la Hongrie. Le dernier train de la première vague de transports quitta ainsi Budapest le 9 juillet. En même temps, Horthy présenta un plan inspiré d’une idée avancée par Miklós (Moshe) Krausz du Bureau hongrois du conseil juif pour la Palestine. Ce projet consistait à laisser partir plusieurs milliers de Juifs pour la Palestine. S’il ne se réalisa jamais, il fournit cependant un point d’ancrage à un aspect essentiel du sauvetage – la protection internationale des Juifs. L’idée n’était pas nouvelle et était en fait antérieure à la proposition d’Horthy : elle était née en Hongrie peu après l’occupation allemande, au moment où Lutz avait accordé sa protection à Krausz et à d’autres sionistes. Le plan d’Horthy ouvrait cependant la voie à une application bien plus large de la protection diplomatique et eut un certain nombre de répercussions majeures, parmi lesquelles la création par Born de maisons pour les enfants placées sous les auspices de la Croix Rouge internationale. En coordination avec Otto Komoly, ancien dirigeant sioniste et coprésident du Comité d’Aide et de Secours de Budapest, des membres du mouvement de la jeunesse sioniste furent recrutés comme personnel dans ces foyers d’enfants juifs. De même, la Société protestante Jo Pasztor, dirigée par Jozsef Eliasz et Babor Sztehlo, fonda des maisons pour les enfants de Juifs convertis au christianisme. Des bâtiments jouissant d’un statut extraterritorial et placés sous la protection de gouvernements de pays neutres et d’organismes internationaux jouèrent aussi un rôle majeur en servant d’asiles relativement sûrs pour les Juifs.

Grâce à ces activités, lorsque Szálasi arriva au pouvoir le 15 octobre et que les Juifs furent à nouveau soumis à une menace directe de déportation et de mort, les premiers éléments d’une opération massive de sauvetage étaient déjà en place. Des diplomates de pays neutres, avec à leur tête le représentant du Vatican Angelo Rotta, intercédèrent à plusieurs reprises auprès des Hongrois pour atténuer la rigueur des mesures prises contre les Juifs de Budapest. Szálasi étant très désireux d’obtenir la reconnaissance internationale de son gouvernement, les fonctionnaires du nouveau régime accédèrent fréquemment aux requêtes des diplomates. Et surtout, ces derniers réussirent à reporter de plusieurs semaines la fermeture hermétique du ghetto et remportèrent un succès, variable mais non négligeable, pour faire admettre leur rôle de protecteurs. Les diplomates et le mouvement clandestin de la jeunesse sioniste coopérèrent et firent tout leur possible pour protéger les Juifs des Croix Fléchées déchaînées et leur éviter de tomber entre les mains des nazis. La jeunesse sioniste fabriqua et distribua plusieurs dizaines de milliers de fausses lettres de protection. Les diplomates et leurs représentants présentaient des documents authentiques ou faux pour libérer des Juifs de captivité ou les tenir à distance de ceux qui cherchaient à leur nuire. On créa de nouvelles maisons spéciales placées sous la protection de pays neutres ou de différents organismes, que l’on finit par baptiser le « ghetto international ». Les diplomates apportèrent leur aide en finançant la jeunesse sioniste clandestine pour qu’elle achète de la nourriture, des médicaments et d’autres articles au marché noir au profit des Juifs de Budapest. Lorsque l’Armée Rouge approcha de la capitale à l’automne et finit par l’encercler le soir de Noël, le 24 décembre 1944, l’objectif fut désormais de préserver la vie des Juifs jusqu’à la chute de la ville aux mains des Soviétiques, un événement qui se produisit à Pest le 18 janvier et à Buda le 12 février 1945. 41

