L’Angleterre seule responsable ? Les historiens ouest-allemands et la Bombenkrieg

Date: 
2 Novembre, 2016

Introduction

Même si l’on croit communément que les expériences allemandes des bombardements alliés ont été un sujet tabou après la guerre, ces opérations militaires ont en réalité suscité de nombreuses discussions dans les premières années de la République Fédérale. 1 Qu’il s’agisse de littérature ou de débats publics, ou encore de l’historiographie militaire, la Bombenkrieg (la guerre des bombes) a fait l’objet de recherches et de polémiques, dans lesquelles les comparaisons entre la Luftwaffe et la RAF occupent une place majeure. Les parallèles historiques et moraux entre les bombardements effectués par la Luftwaffe et par les Alliés ont été un point capital de l’argumentation de la plupart des ouvrages allemands d’histoire militaire consacrés à ces opérations. J’étudierai dans cet article l’importance et la nature de ces comparaisons en replaçant cette historiographie dans le contexte d’un discours mémoriel plus général sur la Seconde Guerre mondiale. 2

Comme l’ont exposé Malte Thiessen, Jörg Arnold et d’autres, l’expérience des bombardements est devenue un élément incontournable des pratiques commémoratives locales des villes allemandes, tant à l’Est qu’à l’Ouest. 3 La question des bombardements a fait partie intégrante de la politique mémorielle nationale de la République Fédérale dans les années 1950 et 1960, comme l’illustre fort bien le projet officiel de documentation historique, les Dokumente deutscher Kriegsschäden, lancé à l’initiative du gouvernement pour recenser les dégâts subis par l’Allemagne pendant la guerre. Cette série de documents publiée en cinq volumes entre 1958 et 1964 comprenait une introduction portant sur l’histoire militaire et un volume spécial entièrement consacré aux témoignages directs de victimes allemandes des raids aériens alliés. 4  On peut également évoquer l’immense popularité des livres de David Irving,  La Destruction de Dresde et La Destruction des villes allemandes, dont la Neue Illustrierte et Der Spiegel ont rendu compte et qui ont inspiré certains historiens allemands, incitant même le dramaturge Rolf Hochhuth à écrire sa pièce Soldats en 1967. 5   

Outre ces quelques exemples, un certain nombre d’ouvrages historiques sur les bombardements ont été publiés en République Fédérale dans les années 1950 et 1960,  tous rédigés par des historiens extérieurs au milieu universitaire : des spécialistes de l’armée, des spécialistes de droit international et d’anciens officiers de la Wehrmacht et de la Luftwaffe. Ces récits, signés d’auteurs tels que Hans Rumpf, Eberhard Spetzler, Maximilian Czesany, Erich Hampe et Georg Feuchter, se ressemblent beaucoup par leur structure et leur argumentation. La plupart lançaient des accusations morales et juridiques contre les responsables militaires et politiques britanniques, affirmant que l’Angleterre était coupable d’avoir déclenché des « bombardements destinés à semer la terreur. » Selon eux, les Anglais étaient donc également à l’origine de la « guerre totale », qui avait délibérément pris des populations civiles pour cibles. 6 

Premières interprétations de la guerre des bombes en Allemagne de l’Ouest

Les arguments et expressions employés par ces auteurs ressemblent beaucoup à ceux de la propagande nazie – surtout au cours de la dernière phase de la guerre – présentant les bombardements alliés comme une tentative délibérée de destruction de la population et de la culture allemandes en général. En bombardant des villes de toute beauté comme Dresde, qui ne présentaient aucun intérêt militaire, Churchill s’en prenait, prétendait-on, au patrimoine culturel de l’Abendland, l’Occident. Les récits du bombardement de Dresde en particulier évoquaient l’idée d’un culturicide. Axel Rodenberger a ainsi décrit Dresde comme « l’une des plus belles villes du monde », affirmant que « c’était une curatelle que Dresde exerçait, une propriété commune de l’Abendland, dont cette ville prenait le plus grand soin. » 7 L’idée que le bombardement de Dresde avait été d’autant plus impardonnable que cette ville abritait des trésors culturels européens uniques et incomparables se retrouvait aussi dans la plupart des ouvrages plus généraux consacrés aux raids alliés. 8 En bombardant l’Allemagne, selon Hans Rumpf, les Anglo-américains avaient provoqué une catastrophe qui s’était abattue sur l’« ancienne famille des États européens », le Kernraum ou Kernbild européen (« l’espace central » ou l’« image centrale » de l’Europe.) En attaquant Dresde, les Alliés avaient détruit de nombreuses « créations uniques de l’esprit européen. » 9

Un autre élément de continuité entre la propagande nazie et l’historiographie ouest-allemande de la première heure était le trope de l’Alleinschuld de l’Angleterre, faisant du gouvernement britannique l’unique responsable du déclenchement des bombardements de terreur. 10 Les premiers ouvrages historiques ouest-allemands sur les bombardements prétendaient tous relever une différence fondamentale entre les bombardements de terreur britanniques et les bombardements dits tactiques de la Luftwaffe. Alors que la RAF avait été brutale et criminelle, la Luftwaffe serait restée « humaine » et aurait évité toute atteinte au droit international. D’où une distinction capitale entre les attaques « humaines et chevaleresques » (human und ritterlich) de la Luftwaffe et les « bombardements de terreur » de la British Air Force. 11 Certains auteurs ouest-allemands reconnaissaient l’existence de ce qu’on appelait les « raids Baedeker » en 1942 contre de petites villes britanniques dénuées de toute importance militaire, opérations dont les victimes avaient été la population civile. Ces attaques n’étaient cependant pas considérées comme des « actes de terreur » mais comme des représailles, autrement dit comme des tentatives légitimes en vertu du droit militaire coutumier pour empêcher les Alliés de continuer à bombarder les villes allemandes. Évoquant les attaques allemandes de 1942 contre des villes britanniques sans défense, Eberhard Spetzler, spécialiste de droit, concluait ainsi que si, dans son principe, « ce type de guerre était en conflit avec le droit militaire », ces attaques n’en étaient pas moins légitimes en tant que ripostes à la terreur britannique. « Ces raids de représailles étaient autorisés par le droit militaire coutumier », concluait Spetzler. 12

