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17 février 2026
Portrait de diplômé : François Poujaud

François Poujaud est diplômé du double master Urban Policy entre l'Ecole urbaine et la London School of Economics (LSE). François a reçu le Best Overall Performance Prize, décerné par le Department of Geography and Environment de la LSE. Ce prix récompense l’étudiant ayant obtenu la meilleure moyenne générale de l’ensemble de sa promotion, distinguant ainsi un parcours académique d’excellence et des résultats exceptionnels tout au long de son parcours.
• Quel a été votre parcours avant d’intégrer l’École urbaine ?
Franco-chilien, j’ai vécu pendant une quinzaine d’années entre le Chili et la France. Grandir entre deux continents, au contact de contextes urbains, sociaux et culturels très différents, a nourri très tôt mon intérêt pour les dynamiques urbaines et territoriales. Par la suite, dans le cadre de stages et d’échanges universitaires, j’ai vécu au Maroc, en Allemagne et en Espagne. Ces expériences m’ont permis de comparer différentes manières de vivre l’espace et d’aborder l’aménagement urbain.
Souhaitant articuler ces enjeux spatiaux avec une compréhension des dynamiques économiques, j’ai suivi une formation en Géographie et aménagement du territoire à Sorbonne Université en parallèle d’un cursus en Administration des affaires à l’EM Lyon Business School. Mes stages ont été orientés vers l’urbanisme opérationnel, d’abord auprès d’un maître d’ouvrage privé, puis sur le chantier du Village olympique et paralympique de Paris 2024. Ce projet, inscrit dans une logique d’adaptation au changement climatique, a nourri mon mémoire consacré aux défis de durabilité des grands projets urbains et à leurs modes de gouvernance.
Curieux de mieux comprendre comment la crise climatique et environnementale transforme les territoires et les conditions de vie des habitants, je suis parti pendant mon année de césure jusqu’en Indonésie, en empruntant majoritairement des routes terrestres et maritimes à travers 18 pays. Cette démarche, menée dans le cadre de Territory Project, a abouti à un documentaire nourri de rencontres locales et d’observations de terrain, explorant les enjeux de l’urbanisation, de la gestion des ressources et des transformations territoriales à travers des études de cas au Moyen-Orient et en Asie du Sud.
Ces expériences ont structuré mon intérêt pour les politiques urbaines et régionales, que j’ai ensuite pu approfondir à Sciences Po et à la LSE.
• Qu'est-ce que vous a apporté le double-diplôme Urban policy avec la LSE ?
Le double diplôme en Urban Policy m’a permis de comprendre les villes et les territoires comme des systèmes socio-écologiques et politico-économiques interdépendants. Il m’a aidé à développer une approche critique et empirique de l’action publique, en me donnant les outils pour évaluer et concevoir des politiques urbaines et régionales ancrées localement, attentives aux récits dominants et à leurs effets concrets sur les territoires et les populations.
La première année, au sein du Master Stratégies Territoriales et Urbaines (STU) à Sciences Po, m’a apporté une formation pluridisciplinaire et appliquée aux politiques urbaines et territoriales en France et en Europe, en me familiarisant avec les cadres d’analyse de l’action publique et les interactions entre acteurs publics et privés à différentes échelles. Le projet collectif mené pour l’IHEDATE sur la transition écologique en Espagne m’a permis d’analyser la déclinaison de cadres de gouvernance européens, nationaux et locaux dans des projets combinant approches descendantes et ascendantes et révélant des rapports de force politiques, sociaux et territoriaux.
La seconde année, à la LSE, j’ai rejoint le MSc Local Economic Development (LED) afin d’approfondir une approche de géographie économique appliquée aux politiques de développement territorial. Cette formation m’a permis d’analyser les disparités régionales, les dynamiques de croissance et d’inégalités et de réfléchir à la conception de politiques fondées sur les capacités locales et les contextes institutionnels, dans des contextes du ‘Sud’ et du ‘Nord’.
• Votre mémoire vous a conduit à travailler dans un quartier informel de Nairobi : qu’est-ce qui vous a le plus marqué sur le terrain ?
À la LSE, j’ai consacré mon mémoire de recherche à l’adaptation climatique des quartiers informels. Ces derniers abritent aujourd’hui plus d’un milliard de personnes et figurent parmi les plus exposés aux effets du changement climatique, malgré des empreintes carbones très faibles. À Kibera, l’un des plus grands quartiers informels urbains d’Afrique subsaharienne, situé à Nairobi (Kenya), j’ai étudié deux projets de Solutions fondées sur la Nature (SfN), co-conçus et mis en œuvre par des résidents et une ONG. Trois ans après leur mise en œuvre, j’ai évalué leurs effets sur le développement économique local et le bien-être perçu des habitants, au-delà de leur objectif principal de réduction des risques d’inondation.
En rencontrant résidents, commerçants, membres de l’ONG, autorités formelles et informelles, j’ai confronté la littérature à des réalités que seuls des échanges directs sur le terrain permettent de saisir. Cette immersion m’a également permis de prendre du recul sur ma position d’étudiant-chercheur formé dans des institutions européennes.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est que les résidents percevaient ces infrastructures vertes moins comme des solutions techniques que comme des dispositifs réduisant l’incertitude quotidienne. Ces SfN et leur co-production ont généré pour les résidents des gains indirects mais importants (temps économisé, coûts de santé et matériels évités, continuité du travail et de la scolarité) et ont nourri un sentiment de dignité, de reconnaissance et de capacité d’agir. La comparaison des deux sites montre que la stabilité de ces bénéfices socio-économiques dépend avant tout de leur ancrage social, spatial et de gouvernance. Lorsque ces conditions sont réunies, les bénéfices s’accumulent dans le temps. À l’inverse, ils restent fragiles, réversibles et inégalement distribués.
Cette recherche m’a convaincu que produire des politiques pertinentes suppose d’abord de comprendre finement les conditions sociales et institutionnelles dans lesquelles les solutions prennent, ou non, effet.
• Pour la suite, dans quel type de poste ou d’organisation aimerez-vous travailler ?
À présent, je souhaite travailler dans une logique de recherche-action, articulant terrain et analyse, au sein d’une organisation internationale ou d’un institut de recherche. Je m’intéresse plus particulièrement à l’évaluation de politiques et de projets urbains et régionaux, notamment dans le champ des infrastructures et des enjeux climatiques et environnementaux en Afrique subsaharienne, en Amérique latine ou en Europe.
Face à des cadres de décision publique encore largement orientés vers le court terme, mon objectif est de produire des analyses empiriquement fondées, allant au-delà des seuls indicateurs agrégés et intégrant davantage les effets sociaux, territoriaux, climatiques et environnementaux à long terme.
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