Notons également que pendant que se déroulaient ces événements, certains activistes juifs hongrois suivirent une autre voie pour essayer de sauver des vies. 42Sous la houlette de Kasztner, ils engagèrent des négociations avec plusieurs représentants de l’Allemagne dans une tentative pour prévenir d’abord, puis pour arrêter, les déportations depuis la Hongrie. Ces contacts furent à l’origine d’une vive controverse dans les décennies qui suivirent la guerre, mais les spécialistes s’accordent aujourd’hui à penser que les responsables juifs agirent en toute bonne foi. Quant à certains dignitaires nazis qui affrontaient l’implosion imminente du Reich d’Hitler, ils virent dans ces négociations une solution pour ne pas être emportés dans l’effondrement  général. 43

Les principaux événements de l’Holocauste en Hongrie se caractérisent donc par une longue période de calme relatif suivie d’explosions d’activité intense, ponctuées par les péripéties de la guerre. De fait, l’évolution de celle-ci finit par mettre un terme à la menace qui pesait sur les vestiges de la communauté juive de Hongrie, après la seconde vague de déportations à la fin de 1944. Reflétant la situation militaire, la première vague de déportations se fit essentiellement en direction d’Auschwitz, et la seconde en direction de l’Autriche. Les informations dont on disposait désormais sur l’Holocauste et la fin imminente de la guerre contribuèrent à susciter des opérations de sauvetage en Hongrie. Cependant, malgré le remarquable travail de secours réalisé à Budapest, près de 550 000 Juifs établis à l’intérieur des frontières élargies de la Hongrie furent assassinés sous l’influence des nazis. Malgré son apparition tardive, le dernier chapitre de l’Holocauste coûta la vie à près de 67 % de la population juive de la Grande Hongrie, dont plusieurs dizaines de milliers d’individus victimes du Service du travail. 44


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  • 2. Nathaniel Katzburg, Hungary and Jews, Policy and Legislation 1920-1943, Ramat Gan, Bar Ilan University Press, 1981, p. 11-54 ; Randolph Braham, The Politics of Genocide, The Holocaust in Hungary, New York, The Rosenthal Institute for Holocaust Studies, 1994, p. 11-28 ; Randolph Braham, « The Holocaust in Hungary, a Retrospective Analysis », in Randolph Braham, éd., The Nazis’ Last Victims, The Holocaust in Hungary, Detroit, Wayne State University, 1998, p. 27-44 ; et William O. MacCagg, Jewish Nobles and Geniuses in Modern Hungary, New York, Columbia University Press, 1972, p. 21. Pour plus d’informations sur le sujet, voir Raphael Patai, The Jews of Hungary, History, Culture, Psychology, Detroit, Wayne State University Press, 1996. L’ouvrage de Patai est passionnant mais d’un usage universitaire difficile en raison de l’absence de références bibliographiques. 
  • 3. Pour plus de details, cf. M. Mária Kovács, Törvénytől sújtva - A numerus clausus Magyarországon, 1920-1945, Budapest, Napvilág, 2012.
  • 4. Katzburg, Hungary and the Jews, p. 85-104; Braham, « The Holocaust in Hungary », p. 27-44 ; et Braham, The Politics of Genocide, p. 44-53.
  • 5. Yehuda Don, « Economic Implications of the Anti-Jewish Legislation », in Cesarani, éd., Genocide and Rescue, p. 47-76.
  • 6. Katzburg, Hungary and the Jews, p. 182.
  • 7. Katzburg, Hungary and the Jews, p. 192-200.
  • 8. Cette région est connue sous différents noms : en hongrois : Kárpátalja ; en tchèque et en slovaque : Podkarpatská Rus ; et en français : Ruthénie subcarpatique ou Ukraine carpatique
  • 9. Balázs  Ablonczy, « Teleki haláláról », História, 1982/1, p. 7–11.; Pour plus d’informations, voir Balázs Ablonczy, Teleki Pál, Budapest, Osiris Kiadó, 2005. Entre 1937 et  1941, la Yougoslavie se rapprocha des membres du pacte tripartite (Allemagne, Italie, Japon). Le 25 mars 1941, elle signa secrètement une alliance avec les puissances de l’Axe. Pendant ce temps, en décembre 1940, le Premier ministre Teleki avait signé un pacte de non-agression et un traité d’« amitié éternelle » avec la Yougoslavie. Préparant l’invasion de la Grèce, l’Allemagne proposa de restituer à la Hongrie le territoire yougoslave qu’elle avait perdu en vertu du traité de Trianon, si la Hongrie permettait aux troupes allemandes de s’en servir comme base. L’invasion de la Grèce depuis la Hongrie obligeait à envahir d’abord la Yougoslavie, afin d’entrer en Grèce depuis ce pays.