La distinction morale entre la RAF et la Luftwaffe a également été mise en relief dans la description des conséquences des bombardements de la Luftwaffe d’une part et des Anglo-américains de l’autre : dans les passages plus détaillés traitant des bombardements alliés sur l’Allemagne, les souffrances subies par les civils et la destruction de trésors culturels étaient décrites avec des détails frappants, et illustrées par des témoignages directs et des photos. En revanche, les évocations des attaques allemandes, par exemple contre Londres, Varsovie, Coventry ou Rotterdam, ignoraient cette identification affective avec les victimes et les descriptions de leurs souffrances. Ce récit dominant d’une Luftwaffe « humaine et chevaleresque » doit être replacé dans le contexte de l’image plus générale d’une Wehrmacht qui aurait gardé « les mains propres », les crimes de guerre, comme les exécutions massives et les camps de concentration et d’extermination, étant l’œuvre exclusive d’Hitler et d’une poignée de criminels nazis. 13 On établissait une différence fondamentale entre les « Nazis » et les « Allemands ordinaires » considérés comme un collectif indifférencié incluant les soldats de la Wehrmacht et de la Luftwaffe qui apparaissent, en dernière analyse, comme les victimes de leur régime et non comme ses partisans ou ses complices. Dans cette optique, les Allemands étaient doublement victimes, pris entre la terreur du régime nazi d’une part et les « bombardements de terreur » de l’autre.

L’ouvrage de l’ancien inspecteur général de la prévention des incendies au sein de l’Ordnungspolizei, Hans Rumpf, peut être considéré comme l’archétype de ce premier modèle historiographique. Rumpf, dont l’ouvrage a fait l’objet d’un compte-rendu dans  Der Spiegel et a été traduit en anglais et en français, concluait dans Das war der Bombenkrieg (1961) :


Une fois de plus, Dresde rassembla sa population épuisée pour un dernier effort. Tout le monde comprenait désormais que l’objectif des puissances occidentales ne pouvait être que la destruction physique du peuple allemand. Le déchaînement aveugle des derniers mois de guerre ne pouvait avoir d’autre sens que l’anéantissement. L’ennemi aussi bien que les responsables nazis envisageaient la même destinée pour le peuple allemand. 14


La distinction morale entre RAF et Luftwaffe et la représentation du peuple allemand comme une collectivité de victimes peuvent se comprendre dans le contexte de la politique mémorielle et d’un plus vaste débat sur le passé nazi et sur la « question de la culpabilité ». Il est frappant que les récits ouest-allemands des bombardements dénoncent tous, presque sans exception, le caractère partisan du discours sur la culpabilité allemande. Ces ouvrages faisaient valoir qu’en massacrant des civils allemands, les Britanniques et les Américains s’étaient privés du droit de porter un jugement sur les Allemands. Comme l’a fait remarquer Robert Moeller, rappeler les souffrances endurées par la population allemande était censé « présenter l’autre face de l’histoire » et réfuter l’idée que les victimes de l’occupation allemande et de la terreur nazie étaient les seules à avoir souffert. 15 Bien que ces ouvrages aient passé sous silence les crimes nazis et plus particulièrement le rôle de la Luftwaffe et de la Wehrmacht, l’idée de la « culpabilité allemande » était implicitement omniprésente, pesant comme un lourd fardeau sur l’identité allemande. Pour reprendre les propos de Hans Rumpf, il était essentiel que « l’Allemagne n’ait pas à supporter, en plus du sentiment de culpabilité par ailleurs justifié qui pèse lourdement sur nous, le poids d’avoir déclenché la guerre aérienne totale. » 16

Ces ouvrages reflètent également une évolution intéressante de l’argumentation. Pendant les années 1950, ils faisaient régulièrement allusion aux procès du Tribunal militaire international (TMI) de Nuremberg et s’appuyaient sur des allégations des Alliés pour souligner que le TMI avait prononcé contre les Allemands un « jugement de vainqueurs », autrement dit un jugement partial. L’argument récurrent était que puisque les Alliés avaient eux aussi commis des crimes, ils n’avaient pas le droit de montrer les Allemands du doigt. Alors que Hans Rumpf notamment accusait les Britanniques et les Américains de nier leur responsabilité dans le bombardement de civils, il suggérait aussi que si pareil « tabou » régnait en Allemagne, cela ne tenait pas seulement au caractère traumatisant de cette expérience collective, mais à une politique de silence délibérée. 17

Depuis le début des années 1960, cependant, l’opinion publique allemande se prenant d’un intérêt accru pour la Shoah et le rôle des Allemands dans ce crime étant discuté plus ouvertement, l’orientation des arguments des textes consacrés aux bombardements a changé. Les historiens qui se penchaient sur ce sujet sont devenus de plus en plus critiques à l’égard de la culture mémorielle de la reconnaissance de culpabilité qui régnait alors en Allemagne. C’est donc à la lumière de ce regain d’attention pour le génocide nazi que les bombardements furent plus explicitement mis en équation et comparés avec les crimes nazis. Dans un ouvrage général sur la Seconde Guerre mondiale, l’historien allemand conservateur Karl Dietrich Erdmann affirmait en 1959 qu’« à côté des noms de Belzec, Treblinka et Auschwitz, symboles abominables du Mal par excellence […] figure le nom de Dresde. » 18  De même, parallèlement à l’intérêt accru pour la  Shoah, ces historiens choisirent d’« emprunter » une terminologie suggérant une similitude entre les bombardements alliés et le génocide nazi. Dans un article de 1965 destiné au Deutsche National und Soldatenzeitung, Hans Rumpf a présenté le bombardement de Dresde comme un « vorgeplanter Völkermord » [un « génocide prémédité »] et comme une tentative génocidaire pour « éradiquer » le peuple allemand. 19 

Horst Boog

Dans le courant des années 1980, l’historiographie de la Luftkrieg a été marquée par un processus de professionnalisation. Des universitaires spécialistes d’histoire militaire, tels que Klaus Maier et Horst Boog, ont repris l’étude de la guerre aérienne et des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. On doit particulièrement au second la naissance d’une historiographie universitaire consacrée aux bombardements alliés en Allemagne. 20 Horst Boog a travaillé pour le Militärgeschichtliches Forschungsamt (MGFA) de Fribourg, l’Institut de recherches de la Bundeswehr.  Sous la houlette, notamment, de Manfred Messerschmidt, son directeur, le MGFA a depuis 1970 redonné vie en Allemagne à l’étude professionnelle et critique de l’histoire militaire, qui avait longtemps perdu sa crédibilité morale et politique. Avant 1945, les historiens militaires allemands s’étaient largement identifiés aux objectifs militaires et nationalistes de la Wehrmacht et avaient légitimé l’expansionnisme de leur pays au point qu’après 1945, leurs successeurs avaient presque entièrement abandonné ce domaine. 21

