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Les chercheurs s’associent pour mieux étudier l’économie du logement

Architecture. CC0 Creative Commons, PixabayLa question du logement, centrale aux yeux des français, est aussi prioritaire pour les pouvoirs publics. Les recherches qui y sont consacrées doivent être renforcées, et sont dispersées dans plusieurs universités. Trois d’entre elles – l’Université d’Aix-Marseille, Sciences Po (via le LIEPP) et l’Université de Toulouse 1 – ont décidé de créer un laboratoire commun afin précisément de mutualiser les savoirs et coordonner les recherches à venir.  En participant à ce projet, soutenu par l’Agence nationale de la recherche, l’ambition du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques de Sciences Po (LIEPP) est notamment d’évaluer le large spectre des politiques publiques en la matière. Explications.

Des politiques publiques au service de la réduction des inégalités 

Le logement est une cible essentielle des politiques publiques françaises : en 2014, 40 milliards d’euros, soit environ 2% du PIB, y étaient consacrés*. Cet  investissement important reflète les préférences sociales de la collectivité. Le besoin d’accéder à des logements décents et abordables est essentiel. Le logement est un “bien primaire”**, c’est-à-dire indispensable à toute personne, et est un instrument incontournable de la justice sociale.
Être bien logé et vivre dans des quartiers préservés du bruit ou d’autres nuisances améliore par ailleurs les performances scolaires des enfants et leur devenir, ce qui rend par ailleurs l’intervention publique nécessaire pour corriger ces externalités.
Les instruments sont nombreux : logements sociaux, taxes et subventions à la location ou accès à la propriété, contrôle des loyers, quotas des logements sociaux pour les municipalités, etc. Si chacune de ces mesures sont (plus ou moins)  évaluées, une vision globale, agrégée et dynamique, fait défaut. Il manque aussi une vision sur le long terme. Pour combler cette lacune le LIEPP a décidé de participer à ECHOPPE (EConomics of HOusing and Public Policy Evaluation), un projet dont l’originalité est de regrouper un maximum de forces de recherche à même de répondre à ce défi. En l’occurrence, celles de trois universités : l’Université d’Aix-Marseille, Sciences Po et l’Université de Toulouse 1.

Un laboratoire mutualisé

Ce laboratoire mutualisé devrait permettre de pallier un manque : en effet la recherche en économie du logement est menée dans de nombreux centres de recherche en France, mais est moins développée que dans d’autres domaines, comme celui de l’économie du travail. Soutenu financièrement par l’Agence Nationale de Recherche, le projet ECHOPPE – permettra d’approfondir la connaissance de l’économie du logement en favorisant les échanges entre chercheurs. L’apport du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques de Sciences Po de Sciences Po (LIEPP) au sein d’ECHOPPE sera notamment  de mettre en place des approches interdisciplinaires pratiquées en son sein depuis plus de cinq ans pour enrichir les travaux des économistes. On pense en particulier à la sociologie et la science politique qui permettent de mieux comprendre  les décisions politiques et leur mise en œuvre.

Évaluer l’impact des politiques de logement sur le long terme

L’impact des politiques de logement est généralement étudié sur le court terme et à l’aide de ce qu’on appelle les expériences quasi-naturelles, utilisant des changements soudains de législation non anticipés. Les impacts à moyen ou long terme en termes d’efficacité ou de redistribution sont encore peu étudiés.
Seesaw, House and Percent Symbol Crédits : Nerthuz, ShutterstockPar exemple, pour les allocations logement, seules des études sur les effets à court terme sont à ce jour disponibles mais aucune ne mesure les effets de bouclage qui permettraient de mesurer ces effets dans le plus long-terme. Il s’agira de combler cette lacune en approfondissant la compréhension de l’impact de long terme des politiques du logement sur les inégalités de logement en France et dans différents pays.
L’idée est de construire un modèle des décisions prises sur le cycle de vie que les ménages effectuent, au fil du temps, en ce qui concerne leur habitat en mettant l’accent sur les questions du cycle de vie. Un tel modèle, qui n’existe que depuis peu pour les États-Unis, n’est pas encore développé pour la France. Il permettra d’évaluer les impacts à long terme des politiques publiques sur la réduction des inégalités de logement. Seront  par exemple étudiés les effets des allocations ou des prêts à taux zéro pour les primo acquéreurs etc. Ce travail de modélisation sera complété par une documentation étendue portant sur ces questions dans différents pays au cours des dernières années.

Entre offre de logement et préférences individuelles

Deux autres directions seront aussi développées.  La première consistera à prendre en compte l’offre de logements et, plus précisément, l’investissement résidentiel ; l’intérêt étant  de pouvoir analyser l’effet des subventions publiques, telles que les incitations fiscales, sur le nombre de nouveaux logements proposés, leur taille et leur qualité, tout en prenant en compte  la qualité de l’environnement.
Une deuxième dimension s’emploiera à développer des modèles plus robustes et des estimations plus précises des préférences des ménages afin d’affiner les connaissances des arbitrages et des préférences individuelles.

Logement social et contrôles des loyers

Modern residential buildings, Facade of new low-energy houses Crédits : ah_fotobox, ShutterstockLe projet se propose aussi d’aborder deux éléments clés des politiques françaises du logement : le logement social et le contrôle des loyers.
Un premier volet visera à étudier les interactions entre les politiques du logement et les élections au niveau local. Il se concentrera sur l’économie politique du logement social et des programmes de construction modélisés comme le résultat de mécanismes politiques (vote, campagnes électorales) entre les municipalités dans lesquelles les propriétaires et les locataires ont des préférences radicalement différentes. Utilisant la théorie spatiale du vote, ce projet sera le premier à étudier les interactions entre les politiques du logement et les élections au niveau local. Il s’agira également d’analyser ces interactions en répétant ce “jeu” dans le temps. La dimension temporelle est un facteur clé des politiques mises en œuvre par les pouvoirs locaux. Il en va de même pour les décisions individuelles telles qu’un déménagement dans la mesure où il induit des coûts importants pour les ménages.
Le second volet traitera de la question de la géographie économique des variations de prix des logements et des loyers au sein des agglomérations en mobilisant des données sur les prix des logements et les loyers, collectées sur Internet. L’utilisation de ces données améliorera notre compréhension du chômage urbain et de la manière dont les trajets quotidiens domicile-lieu de travail affectent l’emploi dans les villes.

* Comptes du logement 2014

** Selon la définition des biens primaire proposée par John Rawls