Cities are back in town : le MOOC

« Cities are back in town » : c’est le titre du MOOC de Patrick Le Galès, diffusé à partir du 15 septembre sur la plate-forme américaine Coursera. Villes tentaculaires, métropoles région : le phénomène urbain bouscule les cadres d’analyse traditionnels, souvent euro ou américano centrés. Patrick Le Galès, doyen de l’École urbaine de Sciences Po, propose une approche inédite et multiculturelle, fondée sur la comparaison, l’histoire, et la sociologie urbaine. Entretien.

À qui s’adresse ce MOOC* ?

Patrick Le Galès : Ce cours en anglais est destiné en priorité aux étudiants, et plus précisément aux étudiants de niveau licence et première année de master. L’idée - qui est aussi un défi - est de s’adresser à des étudiants du monde entier. Nous sommes heureux d’avoir enregistré, avant même le démarrage du MOOC, plus de 7000 inscrits dans tous les pays. Afin d'intéresser une communauté d’apprenants aussi diverse, nous avons fait un énorme effort pour utiliser des exemples issus de contextes et de cultures variés. Nous nous appuyons aussi sur des travaux de recherche menés dans des pays très différents, et pas seulement en Europe et aux États-Unis.

Le cours peut-il aussi être utile à des professionnels ?

P. LG. : Oui, absolument, pour des professionnels qui travaillent dans des agences de développement urbain, et tous ceux qui souhaitent acquérir des outils pour analyser les dynamiques à l’oeuvre en sociologie urbaine. Et je pense également que ce MOOC peut intéresser un public de chercheurs et d’enseignants, en raison de son approche comparative : de manière générale, la sociologie urbaine a été très euro-centrée et américano-centrée. Le cours pourrait être utile à un public académique, car il s’appuie sur des exemples nouveaux et extrêmement variés.

Quels sont les objectifs des huit sessions de ce cours ?

P. LG. : La ligne pédagogique est très claire. Dans les études urbaines, il existe un courant qui étudie les grandes tendances en matière d’urbanisation, avec un haut niveau d’abstraction dans la réflexion et l’analyse théoriques. De l’autre côté, vous avez un courant qui propose des analyses détaillées centrées sur un quartier, un bidonville, une zone précise. Le choix pour ce MOOC est différent. Nous allons proposer une comparaison des modèles intellectuels afin de comprendre les dynamiques urbaines à l’œuvre partout dans le monde. Nous nous appuierons pour cela sur la sociologie, l’histoire, et la comparaison, afin de construire des outils d’analyse qui s’appliquent aux villes et aux métropoles d’aujourd’hui.

Comment se déroule chaque session ?

P. LG. : Chaque session est consacrée à thème ou un type de ville en particulier : par exemple, les villes post-coloniales, les villes européennes, les villes connectées. Nous étudions les conditions historiques qui ont conduit à l’émergence de cette catégorie de villes, et le modèle d’analyse qui a été construit pour appréhender cette forme urbaine précise. Puis, nous extrapolons ce modèle de son contexte et essayons de de voir comment il peut expliquer l’une ou l’autre de nos dynamiques urbaines contemporaines.

Par exemple, le modèle marxiste de la cité industrielle a vu le jour à Manchester au XIXème siècle. Mais il peut fournir une grille d’analyse intéressante pour comprendre le São Paulo d’aujourd’hui (au Brésil), ou la ville de Dacca au Bangladesh. Une ville comme Los Angeles emprunte à différents paradigmes en même temps : le modèle industriel et le modèle européen.

Pourquoi avoir choisi de proposer toutes les sessions du cours en même temps ?

P. LG. : Parce que l’expérience nous a appris que les étudiants qui suivent des MOOCS ont des besoins très différents. Certains souhaitent suivre la progression logique, d’autres suivent toutes les leçons d’une traite, et d’autres encore préfèrent choisir les thèmes qui les intéressent le plus. Le fait de diffuser toutes les sessions en même temps permet de répondre à tous les profils d’apprenants. C’est aussi un défi énorme pour un professeur !

En quoi ce MOOC représente-t-il un défi pour vous en tant qu’enseignant ?

P. LG. : L’expérience du MOOC est à la fois fascinante et terrifiante pour un professeur ! À partir du moment où vous décider de vous adresser à des étudiants du monde entier, vous devez faire un effort constant pour proposer des modèles et des exemples issus de différents contextes et pas seulement centrés sur l’Europe ou les États-Unis. Et vous ne savez jamais si vous avez vraiment atteint votre objectif, puisque vous ne savez pas qui se trouve dans votre “classe” virtuelle !

C’est aussi un exercice très exigeant, parce que si vous souhaitez prendre la ville de Lagos en exemple, vous avez intérêt à être extrêmement précis dans vos propos : vous pouvez avoir un étudiant du Nigeria qui connaît la zone mieux que vous !

Grâce à l'équipe qui a travaillé d'arrache-pied pour produire ce MOOC, le cours s'appuie sur des ressources multimédia très riches (photos, vidéos, cartes). Cela représente aussi un travail considérable, parce que vous devez faire le lien avec ces supports : c’est un type d’écriture de cours totalement différent de ce que l’on est habitué à faire.

Qu'attendez-vous des forums de discussion qui seront organisés autour de chaque session ?

P. LG. : Je suis impatient de voir comment va se dérouler cette expérience et comment les étudiants vont réagir. Ce cours constitue un contenu totalement original : il ne se trouve dans aucun manuel et n’a jamais fait l’objet d’un cours “en classe”. Je suis convaincu qu’il s’agit d’une approche innovante dans le champ des études urbaines : ce domaine évolue très vite vers une approche comparative globale, et pourtant peu de spécialistes sont aujourd’hui capables d’adopter cet angle. C’est ce que nous allons tenter de faire avec ce MOOC. Si nous y parvenons, les étudiants vont en fait participer à une évolution majeure de la sociologie urbaine.

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