Précarité, Participation, Politique*

Depuis le milieu des années 80, les écarts de revenus se sont creusés dans trois pays de l’OCDE sur quatre et la crise économique de 2008 les a amplifiés (OCDE, 2008, 2011 et 2013). Le taux de pauvreté est en hausse (14,3% en 2015 contre 14,1% en 2014) ainsi que le nombre de sans-abri. La Fondation Abbé Pierre estime à 3,5 millions le nombre de mal logés, dont plus de 140 000 sans domicile fixe.

Face à ce phénomène, des programmes d’assistance ciblés sur la lutte contre la pauvreté se sont développés. Parallèlement, depuis une dizaine d’années, une politique promouvant la participation des personnes aidées aux mesures qui les concernent a été mise en œuvre. En particulier, la loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l'action sociale et médico-sociale met en place un certain nombre de dispositifs pour assurer « le droit des usagers ».

Appuyé sur une recherche en cours menée dans le cadre d’un PICRI (Partenariat Institutions-Citoyens Pour la Recherche et l’Innovation) financée par la Région Ile de France, l’objectif de ce séminaire est d’analyser les dispositifs de participation des personnes en situation de précarité, en mettant le travail associatif au centre de l’analyse. En effet, la mise en œuvre des politiques sociales sus mentionnées a été majoritairement confiée aux associations – Secours catholique, ATD Quart Monde, Secours populaire, Armée du salut, Petits Frères des pauvres, Emmaüs etc. – avec l’injonction de promouvoir et favoriser l’expression citoyenne des personnes qu’elles accueillent.

Plus particulièrement, il s’agira d’étudier les effets de ces dispositifs sur la population qu’ils visent mais aussi sur les organisations dans lesquelles ils s’inscrivent, autrement dit sur les différents acteurs associatifs travaillant dans les associations, salariés et bénévoles, afin de dégager la manière dont ils conçoivent cette politique de participation, la transformation de leur rôle et les tensions et résistances qu’elle génère.

L’enjeu du séminaire, plus largement, est d’explorer la mise en œuvre d’une démocratie sociale et politique en temps de crise économique, soit les formes de représentation et d’action des « précaires »,  leurs leviers et leurs freins, mais aussi la capacité du monde associatif à être une « école de la démocratie » selon les termes de Tocqueville.

Quel(s) rôle(s) jouent les associations dans la promotion de cette norme de participation ? Comment les acteurs associatifs (salariés et bénévoles) s’en saisissent-ils, la reçoivent-ils, l’interprètent-ils ? Quels effets a-t-elle sur les manières de travailler, d’« accompagner » les personnes aidées ? Comment la mettent-ils concrètement en œuvre ? Quelles perceptions en ont les personnes accompagnées ? Quelles conséquences a-t-elle sur les manières de catégoriser/de percevoir ces personnes ? Autant de questions auxquelles – conformément à la vocation du PICRI – le croisement des savoirs scientifiques et des savoirs pratiques permettra de répondre. Les séances du séminaire alterneront entre des interventions de chercheurs issus de diverses disciplines (histoire, sociologie, sciences politiques) et des interventions d’acteurs associatifs directement impliqués dans la mise en œuvre des dispositifs de participation.

 *Action soutenue par la région Ile-de-France (PICRI)