Contrairement à Spetzler et Rumpf, Boog s’est plongé dans les archives britanniques et américaines et est intervenu dans le débat universitaire international. Son travail sur la guerre aérienne s’est caractérisé par un style et une méthodologie universitaires et il s’est efforcé de participer à une vraie discussion universitaire internationale sur l’histoire militaire. Boog s’est abstenu de toutes jérémiades simplistes contre les Anglais et à resitué la guerre des bombes dans le contexte plus général – bien qu’essentiellement militaire – de la Seconde Guerre mondiale. Contrairement à de précédents auteurs ouest-allemands, il a reconnu l’importance militaire de la campagne de bombardements stratégiques contre l’Allemagne, présentée comme un élément majeur de la victoire alliée, et a proposé des analyses nuancées et différenciées des motifs et des dilemmes de l’armée et de la direction politique alliées.

Cependant, malgré sa méthodologie critique et ses recherches novatrices dans les archives, son travail n’a pas entièrement échappé aux schémas argumentatifs du discours des années 1950. Par essence, Boog considérait lui aussi les « bombardements de terreur » alliés comme des actes de guerre illégitimes. Se livrant occasionnellement à un jugement moral, Boog affirmait que ces bombardements indiscriminés étaient « après les crimes staliniens et nazis, un des pires crimes – ou des plus graves péchés – commis par des nations hautement industrialisées au cours de ce siècle », plaçant ainsi les bombardements sur le même plan que le génocide et les massacres commis en Union soviétique et dans le Troisième Reich. 22

De même, Boog a présenté de bout en bout la Luftwaffe comme une force aérienne « tactique », qu’il convenait de distinguer des forces aériennes alliées, non seulement par son utilisation concrète de la force aérienne mais aussi par ses idées morales et juridiques sur la légitimité et la moralité du bombardement de populations civiles. Il s’est attaché à décrire les officiers de la Luftwaffe comme des militaires traditionnels, fermement enracinés dans les « traditions militaires classiques de l’Europe continentale » et qui, en raison de leur engagement en faveur du « droit international de la guerre » et des Conventions de La Haye, étaient fondamentalement hostiles au recours à des bombardements systématiques contre des populations civiles. Boog prétendait que, « sans doute notamment pour des considérations humanitaires » et par respect pour le droit international, la Luftwaffe s’était initialement abstenue de tout bombardement de terreur. 23

Selon Boog, la Luftwaffe ne changea significativement de tactique qu’à partir de 1942. Malgré sa marge de manœuvre très limitée, Hitler donna l’ordre de lancer une série d’attaques destinées à semer la terreur contre de petites villes anglaises, opération connue sous le nom de « raids Baedeker ». Elles avaient essentiellement une fonction de représailles et devaient dissuader les Britanniques de poursuivre leurs bombardements contre des cibles civiles en Allemagne. Boog y voit donc l’illustration de l’impuissance de la Luftwaffe, en même temps qu’une évolution de l’attitude allemande qui accepta de faire de la « contre-terreur » une forme majeure de la guerre. Boog en concluait qu’au cours du conflit, les deux puissances aériennes avaient été de plus en plus disposées à employer des méthodes inhumaines et avaient fini par se combattre « sous le dénominateur commun de la guerre de bombardement de terreur. » 24

Malgré cette conclusion apparemment nuancée et en dépit de ses argumentations plus élaborées, Boog mettait lui aussi en valeur l’élément central du récit ouest-allemand des années 1950 et 1960. Comme Spetzler et Rumpf avant lui, il faisait remarquer à maintes reprises que le bombardement de Guernica, de Varsovie, de Rotterdam et de Coventry ne rendait pas la Luftwaffe « coupable d’avoir pris l’initiative de la guerre de bombardements systématiques  […] car en vertu du droit de l’époque, il s’agissait d’opérations tactiques et stratégiques acceptables. » 25 Les vrais responsables des essais de mise au point d’armes de représailles et du lancement des « raids Baedeker » en 1942 étaient Hitler et quelques nazis purs et durs, dont Boog distinguait clairement le rôle de celui de la majorité du personnel de la Luftwaffe.

On se fera une bonne idée de la domination persistante de l’image d’une « Luftwaffe propre » dans l’histoire militaire allemande en consultant l’ouvrage historique populaire plus récent de Rolf Dieter Müller, Der Bombenkrieg (2004), qui a accompagné une série documentaire pour la chaîne de télévision NDR. Spécialiste réputé d’histoire militaire et directeur de recherches au MGFA, Müller s’est efforcé d’offrir à un plus vaste public quelques aperçus des  recherches en histoire militaire et d’imposer ainsi une perspective plus nuancée sur la guerre aérienne dans le débat public allemand. Chose intéressante, il a insisté d’une part sur la nécessité de replacer les événements dans leur contexte et a souligné qu’« évoquer la guerre aérienne a inévitablement conduit à réfléchir à la catastrophe provoquée par la politique guerrière nationale-socialiste. » 26

D’autre part, dans son argumentation, Müller s’est fait l’avocat d’une version plus nuancée de la version de la « responsabilité anglaise », incarnée de façon plus polémique par Boog, son ancien collègue. Müller s’est attaché, lui aussi, à présenter les bombardements systématiques de populations civiles comme une initiative des Britanniques, précisant que la Luftwaffe s’était initialement abstenue de se livrer à des « bombardements de terreur ». Il a également souligné que les « bombardements de terreur » alliés ciblaient des civils allemands et punissaient les Allemands pour des faits dont ils n’étaient pas responsables : « Autrement dit : ce n’était pas Hitler qui était condamné à mort, mais la population de Berlin. » 27 Exactement comme dans le cas de Rumpf et de Spetzler, la place importante qu’occupe la comparaison entre la Luftwaffe et la RAF dans le travail universitaire de Boog et Müller peut, au moins partiellement, être interprétée dans le contexte de débats plus généraux sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Premièrement, comme je l’ai déjà affirmé plus haut, dans le cadre d’un débat ouest-allemand interne sur la culpabilité allemande, deuxièmement, dans celui d’une rivalité idéologique entre la République Fédérale et la RDA sur l’interprétation du passé nazi.