  • 10. Braham, « The Holocaust in Hungary », p. 27-44; et Braham, Politics of Genocide, p.177-180.
  • 11. Tamás Stark, Hungarian Jews During the Holocaust and After World War II, 1939-1949: A Statistical Review, Boulder Co., Eastern European Monographs, 2000, p. 9-43. Dans son étude consacrée aux réfugiés juifs en Hongrie, Kinga Frojimovics reprend les statistiques officielles d’environ 786 000 Juifs en Grande Hongrie, ajoutant qu’ils étaient 324 000 à vivre dans des territoires récemment acquis par la Hongrie. Kinga Frojimovics, I Have Been a Stranger in a Strange Land: The Hungarian State and Jewish Refugees in Hungary, 1933-1945, Jérusalem, Yad Vashem, 2007, p. 42.
  • 12. Cecil D. Eby, Hungary at War, Civilians and Soldiers in World War II, University Park PA., The Pennsylvania State University Press, 1998, p. 20 ; Judit Pihurik, « Hungarian Soldiers and Jews on the Eastern Front 1941-1943 », Yad Vashem Studies, vol. 35, n° 2 (2007), p. 71-102 ; et Gerhard Weinberg, A World at Arms, A Global History of World War II, Cambridge, Cambridge University Press, 1994, p. 276. Braham indique un chiffre bien plus élevé pour le nombre de Juifs enrôlé dans des unités actives en décembre 1941, dans le cadre de neuf corps d’armée hongrois à l’époque. Il cite 14 413 travailleurs juifs et 6 319 travailleurs chrétiens, qui pourraient inclure des hommes qui ne furent pas envoyés au front. Voir Randolph Braham, Hungarian Labor Service System, p. 26.
  • 13. Elek Karsai, Fegyvertelen álltak az aknamezőkön. Dokumentumok a munkaszolgálat történetéhez Magyarországon,  Budapest, a Magyar Izraeliták Országos Képviseletének  Kiadassa, 2 volumes (1962), appendice, vol. 2, p. 4
  • 14. Anthony Tihamer Komjathy, The Hungarian Art of War, Toronto, Rackosci Foundation, 1982, p. 11.
  • 15. Weinberg, A World at Arms, p. 413-424.
  • 16.   Eby, Hungary at War, p. 20-21.
  • 17. Krisztián Ungváry, A magyar honvédség a második világháborúban, Budapest, Osiris, 2004, p. 123-156
  • 18. Weinberg, A World at Arms…, p. 449-454.
  • 19. János Csima, éd., Adalékok a Horthy-hadsereg szervezetének és háborús tevékenységének tanulmányozásához [1938-1945], Budapest, Honvédelmi Minisztérium Központi Irattár kiadása, 1961, p. 173-195.
  • 20. Selon Eby, les pertes se décomposaient en 6 076 morts, 14 682 blessés, 57 001 disparus et 923 prisonniers (soit un total de 78 682). Les recherches universitaires les plus récentes sur l’armée hongroise pendant la Seconde Guerre mondiale, menées par Krisztián Ungváry, suggèrent que sur 204 334 membres de l’armée d’active hongroise sur le front est le 1er janvier 1943, il n’en restait plus que 122 358 à la fin de février. Autrement dit, selon Ungváry, il y eut environ 82 000 victimes à Voronej et dans la suite immédiate. Eby, Hungary at War, p. 20-21; et Krisztián Ungváry, A magyar honvédség, p. 196.
  • 21. Komjathy, The Hungarian Art of War, p. 144.
