Le dossier de Cogito "Migration, diversité & mobilité"

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Les groupes sociaux ainsi que les individus se sont toujours déplacés, plus ou moins durablement. Ces mobilités diverses dans le temps et l’espace, sont marquées par la multiplicité de leurs motifs, de leurs trajectoires et de leurs répercussions. En découle l’impératif de les analyser avec une attention tout aussi plurielle. Les nombreuses recherches conduites à Sciences Po, en particulier au sein du groupe Migration et Diversité répondent à cette exigence et visent à développer de nouvelles approches. Ce dossier présente un aperçu de leur richesse :

  •  Arrêtée à Téhéran en juin 2019 puis condamnée à 5 ans de prison au prétexte d’accusations mensongères, notre collègue, Fariba Adelkhah, étudie depuis longtemps une grande variété de déplacements. Nous présentons dans cet article introductif — « Relire Fariba Adelkhah : sur la route de Téhéran à Damas » – un de ses travaux où elle révèle les dimensions inattendues d’un pèlerinage de femmes iraniennes à Damas. On y découvre son regard d’anthropologue attaché à la portée sociale des détails du quotidien.
  • Avec son article « Migrations et intégrations : les villes globales en Méditerranée au 18e siècle », David Do Paço expose les modalités d’intégration des communautés étrangères dans les cités méditerranéennes à l’époque moderne. Il y montre qu’au-delà des vecteurs collectifs – ‘Nations’, familles, religions… – d’autres dimensions, nouvellement étudiées par la micro-histoire, ont participé à l’intégration des populations immigrées.
  • Depuis plus de cinquante ans, nos déplacements transnationaux, principalement aériens, ont cru à un rythme exponentiel. En mars dernier, ils furent brutalement suspendus en vue de contenir la diffusion planétaire de la Covid. En s’appuyant sur des enquêtes récentes, Ettore Recchi dessine dans son article « Avant le déluge : l’irréductible croissance des mobilités humaines dans le monde d’avant la Covid », une géographie particulière de nos voyages durant les dernières décennies et s’interroge sur les perspectives de leur reprise.
  • Juriste, Louis Imbert inscrit sa contribution – « Les étrangers imaginés par le droit constitutionnel » – dans une analyse culturelle et comparative des droits nord-américain et colombien relatifs aux étrangers. Apparaissent alors deux politiques judiciaires radicalement différentes, l’une fondée sur le principe d’exclusion, l’autre se basant sur le devoir de solidarité, toutes deux ayant un impact déterminant sur notre perception des immigrés, tout autant que sur leur quotidien.
  • Entre exclusion et intégration, il faut aussi s’intéresser aux politiques en demi-teinte, qui n’acceptent ni ne refusent la présence d’immigrés, mais les intègrent dans le monde du travail, en fermant les yeux sur les pratiques illégales des recruteurs. C’est ce qu’expose Lucas Puygrenier dans son article « Travail des migrants : des politiques au service des régimes de production » fondé sur une enquête sur la façon dont sont employés les réfugiés et demandeurs d’asile échoués sur l’île de Malte.
  • L’impact des migrations sur le marché du travail suscite des polémiques sans fin : les immigrés constituent-ils un réservoir de main-d’œuvre nécessaire ou une concurrence nuisible aux travailleurs “autochtones” ? Si ce débat divise l’opinion publique, il en va de même parmi les économistes. Dans leur article « Migration, salaire et emploi : un aperçu de la recherche », Hélène Thiollet et Florian Oswald dressent un tableau d’une multiplicité d’études empiriques, en pointant les éléments à prendre en compte pour établir une vision mieux ajustée à la réalité.
  • Mettre fin aux discriminations et au racisme systémique touchant les immigrés et leurs descendants mobilise de plus en plus nombre de citoyens. En réaction, l’extrême droite leur oppose l’existence d’un racisme anti-blanc. Pour analyser la pertinence de ce dernier concept, Daniel Sabbagh dans son article « Le racisme blanc existe-t-il ? » s’attache à décortiquer les fondements du racisme, ou plutôt des racismes. En portant son attention sur leurs mécanismes et leurs conséquences concrètes, il en appelle à remettre les pendules à l’heure.
  • Mettant en avant les limites des travaux trop concentrés sur les politiques migratoires des États occidentaux, Hélène Thiollet, dans son article « Déconfiner les politiques migratoires: lacunes et biais des débats scientifiques », invite à réinventer les recherches sur les politiques migratoires. Elle y propose de multiplier les études relatives aux pays du Sud comme destination des migrations, et surtout de considérer la migration non pas seulement comme l’objet des politiques migratoires mais aussi comme un des phénomènes constitutifs des États-nations.
  • Face à un sujet si vaste et si déterminant pour une évolution pacifiée des sociétés, les projets de recherche ont toujours été nombreux. Nous présentons ici les directions et méthodes d’un échantillon de projets récemment engagés : politisation des minorités asiatiques en France, établissement de statistiques au niveau européen, traitement médiatique des « crises » migratoires, rôle des mobilités dans les relations interculturelles et les progrès technologiques, externalisation des politiques migratoires. Découvrir ces nouveaux projets.
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Bienvenue aux 8 nouveaux membres de la faculté permanente

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Poursuivant sa politique de renforcement de sa recherche, Sciences Po accueille cette année huit nouveaux membres dans sa  faculté permanente. Chacun, chacune ouvre des portes sur de nouveaux savoirs, venant irriguer les enseignements à tous les niveaux du cursus. Et au delà de leurs apports à la vie scientifique et à la pédagogie, ils et elles participent à l’engagement citoyen de Sciences Po dans le débat public.  Découvrez leurs profils.

Sciences Po au 2ème rang national dans le classement de Times Higher Education 2021

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Dans le classement des universités en sciences sociales réalisé par Times Higher Education, Sciences Po est classé  68ème au plan mondial et 2ème au plan national.

