"Menton Livraison" : quatre étudiants s'engagent

"Menton Livraison" : quatre étudiants s'engagent

Pour aider les personnes à risque, quatre étudiants créent une plateforme de livraison solidaire
  • Vue sur le clocher de Menton © Joanna Peel / Sciences PoVue sur le clocher de Menton © Joanna Peel / Sciences Po

Au début du mois de mars 2020, alors qu’une grande partie de la France vit encore dans l’insouciance, Tommaso Campomagnani, Nolwenn Menard, Joseph Moussa et Mathilde de Solages, étudiants en première année sur le Campus de Menton, anticipent la possibilité d’un confinement. Dans cette ville où un tiers de la population a plus de soixante ans, ils créent la plateforme Menton Livraison, qui garantit la livraison de produits de première nécessité par des bénévoles pour les personnes à risque. Mathilde et Nolwenn nous racontent cette aventure collective, faite de difficultés administratives et de belles rencontres.

Comment l’idée de créer Menton Livraison vous est-elle venue ?

Mathilde : Début mars, Joseph est venu nous voir sur le campus et a proposé de nous présenter son idée en cinq minutes. Le soir-même, nous étions réunis tous les quatre chez lui pour imaginer le fonctionnement de Menton Livraison, un service destiné aux personnes à risque.

Nolwenn : Il est vrai qu’à ce moment-là, l’idée de confinement pouvait sembler très éloignée. Certains pensaient que nous aurions du mal à mobiliser des partenaires. Mais en même temps, Menton baignait déjà dans une atmosphère particulière du fait de sa proximité avec l’Italie... Au retour des vacances de février, plus de la moitié des étudiants de Sciences Po étaient en quarantaine, parce qu’ils avaient transité des villes comme Milan. Tommaso, qui est Italien, avait des nouvelles alarmantes de ses proches de l’autre côté de la frontière. On voyait les Mentonais de plus en plus inquiets, des regards soupçonneux quand on toussait dans un espace public…

Mathilde : Nous sommes tous conscients que Menton est une ville particulière dans sa démographie. Même si la réalité ne correspond pas au cliché persistant de la « ville de vieux », plus d’un tiers des Mentonais ont plus de 60 ans ! Nous avons regardé ce qui s’était passé en Chine et en Italie, la courbe d’évolution de la maladie, et nous avons pensé : c’est le calme avant la tempête.

Comment fonctionne Menton Livraison ? Quand ce service a-t-il été lancé ?

Mathilde : Menton Livraison est un numéro de téléphone qui permet aux personnes à risque de commander des articles de première nécessité, listés sur notre site Internet, puis de se les faire livrer à domicile par des bénévoles.

Nolwenn : Initialement, nous avons pensé à une application. Puis, très rapidement, l’idée d’une hotline s’est imposée comme étant plus adaptée à un public de personnes âgées. Nous avons choisi un serveur vocal qui enregistre les commandes et qui les restitue, soit sous forme d’enregistrement vocal, soit sous forme de retranscription écrite. Ainsi, la ligne n’est jamais occupée, et nous pouvons traiter les demandes à mesure qu’elles arrivent.

Mathilde : La ligne a été mise en service le jeudi 26 mars à 10h. Dès le premier jour, nous avons livré une douzaine de commandes ! Et nous avons invité chaque bénévole et chaque bénéficiaire à nous faire des suggestions pour améliorer le service sur la durée. Depuis le lancement, les retours sont très positifs, ce qui est gratifiant - car c’est le fruit d’un long travail. Lorsque nous nous sommes lancés, nous n’avions aucune idée des délais induits par les obligations administratives, légales, sanitaires ! Il a d’abord fallu créer une association, ce qui est une démarche simple mais qui prend un certain temps. Puis, chaque aspect de l’activité a nécessité un traitement propre. Pour livrer des médicaments, par exemple, nous devrons attendre le feu vert des organismes de direction régionale, puis nationale. Ce n’est pas encore gagné.

Nolwenn : Heureusement, la Mairie est un partenaire très actif du projet. Les services municipaux et le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) nous ont guidé dans toutes ces démarches, ils nous ont mis en relation avec les autorités compétentes, et ils nous procurent du matériel indispensable pour assurer la sécurité de tous (bénévoles comme bénéficiaires) : masques, gants, gel hydro-alcoolique…

Sur qui pouvez-vous compter pour vous aider ?

Mathilde : Grâce à l’aide de la Mairie, qui a parlé de nous sur ses réseaux sociaux, nous pouvons compter sur une soixantaine de bénévoles prêts à agir (dont un tiers de « sciences-pistes »).

Nolwenn : Et bien sûr, nous pouvons compter sur l’implication du Carrefour City Félix Faure, qui est un partenaire très motivé. Cette enseigne est tenue par des particuliers qui ont tout de suite adhéré au projet. Ce sont eux qui nous ont fourni la liste des produits de nécessité les plus fréquemment achetés par les clients. Evidemment, si nos bénéficiaires veulent d’autres produits, ils peuvent en faire la demande ; mais la disponibilité des produits proposés sur notre site est garantie par le magasin.

Mathilde : Pour une petite ville comme Menton, et une petite enseigne comme le Carrefour City Félix Faure (qui ne dispose que d’un livreur en temps normal), l’action de bénévoles est essentielle pour faire face aux très nombreuses demandes déjà reçues par le CCAS.

Quelle est la force de votre équipe ?

Nolwenn : Chacun apporte ses connaissances, ses compétences et son expérience propre. D’abord, nous venons d’horizons différents : Tommaso, qui est italien, habitait à Tenerife avant de rejoindre Sciences Po ; Joseph, libanais, habitait en Arabie Saoudite ; Mathilde, française, habitait au Pays Bas ; et moi, qui suis franco-américaine, je vivais à San Francisco. Nous avons chacun connu des environnements, des systèmes de santé et de protection qui diffèrent d’un pays à l’autre. 

Mathilde : Et puis, nous avons mis en commun des « savoir-être » complémentaires. Joseph a une grande mémoire et réfléchit très rapidement. Tommy est très créatif. Quant à Nolwenn et moi, nous aimons aller à la rencontre des gens, et les échanges nombreux et nécessaires avec l’administration française ne nous font pas peur ! Enfin, tous les quatre, nous avons tendance à nous engager très intensément dans ce que nous entreprenons. Ce niveau d’implication doit être égal dans une équipe. 

Comment travaillez-vous aujourd’hui ?

Chacun est dans son lieu de confinement, mais nous travaillons quotidiennement par téléphone ou par visioconférence. Pas besoin d’être ensemble pour agir ! 

Pour en savoir plus

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