Stéfanie Weber, alumni, nous raconte son parcours

Stéfanie Weber, alumni, nous raconte son parcours

  • Stéfanie Weber et Joan Clos, ancien Executive Director d'ONU Habitat © S. WeberStéfanie Weber et Joan Clos, ancien Executive Director d'ONU Habitat © S. Weber
  • URBACT City Festival © URBACTURBACT City Festival © URBACT
  • Stéfanie Weber à l'URBACT City Festival © URBACTStéfanie Weber à l'URBACT City Festival © URBACT

Portrait de Stefanie WEBER, Autrichienne/Brésilienne, Ancienne étudiante du Master Cycle d’urbanisme, Promotion 2016-2018

D’où vient votre intérêt pour les questions urbaines ?

"Ayant vécu la plupart de ma vie à Sao Paulo, j’ai toujours eu un fort intérêt pour les questions urbaines et spatiales. Le vrai déclic m’est venu lorsque j’avais 15 ans, durant un voyage d’un mois en Amazonie. Je rencontrais différentes communautés locales et l’une d’entre elles était bénéficiaire d’un programme de l’État pour la construction de 100 maisons. Les « nouvelles » maisons avaient été bâties depuis plus d’un an mais personne ne pouvait vivre à l’intérieur : l’environnement et les habitudes locales n’avaient pas été prises en compte et il faisait beaucoup trop chaud dans les bâtiments pour y vivre. C’est à ce moment-là que j’ai su que je voulais rendre la vie des gens meilleure à travers des changements spatiaux. Pour cette raison, j’ai réalisé des études en « Architecture et Urbanisme » au Brésil, où j’ai également travaillé dans des cabinets d’architecture.

Quel était votre parcours avant d’intégrer le Master Cycle d’urbanisme ? 

"En Amérique Latine, le cours d’urbanisme est intégré au sein du cours d’architecture. Ce fut une bonne expérience d’étudier ces deux domaines dans une grande métropole comme Sao Paulo mais j’ai compris que l’architecture n’était pas suffisante à elle seule pour changer la vie des gens à une échelle plus large et j’en étais frustrée. Pour avoir une réelle transformation du territoire (en tant que résultat d’un processus collectif, participatif et plus égalitaire), le renforcement des politiques urbaines est nécessaire, ainsi que l’attention aux aspects des sciences sociales. Aujourd’hui, la planification urbaine est sans doute une partie essentielle de la sphère publique.

Pour atteindre mon objectif, je suis venue étudier la Géographie et l’Aménagement Territorial en France. Cette expérience m’a donnée l’opportunité de découvrir les enjeux urbains sous une autre perspective. En m’éloignant de l’architecture, j’ai pu me rapprocher de différents sujets tels que les questions environnementales, un domaine qui me plaisait tellement que j’ai fini par travailler avec le secrétariat de l’ONU pendant la COP21 à Paris. Ce fut ma deuxième expérience avec cette organisation. En effet, pendant l’été 2015, j’ai participé au « 53th Graduate Student Programme » à Genève. Cette ouverture à une perspective plus holistique et généraliste m’a amenée dans différents pays, pour faire des stages et « workshops », comme en Hongrie, au Chili et même en Chine (où j’ai vécu pendant huit mois dans une « petite ville » de 10 millions d’habitants)."

Qu’avez-vous pensé de votre formation au sein de Sciences Po ? 

"Au vue de la diversité de mon parcours, rejoindre le Cycle d’urbanisme me semblait être la suite logique. C’était sûrement la meilleure façon de synthétiser tout ce que j’avais vécu, de réunir toutes mes connaissances, d’acquérir des outils professionnels et de maîtriser la mise en place des politiques publiques et leur évaluation. Je crois que ce programme comporte plusieurs aspects positifs en comparaison avec d’autres masters : il existe un équilibre entre les cours théoriques et pratiques, l’accent est mis sur un projet professionnalisant et une importance particulière est accordée à l’échelle de la ville et au-delà.