Nos points forts sont l'internationalisation (International outlook) et les citations des publications de nos chercheurs.

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Novembre 2020

Le Monde d'aujourd'hui. Les sciences sociales au temps de la Covid

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Dès le printemps dernier, au coeur de la tourmente et devant la profusion des analyses sur la pandémie, l’idée a émergé à Sciences Po de produire sans plus attendre un ouvrage présentant nos recherches engagées sur le Covid. Pari risqué tant la crise et ses effets étaient promis à durer. Pari réussi tant ces  travaux, par leur rigueur, permettent d'éclaircir un paysage aux allures chaotiques. Si son titre - Le Monde d’aujourd’hui. Les sciences sociales au temps de la Covid (Presses de Sciences Po)  -  révèle l’intention de ne pas y prédire l’avenir, sa lecture fournit de nombreuses pistes à creuser pour sortir renforcés de ce “fait total”. Interview de Guillaume Plantin, directeur scientifique de Sciences Po, co-directeur de l’ouvrage.

Cette crise est marquée par une foule d’incertitudes qui donne lieu à une cacophonie angoissante. En quoi les sciences sociales et humaines peuvent-elles contribuer à y voir plus clair ?  

Cet ouvrage illustre à mon sens la nécessité, plus impérieuse que jamais, de confronter toute théorie ou doctrine à l'évidence empirique la plus large possible selon une méthodologie rigoureuse et éprouvée. Dans l’urgence de la pandémie, le débat public sur les aspects purement médicaux et sanitaires a été particulièrement confus, ce qui a nourri un scepticisme croissant vis-à-vis de la science et de l’expertise. La relation entre les média et le monde académique a pâti de l’absence de mécanismes permettant de jauger de la façon la plus objective possible les éléments de preuve avancés par les différents protagonistes. Les sciences sociales ne font pas exception en la matière. Sans confisquer ni cadastrer le débat en matière économique, sociale et politique, il est important de l’alimenter d’une matière première empirique qui fait l’objet d’un consensus minimum. Sans accord sur un socle de faits, le débat public se limite à des stratégies de saturation des espaces médiatiques. Les premiers résultats des différentes enquêtes socio-économiques et sanitaires qui sont reportés dans l’ouvrage illustre, je l’espère, à quel point disposer d’un tel corpus de faits est précieux et permet d’orienter la réflexion collective dans un sens plus productif.

Un parti pris de cet ouvrage est d’engager différentes disciplines sur des enjeux communs. Quel est le sens de cette démarche ?

L'interdisciplinarité est dans l’ADN de Sciences Po. Nous avons toujours su la faire vivre, même si la dynamique de la recherche internationale et du “marché des idées” donnent de fortes primes à l’ultra-spécialisation. Cet ouvrage illustre à quel point l'éclairage d’un phénomène social sous des angles différents permet de lui donner tout son relief. L’ampleur du choc de la Covid-19 montre aussi à quel point les sciences humaines et sociales, loin d’être une “cerise sur le gâteau” ou un simple outil d’accompagnement, doivent se conjuguer aux actions scientifiques et technologiques dans le traitement des défis majeurs auxquels nos civilisations font face. Les réflexions d’un de nos sociologues, membre du Conseil scientifique, sont à cet égard particulièrement intéressantes. Les contributions qui illustrent comment la crise de la Covid-19 a infléchi ou transformé les récits et les messages qui accompagnent l’action publique et lui donnent  sens montrent à quel point, au-delà de mesures objectives d’efficacité des politiques publiques, la gestion politique de la crise et l'élaboration d’un cadre conceptuel pour la penser ont été une préoccupation primordiale des dirigeants. Les humanités et les sciences sociales sont en première ligne pour  analyser cette “bataille du récit”.

Autre caractéristique de cet ouvrage est qu’il permet de mettre à jour des évolutions sociales et politiques qui vont à l’encontre  des impressions “de surface”...

Oui, un grand nombre de mes a priori - je ne suis pas expert de ces sujets  -  sur la pandémie et ses conséquences ont été contredits par les résultats de plusieurs enquêtes résumés dans l'ouvrage. Je pense par exemple aux effets du confinement sur le bien-être et sur l'évolution de la confiance dans le politique. Cela renforce mon point précédent sur la nécessité d’alimenter les débats politiques, économiques et sociaux avec des évidences empiriques toujours partielles par construction, mais établies selon une méthodologie consensuelle et éprouvée. Au total, l'originalité des conclusions, la diversité et la complémentarité des approches, ainsi que leur accessibilité attestent du souci des chercheurs-enseignants de Sciences Po de constamment irriguer le débat public de leurs recherches. Puisse cette partie la plus visible de nos efforts en la matière susciter l’envie d’en découvrir toute l’ampleur au cours des nombreux événements que nous organisons !

Sommaire

PREMIÈRE PARTIE – LA PANDÉMIE ET LES POLITIQUES SANITAIRES

  • Chapitre 1 – Les trente premiers jours. Leçons comparatives de la lutte contre la pandémie de coronavirus, Paul-André Rosental  
  • Chapitre 2 – Un sociologue au Conseil scientifique, Daniel Benamouzig  
  • Chapitre 3 – Quelques enseignements de l'histoire des épidémies en Afrique, Florence Bernault  
  • Chapitre 4 – Le droit, l’infrastructure scientifique et la vie en Europe, Sarah Glaser


DEUXIÈME PARTIE – LA PANDÉMIE, LA SOCIÉTÉ ET L’ÉCONOMIE

  • Chapitre 5 – La France confinée. Anciennes et nouvelles inégalités, Mirna Safi, Philippe Coulangeon, Emanuele Ferragina, Olivier Godechot, Emily Helmeid, Stefan Pauly, Ettore Recchi, Nicolas Sauger, Jen Schradie, Katharina Tittel et Andrew Zola  
  • Chapitre 6 – La crise sanitaire et les inégalités entre les sexes en France, Anne Boring, Réjane Sénac, Marta Dominguez, Marie Mercat-Bruns et Hélène Périvier  
  • Chapitre 7 – Évolution du marché du travail et politiques publiques pendant la crise, Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo  
  • Chapitre 8 – Pourquoi les personnes « essentielles » sont-elles si mal payées ?, Bruno Palier  


