Accueil>"La culture n'est pas un héritage, c'est une matière vivante qui nous construit"

30 avril 2026

"La culture n'est pas un héritage, c'est une matière vivante qui nous construit"

“Matière Première” avec Zahia Ziouani, cheffe d'orchestre

Le calepin de Carole Vidal, membre de l'équipe de la MAC, suite à la rencontre avec Zahia Ziouani dans le cadre de la série Matière Première, un rendez-vous avec un ou une artiste pour découvrir les dix œuvres (littéraires, cinématographiques, musicales, plastiques…) qui ont façonné son parcours, accompagné sa pratique et élargi son univers.

   crédit : Aurore Papegay / Sciences Po

« Tu t’appelles Zahia, tu as grandi en Seine-Saint-Denis dans un quartier populaire, dans un milieu modeste, tu es d’origine algérienne, ça fait beaucoup de handicaps, mais cela a été une force. » C’est par ces mots que la cheffe d’orchestre Zahia Ziouani a commencé son intervention devant une assemblée de membres de la communauté Sciences Po et d’une classe du Lycée Bergson, établissement partenaire du Pôle Egalité des Chances.

Dès l’enfance, Mozart et Beethoven ont occupé une place fondatrice dans son univers. Les Noces de Figaro et la Symphonie Pastorale ont été les premières musiques entendues chez elle. Petite, elle rallumait même la télévision en cachette pour revoir l’opéra filmé des Noces, préférant Mozart aux dessins animés. Ces œuvres ont d’emblée façonné son rapport à la musique symphonique.

À ce socle classique se sont ensuite ajoutés Tina Turner, Michael Jackson, les musiques kabyles et arabes  : un paysage sonore multiple, reflet de son histoire familiale. Cette diversité irrigue encore aujourd'hui ses choix de programmation et son désir de décloisonner les répertoires.

D’autres œuvres non-musicales ont accompagné sa formation de cheffe  : le film Amadeus de Milos Forman, les documentaires consacrés à Leonard Bernstein ou à Sergiu Celibidache, mais aussi des peintures (Pablo Picasso, Les Demoiselles d'Avignon, 1907 ; Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages, vers 1818) et des textes (Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836) qui ont nourri son imaginaire scénique…

crédit : Aurore Papegay / Sciences Po   

Parmi les pièces emblématiques de son orchestre Divertimento, elle compte enfin Danse Bacchanale de Saint-Saëns, dont elle souligne la dimension méditerranéenne avec l’intégration d’une mélodie algérienne – une résonance intime, qui illustre la manière dont elle relie ses racines culturelles à son travail artistique.

La traversée proposée par Zahia Ziouani révèle combien la musique peut devenir un espace de liberté, de projection, parfois de résistance — notamment pour une jeune femme issue d’un quartier populaire à qui l’on répétait que « ce n’est pas un métier pour les femmes ». Avec elle, la culture n’est pas seulement un héritage  mais une matière vivante, qui se transmet et se transforme. Un appel à la curiosité, à l’écoute, à la persévérance — et à la confiance en son propre potentiel.

Les dix œuvres partagées par Zahia Ziouani :

  • Wolfgang Amadeus Mozart, Les Noces de Figaro, 1786.
  • Ludwig van Beethoven, Symphonie n°6 en fa majeur, op. 68, dite « Pastorale », 1808.
  • Nina Simone, I Wish I Knew How It Would Feel to Be Free, 1967.
  • Ron Clements et John Musker, Vaïana, la légende du bout du monde, 2016.
  • Richard Fleischer, Soleil Vert, 1973
  • Idir, A Vava Inouva, 1976.
  • Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836.
  • Pablo Picasso, Les Demoiselles d'Avignon, 1907.
  • Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages, vers 1818.
  • Walt Disney, Fantasia, 1940.
  • Alan J. Pakula, Les Hommes du Président, 1976

Extraits :

  • Camille Saint-Saëns, « Danse Bacchanale », extrait de l’opéra Samson et Dalila, Demos, Philharmonie de Paris.
  • Arturo Márquez, Conga del Fuego, Divertimento, Philharmonie de Paris.
  • Grégory Demarsy, Philharmonie de Paris.
  • Ludwig van Beethoven - Symphonie n°9 Ode à la Joie, Divertimento, Philharmonie de Paris.

Voir le replay de la rencontre :

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