Le scientifique et son intuition
Le neurobiologiste Alain Prochiantz nous donne ici une leçon très utile. Il rappelle qu’il n’y a pas qu’en art que l’on est seul et confronté à l’intuition et au danger. Il s’inquiète d’une organisation de la production scientifique actuelle qui privilégie la sécurité plutôt que la prise de risque, la rapidité au temps long, la quantité à la qualité. Fort de son expérience en sciences comme dans son action d’administrateur du Collège de France, il préconise alors, comme Claude Bernard, de se « jeter à travers champs », quitte à échouer. Il faut oser !
Laurence Bertrand Dorléac et Thibault Boulvain
Alain Prochiantz Le diurne et le nocturne
La question du sujet
Pas si loin d’ici, à Vincennes, une autre époque, Gilles Deleuze se prenait la tête entre les mains et énonçait « L’artiste est seul ». On pense à la photo de Herbert Matter montrant Giacometti dans une posture proche. Sans doute Deleuze signifiait-il par-là que l’artiste véritable se définit par la solitude. Est-ce juste ? Dans la philosophie spontanée des artistes et de leurs historiens, l’activité collective renvoie aux sciences, indemnes qu’elles seraient de la solitude du sujet. Ce balancement initial entre sciences et art sert d’amorce à une improvisation sur le thème de la créativité scientifique.
On peut trouver dans ce qu’on nomme École ou atelier l’idée d’une action collective qui bouscule la notion de sujet, même anonyme, et par là celle fondamentale de risque. Pour l’artiste, on se demandera si, pendant les périodes où il invente des formes nouvelles, il ne met pas sa raison, voire sa vie, en péril. À moins, qu’à l’inverse, ce ne soit un déséquilibre intime qui trouve dans l’art des issues existentielles intermittentes. L’histoire des sciences suggère que la proposition deleuzienne puisse être, exceptionnellement, étendue à certains savants. On pense, entre autres à Darwin ou Turing. Mais est-elle compatible avec le mode de fonctionnement actuel de la République des sciences ?
Art ou science, une réflexion sur la place des sujets dans la création, ne peut ignorer celle des technologies, par exemple l’intelligence artificielle. Stephan Ornes a récemment discuté la capacité des ordinateurs1Ornes, S. Computers take art in new directions, challenging the meaning of “creativity”. Proceedings of the National Academy of Sciences USA, 116: 4760-4763, 2019. L’analogie avec le test de Turing est rappelée : si un ordinateur crée une œuvre d’art dont le spectateur ne peut pas décider si elle est, ou non, œuvre humaine, alors l’ordinateur est un artiste à l’égal de l’homme. Et les fraises à la crème, ce plat délicieux, alors ? Une des nombreuses objections que Turing lève contre lui-même dans Les machines pensent-elles ? 2Turing, A.M. Computing machinery and intelligence. Mind, 59: 430-460, 1950.
La boîte noire des réseaux de neurones permet à la machine d’apprendre. Qu’on lui présente des milliers d’images de chiens et elle reconnaîtra n’importe quel chien, en ayant acquis le concept. Mais cela demande, outre un grand nombre d’images, beaucoup d’énergie. Un humain apprend à moindre coût. Trois chiens présentés à un enfant et le concept est là. Cet apprentissage est fondé sur des mécanismes propres aux animaux. Cette différence avait amené Turing à s’intéresser au vivant3Turing, A.M. The chemical basis of morphogenesis. Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Series B, Biological Sciences, 237: 77-72, 1952.
Ayant un génome unique, et une histoire unique, tout individu est lui-même singulier et continue de se modifier jusqu’à la mort. Cette ‘individuation permanente est importante pour le créateur – artiste ou autre – mais aussi, et pour ce qui ce qui est de l’art, pour le regardeur4Regardeur, ou regardeuse, au sens large, puisqu’il peut s’agir d’audition ou de lecture. La formule a été attribuée à Oscar Wilde, Marcel Duchamp ou Odilon Redon. Alors on la dira de père inconnu. puisque « la beauté est dans l’œil de celui qui regarde ». Il en va différemment des objets scientifiques dont la véracité n’est pas relative, mais absolue, sauf révolution.