TROISIÈME PARTIE – LA PANDÉMIE, LA DÉMOCRATIE ET L’ÉTAT DE DROIT

  • Chapitre 9 – Ce que la Covid-19 révèle du rapport entre le monde et le droit, Helena Alviar, Loïc Azoulai, Régis Bismuth, Vincent Forray, Horatia Muir Watt, Jeremy Perelman, Sébastien Pimont, Julie Saada et Dina Waked
  • Chapitre 10 – La démocratie parlementaire peut-elle se passer du parlement ?, Olivier Rozenberg et Cyril Benoît
  • Chapitre 11 – La crise sanitaire au miroir de la crise sociale et politique française. Une comparaison avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, Bruno Cautrès et Luc Rouban  
  • Chapitre 12 – Consentir et critiquer. Les réactions sur Twitter face à la crise de la Covid-19 en France, Manon Berriche, Salomé Do et Benjamin Tainturier  


QUATRIÈME PARTIE – LA PANDÉMIE, RÉCITS, POUVOIRS ET IDÉOLOGIES

  • Chapitre 13 – Comment mobiliser les populations ? La réponse symbolique des exécutifs français, italien et britannique, Laurie Boussaguet et Florence Faucher  
  • Chapitre 14 – La pandémie de Covid-19. Une rupture dans la trajectoire triomphante de la Chine ?, Jean-Louis Rocca  
  • Chapitre 15 – Les récits de l’incertitude planétaire. Discordance ou pluralisme ?, Karoline Postel-Vinay  
  • Chapitre 16 – Quand l’idéologie avance masquée. Immunité collective, néolibéralisme et darwinisme social, Marie-Laure Salles-Djelic  


CINQUIÈME PARTIE – LA PANDÉMIE, L’ENVIRONNEMENT ET LE MONDE D’AUJOURD’HUI

  • Chapitre 17 –Un renouveau du projet européen dans la crise de la Covid-19 ?, Jérôme Creel et Francesco Saraceno  
  • Chapitre 18 – L’impact économique et environnemental de la crise de la Covid-19, Meriem Hamdi-Cherif, Gissela Landa, Paul Malliet, Frédéric Reynès, Aurélien Saussay et Francesco Vona  
  • Chapitre 19 – Greta Thunberg, questions de vie ou de mort, Laurence Bertrand Dorléac  
  • Chapitre 20 – Des sagesses anciennes à la virophilosophie contemporaine, Frédéric Gros  
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Christophe Jaffrelot, nouveau président de l'Assocation française de Science politique

  • Christophe Jaffrelot  crédits image Sciences PoChristophe Jaffrelot crédits image Sciences Po

Christophe Jaffrelot, directeur de recherche CNRS au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), vient d’être élu président de l’Association française de science politique. Le chapitre qui s’ouvre ainsi est l’occasion de revenir sur la mission de cette association portée sur ses fonds baptismaux par Sciences Po en 1949. C’est aussi l'occasion d’évoquer les projets de la nouvelle équipe qu’ont formée Christophe Jaffrelot et Michel Mangenot, le Secrétaire général de l’AFSP. Interview.

Vous consacrez vos recherches à comprendre les sociétés indienne et pakistanaise et leur vie politique. N’est-ce pas en décalage avec la vocation de l’Association française de science politique qui semble être nationale ?

Si l’AFSP est française, elle ne se cantonne pas à l’hexagone, loin de là ! Comme les autres sciences sociales, la science politique ne reconnaît guère les frontières nationales – et si elle le fait, ce n’est pas pour y voir un obstacle, mais pour engager un dialogue entre des traditions et des méthodes qui restent différentes - comme en témoignent, par exemple, le poids des approches quantitativistes aux Etats-Unis et la plus grande importance du « terrain » en France.
Pour ce qui est du  caractère « exotique » de mes objets d’étude, si mes terrains se trouvent en Asie du Sud, je les étudie grâce aux théories des sciences sociales. J’ai beaucoup écrit sur les théories du nationalisme, de la démocratie, du populisme… et je travaille à présent  sur l’autoritarisme, un signe des temps...
Me spécialiser sur l’Asie du sud m’a toutefois conduit à explorer davantage les dimensions de la science politique qui se situent à l’intersection d’autres disciplines, nécessaires à l’intelligence de mes objets, comme l’anthropologie, la sociologie et la géographie – sans parler de l’histoire, mon inclinaison naturelle. Cela ne m’a toutefois pas détourné de ma discipline car la science politique est une discipline carrefour par excellence. Ne parle-t-on pas de sociologie politique, d’anthropologie politique, d’économie politique, de philosophie politique et même – d’un point de vue il est vrai un peu différent - de géopolitique ?
J’ajouterais que si on veut bien définir la science politique comme la science du pouvoir – ce qui me paraît de bonne méthode -, elle est nécessairement « tous terrains » car il y a du pouvoir partout et comparer les formes que le pouvoir revêt dans différentes sociétés est des plus stimulant intellectuellement ! Les fondateurs de l’AFSP avaient d’ailleurs compris d’emblée l’intérêt de la « politique comparée ». S’il a fallu attendre 2020 pour qu’un spécialiste de contrées lointaines préside l’Association, celle-ci s’est montrée dès l’origine intéressée par le comparatisme et a internationalisé son activité dès 1949 en participant à la Conférence constitutive de l’Association Internationale de Science Politique.    

Venant s’ajouter à vos activités de recherche, vous avez exercé d’importantes fonctions “d'administration” de la recherche. Quel impact cela a-t-il eu sur vos propres travaux?