À travers différents articles, qui ont eu pour point culminant ses contributions au journal d’extrême droite Junge Freiheit, Boog a polémiqué contre la culture allemande du « politiquement correct. » 28 En Allemagne, affirmait-il, le refoulement d’expériences traumatiques et une « hypersensibilité » à toute éventuelle contestation de la notion de culpabilité allemande, auxquels s’ajoutait une sorte d’« orgueil de pécheurs », avaient créé un puissant tabou à l’égard des bombardements alliés et incité à relever le caractère légitime des bombardements de la Luftwaffe. Le double argument de Boog était que s’agissant de guerre aérienne, le « rôle de victime » devait être « réservé » à l’Allemagne, alors même que la culture traumatisée et politiquement chargée de la Vergangenheitsbewältigung ainsi qu’une image de soi négative refusaient injustement cette position aux Allemands. 29

Boog recourait ainsi à des arguments très proches de ceux d’Ernst Nolte, Andreas Hillgruber et Gerhard Ritter dans l’Historikerstreit du milieu des années 1980. 30 Comme eux, Boog plaidait pour une culture mémorielle où l’insistance initiale sur la culpabilité et la Shoah serait « libérée » par une mémoire détachée et plus globale de la Seconde Guerre mondiale, intégrant les expériences de souffrance des Allemands. Alors seulement, l’Allemagne pourrait se doter d’une identité nationale plus stable, fondée sur autre chose que sur une image négative de culpabilité. Nolte, par exemple, réagit vivement aux critiques publiques prononcées contre Helmut Kohl et Ronald Reagan qui avaient assisté en mai 1985à une cérémonie de commémoration au cimetière militaire de Bitburg, où étaient enterrés côte à côte des soldats de la Wehrmacht et des membres de la Waffen-SS. 31 Selon Nolte, la crainte d’une « mise en équation » avait empêché qu’on pose cette « question très simple » : « comment aurait-on interprété qu’en 1953, le chancelier de la République Fédérale refuse de se rendre au cimetière national d’Arlington en alléguant qu’y étaient inhumés des hommes qui avaient pris part aux attaques de terreur contre la population civile ? » 32

On ne peut nier que, de façon plus complexe que Rumpf et Spetzler avant lui, Boog a replacé ses recherches universitaires dans le contexte d’un débat public allemand sur la mémoire de la Shoah. Il s’agissait de rectifier l’idée que « parce que Hitler était un “méchant” », « tout ce qui avait été fait en son nom et sous son régime ne pouvait être que l’incarnation du mal. » 33 

La « question de la culpabilité » et la guerre froide : la controverse avec Olaf Groehler

La controverse entre Boog et son collègue est-allemand Olaf Groehler offre un deuxième contexte permettant de comprendre que le premier ait tenu à distinguer la RAF et la Luftwaffe. Groehler avait été responsable de la tournure plus professionnelle adoptée par l’historiographie est-allemande sur les bombardements alliés depuis la fin des années 1960, ce qui l’avait conduit à prendre ses distances avec l’appropriation du bombardement de Dresde par la propagande est-allemande. 34 Cependant, malgré son approche plus professionnelle et plus critique, le travail de Groehler restait profondément marqué par les interprétations marxistes. Son travail partait de l’hypothèse que les méthodes de guerre des Alliés occidentaux constituaient un nouvel exemple de « guerre impérialiste » très comparable aux méthodes employées par les nazis. Comme d’autres auteurs est-allemands, Groehler considérait la dernière phase de la campagne de bombardements alliés, et plus particulièrement le bombardement de Dresde, comme des tentatives pour intimider l’Union soviétique plus que comme de vrais efforts pour remporter la guerre contre l’Allemagne. 35
   
Groehler affirmait qu’en 1945, les responsables de l’armée britannique ou américaine ne croyaient plus pouvoir remporter une victoire immédiate par une campagne intensive de bombardements. Ils n’en continuaient pas moins à être favorables à une action à visée clairement démonstrative, encouragée par certains « cercles réactionnaires » convaincus que désormais, le seul adversaire réel des Alliés occidentaux était l’Union soviétique. Dresde, puis d’autres villes comme Magdeburg et Pforzheim, furent ainsi victimes de ce que Groehler présentait comme la première étape de la guerre froide. Il concluait que « les immenses bombardements de zone du printemps 1945 […] ne visaient pas seulement à épuiser définitivement le […] régime fasciste, mais étaient également censés donner une démonstration de force tout en lançant un avertissement et une menace. Ils visaient avant tout l’Union soviétique, mais aussi la population européenne […] ». 36
   
De même,  Groehler critiquait opiniâtrement les « chercheurs impérialistes sur la guerre aérienne » (« imperialistische Luftkriegsforscher »), comme il appelait ses collègues ouest-allemands, auxquels il reprochait de vouloir réhabiliter la Luftwaffe et nier le caractère « terroriste » du bombardement de villes comme Rotterdam et Coventry. Pour Groehler, l’image ouest-allemande d’une Luftwaffe « propre » relevait d’une rhétorique « néofasciste ». Il affirmait sur un ton polémique que les ouvrages d’auteurs comme Spetzler, Hampe et autres ne faisaient qu’alimenter une apologie nationaliste des crimes commis par l’armée régulière, c’est-à-dire par la Wehrmacht et la Luftwaffe. 37 
   
Durant les années 1980 et 1990, la vision d’une « Luftwaffe propre » chère à Boog s’est heurtée à la conception marxiste d’une « guerre aérienne impérialiste » défendue par Groehler et depuis la fin des années 1970, une vraie controverse a opposé les deux hommes. Dans le cadre d’un débat parfois très vif, aucun des deux interlocuteurs ne se concentrait véritablement sur les différences d’interprétation, préférant rattacher celles-ci à la querelle idéologique de la guerre froide. Boog invita Groehler à un colloque qui s’est tenu à Fribourg en 1988 et lui suggéra de parler des bombardements opérés par les forces aériennes soviétiques. Groehler accepta l’invitation mais insista pour participer à la table ronde organisée par Boog sur le thème « Guerre aérienne et humanité ». 38 Dans son intervention, Groehler critiqua vertement les historiens ouest-allemands, leur reprochant de minimiser la terreur aérienne allemande et d’essayer de « réhabiliter » la Luftwaffe. Groehler concluait sa contribution en affirmant qu’un « groupe d’historiens » de République Fédérale « cherchait à nier la responsabilité historique du nazisme dans le déclenchement de la guerre terroriste de bombardements ». 39 De même, dans Bombenkrieg gegen Deutschland, sans mentionner Boog nommément, Groehler laissait entendre que son travail participait du mouvement de la « droite radicale » en République fédérale. 

