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28 janvier 2026
Félicitations à nos nouveaux docteurs, Marcela Alonso Ferreira et Jens Carstens
Depuis le 13 janvier 2026, nous sommes ravis de compter deux nouveaux docteurs en science politique au sein de notre communauté de recherche. Félicitations à Dr Marcela Alonso Ferreira et à Dr Jens Carstens pour leurs brillantes soutenances. Marcela et Jens ont tous deux joué un rôle clé dans la communauté doctorale du CEE, en représentant leurs collègues doctorants. Nous les remercions leur investissement et leur souhaitons bonne chance pour la suite de leur carrière !

Dans sa thèse, intitulée « Intercurrence and the Politics of Land Regularization in Mexico City and São Paulo (1970s-2020s) », préparée sous la direction de Patrick Le Galès, Marcela Alonso Ferreira a cherché à expliquer pourquoi les gouvernements locaux accordent des droits fonciers dans les quartiers informels – et pourquoi ils cessent de le faire. Elle s'est lancée dans des comparaisons temporelles afin de découvrir pourquoi la régularisation foncière a stagné ces dernières années à Mexico alors qu'elle s'est étendue à São Paulo, malgré des processus similaires d'urbanisation, de décentralisation et de démocratisation.
S’appuyant sur une analyse historique comparée, plus d’une centaine d’entretiens et l’analyse de documents, l’étude retrace l’évolution de cette politique sur cinq décennies dans les deux plus grandes métropoles d’Amérique latine. Elle soutient que leurs trajectoires contrastées découlent de l’"intercurrence institutionnelle" – la coexistence et le conflit de cadres institutionnels chevauchants – ainsi que de l’interaction entre les promoteurs d’une politique et les acteurs disposant d’un pouvoir de veto, ancrés dans des domaines tels que le droit foncier, l’urbanisme et la politique environnementale.
La thèse démontre comment les frictions institutionnelles et les dynamiques de pouvoir peuvent influencer la mise en œuvre des politiques, en mettant en lumière les tensions entre objectifs redistributifs et écologiques dans la gouvernance urbaine contemporaine. Elle contribue aux théories de la gouvernance urbaine, du développement institutionnel et de la politique distributive, en offrant une perspective pour comprendre comment l'accumulation et l'interaction de diverses politiques transforment l’action publique dans les villes, là où se croisent de multiples secteurs et niveaux de gouvernement.
Au cours de son doctorat, Marcela Alonso Ferreira a participé au projet WHIG ("What is governed and not governed in cities") dirigé par Patrick Le Galès. Elle a enseigné à l'École urbaine de Sciences Po, où elle a également animé la série de séminaires “Cities are back in town”.
Elle a été chercheuse invitée à El Colegio de México et à l'Université d'Oxford, et est actuellement chargée d'enseignement à University College London.

Jens Carstens a rédigé sa thèse intitulée "Territoires, confiance et vote : Comment la géographie du mécontentement fragilise la démocratie" sous la direction de Jan Rovny et Emiliano Grossman. La confiance politique est l'encre du contrat social en démocratie, mais cette encre a tendance à s'estomper dans toute l'Europe. La thèse de Jens Carstens examine où, comment et pourquoi cela se produit.
Cette thèse soutient que lorsque les citoyens perçoivent leurs communautés comme négligées ou en déclin, leur confiance dans les institutions s'érode. Cette érosion transforme souvent un scepticisme sain en une méfiance cynique, qui éloigne les citoyens des institutions et les rend plus réceptifs aux appels de l'extrême droite.
S'appuyant sur des analyses européennes, britanniques et françaises (notamment European Social Survey, British Election Study, panel ELIPSS), la thèse montre comment la perception que chacun peut avoir de son lieu de vie façonne la confiance et le vote.
Elle révèle une corrélation entre de faibles niveaux de confiance politique et un poids élevé du vote d'extrême droite, observée dans toute l'Europe, sauf là où l'extrême droite est déjà au pouvoir. Elle montre également qu'au Royaume-Uni, un mécontentement ancré dans le lieu de vie s’exprime par le cynisme plutôt que par la vigilance démocratique. En France, les sentiments d'isolement et d'insécurité au niveau local, ainsi que la perte de lieux de sociabilité, érodent la confiance et favorisent le vote d'extrême droite. La fermeture des boulangeries, infrastructures sociales et symboles culturels, amplifie cet effet.
L'ensemble de ces résultats révèle que la confiance est le mécanisme individuel qui manquait pour expliquer la géographie du mécontentement. Cette géographie du mécontentement n’a pas uniquement des bases matérielles, mais repose sur la perception que chacun a de son lieu de vie,notamment en comparaison avec des localités voisines plus aisées. Ainsi, rétablir la confiance suppose non seulement la redistribution, mais aussi le renforcement du pouvoir d’agir à l’échelle locale, permettant aux communautés de façonner leur avenir et de se reconnaître dans les institutions qui les gouvernent.
Au cours de son doctorat, Jens a également travaillé avec Laura Morales sur le projet ActEU Horizon Europe (« Towards a new era of representative democracy - Activating European Citizens' Trust in Times of Crises and Polarization »), et a coordonné la série de séminaires pour jeunes chercheurs d'AxPo.
Il commence prochainement un poste de chercheur postdoctoral à l'université de Berne, en Suisse.