Sur le plan personnel, il est vrai que ce genre de fonctions administratives empiètent sur les travaux de recherches que l’on conduit, mais il est vital que les académiques fassent fonctionner leurs institutions !    Par ailleurs, j’ai constaté que ceux qui s’y attèlent y trouvent quand même des avantage du point de vue de leur recherche. Être chercheur « à temps plein » peut conduire à l’hyper spécialisation. Assumer des fonctions d’administration de la recherche, c’est s’ouvrir à d’autres approches, à d’autres méthodes, à d’autres terrains et c’est ainsi que l’on peut progresser dans sa propre recherche, par les approches comparatives – j’y reviens ! En science sociales aussi il y a des « moments Eureka », que l’on prépare en acquérant une connaissance intime de son objet mais qui surgissent souvent par inadvertance – et lire des travaux portant sur des objets différents, écrits par des collègues ayant d’autres perspectives peut jouer ici un rôle de catalyse. Par exemples : je comprends mieux le capitalisme de connivence à l’indienne en me renseignant sur les oligarques russes et le national-populisme hindou en lisant sur la Turquie d’Erdogan… Or on ne fait pas nécessairement ces détours sans y être obligé – et s’investir dans des tâches d’intérêt collectifs crée cette obligation. Ceci dit, il y a d’autres moyens d’arriver au même résultat ! Au CERI, la cohabitation de spécialistes de terrains très différents nous a récemment permis, par exemple, de publier un livre comparant l’exercice du pouvoir par une quinzaine de leaders populistes – et ce n’est que le dernier avatar d’une longue tradition comparatiste qui conduit d’ailleurs à relativiser la spécificité des aires culturelles perçues comme un ailleurs lointain: lorsqu’on fait l’effort de soumettre différentes sociétés du Nord et du Sud à un même questionnement, on prend conscience de leurs points communs autant que de leurs différences.    

Depuis sa création, l’Association a connu d’importantes évolutions. Peut-on en retracer les principales étapes ?


Un point d’histoire d’abord : l’AFSP est née en 1949 à Sciences Po, où officiait son premier président, André Siegfried et son premier secrétaire général, Jean Meynaud. D’emblée l’Association a été portée à l’interdisciplinarité - Fernand Braudel, Raymond Aron, Lucien Febvre, Jean-Marcel Jeanneney, Marcel Griaule, Alfred Sauvy et d’autres ont d’ailleurs participé à la réunion constitutive de l’AFSP. Deux ans plus tard, l’AFSP était le creuset, toujours à Sciences Po, de la Revue Française de Science Politique. Je rappelle ces éléments fondateurs pour relativiser ce qui pourrait apparaître, rétrospectivement, comme des évolutions de fond et pour dessiner une périodisation qui doit beaucoup au travail d’Yves Deloye, Secrétaire général de l’AFSP de 2003 à 2016, qui s’est attaché à en écrire l’histoire.
Comme je viens de le suggérer, penser en termes d’étapes, n’est pas si facile car la continuité l’emporte à bien des égards. En revanche, on peut distinguer des époques.  Le premier temps, de la fin des années 1940 au début des années 1950, est important à comprendre car il éclaire le deuxième : après guerre, il s'agit d'inventer une discipline au singulier (la science politique) dans un pays où l'objet politique était analysé par le truchement d’autres disciplines  (le droit, la philosophie, l’histoire , etc). Il fallait rattraper un retard certain par rapport aux Etats-Unis et au Royaume-Uni où le développement de la discipline avait été engagé dans l’entre-deux guerres.
La deuxième étape débute à la fin des années 1960 lorsque l'AFSP (et notamment Jean Touchard, alors secrétaire général  de la FNSP et de l'Association ) prend acte que les deux premières décennies de son histoire n'ont pas produit l'effet désiré : la science politique française reste marginale sur la scène internationale et manque de fondement méthodologique. L'AFSP va alors contribuer à cette prise de conscience et favoriser sa professionnalisation. A ce titre, son rôle dans la création de l'agrégation de science politique au début des années 1970 doit être souligné car elle autonomise définitivement le recrutement des enseignants-chercheurs de science politique qui dépendait encore de l'agrégation de droit.
Une troisième étape débute avec l'arrivée de Jean-Luc Parodi au poste de Secrétaire Général en 1980 – il y restera jusqu’en 1999. Au cours de ces deux décennies il s’efforcera d’améliorer la reconnaissance de l'utilité sociale de la discipline (pour mieux lire le monde dans lequel vivent les citoyens) et son assise professionnelle. C'est l'époque de la multiplication des journées d'étude, de l’ouverture d’un dialogue avec les autres disciplines (droit, anthropologie, histoire...) et surtout des premiers congrès. Les Congrès de l’AFSP deviennent des lieux d’échanges intellectuels. C’est aussi un lieu très important pour les jeunes politistes qui y trouvent l’occasion de faire connaître (et reconnaître) leur travaux.  J’en ai bénéficié moi-même, d’autant plus que le papier que j’avais présenté lors de mon premier congrès en 1988, est sorti ensuite dans la RFSP grâce à la bienveillance de George Lavau et de mon directeur de thèse, Jean Leca. Mais le rôle de socialisation des Congrès ne valait pas seulement dans l’ordre scientifique : il permettait aussi des échanges sur la façon d’enseigner la science politique, au moment où l'implantation de la discipline se développait dans les universités, notamment en région. Oui, un tournant important de l’histoire de l’AFSP a été la création et la montée en puissance de ce rendez-vous. La première édition a eu lieu à Sciences Po en 1981. Originellement quinquennal, il se tient tous les deux ans depuis une quinzaine d’années, et il fait toujours salles combles !
L’internationalisation de l’AFSP s’est affirmée dans les années 1990, sous la houlette de Jean Leca qui préside d’abord l’Association en 1993-94 et de 2000 à 2005, année où Nonna Mayer lui succède et accentue ce processus d’internationalisation.
Un autre changement est intervenu à la fin des années 1990, sous l’égide de Pierre Muller, Secrétaire Général, lorsque l’AFSP s’est davantage impliquée dans la défense des métiers de la science politique, une démarche qui a finalement abouti en 2005 à la création de l’Observatoire des Métiers Académiques de la Science Politique (OMASP).
Une dernière inflexion, que l’on doit à l’initiative d’Andy Smith et de Nicolas Sauger - et à l’énergie de l’équipe administrative de l’AFSP, constituée de Anne Avy et d’Isabelle Rocca - a été marquée en 2017 par la refonte du site internet de l’Association et par une présence remarquée sur les réseaux sociaux : des outils qu’il faut encore faire monter en puissance.