Une minorité d’historiens, dont un certain nombre reste ancré dans des traditions dépassées, nient la responsabilité de l’Allemagne dans le déclenchement de la guerre aérienne terroriste contre les civils, en alléguant que la Luftwaffe allemande était une unité militaire dont la prémisse était purement tactique. Plus tard, certains ont même cherché à présenter les indéniables actes de terreur des escouades de bombardement de Goering comme une malheureuse coïncidence, dont on ne peut réellement imputer la responsabilité à personne. 40

Boog, d’un autre côté, accusait Groehler de déformation idéologique et rejetait sa conception d’une « guerre aérienne impérialiste », qu’il considérait comme une tentative de diabolisation de l’Allemagne et des Alliés occidentaux, en même temps qu’une façon de disculper les Soviétiques pour les crimes de guerre qu’ils avaient eux-mêmes commis. Dans son compte rendu de l’ouvrage de Groehler, Boog affirmait que celui-ci contenait « de nombreux mythes et contrevérités sur l’ancienne Luftwaffe allemande » ainsi que de nombreuses autres opinions « déformées par les œillères idéologiques de l’auteur. » 41 Pour Boog, Groehler était le produit d’une dictature oppressive et il instrumentalisait délibérément les bombardements à des fins politiques. Le débat entre Groehler et Boog est resté une querelle fortement idéologique typique de la guerre froide et n’a jamais vraiment donné naissance à une discussion universitaire élaborée. Les tensions anciennes ont persisté même après 1990. Dans un compte rendu, Boog accusa ainsi Groehler d’être un « Reisekader Chef » (un cadre privilégié de la RDA, autorisé à voyager à l’étranger), allusion à l’influence politique dont jouissait Groehler dans son institut, tandis que Groehler ne cessait d’associer Boog au néonazisme. 42

Un récit commun des souffrances allemandes

Les appels moraux de Boog à une correction de l’image négative de la Luftwaffe et ses débats avec Groehler montrent que malgré sa réputation de chercheur capable de prendre du recul, il était profondément concerné par les questions de mémoire et d’identité. Aussi faut-il veiller à ne pas prendre, comme on l’a souvent fait, des historiens tels que Horst Boog, Rolf Dieter Müller ou Olaf Groehler pour des universitaires purs et durs qui ne font que participer à un débat sans se préoccuper de questions identitaires ni de conflits de mémoire. 43  En réalité, ils nous offriraient bien davantage un aperçu révélateur de l’interdépendance, dans l’Allemagne d’après-guerre, entre récit public et récit universitaire sur le passé.

Dans leur comparaison entre les bombardements de la Luftwaffe et de la RAF, Boog et Groehler se sont heurtés sur un certain nombre de points : qui a pris l’initiative coupable de bombarder des populations civiles, quelles les leçons politiques peut-on en tirer et comment ces conclusions historiques devraient-elles affecter ou corriger les souvenirs publics de la Seconde Guerre mondiale en un sens plus général ? Pour Boog, la guerre de bombardements prouvait que la Luftwaffe était une force militaire honorable et que les Allemands avaient été victimes de l’inhumanité de la « guerre totale ». Aussi les Allemands devaient-ils, selon lui, rejeter l’image négative qu’ils avaient d’eux-mêmes et reconnaître les souffrances des civils allemands en même temps que le caractère « correct » et humain de la plupart des représentants de la Luftwaffe. Pour Groehler, la guerre de bombardements prouvait que l’impérialisme occidental et l’impérialisme nazi étaient aussi néfastes l’un que l’autre, et que l’antifascisme et le socialisme étaient la seule solution. L’Allemagne devait reconnaître sa responsabilité dans le déclenchement de la guerre en général et de la guerre de bombardements contre les civils en particulier, mais uniquement à un niveau abstrait et politique. Comme pour Boog, « le peuple allemand » comptait aux yeux de Groehler parmi les principales victimes de la guerre. La lutte des forces impérialistes pour écraser l’Allemagne avait fait de sa population une victime passive : « Dans la perspective d’une stratégie concentrée sur la période d’après-guerre, l’Hinterland allemand est en venu à servir de terrain d’expérimentation où la population allemande a joué le rôle d’animal de laboratoire », affirmait Groehler, concluant par cette métaphore son Bombenkrieg gegen Deutschland. 44 De même, on relève avec intérêt que dans l’ensemble de son œuvre, tout en répétant à maintes reprises que les Allemands avaient pris l’initiative de la guerre de bombardements, Groehler réserve l’utilisation d’un langage émotionnel et les descriptions de souffrances à ses commentaires sur l’expérience allemande des bombardements. 45

Dans une certaine mesure, déterminer si la Luftwaffe et la RAF étaient comparables par leur recours à la terreur contre la population civile relevait d’un vain débat. Cette question dissimulait qu’en dernière analyse, Boog et Groehler partageaient davantage de points communs qu’ils n’en avaient conscience. Outre le travail remarquable et novateur qu’avaient effectué les deux historiens, de façon très similaire, sur les bombardements alliés, leurs recherches révélaient aussi de puissants parallèles entre les récits est et ouest-allemands. Ils décrivaient l’un comme l’autre collectivement le peuple allemand comme « doublement victime », soumis à la pression constante des bombardements alliés d’une part et de son propre régime de terreur de l’autre. Ils passaient largement sous silence l’ampleur de la participation des Allemands à leur régime ou les bénéfices qu’ils avaient pu tirer du pillage des biens juifs, redistribués parmi les civils qui avaient subi des dégâts du fait des bombardements. De même, les expériences de bombardements subis par d’autres Européens ou les souffrances de victimes japonaises des bombardements alliés n’étaient pas évoquées. S’ils mentionnent les bombardements effectués par la Luftwaffe, ils fermaient généralement les yeux sur leurs effets et sur leurs conséquences pour la population civile d’autres pays européens. Enfin, s’agissant de l’influence des bombardements sur la société allemande, certaines questions, comme celle du poids des bombardements sur les relations de pouvoir parmi les responsables du Troisième Reich, ou celle du parallèle entre les stratégies anglaise et allemande pour y faire face, demeuraient largement sans réponse. 46