  • 22. Weinberg, A World At Arms, p. 605-8, 667-674 et 707-716; Ungváry, A Magyar honvédség , p. 209-210; et Leo W.G., Niehorster, The Royal Hungarian Army 1920-1945, Bayside, NY,Axis Europa, 1998, p. 122-130.
  • 23. Braham, Hungarian Labor Service System, p. 19-27; selon Stark, seules 69 unités furent envoyées au front, voir Stark, Hungarian Jews, p. 18.
  • 24. Karsai, Fegyvertelen, vol. 1, p. 81-82.
  • 25. On trouvera plus d’informations sur le traitement infligé aux hommes dans : Robert Rozett, Conscripted Slaves, Hungarian Jewish Forced Laborers on the Eastern Front during the Second World War, Jérusalem, Yad Vashem, 2013.
  • 26. Il semblerait que 5 000 Juifs de plus aient été envoyés de Hongrie en Galicie avant la fin des déportations. Ils ne furent pas assassinés à Kamenets-Podolski, mais internés dans des ghettos voisins. Frojimovics, I Have been a Stranger, p. 104-146.
  • 27. Braham, The Politics of Genocide, p. 211. Leni Yahil donne des chiffres légèrement supérieurs : 4 116 personnes tuées  — 1 250 Juifs, 2 842 Serbes le reste étant des Soviétiques et des Hongrois. Leni Yahil, The Holocaust, The Fate of European Jewry 1932-1945, New York, Oxford University Press, 1991, p. 503.
  • 28. Les quatre principaux coupables, Feketehalmy-Czeydner, le général József Grassy, le colonel László Deak et le capitaine Márton Zöldi, furent condamnés à des peines de 11 et 15 ans de prison et des accusés moins gravement impliqués prirent jusqu’à 10 ans. Avec l’aide d’extrémistes de droite, les quatre inculpés majeurs s’enfuirent de Hongrie en Autriche avant que les jugements ne puissent être appliqués, et la Gestapo leur accorda l’asile en territoire allemand. Après l’occupation allemande de la Hongrie, ils revinrent et reprirent leurs carrières. Ce n’est qu’après la guerre, quand ils furent extradés en Yougoslavie, que justice fut enfin rendue. Ils furent pendus tous les quatre à l’automne 1946. Randolph Braham, « The Kamenets Podolski and Delvidek Massacres; Prelude to the Holocaust in Hungary », Yad Vashem Studies, vol.  9, (1973), p. 133-156.
  • 29. Joint Distribution Archives, Hungarian: General (file) 1941-1944, 13 janvier 1942.
  • 30. Robert Rozett, « From Poland to Hungary: Rescue Attempts 1943-1944 », in Yad Vashem Studies, vol. 25 (1994), p. 177-193. Pour plus d’informations, voir Asher Cohen, The Halutz Resistance in Hungary 1942-1944, Boulder Co., East European Monographs, 1988 ; et Gila Fatran, Is it a Struggle for Survival, Jewish Leadership in Slovakia, 1938-1944 (en hébreu), Tel Aviv, Moreshet, 1992 ; par exemple, Rafi (Friedel) Benshalom a écrit dans ses mémoires qu’il est arrivé en Hongrie au début de 1944, voir Rafi Benshalom, We Struggled for Life, The Hungarian Zionist Youth Resistance during the Nazi Era, Jérusalem, Gefen, 2001.
  • 31. Walter Laqueur, The Terrible Secret, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1980,  p. 143-199.
  • 32. Yosef Korniansky, In the Service of ‘Halutzim’ (en hébreu) , Israël, Hakibbutz Hameuchad, 1979, p. 141.
  • 33. Robert Rozett, The Relationship Between Rescue and Revolt: Jewish Rescue and Revolt in Slovakia and Hungary during the Holocaust, Thèse de doctorat présentée à l’université hébraïque, 1987, p. 75-82.
  • 34. Judit Molnár, Nazi Perpetrators:Behavior of Hungarian Authorities During the Holocaust, https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Holocaust/hungholo.html
  • 35. Braham, « The Holocaust in Hungary, a Retrospective Analysis », p. 26-37; et Braham, The Politics of Genocide, p. 386-415.