Aujourd’hui, quels sont les principaux enjeux auxquels l’Association va s’attacher à répondre ?

Je l’ai dit, l’AFSP a vocation à être l’association professionnelle des politistes français. Il faut qu’elle le soit pleinement, au-delà des 341 adhérents qu’elle compte aujourd’hui dans ses rangs. C’est dans cet esprit, d’ailleurs, qu’en tant que directeur du CERI j’avais décidé de rembourser leur cotisation aux chercheurs du labo qui adhéraient à l’AFSP. Il ne s’agit pas de « faire du chiffre », de gonfler les effectifs pour le plaisir, car cela n’est en rien une fin en soi, mais parce qu’une AFSP pleinement représentative de son milieu professionnel lui permettra de marcher sur ses deux jambes : d’un côté, l’association est une société savante où toutes les sensibilités scientifiques doivent pouvoir échanger sur les grands thèmes de la discipline et sur ses méthodes ; d’un autre côté, l’AFSP est le lieu privilégié de défense des métiers de la science politique, à l’heure où la précarité des enseignants-chercheurs et des chercheurs s’accentue, où les créations de poste sont en complet décalage avec l’attractivité croissante de la discipline auprès des étudiants et où la recherche sur contrat n’a pas réussi à faire ses preuves. De tout cela nous voulons faire le bilan pour être plus qu’un lobby : une force de proposition.
C’est pour essayer d’être à la hauteur de ces enjeux que Michel Mangenot, professeur à l'Université Paris 8 où il dirige l'Institut d'études européennes, et moi-même avons constitué un bureau dont les membres sont en charge de missions qui sont autant de priorités.  Nous avons déjà évoqué la défense des métiers de la science politique, où Frédéric Sawicki sera en première ligne ; Assia Boutaleb et Hélène Combes forment quant à elles un tandem centré sur les activités de recherche, tant celles des groupes de travail de l’AFSP – un vivier de forces vives – que celles qui exposent les académiques à toutes sortes de dangers, à commencer par ceux du terrain dont témoigne aujourd’hui l’emprisonnement cruel de Fariba Adelkhah que nous n’oublions pas ! Carole Bachelot se charge, elle, de densifier le réseau des partenaires de l’AFSP, en se rapprochant notamment des sociétés savantes d’autres disciplines, tant pour renforcer les échanges intellectuels que pour mieux défendre les scientifiques ; Claire Dupuy s’attèle à l’internationalisation – déjà bien engagée - de l’AFSP, une tâche qui passe à nouveau  par des partenariats, mais aussi par des échanges plus ponctuels et une socialisation accrue des jeunes et des moins jeunes à l’international. A cet égard, ayant participé dès 1985 au Congrès de l’AISP qui s’était tenu à Sciences Po et à des dizaines de colloques internationaux , je dois dire que j’ai toujours été choqué par la méconnaissance persistante, dans ces enceintes, d’excellents travaux français, faute de traduction ou faute, pour leurs auteurs, de pouvoir s’offrir une participation aux grands congrès. Lorsque je dirigeais le CERI, j’avais fait de la participation à ces congrès une priorité – elle me tient toujours à coeur. Last but not least, Marieke Louis, qui a la valorisation pour mission, aidera à l’AFSP à exister dans la Cité en utilisant de nouveaux outils audio/visuels, tant il est important d’encore mieux faire connaître notre science politique et celles et ceux qui la font.      
En 1969, à un moment clé de l’histoire de France, Jean Touchard regrettait que l’AFSP soit « trop discrète » car, disait-il « c’est à elle qu’il appartient de réfléchir sur l’état de la science politique en France et de faire un certain nombre de propositions précises et d’établir des priorités ». Ce constat et cette invitation à l’action restent d’actualité, dans un contexte un peu comparable et nous ferons en sorte d’en tirer les conséquences, sur un mode collégial qui implique aussi le Conseil d’Administration de l’AFSP où toutes les bonnes volontés sont déjà mises à contribution !


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Christophe Jaffrelot, directeur de recherche CNRS au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI) consacre ses recherches aux nationalismes (et plus particulièrement au national-populisme) et aux processus de dé-démocratisation, en particulier dans le cadre des  sociétés politiques indienne et pakistanaise. Il s'intéresse notamment à l’évolution du régime politique indien, à la sociologie de la classe politique indienne, aux liens entre religions et politique, et aux relations extérieures de l’Inde et du Pakistan.
Il a très tôt reçu la médaille de bronze du CNRS et aujourd’hui ses travaux font autorité dans ses champs recherche. Ses activités liées à la valorisation et l'organisation de la recherche ont été et restent nombreuses : direction de collections d’ouvrages, rédaction en chef ou direction de revues scientifiques en France et à l’étranger, direction du CERI (2000-2008), présidence de la section “ Politique, pouvoir, organisation” du CNRS (2012-2016), présidence du Conseil scientifique du réseau des Instituts français de recherche d'Asie (2006-2016)… Il est également membre de nombreux conseils scientifiques dans des universités indiennes, allemandes et pakistanaises. A ces fonctions s’ajoutent ses activités en matière d’enseignement à Columbia, Princeton, Yale, Johns Hopkins, Montréal et King’s College (London). Il est également engagé dans la recherche-action en tant que consultant permanent au Centre d'analyse, de prospective et de stratégie du Quai d'Orsay depuis 2008, en tant que « Non-Resident Fellow » à la Carnegie Endowment for International Peace et expert de l’Institut Montaigne.

