La présence physique de la dictature dans le paysage argentin : le cas de Buenos Aires (Suite 3 )

Écrit par Maeva Morin

ADN

Martin Acosta

Martin Acosta est né à Buenos Aires en 1960. Il est reporter depuis 1985, il a notamment travaillé pour Clarin, Pagina/12, La Nacion, etc.

La réalisation d'ADN lui a pris sept ans. Le projet est centré sur la récupération des enfants volés sous la dictature au travers d'une douzaine de portraits des enfants auprès de leur famille d'origine et accompagnés d'une photo de leurs parents disparus.

L'exposition fut inaugurée à Buenos Aires le 3 mars au Théâtre San Martin.

L'auteur expliquant son projet raconte : « que l'idée est venue de la nécessité de dire quelque chose sur ce qui s'était passé durant la dernière dictature », à partir de sa propre expérience. Il a réalisé son projet en étroite collaboration avec les Grands-mères de la Place de Mai : « quand l'idée a surgit, je suis allé voir les Abuelas, j'ai parlé avec elles, le projet leur paru intéressant et elles m'ont aidé à contacter les enfants ».

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« Moi ils m'ont volé, je suis né de nouveau le 25 octobre 2000, dit Gabriel, qui s'appelait jusqu'alors Ramiro. Mari, sa mère, est desaparecida depuis le 11 janvier 1977.

Etre un disparu en Argentine c'est ne plus être là, ne plus exister, ne plus être.

J'ai connu Adriana lors de ma première visite aux Abuelas de Plaza de Mayo, quand je suis allé demander de l'aide pour mon projet. J'étais justement en train d'étudier les cas possibles quand elle est entrée et a dit « Que faites-vous avec mon petit ».

Adriana sait peu de ce qui s'est passé. Gabriel, lui ne sait rien. Nous autres, savons peu de ce qui s'est passé.

Maria militait au sein du PRT-ERP, elle travaillait dans une usine. Ils l'enlevèrent à la sortie du travail alors qu'elle attendait le bus. Enrique, le père de Gabriel, prévînt la famille de Maria qu'elle avait été arrêté. Aujourd'hui il vit au Brésil.

Gabriel fut « adopté » par une famille de Pergamino jusqu'à ce qu'il se rende à l'antenne des Abuelas et que le test ADN lui révèle son identité. Aujourd'hui, il construit celui qu'il veut être.

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 « Je me suis rendu chez les Abuelas en 2003. Je ne pouvais plus supporter ma vie, mes incertitudes, mes dépressions ».

Juan Cabandié est né en mars 1978 à l'ESMA. Ses parents,  Damian Cabandié et Alicia Alfonsin étaient militants Montoneros et furent arrêtés à leur domicile, au 600 de la rue Solis et furent séquestrés au Banco et à l'Atlético. Alicia était enceinte quand elle fut transférée à l'ESMA pour donner naissance à son fils. Ils sont tous deux, à ce jour, desaparecido.

« Je suis né à l'ESMA. Il s'est passé quinze jours après ma naissance durant lesquels ma mère m'a alimenté et m'a nommé. Je disais souvent à mes amis, avant de savoir qui était ma famille, avant de connaître mon histoire, que j'aurais voulu m'appeler Juan ». Ce furent les paroles de Juan, lors d'un acto face à l'ESMA le 24 mars 2004, quand il a su qu'il était Juan. Quelques mois avant, il était encore Mariano, comme l'avait baptisé Luis Falco, un agent de service secrets de la Police Fédérale qui l'avait « adopté ».

« Avec l'identité falsifiée, on ne peut pas de construire, il manque toujours quelque chose. Tu cherche quelque chose et tu sais pas ce que tu cherche ».

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« Nous étions sur la place. Ma mère est allée en marchant vers un type. Ils lui ont mis une capucha (cagoule) et la firent monter dans leur voiture. Elle l'a fait pour ne pas qu'ils nous enlèvent, comme me l'a raconté ma sœur, moi je n'avais que six mois, Tatiana avait elle trois ans mais s'en rappelle ».

Ils les remirent à différentes familles mais le destin les a réunis dans le même foyer. Séquestrées ensembles, séparées par différents orphelinats, adoptées séparément, elles furent de nouveau réunis dans une même famille.

« Dans ma famille, les femmes sont baptisées Laura. Mes parents me baptisèrent Mara. Mais Tatiana avait dit « Ma sœur s'appelle Laura. C'est pour ça que je m'appelle Laura Malena. J'aime bien, j'appellerai ma fille Laura ».

En 1980, les Abuelas, ont découvert le cas et mettent en place un système de visites avec la famille adoptive. Ils accomplissent tous un rôle important pour retenir  les filles. Mais pour Laura-Mara, se fut dur, et ça se voit.