Peut-on alors parler de sujet de la science ? Avant d’aller plus avant, on peut se demander si les créations artistiques sont-elles-mêmes intégralement fictionnelles ou si elles disent parfois quelque chose de vrai, au sens de vérité scientifique ? La littérature, étrangère aux sciences humaines ou à la psychologie cognitive, relire Balzac5C’est un exemple, j’aurais pu invoquer Proust ou Dostoïevski, et bien d’autres., nous en apprend de belles sur l’animal social que nous sommes.
A contrario, de grandes monographies scientifiques s’imposent parfois comme des œuvres littéraires. Darwin ou Lévi-Strauss viennent immédiatement à l’esprit. On s’interrogera alors sur la part de cette composante littéraire dans la conception, puis la réception, d’œuvres de pure science. Même dans les articles scientifiques courts, aujourd’hui la règle, la question du style se pose. Par-delà les démonstrations, un bel article est aussi un article bien écrit. D’où la question du rôle de la langue naturelle dans la pensée scientifique.
Si penser dans sa langue constitue un avantage, cela signifie que la science, celle qui pense, au-delà d’une description objective, pour beaucoup technologique, du monde a un lien avec le langage. On peut alors considérer la langue, y compris naturelle, comme un outil de recherche et de connaissance, pas seulement de communication. Qui dit « pensée » dit culture scientifique, dit correspondances (au sens baudelairien), dit imagination et, par-dessus tout, dit risque. Il faut sans doute accepter, qu’en sciences, ce risque pris par un sujet soit nécessaire pour créer des concepts dont la vérité n’est pas relative et ne dépend ni du sujet créateur ni des « regardeurs ».
Baisse de la créativité scientifique
Certains travaux suggèrent que la créativité aurait baissé en sciences du fait d’une organisation de la production qui s’oppose à la prise de risque. Park et collègues proposent un index qui permettrait d’attribuer à un article la mention de disruptif : un article est disruptif si les travaux qui le citent cinq années après sa publication, sont moins susceptibles de citer ceux qui l’ont précédé6Park M., Leahey E. & Funk R.J. Papers and patents are becoming less disruptive over time. Nature, 613: 138-144, 2023. En revanche, si un travail est « incrémentiel », ceux qui l’ont précédé continuent d’être cités. À travers l’examen de 45 millions d’articles sur la période 1946-2010, les auteurs calculent que, dans toutes les disciplines, l’index de créativité s’est effondré massivement. Cette conclusion a été remise en cause pour les brevets du fait du manque de citations antérieurs à 1976 et de l’examen de seulement 3,9 millions de rapports7Macher J.T., Rutzer C. & Weder R. Is there a secular decline in disruptive patents? Correcting for measurement bias. Research Policy, 53, (2024) 104992..
La distinction entre publications et brevets conduit à s’interroger sur le rapport entre disruption académique et innovation. Une découverte disruptive est-elle grosse d’innovations qui, elles-mêmes, le seraient, et si oui, à quelle distance et par quels mécanismes ? La question est essentielle en une période où les pays qui investissent le plus en recherche et innovation accroissent leur compétitivité économique. Je renvoie aux travaux de Philippe Aghion, Prix Nobel d’Économie 2025. D’autres questions soulevées par l’article de Park et collègues sont reprises dans un commentaire récent de Nature8Is science less disruptive – and does it matter? Nature, 614: 7-8, 2023., avec plusieurs hypothèses sur les causes de ce déclin :
- La division des sciences en unités de plus en plus étroites
- La pression de publication et le rôle des index quantitatifs dans l’évaluation
- La diminution du nombre de projets à risque et de leurs financements
- La submersion par un déluge d’information qui ne laisse plus le temps, ni l’espace, pour réfléchir
D’autres articles viennent à l’appui de ces pistes. Chu et Evans9Chu J.S.G. & Evans J.A. Slowing canonical progress in large fields of science. Proceedings of the National Academy of Sciences USA, 118 No41 e2021636118, 2021. constatent que la carrière des chercheurs et l’évaluation des équipes, donc leurs financements, reposent principalement sur des données quantitatives, dont le nombre de citations. Le déluge d’articles qui en résulte empêcherait les évaluateurs et les lecteurs d’avoir accès à une exacte compréhension des idées nouvelles. Ils démontrent que quand le nombre d’articles publié grossit fortement, les citations vont vers les papiers déjà beaucoup cités. Ce qui, disent-ils, fossilise le système. Les outsiders, ceux qui pensent « out of the box », passent d’abord inaperçus puis disparaissent, faute de reconnaissance et de financement.