En savoir plus

Visitez le site web de l'association française de science politique

1949 : la création de l’Association française de sciences politiques (AFSP) et de l’Association internationale de science politique (AISP/IPSA)

Téléchargez la frise historique illustrée des 60 ans de l’association( 2009)1949 : Association française de sciences politiques (AFSP) et Association internationale de science politique (AISP/IPSA)

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Recherche et innovations en SHS boostées par CIVICA

via Horizon 2020
  • CIVICACIVICA

Le programme de développement des recherches proposé à l'Union européenne par CIVICA, l'Université européenne des sciences sociales - dont Sciences Po est l'un des membres fondateurs - a été approuvé pour bénéficier du financement du programme H2020.

Les activités financées dans ce cadre visent à créer «CIVICA Research», un environnement commun de recherche et d'innovation à long terme.

CIVICA Research complétera la stratégie éducative de CIVICA soutenue par Erasmus +, qui comprend d'ores et déjà un module de travail dédié à la recherche dans quatre grands domaines : les sociétés en transition et les crises planétaires ; les défis de la démocratie au 21e siècle ; l'Europe revisitée; et les technologies relatives aux données relativex aux sciences sociales.

Plus d'informations sur le site web de CIVICA

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Nouveau numéro !

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La pandémie – analysée dans ce numéro sous certains de ses aspects sociaux – n’a pas fait disparaître la question plus grave et plus durable de la dégradation de l’environnement à laquelle sont consacrés plusieurs articles. D’autres enjeux primordiaux – intelligence artificielle, altérité, épargne – sont aussi explorés, prenant de nouvelles perspectives au regard de l’actualité. Sont également présentées des recherches aux horizons internationaux, où se mêlent économie, science politique et sociologie. Puis, en point d’orgue, une histoire douloureuse qui résonne aujourd’hui plus que jamais : celle de la fin de l’esclavage. Bonnes lectures !

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Le nouveau dossier de Cogito : l'égalité des sexes dans tous ses états !

  • Cogito, le magazine de la recherche. Crédits : Sciences PoCogito, le magazine de la recherche. Crédits : Sciences Po

Ce n’est pas la crise sanitaire qui nous fait découvrir la précarité des femmes et les violences conjugales. Ces questions – comme tant d’autres – sont connues depuis longtemps. Dans ce dossier, ce sont des dimensions rarement analysées qui sont abordées : conséquences négatives de certaines politiques se voulant égalitaires ou scientifiques, géopolitique du genre, conséquences du changement climatique sur la vie des femmes, aspects paradoxaux des relations conjugales, facteurs de résistance des inégalités éducatives et professionnelles. En espérant que la lecture de ce dossier permette à toutes et tous de faire progresser une cause bénéfique à la société dans sa totalité.

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Et aussi...

 

Découvrez le programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre (PRESAGE)

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Covid-19 : Analyses et enquêtes

  • Covid19. Crédits image:  mattthewafflecat, pixabayCovid19. Crédits image: mattthewafflecat, pixabay

L’apport de sciences sociales s’avère plus que jamais indispensable aux citoyens, communautés et décideurs pour faire face à la crise provoquée par la Covid-19. 
Les enjeux qu'elle soulève - politiques économiques, sociales et sanitaires, organisation des pouvoirs publics et des entreprises, confiance dans le politique, inégalités, mondialisation... -  sont familiers à la communauté académique de Sciences Po.
Par leurs analyses et de nouveaux projets de recherche, nos chercheurs et chercheuses répondent aujourd’hui à l’impératif de saisir les impacts politiques, économiques et sociaux de cette pandémie sur le court terme et sur la longue durée. 

Analyses - Projets de recherche

LES ANALYSES

Cette sélection d'articles est actualisée quotidiennement. Les articles publiés dans The Conversation, étant en Creative Commons, peuvent être republiés par tous média.

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LES PROJETS DE RECHERCHE

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QS : Sciences Po 2ème université mondiale en science politique et relations internationales

  • 2e place dans le Classement QS 2020 par discipline. Crédits : Sciences Po2e place dans le Classement QS 2020 par discipline. Crédits : Sciences Po

Sciences Po poursuit sa progression dans le classement QS 2020 des meilleures universités mondiales par discipline (PDF, 9.2 Mo), en passant de la troisième à la deuxième place mondiale en "Science politique & relations internationales".
Dans ce classement dévoilé le 4 mars 2020, Sciences Po est classé ex aequo avec l'Université de Princeton, derrière l'Université de Harvard et devant l'Université de Oxford et la London School of Economics and Political Studies (LSE). Sciences Po est pour la première fois la première université d'Europe dans cette discipline.

Depuis sept ans, le classement de QS par discipline, qui compare plus de 1200 universités du monde entier, ne cesse de confirmer Sciences Po au sein des universités leaders en sciences sociales. En 2020, Sciences Po se place dans le top 50 mondial dans 5 disciplines, et affiche d’importantes progressions dans plusieurs domaines :

  • 2ème place mondiale en science politique et relations internationales (en progression d’une place par rapport à 2019)
  • 28ème place en sociologie (comme en 2019)
  • 40ème place en Development Studies (avec une importante progression depuis 2019 où cette discipline figurait dans le top 100)
  • 50ème place mondiale en droit (avec là aussi une forte progression puisque Sciences Po figurait en 2019 dans le top 100)
  • Sciences Po progresse également en économie et économétrie en passant du top 150 au top 100 mondial.

