Raymond Benhaïm, Youssef Courbage et Rémy Leveau

Ce dossier veut rompre avec le catastrophisme qui marque le plus souvent l'analyse des événements du Maghreb, en s'attachant aux grands équilibres et à la moyenne/longue durée.
Sur le plan démographique d'abord, Youssef Courbage montre comment l'émigration vers la rive nord de la Méditerranée a influencé en profondeur les rythmes de la transition démographique au Maghreb, qui se comporte en l'occurence comme un ensemble régional cohérent.
Dans son analyse de prospective économique, Raymond Benhaïm voit aussi se dessiner une logique d'intégration, en dépit de la mise en sommeil de l'Union du Maghreb arabe. Si chacun des pays du Maghreb privilégie aujourd'hui les relations bilatérales avec l'Europe, celle-ci aurait plutôt intérêt à voir se constituer un marché maghrébin unifié.
Sur le plan politique enfin, Rémy Leveau examine les nouveaux comportements des gouvernants et des gouvernés à l'heure des déceptions sociales et de l'aspiration des nouvelles populations urbaines et éduquées à dire leur mot dans l'organisation de la société. Crise des Etats, montée des mouvements islamistes : si aucun des adversaires ne peut remporter de victoire totale, c'est la logique du compromis qui devrait finalement prévaloir. Encore faut-il que chacun renonce à une vision réductrice, et que les partenaires extérieurs envisagent d'autres solutions que l'aide inconditionnelle, face au "péril vert", à des gouvernants habitués à refuser tout contrôle des gouvernés.

David P. Calleo

Quels sont les défis que la fin de la guerre froide pose à l'Union européenne ? Saura-t-elle les relever ? Quels liens lui faudra-t-il conserver avec les Etats-Unis ? Quelles relations devra-t-elle instaurer avec la Russie ?
Les enjeux sont énormes : il ne s'agit de rien moins que de la stabilité et de l'harmonie du monde au prochain siècle. Les défis sont de tous ordres : politiques et de sécurité, économiques, institutionnels. L'auteur les explore et plaide pour une approche débarrassée des idéaux fédéralistes les plus irréalistes. Il se penche ensuite sur les Etats qui joueront les principaux rôles dans l'avenir de l'Europe : à l'intérieur, l'Allemagne et la France, à l'extérieur, la Russie et les Etats-Unis, et tente d'évaluer les chances qu'aura l'Europe de parvenir à se hisser à la hauteur des circonstances.

L'Etat-nation, en tant qu'unité de base pour l'analyse des relations internationales, est de plus en plus contesté. Les pressions exercées par la mondialisation et le phénomène, qui lui est apparemment lié, de la régionalisation, remettent en question le concept de souveraineté nationale. Pourtant l'Etat-nation subsiste, les acteurs politiques nationaux, responsables surtout devant une opinion nationale, continuant de se préoccuper de la définition et de la défense des intérêts nationaux et, corollaire souvent implicite, de l'identité nationale.
Dans cette étude, l'auteur analyse le cas de la Malaisie, Etat-nation multiculturel et multiethnique, et tente d'éclairer les liens entre le global, le régional et le national en matière de relations extérieures. Ce faisant, il souligne l'importance des nécessités de la construction de la nation dans la définition et la formulation de la politique extérieure. Il examine notamment la participation de la Malaisie à quatre groupements : ASEAN, Organisation de la Conférence islamique, Mouvement des non-alignés et Commonwealth. Il analyse ensuite la politique "Look East" et la proposition de groupement économique est-asiatique, formulées par le Premier ministre malaisien Mahathir. Il fait ressortir les contraintes imposées par la complexité de la société malaisienne et le rôle double du Premier ministre : défenseur des intérêts de l'ethnie dominante, les Malais, et chef d'une coalition gouvernementale multiethnique. Le régionalisme ne représenterait pas simplement un compromis entre le global et le national mais un moyen de réinventer l'Etat-nation même