Baer et collègues10Baer M., Groth A., Lund A.H. & Sonne-Hansen K. Creativity as an antidote to research becoming too predictable. The EMBO Journal 42:e112835½2023 rappellent la découverte dans les années 1960 de bactéries capables de pousser dans les eaux très chaudes, de l’ordre de 70°C, des sources du parc de Yellowstone. Ce travail de pure curiosité intellectuelle, initialement peu cité, est à l’origine de techniques d’amplification des acides nucléiques (Polymerase Chain Reaction) ayant valu le Prix Nobel de Chimie 1993 à Kary Mullis, leur inventeur. En effet, cette réaction demande une alternance de cycles à haute et moyenne températures, donc des enzymes qui fonctionnent aux températures élevées. Sans cette curiosité initiale, combien de temps eut-il fallu attendre le développement d’une technologie d’intérêt majeur ? Mais on ne voit que ce qui existe et, a contrario, on peut s’interroger sur le nombre de connaissances qui nous ont, pour ainsi dire, « échappé ».
Et qui pourraient quasiment disparaître alors que les conditions qui encouragent une exploration créative de l’inconnu sont de plus en plus difficiles à trouver. Dans ce même article, il est démontré que la productivité de la recherche, définie comme le rapport entre la production d’idées neuve et les idées qui permettent cette création, décline avec le temps. Pour contrer cette panne de créativité, les USA devraient doubler leur effort en recherche tous les 13 ans. Mais est-ce seulement une question financière ou le résultat d’une organisation délibérée du travail scientifique ? Parmi les explications possibles, les auteurs relèvent :
- Le nombre d‘articles qui augmente tellement que les scientifiques n’ont plus du temps que pour le « mainstream », avec un effet de calcification de la structure intellectuelle des champs scientifiques.
- La tendance des agences à ne financer que les projets à risque limité.
Il en résulte que nous formons nombre d’excellents chercheurs expérimentaux et de grands « managers », au détriment de véritables penseurs.
Comment ça marche ?
Pour mieux définir la créativité scientifique, on doit s’interroger sur ce processus mystérieux, même pour de grands anciens dont la lecture suggère que « comment ai-je trouvé ? » est leur interrogation première, plus que « comment trouver ? ». Suivons Richard Feynman, Prix Nobel de Physique 1965, qui considère que les « educated guesses » sont à l’origine de nombreux travaux véritablement disruptifs11Feynman R.P., Leighton R., Hutchings E. Surely you’re joking, Mr. Feynman!: adventures of a curious character. New York, NY: W. W. Norton & Company, Inc 1985.. Il s’agit là de la part obscure de la science, je l’ai appelée autrefois « science nocturne »12Prochiantz A. Géométries du vivant. Collège de France/Fayard, 2008., locution réinventée en 202013Yanai I.& Lercher M. The two languages of science. Genome biology 21: 147, 2020.. Il s’agit d’un mécanisme qui repose sur la notion d’intuition et d’une rêverie qui s’impose en permanence au sujet, mais n’est pas encore de la science.
Ce qui réintroduit l’idée d’une science provisoirement fictionnelle, du moins en apparence si on comprend que l’intuition scientifique n’est pas une révélation irrationnelle mais, au contraire, une forme extrême de rationalité. Il faut des années de travail et de lectures, dans des domaines très variés, générant des connaissances en nombre immense et pas nécessairement conscientes pour générer des associations d’idées à l’origine des « educated guesses ». S’ensuivent d’autres années de travail rationnel qui confirmeront ou non, en tout ou en partie, l’intuition de départ. On comprend alors ce que signifie « la part du risque », ce risque tant redouté par les agences de financement et les investisseurs.