  • 36. Deux transports partirent aussi de Budapest.
  • 37. Braham, The Politics of Genocide , chapitres17-22, qui livrent un exposé très détaillé de l’Holocauste en Hongrie. On dispose de deux sources essentielles pour le nombre de Juifs déportés de Hongrie : le colonel de gendarmerie László Ferenczy en citait 434 351 dans son rapport ; et le plénipotentiaire allemand Edmund Veesenmayer en mentionnait 437 402 ; Stark, Hungarian Jews, p. 21-31.
  • 38. Stark, Hungarian Jews , p. 31-37; Braham, The Politics of Genocide, p. 843-844; et Rozett, The Relationship Between Rescue and Revolt, p. 266-292.  Pour plus d’informations sur la dernière phase des déportations, voir Szita Szabólcs, The Fortress of Death: The History of the Military Labor Service in Hungary, 1944-1945 (en hébreu), Kibbutz Dalia, 2005.
  • 39. La question des Protocoles d’Auschwitz a fait l’objet de nombreuses publications.  On trouvera un bref résumé dans Robert Rozett et Shmuel Spector, Encyclopedia of the Holocaust, Jérusalem, Yad Vashem and Facts on File, 2000, p. 124-125.  Pour d’autres perspectives sur les questions en jeu, voir Yehuda Bauer, Rethinking the Holocaust, New Haven, Yale, 2000 et Jews for Sale ; Martin Gilbert, Auschwitz and the Allies, Londres, Arrow Books, 1984; David Kranzler, The Man Who Stopped the Trains, Syracuse, Syracuse University, 2000; Walther Laqueur, The Terrible Secret, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1980; et David Wyman, The Abandonment of the Jews, New York: Pantheon, 1984.
  • 40. De nombreux ouvrages ont été écrits sur Wallenberg dont deux importantes biographies : Bengt Jangfeldt, The Hero of Budapest: The Triumph and Tragedy of Raoul Wallenberg, Londres, IB Taurus, 2012 et Ingrid Carlberg, « Det står ett rum här och väntar på dig ... » : berättelsen om Raoul Wallenberg, Stockholm, Norstedts, 2012.
  • 41. Robert Rozett, « International Intervention: The Role of Diplomats in Attempts to Rescue Jews in Hungary », in Randolph Braham, éd., The Nazis’ Last Victims: The Holocaust in Hungary, Detroit, Wayne State University Press, 1998, p. 137-152; pour plus d’informations sur les activités de sauvetage de Moshe Krausz, voir Ayala Nedivi, « An Attempt to Rescue the Carpathian Jews on the Eve of the Occupation of Hungary according to Moshe Krausz’s “Book Pages” », Yad Vashem Studies, vol. 38, n° 1 (2010), p. 105-126.
  • 42. Rozett, The Relationship Between Rescue and Revolt p. 135-147; Robert Rozett, « Child Rescue in Budapest, 1944-1945 », Holocaust and Genocide Studies, vol. 2, n°. 1 (1987), p. 49-59.
  • 43. On trouvera plus d’informations sur ces activités et ces négociations de sauvetage dans Asher Cohen, The Halutz Resistance in Hungary 1942-1944, Boulder Co.: East European Monographs, 1986, p. 198; et dans Yehuda Bauer, Jews for Sale, p. 145-195.
  • 44. Stark, Hungarian Jews, p. 121-138. Bien que Stark ne donne pas de chiffre précis des victimes hongroises de l’Holocauste, une lecture attentive de ses documents suggère qu’il l’estime à environ 550 000 sur une population juive totale de 820 000 individus.

Citer cet article

Rozett Robert, La Hongrie et les Juifs. De l’âge d’or à la destruction, 1895-1945, Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 13 Juillet, 2016, accéder le 20/10/2018, https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/la-hongrie-et-les-juifs-de-l-age-d-or-la-destruction-1895-1945, ISSN 1961-9898