Si d’un côté le master Governing the Large Metropolis est plus tourné vers les villes-mondes (dans une perspective globale), alors que le master Stratégie territoriales et urbaines a une vision plus locale et francophone, le Cycle d’urbanisme, lui, possède davantage une échelle de travail intermédiaire et des objectifs très ciblés : la production, la transformation et la gestion de la ville à travers des compétences transversales associées à des expertises. C’est justement dans ce croisement pluridisciplinaire que réside la force de cette formation : nous sommes 40 personnes dans chaque promotion avec des trajets très différents (des architectes, des ingénieurs, des géomaticiens, des « sciences-pistes », des historiens, des géographes, des juristes, des aménageurs…). Nous avons des visions très différentes, parfois complémentaires, et d’autres fois plus divergentes. Nous avons également des attentes professionnelles très diverses. À mon avis, c’est justement ça la richesse du Cycle.

En contrepartie, il s’agit d’une formation assez chargée. Étant donné le vaste panel de thèmes et sujets à être abordés sur une seule année de cours (le troisième et dernier semestre est consacré au stage, au Grand Oral et à la soutenance d’un article), nous n’avons jamais manqué de travail et les journées étaient longues (parfois de 9h jusqu’à 21h !). La barrière linguistique était une autre difficulté à laquelle j’ai dû faire face, car je ne suis pas francophone et tous les cours sont enseignés en français. Les « nouveaux » cours pour moi, comme le « Droit et contentieux de l’urbanisme » ont posé un autre défi car je n’avais pas de connaissances préalables sur le sujet. J’ai heureusement pu réussir et m’affranchir des barrières grâce à l’aide de mes camarades, des enseignants et surtout de l’équipe pédagogique du master (notamment Marco Cremaschi, Irène Mboumoua et Jérôme Michel)."

Quel a été votre parcours depuis votre diplomation ?

"Dans le cadre du stage pour la validation de master, je crois avoir pris une route plutôt atypique, en comparaison de mes camarades. Alors que la plupart d’entre eux sont restés en Europe ou en France, je suis partie à Nairobi, au Kenya. Pendant six mois, j’ai travaillé au siège de l’ONU Habitat, au sein du Département de Logement et d’Amélioration des Bidonvilles. Mon poste était au siège et j’ai pu travailler avec plusieurs villes de différents pays. Mes tâches étaient associées au développement du cadre méthodologique, de la mise en place et de l’évaluation du Programme Participatif d’Amélioration des Bidonvilles. J’ai donc eu l’opportunité de travailler non seulement à l’échelle locale du projet (en faisant du terrain à Nairobi et à Mtwapa au Kenya), mais également à l’échelle de la gestion du programme (lequel comptait 40 pays et plusieurs villes).

Parmi leurs objectifs, l’un était de créer un réseau de collaboration entre les différentes autorités locales des pays membres pour promouvoir le développement urbain intégré et participatif. Cela préfigurait déjà un objectif très proche du programme URBACT où je travaille actuellement au sein du Département de Communication et Capitalisation. Cette organisation aide les villes à renforcer leurs capacités à concevoir et à mettre en œuvre des politiques urbaines intégrées, par la création de réseaux entre différentes autorités locales en Europe. Avec divers objectifs tournés vers la cohésion politique territoriale, leur Secrétariat soutien trois types d’interventions : le renforcement des capacités locales, les échanges transnationaux et la capitalisation et dissémination."

Que vous a apporté le Cycle d’urbanisme ? 

"Je suis très reconnaissante de faire partie de l’histoire du Cycle d’urbanisme. Avoir un diplôme de Sciences Po, c’est une carte de visite précieuse sur le marché de travail. Mais en toute franchise, la chose que j’apprécie le plus, c’est que le Cyle m’a aidé à mieux me comprendre. J’ai appris à repérer mes atouts, mes intérêts et à reconnaître mes faiblesses. J’ai réussi à affiner mon projet et en retour le Cycle m’a offert une infinitude d’opportunités.

Par exemple, j’ai connu le programme européen de coopération territoriale URBACT grâce au voyage d’étude que notre promotion a fait à Thessalonique, en Grèce. Nous avions eu la chance de participer à une réunion transnationale du réseau « Arrival Cities » (un réseau consacré au développement des villes pour l’accueil des migrants, lequel compte des villes de huit pays). Nous avions rencontré des bénéficiaires et des acteurs locaux, ainsi que des acteurs engagés d’autres pays. J’étais fascinée et ce fut à ce moment-là que j’ai su que j’aimerais y travailler un jour ! Aujourd’hui, je peux dire avec certitude qu’il existe un grand capital social à Sciences Po et que le Cycle d’urbanisme m’a appris à travailler sur quelque chose qui me passionne."

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