Une intuition peut surgir d’une rencontre ou d’une analogie qui éclairent un questionnement « nocturne » de longue date. Un exemple en est la visite de Charles Darwin chez son frère Erasmus au retour de son voyage du Beagle au cours duquel il avait accumulé un nombre considérable de fossiles et de notes, un océan de données sans une véritable connaissance. Ce qui rappelle Sydney Brenner cité par Paul Nurse, deux biologistes Prix Nobel de Physiologie ou Médecine : « We are drowning in a sea of data and starving for knowledge »14Nurse P. Biology must generate ideas as well as data. Nature 597 : 305, 2021..
Je me cite15A. Prochiantz, Entre physiologie expérimental et mathématisation du monde, le non-lieu de Charles Darwin, dans « Darwin au Collège de France », OpenEdition books, 2020. : « De retour de son long voyage sur le Beagle au cours duquel il avait rassemblé et fait envoyer en Angleterre un nombre incalculable d’échantillons de toutes sortes, Darwin n’eut l’illumination qui devait le mettre sur la bonne piste qu’au détour d’une conversation avec Harriet Martineau, alors qu’il séjournait à Londres chez son frère Erasmus Alvey Darwin (1804-1882), Charles ayant déjà migré avec Emma à Down. Harriet Martineau est whig (libérale), militante de la loi sur les pauvres qu’il faut secourir mais empêcher de se reproduire faute de quoi la nourriture viendrait à manquer. Bref, elle introduit Darwin à la pensée de Malthus16Malthus T. An Essay on the Principle of population, London, J. Johnson, 1798. et c’est par un travail d’analogie avec le malthusianisme que le biologiste construit sa théorie, ce qui lui prendra les 25 ans qui séparent le retour de son voyage et la publication en 1859 de l’Origine des espèces. »17Darwin C. On the origin of species by means of natural selection, or the preservation of favoured races in the struggle for life, London, John Murray 1859. Et Darwin a pris le risque, ce qui ne veut pas dire qu’il était certain. La part du doute est souvent difficile à surmonter. Citons cette lettre, adressée au grand géologue Lyell, dans laquelle Darwin se réjouit, à tort, que celui-ci se soit rallié à sa théorie sur l’évolution animale de sapiens, assumée dans La descendance de l’homme18Darwin C. The descent of man and selection in relation to sex, London, John Murray, 1871. : « Je m’en réjouis aussi profondément pour moi ; car en pensant aux légions d’hommes qui ont poursuivi une illusion des années durant, j’ai maintes fois été parcouru d’un frisson glacé en me demandant si je n’avais pas consacré toute ma vie à une chimère. Je considère aujourd’hui qu’il est moralement impossible que des hommes qui cherchent la vérité, comme vous et Hooker, puissent être entièrement dans l’erreur, et je repose donc en paix. »19Darwin F (éd). La vie et correspondance de Charles Darwin, Paris, Alfred Coste, 1922 (1888).
Il ne s’agit pas de décréter que tous les acteurs de la recherche doivent répondre à ce schéma, loin de là, l’ensemble la communauté est indispensable, mais de demander que soient protégés les conditions d’émergence de ces « phares » dont la survie est incompatible avec des formations académiques entièrement tournées vers la performance quantitative. Et qui, s’ils ont survécu à cette première étape, et ont intégré la République des Sciences, seront, le plus souvent, remis dans le droit chemin par les mécanismes d’évaluation.
