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2 juillet 2026

« Regarder et écouter sont déjà des actes artistiques »

“Matière Première” avec Adama Diop, metteur en scène et comédien

Le calepin de Carole Vidal, membre de l'équipe de la MAC, à la suite de la rencontre avec Adama Diop, metteur en scène et comédien, organisée par l'ASPA (Association des Sciences Po pour l'Afrique), en coordination avec la Maison des Arts & de la Création de Sciences Po dans le cadre de la série Matière Première, un rendez-vous avec un ou une artiste pour découvrir les œuvres (littéraires, cinématographiques, musicales, plastiques…) qui ont façonné son parcours, accompagné sa pratique et élargi son univers.

La lecture d’Aimé Césaire est le premier choc fondateur d’Adama Diop : il découvre le Cahier d’un retour au pays natal (1939) à l’école primaire, raconte avoir été “saisi par la complexité de l’œuvre” et avoir dû “laisser tomber la compréhension” pour entrer dans un rapport plus sensible, presque musical, à la poésie. Césaire lui ouvre alors la voie d’une écriture émotionnelle et devient un horizon, une figure qui montre qu’une parole peut être à la fois politique, lyrique et universelle.

Tout autant que les écrits d’Aimé Césaire, ou une filiation artistique africaine qui lui est chère (celle des cinéastes Djibril Diop Mambéty, Ousmane Sembène, Safi Faye, ou encore des musiciens Youssou Ndour et Baba Maal), la vie contemporaine est une source d’inspiration essentielle pour Adama Diop. 

Il puise une partie de ses pensées dans un quotidien urbain traversé par la diversité humaine : les conversations des rues de Montreuil où il demeure, les voix et les ambiances de la ligne 9 du métro (accents, gestes, changements de population d’une station à l’autre…), les villes, régions et pays qu’il traverse en tournée, sont autant d’éléments vivants à capter et à transformer. Pour lui, regarder et écouter sont déjà des actes artistiques. 

Adama Diop

La perception de l’injustice occupe une place centrale dans son œuvre : la manière dont sont traités les jeunes issus de l’immigration, la violence des débats sur l’exil et les scènes observées dans le camp de migrants de Moria en Grèce (“une prison à ciel ouvert”), ont nourri son besoin de traduire le réel. Dans l’esprit de Césaire, Adama Diop s’efforce de transformer colère, peur et indignation en matière poétique. Il ne cherche pas à expliquer le monde mais à en révéler les vibrations : entre chaos et sublime. Sa pratique traduit les voix et les blessures du présent en formes scéniques mêlant écriture rythmique, projections et musique, et construit une œuvre à la croisée de la poésie et de l’engagement social, pour faire exister ceux qu’on n’entend pas.

S’il a longtemps été gêné par le fait d’être qualifié ou de se présenter en tant que comédien noir, il assume aujourd’hui une exigence de visibilisation, dans la mesure où celle-ci peut avoir un effet libérateur pour de nombreuses personnes discriminées.

Engagé dans la transmission, fondateur d’une école de comédiens à Dakar, initiateur énergique d’actions culturelles autour des lieux où il diffuse ses spectacles, Adama Diop a généralement la volonté de créer des espaces où l’on écoute, où l’on parle, où l’on se rencontre. 

À cela s’ajoute une très grande ouverture musicale (jazz, baroque, rap, Afrobeats, musiques sénégalaises…) qui structure son écriture et ses spectacles, souvent conçus comme des formes hybrides entre théâtre et concert. Son rapport à l’image est lui aussi déterminant : à son arrivée en France, il ne cesse de photographier pour témoigner, pour fixer des visages et des couleurs. Cette sensibilité visuelle irrigue sa mise en scène, où l’écran est aussi bien un espace de projection que le signe d’un déplacement des frontières du théâtre.

Interrogé sur les territoires qui ont nourri son imaginaire, Adama Diop cite Dakar, sa ville natale, marquée par la teranga, hospitalité qui consiste à accueillir l’autre « à n’importe quel prix », quitte à se priver soi-même ; mais aussi La Réunion, découverte bien plus tard, et dont la nature volcanique peut donner naissance à une terre nouvelle… 

 

 

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Légende de l'image de couverture : Adama Diop (crédits : Dorian Prost)