Enfin, Sciences Po reste trés bien classé en Social Policy and Administration avec le 23eme rang


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Cogito 9 - Le nouveau numéro !

  • Cogito, le magazine de la recherche. Crédits : Sciences PoCogito, le magazine de la recherche. Crédits : Sciences Po

L'analyse de la démocratie, ses avancées, ses nouvelles formes mais aussi ce qui la met en péril, est au cœur de ce nouveau Cogito. Ce numéro s’attache également à l’examen d’une série de politiques publiques : enseignement supérieur, politiques sociales, environnement, déontologie….On y décortique aussi la réception des fake-news sur les réseaux sociaux et la formation des décisions. Enfin des regards historiques nous sont offerts sur les cultures coloniales et la naissance des urgences médicales. Bonnes lectures !

In Folio

La déontologie publique : des principes aux pratiques par Guillaume Tusseau

Les autocrates de l'information par Sergei Guriev

Street art et démocratie sur les murs d'Amérique latine par Olivier Dabène

La matière noire de la démocratie par Luc Rouban

Pas d'économie environnementale sans justice sociale par Éloi Laurent

Transformer les universités : propositions d’une chercheuse par Christine Musselin

Les transactions coloniales par Florence Bernault

Des politiques familiales paradoxales par Emanuele Ferragina

Gouverner la ville numérique par Antoine Courmont et Patrick Le Galès

La recherche en projet

Quand la vérité nous dérange ou l'interprétation « motivée » des informations par Jeanne Hagenbach

Data

Des URLs des fake news à leur réception IRL #InRealLife par Manon Berriche

Étoiles montantes

La naissance des urgences médicales par Charles-Antoine Wanecq

L'accès aux logements sociaux par Marine Bourgeois

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Captifs sans motif : figures contemporaines du prisonnier et de l’otage

  • ©Photo by Rostyslav Savchyn on Unsplash©Photo by Rostyslav Savchyn on Unsplash

Cette rencontre n’est pas un colloque comme les autres. Destinée à un large public, cette conférence visait à contribuer à la mobilisation en faveur de la libération de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal en sensibilisant aux divers enjeux que soulève leur détention. Elle entendait notamment nourrir la réflexion sur les prisonniers et les otages, d’un point de vue politique, juridique et éthique.

Ouverture par Frédéric Mion (directeur de Sciences Po), François-Joseph Ruggiu (directeur de l’INSHS/CNRS), Alain Dieckhoff (directeur du Centre de recherches internationales de Sciences Po – CERI), Sandrine Perrot (membre fondatrice du Comité de soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal).

I. Fariba et Roland : universitaires captifs, prisonniers politiques ? - REVOIR LA TABLE RONDE ICI

avec Pascale Laborier (Université Paris Nanterre), John Crowley (UNESCO), Jean-Pierre Filiu (Sciences Po – CERI). Modérateur : Gilles Favarel-Garrigues (Sciences Po – CERI / CNRS)

II. Fariba et Roland dans la tourmente mondiale : une « prise de gage » ? - REVOIR LA TABLE RONDE ICI

avec Bernard Hourcade (CNRS), François Nicoullaud (ancien ambassadeur de France en Iran), Olivier Roy (Institut Universitaire Européen, Florence). Modérateur : Jean-François Bayart (IHEID, Genève)

III. Fariba et Roland, citoyens à défendre : droit et justice des otages - REVOIR LA TABLE RONDE ICI

avec Jean-Jacques Beaussou (ancien ambassadeur de France en Libye), Ariel Colonomos (Sciences Po – CERI / CNRS), William Schabas (Middlesex University London & Sciences Po), Fabrice Weissman (Médecins sans Frontières). Modératrice : Sandrine Lefranc (CNRS)

IV. Sortir de la captivité : le retour des prisonniers - REVOIR LA TABLE RONDE ICI

avec Florence Aubenas (Le Monde), Ahmet Insel (Université de Galatasaray), Deborah Prentice (Princeton University), Valsero (artiste, Yaoundé), Modérateur : Antoine Garapon (IHEJ)

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Nuit des idées 2020 : Cohabiter entre vivants

avec le Centre des politiques de la Terre
  • Nuit des idées 2020   : Cohabiter entre vivantsNuit des idées 2020 : Cohabiter entre vivants

Pour l’édition 2020 de la Nuit des idées placée sous le thème « Être vivant », Sciences Po a organisé deux conversations en partenariat avec le Centre des Politiques de la terre (Sciences Po et Université de Paris). Ces tables rondes réunissaient des intervenants issus de différents horizons. Il s'agissait de repenser les relations entre natures et sociétés en prenant en compte les cycles de vie, les modes d’habiter, de se nourrir et d’interagir entre les végétaux, les animaux, les éléments naturels tels que les sols et les rivières et les humains.

Voir ou revoir la conférence

Nuit des idées 2020 : "Cohabiter entre vivants" from Sciences Po on Vimeo.

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Jeanne Hagenbach présente son ERC

"Motivated Reading of Evidence"
  • Crédits image : Jeanne HagenbachCrédits image : Jeanne Hagenbach

Jeanne Hagenbach, chargée de recherche CNRS au Département d'économie, a remporté, à l'issue d'une compétition trés sélective, un financement de l'European Reserach Coucil (ERC Starting Grant) afin de conduire son projet de recherche "Motivated Reading of Evidence". Présentation.