Bibliographie

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  • 1. Par ex. Winfried G. Sebald, Luftkrieg und Literatur, Munich, 1999, p. 17-18, 76. Pour le débat initial qui a suivi la publication de Der Brand [L’Incendie] de Jörg Friedrich, voir Lothar Kettenacker, éd., Ein Volk von Opfern. Die neue Debatte um den Bombenkrieg 1940-1945, Berlin, 2003) et le numéro spécial de la revue allemande Der Spiegel publié ultérieurement sous forme d’ouvrage : Stephan Burgdorff et Wolfgang Bayer, éd., Als Feuer vom Himmel fiel. Der Bombenkrieg in Deutschland, Munich, 2003.
  • 2. Voir également :  Bas von Benda-Beckmann, German Historians and the Bombing of German Cities. The Contested Air War, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2015.
  • 3. Malte Thiessen, Eingebrannt ins Gedächtnis. Hamburgs Gedenken an Luftkrieg und Kriegsende 1943 bis 2005, Forum Zeitgeschichte, Hambourg, 2007 ; The Allied Air War and Urban Memory. The Legacy of Strategic Bombing in Germany, Oxford, 2011. Neil Gregor, Haunted City: Nuremberg and the Nazi Past, New Haven, 2008.
  • 4. Peter Paul Nahm, Karlheinz Kugler, et Edgar von Wietersheim, éds., Dokumente Deutscher Kriegsschäden. Evakuierte, Kriegssachgeschädigte, Währungsgeschädigte. Die geschichtliche und rechtliche Entwicklung 5 vols., Bonn, Bundesminister für Vertriebene, Flüchtlinge und Kriegsgeschädigte, 1958-1964.
  • 5. David Irving, The Destruction of Dresden (Londres, 1963. [La Destruction de Dresde : la nuit du châtiment pour l’Allemagne nazie, trad. J. D. Katz, Paris, R. Laffont, 1964.])  Avant leur publication sous le titre Und Deutschlands Städte starben nicht, plusieurs chapitres ont paru dans la Neue Illustrierte en 1961. David Irving, Und Deutschlands Städte starben nicht. Ein Dokumentarbericht, Zürich, 1963 [La Destruction des villes allemandes, trad. R. M. Jouan, Paris, France Empire,1965]. Rolf Hochhuth, Soldaten. Nekrolog auf Genf, Reinbek, 1967 [Soldats, nécrologie pour Genève, trad. M. et J. Vecker, Paris, Seuil, 1968].
  • 6. Par ex. Georg W. Feuchter, Geschichte des Luftkriegs. Entwicklung und Zukunft, Bonn 1954 ; Hans Rumpf, Der hochrote Hahn, Darmstadt 1952 ; Hans Rumpf, Das war der Bombenkrieg. Deutsche Städte im Feuersturm: ein Dokumentarbericht, Oldenburg, 1961 [La Guerre des bombes, trad. R. Jouan, Paris, Presses de la Cité, 1964] ; Eberhard Spetzler, Luftkrieg und Menschlichkeit. Die völkerrechtliche Stellung der Zivilpersonen im Luftkrieg, Göttingen 1956 ; Erich Hampe, Der zivile Luftschutz im Zweiten Weltkrieg. Dokumentation und Erfahrungsberichte über Aufbau und Einsatz, Francfort/Main, 1963; Klöss, Erhard, Der Luftkrieg über Deutschland, 1939-1945 Deutsche Berichte und Pressestimmen des neutralen Auslands, nach den ‘Dokumenten deutscher Kriegsschäder’ , Munich, DTV, 1963.
  • 7. Axel Rodenberger, Der Tod von Dresden, Dortmund, 1951, p. 185.
  • 8. Czesany et Spetzler soulignent explicitement l’« européanité » de Dresde. Spetzler rappelait au lecteur que Dresde avait été jusqu’alors « une des attractions les plus célèbres de l’abendländische Kultur », de la culture occidentale. Spetzler, Luftkrieg und Menschlichkeit p. 317; Maximilian Czesany, Nie wieder Krieg gegen die Zivilbevölkerung: eine völkerrechtliche Untersuchung des Luftkrieges 1939-1945, Graz, 1961, p. 131-134; Franz  Kurowski, Der Luftkrieg Über Deutschland, Düsseldorf, 1977, p. 349.
  • 9. Rumpf, Das war der Bombenkrieg, p. 33; Hans Rumpf, « Das war vorgeplanter Völkermord. Churchill und der Bombenkrieg » , Deutsche National-Zeitung und Soldaten-Zeitung 15, n° 14 (1965), p.  10 ; Hans Rumpf, « Bomber-Harris. Eine biographische Studie. Was wir vom Luftkrieg nicht wissen », Ziviler Luftschutz 16, n° 1-2 (1952) p. 23. On trouve la même insistance sur le caractère européen des trésors culturels détruits en Allemagne dans Hampe, Der zivile Luftschutz p. 199.
  • 10. Auswärtiges Amt, éd., Dokumente über die Alleinschuld Englands am Bombenkrieg gegen die Zivilbevölkerung, Auswärtiges Amt 1943 N° 8 (Berlin, 1943); Franz Eher, éd., Englands Alleinschuld am Bombenterror, Volksausgabe des 8. amtlichen Deutschen Weissbuchesn Berlin, 1943.
  • 11. À propos de l’expression « human und ritterlich », voir : Spetzler, Luftkrieg und Menschlichkeit p. 238; Eher, éd., Englands Alleinschuld, p. 5; Albert Kesselring, Soldat bis zum letzten Tagn Bonn, 1953, p. 61. [Maréchal Kesselring. Soldat jusqu’au dernier jour, trad. colonel Goutard, Paris, Charles-Lavauzelle & Cie, 1956.]
  • 12. Spetzler, Luftkrieg und Menschlichkeit p. 265-266. De même, Maximillian Czesany, Nie wieder Krieg p. 93-97.
  • 13. Wolfram Wette, Die Wehrmacht. Feindbilder, Vernichtungskrieg, Legenden, Francfort/Main, 2002) p. 195-245. [Les Crimes de la Wehrmacht, trad. Olivier Mannoni, Paris, Perrin, 2009.]
  • 14. Rumpf, Das war der Bombenkrieg, p. 141; « Updating the Mongols. The Bombing of Germany by Hans Rumpf » , Time Magazine, 21 juin 1963; « Bombenkrieg. Brand-Verächter », Der Spiegel, 1961, p. 37-39.
