Droits en ligne : la nouvelle plateforme d'information juridique de Sciences Po

Droits en ligne : la nouvelle plateforme d'information juridique de Sciences Po

  • La statue de la Justice devant un drapeau français © An Mazhor / ShutterstockLa statue de la Justice devant un drapeau français © An Mazhor / Shutterstock

Chaque année, l'École de droit de Sciences Po propose des “Cliniques” : des programmes pédagogiques articulés autour d’une mission d’intérêt public. Pendant neuf mois, Aleksandra Wierzbicka, Alexa Ivanov, Kaiqi Yang et Marjeline Serwier ont choisi de travailler sur la création de Droits en ligne, une plateforme virtuelle d’information juridique qui offre gratuitement aux personnes présentant des difficultés d’ordre juridique, une information juridique précise et adaptée.

Ce projet est né en réponse à la crise du Covid 19. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La création d'une clinique juridique pour l'accès au droit à Sciences Po a longtemps été envisagée, mais c'est dans le contexte de la pandémie que la demande s'est démultipliée. L'École de droit ne voulait pas reproduire une structure traditionnelle pour l'accès au droit  mais plutôt d'imaginer une organisation qui s'adapterait aux nouvelles contraintes liées à la Covid et à la dématérialisation de nos sociétés. C'est pourquoi nous avons créé la première clinique juridique entièrement "en ligne" de France.

Comment s’est déroulé votre projet depuis septembre 2020 ?

Dès le début de l'année scolaire, nous avons beaucoup réfléchi à chaque détail de l'organisation de la plateforme. Après avoir pris connaissance des structures semblables existantes, nous avons conçu un nouveau mode de fonctionnement centré sur l'usager : il a été crucial pour nous d'allier un maximum d'efficacité avec une compréhension profonde des besoins des gens. Compte tenu du public large que nous visons, nous avons construit un modèle qui s'adapterait à différents problèmes juridiques. Cette conception a ensuite été traduite par nos mentions légales, notre formulaire de prise de rendez-vous, et notre site web accompagné par une liste de ressources utiles.

Comment a été pensé le site internet que vous avez mis en place ?

Autour des usagers ! La plateforme fonctionne exclusivement à distance, ce qui permet aux usagers de bénéficier des services de la clinique en toute sécurité et en tout anonymat. Toutefois, Droits en ligne, c’est également un lieu d’écoute et d’accompagnement des personnes fragiles dans un contexte de crise sanitaire et économique. Nous mettons également  à disposition une liste de ressources utiles et fiables à tous les visiteurs du site.

Pour solliciter nos services, l'usager remplit d'abord notre formulaire de rendez-vous qui nous permet de prendre connaissance des problématiques en amont. Ensuite, notre équipe, assistée par nos tuteurs et notre partenaire, le cabinet d’avocats d’affaires international Dechert, effectue les recherches juridiques nécessaires. Enfin, nous contactons la personne concernée afin de fixer un rendez-vous virtuel, où nous restituons oralement la réponse à la question posée tout en privilégiant l’interaction directe avec la personne concernée. Nous nous adaptons particulièrement aux contraintes linguistiques, pouvant recevoir les usagers dans neuf langues différentes : en français, anglais, bulgare, cantonais, allemand, mandarin, polonais, russe et espagnol.

Comment avez-vous intégré la perspective de genre ?

Notre équipe est entièrement constituée de femmes. La question de la perspective de genre s'est donc très rapidement posée, sous deux angles principalement. D'abord, formellement à travers le choix d'utiliser ou non l'écriture inclusive. Nous avons été particulièrement sensibilisées à cette question en classe ainsi que dans nos milieux associatifs et nous avons pris conseil sur ce sujet pour savoir s'il était pertinent de l'utiliser dans notre questionnaire. Nous avons finalement décidé de ne pas l'utiliser parce que nous avions peur de perdre en lisibilité, notamment envers les non-francophones qui ne sont pas habitués à ces formulations. Nous avons par contre essayé d'utiliser une majorité de formulations non-genrées afin que tout le monde se sente représenté. Sur le fond, nous sommes conscientes que les femmes ont des besoins juridiques spécifiques. Ainsi, nous traiterons en priorité les problématiques liées aux violences sexistes et sexuelles. Par ailleurs, notre page "Ressources utiles" renvoie vers le site du Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes sur laquelle il est possible de s'informer sur les droits liés au genre.

Pouvez-vous nous parler de la ligne téléphonique qui a été créée ?

Droits en ligne est un projet numérique. Toutefois, nous sommes parfaitement conscientes qu'un segment de la population, en particulier les plus vulnérables, n'a pas ou peu accès à Internet. Nous avons donc pensé à faciliter le recours de ces personnes à nos services par la création d'un numéro de téléphone dédié. Au stade de la prise de rendez-vous, ceux qui rencontrent des difficultés pour remplir notre formulaire en ligne peuvent nous contacter par cette voie afin de nous communiquer leur problème. Le rendez-vous de restitution peut également avoir lieu par téléphone. Ainsi, aucune connexion Internet n'est requise !

Ce projet va-t-il continuer d’évoluer par la suite ?

Bien sûr ! Le projet présente de très nombreuses perspectives d’avenir puisqu’il répond à deux besoins majeurs de notre société : un accès gratuit à l’information juridique, facilité par le format en ligne de la plateforme, ainsi que la formation pratique des juristes de demain. Il reste donc beaucoup à réaliser pour améliorer le dispositif et assurer l'existence durable de la clinique juridique à Sciences Po. Notre ambition est d'élargir sa portée par le recrutement d'une plus grande équipe étudiante, mais aussi de créer un réseau solide d'interprètes et de professionnels du droit. Il est aussi souhaitable d'exploiter les outils numériques encore mieux, en recrutant des étudiants formés en informatique et en investissant dans leur développement.

Ce projet de Clinique était placé sous la supervision d’Anne-Laure Lacoste, Marie Mercat-Bruns, Jeremy Perelman et Christophe Pouly, coordonné par Zina Osmani et Bérangère Gavaudo et facilité par Mathieu Chaperon.

En savoir plus

Retour en haut de page