Marc Dixneuf

Dans les pays en développement, l’impact de l’épidémie d’infection à VIH a révélé les effets potentiellement dévastateurs de politiques de santé inadaptées : disparition des adultes en âge de travailler, diminution des ressources alimentaires, arrêt de la croissance, instabilité interne, monopolisation des faibles ressources au détriment d’autres investissements. Cet impact négatif des épidémies ne se limite pas aux Etats, mais intéresse directement la gouvernance mondiale. La santé apparaît comme un domaine d’intervention majeur des politiques internationales pour les années à venir, une mésestimation des enjeux pouvant conduire à une plus grande instabilité globale. Notre objectif est de montrer dans cette Etude l’importance de la santé pour la gouvernance mondiale et de faire l’état des transformations qu’elle suscite ou requiert au niveau global. Dans un premier temps, elle s’intéresse aux acteurs. La place croissante prise par les acteurs non gouvernementaux souligne les limites des Etats et des organisations internationales, et ceux-ci doivent ajuster leurs pratiques aux enjeux sanitaires. Dans un second temps, l’étude s’intéresse aux cadres d’élaboration des politiques de santé, en s’interrogeant sur la participation de certains acteurs à l’orientation des politiques et à l’adéquation du cadre commercial multilatéral avec les enjeux de la santé. Dans la mesure où elle remet en question ses modes de régulation, la santé apparaît comme un enjeu de la gouvernance mondiale.

Emilie René

Le concept de "communauté mondiale" est aujourd'hui le passage presque obligé de toute analyse des manifestations sociales de la mondialisation. Parallèlement et de façon privilégiée - dans un usage médiatique, politique ou savant -, l'emploi des mots "islam" ou "umma" tend à impliquer l'existence d'une telle communauté qui lierait les musulmans du monde entier. L' "affaire Rushdie" a été l'occasion d'un retour en force de ce type de lecture : le caractère transnational de la mobilisation contre l'écrivain et les termes mêmes de la fatwa de l'imam Khomeyni appelant à son exécution y ont contribué.
Le point de départ de cet essai est de prendre la présomption de la "communauté musulmane mondiale" au mot. De quoi et d'où parle-t-on ? Comment cerner les contours de cet objet, ou plutôt comment le construire afin de le rendre opératoire ? Pour répondre, on examine ici les débuts de la mobilisation mondiale contre Rushdie. La grille de lecture proposée se concentre sur la reconstitution des imaginaires et des stratégies d'acteur, des interactions concrètes et symboliques ainsi que des contextes nationaux spécifiques qui permettent d'identifier la "communauté d'interprétation" qui s'est alors constituée.

Zaki Laïdi

Le temps mondial constitue un moment privilégié où les sociétés humaines nourrissent le sentiment collectif de renégocier, sur le mode de l'accélération, leur rapport au temps et à l'espace. Ce qu'il dégage avant tout, c'est l'idée qu'il existe une nouvelle dynamique du monde faite d'enchaînements de faits et de situations inédites qui incitent à croire et à penser collectivement que rien ne sera plus comme avant. Il peut se définir comme l'interaction des conséquences géopolitiques et culturelles de l'après guerre froide avec l'accélération des processus de mondialisation économique, sociale et culturelle.
L'imaginaire de la fin de la guerre froide est celui de la perte des repères collectifs, des alignements, des dogmes et des conflits diplomatico-stratégiques cerclés par des Etats. L'imaginaire de la mondialisation est celui de l'élargissement de l'espace de référence des individus, des entreprises et des acteurs sociaux en général. L'imaginaire du temps mondial est celui qui croise en les enchaînant ces deux dimensions, produisant ainsi une articulation entre un monde sans frontières (la mondialisation) et un monde sans repères (la fin de la guerre froide).