  • 15. Robert Moeller, War Stories. The search for a usable past in the Federal Republic of Germany, Berkeley 2001, p.181.
  • 16. Rumpf, Das war der Bombenkrieg, p. 21; sur l’accueil positif du public à l’ouvrage de Rumpf, voir « Brand-Verächter », p.  38. On retrouve un argument comparable dans Spetzler, Luftkrieg und Menschlichkeit, p.  373-375.
  • 17. Rumpf, Das war der Bombenkrieg, p. 10-13.
  • 18. Karl Dietrich Erdmann, Die Zeit der Weltkriege, Handbuch der deutschen Geschichte 4. , Stuttgart,  1959, p.  311.
  • 19. Rumpf « Das war vorgeplanter Völkermord. Churchill und der Bombenkrieg », Deutsche National-Zeitung und Soldaten-Zeitung 15, n° 14, 1965, p. 10.
  • 20. Horst Boog, Die deutsche Luftwaffenführung 1935-1945: Führungsprobleme; Spitzengliederung; Generalstabsausbildung, Stuttgart, 1982 ; Horst Boog et al., Der Angriff auf die Sowjetunion, Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg (DRZW) 4, Stuttgart, 1983 ; Horst Boog, « Der anglo-amerikanische strategische Luftkrieg über Europa und die deutsche Luftverteidigung » in Der globale Krieg. Die Ausweitung zum Weltkrieg und der Wechsel der Initiative 1941-1943, éd. Horst Boog et al., DRZW 6, Stuttgart, 1990, p. 429-565; Horst Boog, « Strategischer Luftkrieg in Europa und Reichsluftverteidigung 1943-1944 », in Das Deutsche Reich in der Defensive: strategischer Luftkrieg in Europa, Krieg im Westen und in Ostasien, 1943-1944/45 éd. Horst Boog, Gerhard Krebs et Detlef Vogel, Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg 7, Stuttgart, 2001, p. 3-418; Horst Boog, « Die strategische Bomberoffensive der Alliierten gegen Deutschland und die Reichsluftverteidigung in der Schlußphase des Krieges », in Der Zusammenbruch des Deutschen Reiches 1945. Die militärische Niederwerfung der Wehrmacht, éd. Rolf Dieter Müller, DRZW 10/1, Stuttgart, 2008, p. 777-884.
  • 21. Wolfram Wette, Die Wehrmacht. Feindbilder, Vernichtungskrieg, Legenden, Francfort/ Main, 2002 [Les Crimes de la Wehrmacht, trad. O. Mannoni, Paris, 2009] et « Militärgeschichte zwischen Wissenschaft und Politik », in Weltmacht durch die Hintertür. Deutsche Nationalgeschichte in der Diskussion, éd. Bernd F. Schulte, Hambourg, 2003, p. 31-51. Sur le MGFA, voir : Martin Rink, éd. 50 Jahre Militärgeschichtliches Forschungsamt: eine Chronik, Berlin, 2007 ; Wolfram Wette, « Militärgeschichte zwischen Wissenschaft und Politik », in Was ist Militärgeschichte?, éd. Thomas Künhe et Benjamin Ziemann, Paderborn, 2000, p. 49-71; Rolf Dieter Müller, « Das deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg. Konzeption und Erfahrungen eines wissenschaftlichen Grossprojektes », Zeitschrift für Geschichtswissenschaft 56, n° 4, 2008, p. 301-326.
  • 22. Horst Boog, « Bombenkrieg, Völkerrecht und Menschlichkeit im Luftkrieg », in Die Soldaten Der Wehrmacht, éd. Hans Poeppel, Wilhelm Karl Prinz von Preussen, et Karl-Günther von Hase, Munich, 1998, p. 309 ; voir aussi (en l’occurrence sans référence directe aux crimes communistes et nazis) : Horst Boog. « Harris – A German View ». In Arthur Harris, Despatch on War Operations, Londres 1995, p. XIV et Horst Boog « Das Ende des Bombenkriegs. Ein Militärgeschichtlichter Rückblick », Aus Politik und Zeitgeschichte  45, n° 18/19, 1995, p. 20.
  • 23. Horst Boog, « The Luftwaffe and Indiscriminate Bombing up to 1942 », in The conduct of the air war in the Second World War. An international comparison: proceedings of the
    International Conference of Historians in Freiburg im Breisgau, from 29 August to 2
    September 1988, New York, 1992, p. 380;  Horst Boog, « Luftwaffe und unterschiedsloser
    Bombenkrieg bis 1942 », in Der Zweite Weltkrieg. Analysen, Grundzüge, Forschungsbilanz,
    éd. Wolfgang Michalka, Munich, 1989, p. 523-531. Boog, « Das Ende des Bombenkriegs » p. 525 ; Boog, « Strategischer Luftkrieg », p. 321-323; Boog, Horst. « Die Operationen der Luftwaffe gegen Die Niederlande, 10.-15. Mai 1940 ». In Ideen und Strategien 1940. Ausgewählte Operationenund deren militärgeschichtlichen Aufarbeitung, éd. MFGA, Bonn, 1990, p. 151-152.
  • 24. Boog, Die deutsche Luftwaffenführung p. 133-136. Voir aussi : Horst Boog, « “Baedeker-Angriffe” und Fernstflugzeugproduktion 1942. Die strategische Ohnmachte der Luftwaffe », Militärgeschichtliche Beiträge 4, n° 1, 1990, p. 91-110; Boog, « Luftwaffe und unterschiedsloser Bombenkrieg » p. 523-531; Boog, « Der anglo-amerikanische strategische Luftkrieg », p. 560-565;  Boog, « Bombenkrieg », p. 295. Boog, « Strategische Bomberoffensive », p. 873.
  • 25. Voir tout particulièrement : Horst Boog, « Der strategische Bombenkrieg gegen Deutschland 1939-1945, ein Überblick », in Alliierter Bombenkrieg: das Beispiel Dresden, éd. Lothar Fritze et Thomas Widera, Göttingen, 2005, p. 22-23.
  • 26. Rolf Dieter Müller (avec Florian Huber et Johannes Eglau), Der Bombenkrieg 1939-1945 , Berlin, 2004, p. 231.