Certains se consoleront, considérant que le progrès scientifique repose de plus en plus sur des technologies sophistiquées, indispensables pour creuser le sillon, gages d’objectivité et génératrices d’un océan de données dont, on attend que surgissent les idées nouvelles. Plus certainement, si le miracle de la découverte, petite ou grande, se produit, c’est fréquemment parce qu’un scientifique ou un petit groupe, un « moi multiple », a pris le risque, pour citer Claude Bernard20Bernard C. Carnets de note, p 178, 1850-1860, Gallimard, 1965. de se « jeter à travers champs », quitte à aller vers l’échec. Mais, pour nourrir les intuitions justes « educated guesses », il faut réintroduire le droit à l’erreur, encourager la curiosité au-delà de son domaine étroit de recherche et donner le temps nécessaire à la rumination scientifique.
Notes
[1] Ornes, S. Computers take art in new directions, challenging the meaning of “creativity”. Proceedings of the National Academy of Sciences USA, 116: 4760-4763, 2019
[2] Turing, A.M. Computing machinery and intelligence. Mind, 59: 430-460, 1950
[3] Turing, A.M. The chemical basis of morphogenesis. Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Series B, Biological Sciences, 237: 77-72, 1952
[4] Regardeur, ou regardeuse, au sens large, puisqu’il peut s’agir d’audition ou de lecture. La formule a été attribuée à Oscar Wilde, Marcel Duchamp ou Odilon Redon. Alors on la dira de père inconnu.
[5] C’est un exemple, j’aurais pu invoquer Proust ou Dostoïevski, et bien d’autres.
[6] Park M., Leahey E. & Funk R.J. Papers and patents are becoming less disruptive over time. Nature, 613: 138-144, 2023
[7] Macher J.T., Rutzer C. & Weder R. Is there a secular decline in disruptive patents? Correcting for measurement bias. Research Policy, 53, (2024) 104992.
[8] Is science less disruptive – and does it matter? Nature, 614: 7-8, 2023.
[9] Chu J.S.G. & Evans J.A. Slowing canonical progress in large fields of science. Proceedings of the National Academy of Sciences USA, 118 No41 e2021636118, 2021.
[10] Baer M., Groth A., Lund A.H. & Sonne-Hansen K. Creativity as an antidote to research becoming too predictable. The EMBO Journal 42:e112835½2023
[11] Feynman R.P., Leighton R., Hutchings E. Surely you’re joking, Mr. Feynman!: adventures of a curious character. New York, NY: W. W. Norton & Company, Inc 1985.
[12] Prochiantz A. Géométries du vivant. Collège de France/Fayard, 2008.
[13] Yanai I.& Lercher M. The two languages of science. Genome biology 21: 147, 2020.
[14] Nurse P. Biology must generate ideas as well as data. Nature 597 : 305, 2021.
[15] A. Prochiantz, Entre physiologie expérimental et mathématisation du monde, le non-lieu de Charles Darwin, dans « Darwin au Collège de France », OpenEdition books, 2020.
[16] Malthus T. An Essay on the Principle of population, London, J. Johnson, 1798.
[17] Darwin C. On the origin of species by means of natural selection, or the preservation of favoured races in the struggle for life, London, John Murray 1859.
[18] Darwin C. The descent of man and selection in relation to sex, London, John Murray, 1871.
[19] Darwin F (éd). La vie et correspondance de Charles Darwin, Paris, Alfred Coste, 1922 (1888).
[20] Bernard C. Carnets de note, p 178, 1850-1860, Gallimard, 1965.Bibliographie
Ornes, S. Computers take art in new directions, challenging the meaning of “creativity”. Proceedings of the National Academy of Sciences USA, 116: 4760-4763, 2019Ornes 2019.
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Macher J.T., Rutzer C. & Weder R. Is there a secular decline in disruptive patents? Correcting for measurement bias. Research Policy, 53, (2024) 104992.
« Is science less disruptive – and does it matter? » Nature, 614: 7-8, 2023.
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Prochiantz A. Géométries du vivant. Collège de France/Fayard, 2008.
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Malthus T. An Essay on the Principle of population, London, J. Johnson, 1798.
Darwin C. The descent of man and selection in relation to sex, London, John Murray, 1871.
Darwin F (éd). La vie et correspondance de Charles Darwin, Paris, Alfred Coste, 1922 (1888).
Alain Prochiantz est Professeur du Collège de France, Administrateur du Collège de France (2015 à 2019).



