"Encourager le dialogue Orient-Occident"

B. El Ghoul, directeur du campus de Menton
  • Bernard El Ghoul prend une selfie avec ses étudiantsBernard El Ghoul prend une selfie avec ses étudiants

Les enseignements proposés sur le campus de Menton se concentrent sur le Moyen-Orient et les pays du pourtour méditerranéen. Si dialogue interculturel et débat interreligieux sont de mise sur le campus, c’est surtout grâce à son directeur, Bernard El Ghoul, qui a su imposer des valeurs de vivre ensemble et de tolérance à des étudiants venus d’ici et d’ailleurs. Portrait d’un directeur apprécié, surnommé affectueusement par ses étudiants le « Di Caprio libanais ».

Bernard El Ghoul le reconnaît volontiers : la tâche de directeur n’est pas toujours évidente. Entre les choix pédagogiques, les orientations stratégiques et les démarches administratives, l’équilibre est parfois difficile à trouver. « Je ne passe malheureusement pas autant de temps que j’aimerais avec les étudiants » commente le directeur du campus mentonnais avec une pointe de déception dans la voix. Il n’en reste pas moins très apprécié de ses étudiants qui le surnomment le « Di Caprio libanais ».
 
Cet ancien étudiant en sciences politiques à l’Université d’Aix-Marseille ne se prédestinait pas à devenir directeur d’un campus de Sciences Po. Son DEA de relations internationales en poche, il rejoint le campus parisien de Sciences Po en 1998 où il mène un doctorat sur les transformations socio-économiques des pays du Golfe à la suite duquel il passe deux ans en poste pour le ministère des Affaires étrangères à Abou Dhabi et à Dubaï.  
 
Lorsqu’on lui propose en 2005 de prendre la tête du tout nouveau campus de Sciences Po à Menton, il relève le défi sans hésiter. Âgé seulement de 27 ans, il est le candidat idéal pour ce poste : expert du Moyen-Orient, il a la double nationalité franco-libanaise et il parle couramment français, arabe et anglais. Né à Paris en 1977, il connaît les affres d’un pays en guerre, mais c’est surtout le souvenir de la joie et de l’hospitalité caractéristiques des pays méditerranéens qu’il entend faire vivre sur le campus de Menton.

Un campus au bord de la Méditerranée

La qualité des enseignements et la disponibilité du personnel éducatif et administratif font la renommée du campus. Chaque semestre, les étudiants prennent un cours d’arabe, de turc ou de persan. Ils peuvent également suivre des cours de dialecte s’ils le souhaitent. Cette formation linguistique est complétée par des enseignements civilisationnels : introduction au monde arabo-musulman, cultures et religions de l’espace méditerranéen, histoire de la pensée politique arabe moderne ou encore États et sociétés dans le monde arabe. 

« Notre objectif est de faire travailler des étudiants français et européens avec des étudiants venus des rives sud et est de la Méditerranée, dans un dialogue de type Orient-Occident. Cette dimension interculturelle, ce face-à-face avec l’Europe révèle que le Moyen-Orient n’est pas seulement une zone de conflit. C’est aussi et surtout un espace porteur d’opportunités ».

12 ans après sa création, le campus de Menton accueille presque 300 étudiants. Le campus se situe au cœur de la ville de Menton, dans l'ancien hospice Saint-Julien, l’un des plus beaux bâtiments historiques de cette cité balnéaire. Les étudiants profitent de la proximité immédiate de la plage, des nombreuses infrastructures sportives, et peuvent aussi très facilement se rendre en Italie dont la frontière est à quelques kilomètres seulement du campus. « Cette localisation est un véritable atout. C’est un campus qui s’intéresse à la Méditerranée et qui est installé sur la Méditerrané. Nous nous situons dans la zone que nous étudions. » souligne Bernard El Ghoul.

Le brassage culturel comme ADN

« Le brassage culturel est l’ADN de notre campus » explique Bernard El Ghoul. À Menton, les étudiants viennent d’Afrique du Nord, du Proche-Orient, de Turquie, d’Irak, de Syrie mais aussi des États-Unis et d’Asie. « Nous avons rapidement constaté que nous étions un campus thématique, qui attire des étudiants du monde entier, et pas seulement des étudiants originaires de la zone géographique que nous étudions », insiste le directeur qui se présente lui aussi comme étant « le fruit d’influences orientales et occidentales ».
 
Dans ce climat très international, les étudiants ont su développer de forts liens d’amitié et de solidarité. « Les valeurs de partage et de convivialité, très présentes sur le campus, sont nées en Orient avec les trois grands monothéismes. On les retrouve sur les rives du pourtour méditerranéen. Cela se traduit très concrètement par l’ambiance bonne enfant qui anime la communauté étudiante. Ils prennent les choses sérieusement mais sans se prendre au sérieux et ont toujours envie de faire connaître leurs cultures et leurs langues » explique non sans fierté Bernard El Ghoul.

Ces petites différences entre gens « qui se ressemblent beaucoup »

« Les étudiants ont fait preuve d’une résilience exceptionnelle au cours des Printemps arabes en 2011 » se rappelle le directeur. Certains étudiants partis en troisième année en Égypte doivent être rapatriés lors des débordements de la place Tahrir. Ils repartent ensuite dans une région plus stable, la Syrie. Quelques mois plus tard, le pays entre dans une révolution sans précédent et les étudiants doivent de nouveau rentrer en France.
 
Bien sûr, des tensions existent parfois entre les étudiants issus de pays en conflit, mais Bernard El Ghoul est intransigeant sur ce point. Tolérance et ouverture d’esprit sont ainsi de rigueur sur le campus afin de limiter l'exacerbation de différences entre des jeunes gens qui se ressemblent pourtant beaucoup. Cela passe par la limitation des expressions nationales et une exigence de neutralité de la part de l’administration. « Nous avons interdit l’affichage de drapeaux ou autres afin de ne pas heurter les uns et susciter la haine des autres. Seul le drapeau aux armes de Sciences Po est toléré » insiste Bernard El Ghoul.
 
« Les étudiants ne doivent pas avoir le sentiment de renier leur identité mais il ne faut pas non plus qu’ils aient des aspérités qui ressemblent à des revendications nationales et identitaires trop marquées. Ce sont avant tout des étudiants de Sciences Po qui doivent se fondre dans un creuset commun » explique le directeur.

Tanguy Garrel-Jaffrelot, étudiant en journalisme et affaires internationales à Sciences Po

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