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2 juillet 2026

« Dans mon travail, je fais une relecture picturale des formes narratives »

“Matière Première” avec Raphaël Barontini, artiste plasticien

Raphaël Barontini

Le calepin de Carole Vidal, membre de l'équipe de la MAC, à la suite de la rencontre avec Raphaël Barontini dans le cadre de la série Matière Première, un rendez-vous avec un ou une artiste pour découvrir les dix œuvres (littéraires, cinématographiques, musicales, plastiques…) qui ont façonné son parcours, accompagné sa pratique et élargi son univers.

Raphaël Barontini a proposé une conférence autour de dix œuvres qui ont façonné sa pratique. Ces influences, il les a tissées pour faire apparaître un fil commun : la réécriture des récits par la célébration, la voix et la résistance esthétique.

En ouverture, Orfeu Negro (Marcel Camus) et les traditions carnavalesques posent la fête comme dispositif politique : costumes, parade et énergie collective deviennent des outils pour détourner les images du pouvoir. À l’inverse, Punishment Park (Peter Watkins) montre la mise à l’épreuve des corps par l’État. C’est cette double polarité, célébration contre répression, qui structure la lecture de Barontini et nourrit son désir de rendre visibles d’autres histoires.

La littérature, avec Richard Wright (Black Boy) et Patrick Chamoiseau (Le conteur, la nuit et le panieren 2020, Patrick Chamoiseau a été titulaire de la chaire d’Écriture de la MAC), fournit la voix et la mémoire : la lecture comme échappée chez l’un, le conte comme ciment communautaire chez l’autre. Ces textes expliquent pourquoi ses grandes pièces textiles convoquent archives, portraits et rituels : non pour reconstituer un passé figé, mais pour le recomposer et le transmettre.

La musique, du zouk de Kassav au rap de NTM, jusqu’à l’afrofuturisme de Janelle Monáe, rythme son atelier et projette des imaginaires alternatifs. Ces bandes son ne sont pas décoratives : elles structurent le travail collectif, inspirent motifs et gestes, et permettent d’envisager d’autres temporalités. 

Dans le domaine des arts plastiques, contraint de se limiter à un nombre limité de noms, son choix se porte exclusivement sur des peintres. Sans doute parce qu’il conçoit son travail comme un geste pictural (héritage direct de sa formation aux Beaux-Arts de Paris, au sein d’un atelier de peinture), Barontini développe une approche profondément marquée par l’image. Pour autant, ses peintres de prédilection ne sont pas nécessairement figuratifs : il est attiré par l’abstraction, pour le plaisir de la couleur, la liberté du geste et l’énergie qu’elle déploie. Les artistes qu’il cite, Romare Bearden, Joan Mitchell, Kerry James Marshall, lui offrent des méthodes complémentaires : collage et hybridation d’images, intensité chromatique, figuration politique. Barontini emprunte à ces gestes la capacité de mêler fragments d’archives et larges aplats pour fabriquer des contre-images.

En quelques interventions précises, l’artiste a montré que célébrer, raconter et fabriquer des images est une stratégie de résistance. Ses bannières, capes et processions ne se contentent pas de représenter l’histoire : elles la déplacent, la recomposent et la rendent collective, pour interroger le pouvoir symbolique et ouvrir les imaginaires.

 

 

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Légende de l'image de couverture : Raphaël Barontini (crédits : Soline Sénépart / Sciences Po)