Le jour où nous avons pris la photo dans la maison de sa tante Berisso, Mara se sentit mal. Cette étape de sa vie lui coûte.

Laura-Mara, ressent une profonde dévotion pour son père, professeur d'éducation physique et boxeur. Elle est impressionnée par une photo de lui à l'école.

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Coco est née le 2 septembre 1977 au Pozo de Banfield. Elle fut séquestrée un mois et demi avant que José C.Paz par un groupe de travail de la police et de l'Armée, avec sa mère, son père et sa sœur Maria âgée d'un an et demi, sa mère était enceinte de huit mois quand elle fut arrêtée.

Quand les Abuelas, commencèrent à suivre le cas de Coco, Teresa Gonzalez, sous-officier de la Province de Buenos Aires et Nelson Ruben, ses apropriadores tentèrent d'éluder la question en démenageant régulièrement.

Courant 1987, dans l'avion qui l'a conduit de Mar del Plata, où elle a été localisée, au tribunal, Coco rêvasse sans comprendre pourquoi on l'éloigne de ses parents pour lui faire rencontrer une autre famille. Sa famille. C'est à partir de là qu'elle a commencé à penser à ses nouveaux parents.

Au tribunal, ils lui présentèrent sa véritable famille. Haydee l'embrassait et lui expliquait qu'elle la cherchait depuis longtemps. « Moi je ne comprenais rien et ne voulait rien savoir, en plus ils me présentaient à tous les vieux et pas à mes parents.

Passèrent dix ans depuis l'enlèvement de José C. Paz, ce 20 juin 1977, mais les parents de Coco, qu'elle avait imaginé dans l'avion sont toujours disparus.

 

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« Fou, je n'ai jamais lancé autant de pierres de toute ma vie ».

Marco a participé au groupe de motard qui a affronté la police avec leurs motos et des pierres, dans les manifestations contre le gouvernement de Fernando de la Rua en décembre 2001.

« J'ai du sang, le sang qui court dans le corps, si je vois quelque chose de mal, je bondis ».

Marcos Suarez fut séquestré le 10 décembre 1977 avec son père, Hugo qui l'a emmené avec lui dans ses bras. Sa mère, Maria Rosa Vedoya avait été arrêté deux mois avant. Personne ne sait rien de ce qu'il est advenu de ses parents.

Marcos apparut dans une garderie sur un brancard. C'est l'infirmière qui s'est occupé de lui qui est devenu sa mère après que les autorités lui ai dit qu'il s'appelait Gustavo et que ses parents l'avait abandonné.

Il s'est rendu à l'antenne des Abuelas pour chercher son père. Elles lui apprirent que ses parents s'appelaient Hugo et Maria Rosa et qu'il avait été séquestré avant ses un an.

La abuela Modesta Vedoya, qui l'a cherché pendant trente ans, ne pensait ne jamais le retrouver. Estela de Carlotto l'appela pour la prévenir que Marcos avait été retrouvé. Quand elle le vit, elle revécue le moment où il lui avait souri à onze mois quand il était parti dans les bras de son père.

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« Quand elle m'a vu pour la première fois, elle a crié « Paula ! ». La abuela Delfina est la seule personne qui m'appelle Paula.

« Dès mes trois ans, je me suis rendu compte que j'avais été  adopté. Quand j'avais douze ans, je faisais des cauchemars avec des actes violents. J'ai commencé a associer les dates et ai demandé à ma mère que j'étais une enfant de disparus. J'ai pleuré comme une damné mais ce fut un grand soulagement ».

« En 1995, j'ai commencé à chercher. Une femme m'a vu sur la troisième chaîne de Rosario. Elle a tout de suite pensé que j'étais la petite fille d'Augustin, mon grand père, le père d'Enrique. Elle a appelé chez moi et a parlé avec ma mère et elles se sont rencontrées. Elles rencontrèrent Delfina, qui leur montra une photo de Blanca. Ma mère a pensé que cela pouvait être possible ».

Paula-Carolina cherche la vérité sur ses parents et à retrouver son frère ou sa sœur. Blanca, sa mère était sur le point d'accoucher quand ils l'ont arrêté.

Deux ans plus après avoir récupéré son identité, Paula-Carolina a retrouvé les restes de Blanca et les as enterré au cimetière de Venado Tuerto.

« Nous avons été ensemble jusqu'à la fin. Blanca était une mère poule. J'adore savoir qu'ils appartenaient à une idéologie et qu'ils y croyaient. J'adore savoir qu'ils travaillaient dans la villa. Je suis fière de ce qu'ont fait mes parents.

 Les légendes sont exactement celles du photographe et furent traduites en français par l'auteur.

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Pour davantage de détails sur l'auteur et son travail, voir les liens suivants : http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/rosario/12-15440-2008-10-02.html et

http://www.multimagen.com/agenda/agenda.php?id=6694#

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