Simon Tordjman

Depuis la décennie 1980 et plus encore durant les années 1990, la transformation du champ de la lutte contre la pauvreté et l'affirmation de la société civile et des organisations non-gouvernementales (ONG) comme figures privilégiées de l'aide au développement a eu un impact significatif sur les objectifs poursuivis, les stratégies empruntées et les répertoires d'action des acteurs du développement. A partir d'une étude de ses promoteurs et de ses relais, cette contribution se propose d'explorer la rationalité politique du recours aux ONG et à la société civile comme double formule de développement et de démocratisation.

Avec la mondialisation des migrations et les politiques de contrôle renforcé des frontières mises en place par la plupart des pays d'arrivée, de nombreux flux migratoires sont devenus illégaux. Les causes en sont multiples : difficulté des pays d'accueil à reconnaître qu'ils manquent de main-d'oeuvre dans les secteurs non qualifiés, souvent pourvus par des sans papiers, crise du droit d'asile où 80% des demandeurs sont aujourd'hui déboutés, laissant dans la clandestinité le plus grand nombre, envie d'ailleurs de nombreux jeunes scolarisés, informés et sans emploi au sud dont la traversée clandestine passe pour une odyssée. Aussi, la distinction des migrations entre flux légaux et illégaux est-elle devenue particulièrement pertinente car du statut découlent les conditions de circulation, d'installation et d'entrée sur le marché du travail.

La crise du Darfour a permis de mettre en lumière des crises irrésolues sur ses frontières au Tchad et en République centrafricaine. Le point commun de ces différents conflits est sans doute l’existence de mouvements armés transnationaux qui survivent et se recomposent dans les marges qu’autorisent les dynamiques étatiques dans la région, ainsi que les apories des politiques de résolution des conflits de la communauté internationale – apories redoublées par les choix de certaines grandes puissances. Une analyse de la conjoncture en Centrafrique et de l’histoire de certains mouvements armés, inscrits dans cet espace régional, plaide pour une approche moins conventionnelle des politiques de sorties de crise. Elle met en exergue une zone centrée sur la Centrafrique et ses frontières avec les pays voisins comme véritable site d’analyse du factionnalisme armé depuis les indépendances, ainsi que des trajectoires spécifiques de construction étatique.