Comprendre le salafisme

[Entretien publié le 28/01/15] Les attentats contre Charlie Hebdo ont été revendiqués par la branche yéménite d’Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA), une organisation salafiste djihadiste. Mais d’où vient le salafisme et comment s’organisent les réseaux salafistes dans le monde ? Laurent Bonnefoy est chargé de recherche au CNRS et membre du CERI (Sciences Po), spécialiste des mouvements salafistes et de la péninsule arabique contemporaine.

Qu’est-ce que le salafisme ? Doit-on nécessairement associer le salafisme au terrorisme ?

Le salafisme est un mouvement de l’islam dont l’ambition réformiste est de revenir aux sources premières de la religion musulmane. Il est composé de différentes branches qui ne peuvent pas toutes être considérées comme des branches prônant la violence. Il y a donc une distinction forte entre le salafisme et le terrorisme.

Le courant le plus significatif du salafisme est le quiétisme, qui refuse la participation politique. Il y a également a ce qu’on appelle le courant djihadiste qui, lui, est associé à la violence et peut déboucher sur certaines pratiques qualifiées de terroristes, sans pour autant s’y réduire.

Said Kouachi, un des auteurs des attentats de Paris, serait passé par un des centres d’enseignement du salafisme au Yémen. Ce pays joue-t-il un rôle dans la formation des djihadistes ?

Au Yémen, le salafisme est essentiellement structuré autour de la dimension quiétiste apolitique. C’est cette branche qui a attiré pendant très longtemps des Français qui venaient pour étudier l’islam. En réalité, le passage de Français ou d’étrangers au Yémen n’a qu’à la marge généré des parcours vers la violence. Seule une faible minorité d’entre eux a évolué vers le salafisme djihadiste.

Concernant les frères Kouachi, je pense qu’il est important de ne pas surestimer le rôle qu’a pu jouer le Yémen dans leur radicalisation. Il y a manifestement eu un passage bref au Yémen, au cours duquel ils ont pu être formés au maniement des armes. Mais le parcours de radicalisation et d’engagement dans la violence des deux frères a été antérieur et s’explique avant tout par leur expérience en France et particulièrement en prison.

En France, faut-il s’inquiéter d’une montée du salafisme djihadiste ?

En France, l’essentiel du salafisme a été marqué par le courant quiétiste, avec lequel il existe un certain nombre de tensions, certes. La question du voile intégral dans les lieux publics, par exemple. Mais ces problèmes ne s’incarnent pas dans des opérations de violence ou de terrorisme – il est donc inutile de criminaliser le salafisme en tant que tel. Ce qui peut être plus inquiétant, c’est le passage de jeunes dans des réseaux qui les confrontent à des expériences de combat en Irak et en Syrie. Dans ce cas, on ne peut pas qualifier ces jeunes de salafistes puisque, dans leur grande majorité, ils n’ont pas réellement un profil religieux et ne s’inscrivent pas stricto-sensu dans la tradition salafiste.

Ghalia Kadiri

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