  • 27. Ibid., p. 185.
  • 28. Boog a aussi écrit pour Junge Freiheit, journal d’un conservatisme radical et même d’extrême droite, dans lequel ses thèses ont évolué en plaidoyers plus polémiques contre la culture allemande de Vergangenheitsbewältigung. Voir par ex. Horst Boog, « Auf der Schleimspur der Political Correctness » Junge Freiheit, 24 mars 2006; Moritz Schwarz, « Die Unmenschlichkeit schrankenlosen Luftkriegführung ». Entretien : « Der Historiker Horst Boog »,  Junge Freiheit, 25 juillet 2003; Horst Boog, « Geschichtenerzähler aus der zweiten Reihe », Junge Freiheit, 24 septembre 2004; Horst Boog, « Geschichtsstunde auf tiefstem Niveau », Junge Freiheit, 21 mai 2004.  Voir aussi: Jost Wippermann, « Die “Junge Freiheit”: Blockadebrecher der “Neuen Rechten” », in Rechtsextremismus. Ideologie und Gewalt, éd. Richard Faber, Hajo Funke et Gerhard Schoenberger, Berlin, 1995, p. 163-177.
  • 29. Boog, « Bombenkrieg » et Boog, « Das Ende des Bombenkriegs », p.  19-20; Schwarz, « Interview Boog ».
  • 30. Voir pour un aperçu général de cette « controverse des historiens », Rudolf Augstein éd,  « Historikerstreit ». Die Dokumentation der Kontroverse um die Einzigartigkeit der nationalsozialistischen Judenvernichtung, Munich, 1987) ainsi que: Jane Caplan et al., « The Historikerstreit Twenty Years On », German History 24, n° 4, 2006, p. 587-607.
  • 31. Sur la controverse de Bitburg, voir: Ilya I. Levkov, éd. Bitburg and beyond: encounters in American, German and Jewish history, New York, 1987.
  • 32. Nolte, « Vergangenheit, die nicht vergehen will ». Traduction anglaise : Forever in the shadow of Hitler?: the dispute about Germans' understanding of history, original documents of the Historikerstreit, the controversy concerning the singularity of the Holocaust, trad. James Knowlton et Truett Cates, New Jersey, 1993, citation p. 20.
  • 33. Boog, « Das Ende des Bombenkriegs », p. 19-20.
  • 34. Olaf Groehler, « Rezensionen. Walter Weidauer: Inferno Dresden. Über Lügen und
    Legenden um die Aktion "Donnerschlag" », Zeitschrift für Geschichtswissenschaft 13, n° 8, 1965, p. 1446-1447. Les principales publications de Groehler ont été : Groehler, Olaf, Geschichte des Luftkriegs 1910 bis 1970, Berlin, 1975 et Groehler, Olaf,  Bombenkrieg gegen Deutschland, Berlin 1990.
  • 35. Voir aussi : Bas von Benda-Beckmann, « Imperialist Air War. East German Academic Research and Memory Politics reflected in the Work of Olaf Groehler » in Helmut Schmitz et Annette Seidel-Arpaci éd., Narratives of Trauma. Discourses of German Wartime Suffering in National and International Perspective. German Monitor, Amsterdam, 2011, p. 32-57. Pour des exemples antérieurs de récits est-allemands sur les bombardements alliés : Max Seydewitz, Die unbesiegbare Stadt. Zerstörung und Wiederaufbau von Dresden, Berlin, 1956 ; Walter Weidauer, Inferno Dresden: über Lügen und Legenden um die Aktion « Donnerschlag », Berlin, 1965.
  • 36. Groehler, Bombenkrieg 391.
  • 37. Olaf Groehler  « Der “strategische” Luftkrieg gegen Hitlerdeutschland (Februar 1942-März 1944) », Zeitschrift für Militärgeschichte 7, n° 4, 1968, p. 443 et Olaf Groehler, « Neuere bürgerliche Publikationen zur Luftkriegsgeschichte », Militärgeschichte 17, n° 4, 1978, p. 491.
  • 38. Correspondance Boog et Groehler (1988) in ABBAW-ZIG 703/4.
  • 39. Groehler, Olaf. « The Strategic Air War and its Impact on the German Civilian Population » in The conduct of the air war in the Second World War. An international comparison: proceedings of the International Conference of Historians in Freiburg im Breisgau, from 29 August to 2 September 1988. Studies in Military History 2 , New York 1992,  281.
  • 40. Groehler, Bombenkrieg, p. 8.
  • 41. Horst Boog, « Rezension von Olaf Groehler: Bombenkrieg gegen Deutschland, » Das Historisch-Politische Buch 40, n° 1, 1992, p. 44-45, voir aussi : Boog, « Bombenkrieg », p. 287,  note 139.
  • 42. Ibid.
  • 43. Voir en particulier les différentes contributions à Kettenacker, éd. Ein Volk von Opfern, op.cit.
  • 44. Groehler, Bombenkrieg gegen Deutschland , p. 391.
  • 45. Par ex. Groehler, Geschichte des Luftkriegs; Bombenkrieg gegen Detuschland.
  • 46. Particulièrement: Dietmar Süß, Tod aus der Luft. Kriegsgesellschaft und Luftkrieg in Deutschland und England , Munich, 2011, p. 226-237; 319-372 mais aussi dans Jörg Echternkamp, éd., Die deutsche Kriegsgesellschaft 1939 bis 1945. Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg 9/1, Munich, 2004.

Citer cet article

Bas von Benda-Beckmann , L’Angleterre seule responsable ? Les historiens ouest-allemands et la Bombenkrieg, Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 2 Novembre, 2016, accéder le 23/10/2019, https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/l-angleterre-seule-responsable-les-historiens-ouest-allemands-et-la-bombenkrieg, ISSN 1961-9898