Interprétation « motivée » des informations ou quand la vérité nous dérange

Dans de nombreux contextes économiques et sociaux, les individus se basent sur un certain nombre d’informations pour prendre leurs décisions (d’achat, d’investissement, d’emploi etc…). Ces informations peuvent prendre des formes variées : elles peuvent être vérifiables ou non, constituer des preuves plus ou moins précises de certains faits ou être simplement des recommandations ou conseils d’amis. Mais quelle que soit leur nature, une hypothèse guide leur usage dans la plupart des modèles économiques : manquant initialement d’informations, les agents souhaitent connaître au mieux le contexte dans lequel ils agissent. En d’autres termes, l’objectif principal des individus est de découvrir le vrai « état du monde » (un concept de microéconomie qui résume toute l’incertitude d’un environnement). Par exemple, l’on suppose que les consommateurs souhaitent connaître le contenu nutritionnel de leur nourriture dans le but d’ajuster leur régime, que les travailleurs souhaitent appréhender au mieux leur environnement de travail et les risques qu’ils y prennent pour adapter leurs efforts, ou encore que les postulants à un concours essayent d’évaluer précisément leurs chances de réussite afin de mieux préparer leur candidature.

Un autre objectif que celui de vérité

Dans ce nouveau projet de recherche, Jeanne Hagenbach souhaite questionner cette hypothèse : et si les agents économiques ne souhaitaient pas toujours connaître toute la vérité ? En d’autres termes, il s’agit de considérer que les individus peuvent former des « croyances motivées » sur leur environnement, c’est-à-dire des croyances qui servent un objectif personnel potentiellement plus complexe que celui d’exactitude. Ainsi, un agent peut souhaiter ne pas savoir comment les abattoirs fonctionnent et continuer à consommer de la viande, fumer sans apprendre les risques de cancer qu’il encoure ou croire à tort qu’il a fait une bonne affaire.

Le rôle complexe des croyances

La recherche en psychologie a montré depuis longtemps que les croyances peuvent affecter le bien être d’un individu directement, et non pas seulement par ce qu’elles sont un instrument pour prendre de meilleures décisions. Par exemple, le psychologue Melvin Lerner (1980) soutient que les individus accordent une valeur intrinsèque à la croyance selon laquelle le monde est juste, au sens où chaque chose y est « méritée » ou « à sa place ». Le champ de la psychologie a également établi que, indépendamment de ses actes, un individu peut souffrir du fait que ses croyances, une fois mises à jour, contredisent celles qu’il entretenait jusqu’alors.

Des stratégies élaborées pour atteindre certaines croyances

Comme l’économie comportementale en général, le thème des croyances motivées reçoit un intérêt croissant en économie depuis quelques années. Cet intérêt part initialement de l’observation que les agents se pensent toujours « meilleurs » que la moyenne (en meilleure santé, avec moins de chance de divorcer, meilleur conducteur etc.), une croyance nécessairement erronée. Jean Tirole, prix Nobel d’économie 2014, et Roland Bénabou, professeur à l’Université de Princeton, ont ainsi proposé un modèle dans lequel l’individu met en place des stratégies internes élaborées pour atteindre et maintenir des croyances plaisantes sur lui-même (son intelligence, son altruisme etc.). Dans ce modèle, plusieurs versions (ou « self ») du même individu sont en interaction stratégique : un soi en manipule un autre ! De récentes expériences en laboratoire ont en outre montré que les individus mémorisent mieux les informations positives les concernant et ce, sans doute pour garder une image d’eux même qui les rassure ou les motive. Au cours de tels expériences, des sujets humains volontaires sont habituellement associés aléatoirement à différents traitements expérimentaux. L’on mesure ensuite comment les traitements affectent, par exemple, les croyances que forment les sujets sur leur niveau de QI. Comme il est courant de le faire dans les expériences en économie, les sujets sont rémunérés en fonction de l’exactitude de leurs croyances afin de les inciter à révéler leurs vraies croyances.

Des croyances sur soi mais aussi sur le monde

Cependant, dans tous les travaux précédemment cités, les croyances formées de manière motivée portent sur des caractéristiques personnelles de l’individu : son intelligence, sa générosité, son état de santé. Dans son projet, Jeanne Hagenbach souhaite étudier la manière dont les agents économiques ou sociaux forment des croyances motivées sur les autres individus et sur l’environnement économique plus largement. Perçoit-on les autres de la même manière lorsqu’on s’apprête à entrer en compétition avec eux ou à entrer dans leur équipe ? Quelles dimensions de l’identité d’une personne amène-t-on à son esprit dans différents contextes économiques ? Quelles stratégies d’évitement mettent en place les individus pour ne pas réaliser que certains produits sont mauvais pour l’environnement ? Évitent-ils de lire les étiquettes, de raisonner à leur propos, ou oublient-ils délibérément ce qu’ils ont lu ? Pour tenter de répondre à ces questions, Jeanne Hagenbach utilise des méthodes expérimentales et des modèles théoriques. En matière d’expériences, il s’agit, par exemple, de présenter des CV à des sujets expérimentaux et de mesurer leur perception de ces CV dans différents contextes stratégiques annoncés à l’avance. En termes de modélisation, l’objectif est de montrer que certaines limites dans la rationalité peuvent résulter de choix délibérés qui permettent à un individu de ne pas tout savoir. Ainsi, il est possible que les agents aient les capacités cognitives de faire les inférences qui mènent à la vérité dans certains contextes mais qu’ils refusent de les faire si la vérité les dérange.

La question du refus de l’information

Selon la théorie économique « classique », un décideur ne devrait jamais refuser l’information car elle lui permet de faire de meilleurs choix. Il est donc particulièrement surprenant de constater que les agents, pour former des croyances motivées, évitent parfois les informations qui leurs sont données. Il s’en suit que les politiques publiques qui reposent sur la divulgation obligatoire de données – sur les dangers pour la santé ou pour l’environnement, les méthodes de protection des informations personnelles etc. – ne sont peut-être pas aussi efficaces qu’on pourrait le penser. Quand les agents ne veulent pas savoir, comment les informer ? Et le doit-on ?

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Gouverner la finance - Le dossier

  • Actualité Sciences PoActualité Sciences Po

Dans ce dossier consacré à la difficile gouvernance de la finance, nos chercheurs auraient pu conter et analyser les crises financières qui ont marqué nos mémoires, voire envisager l’avenir à grand renfort de courbes affolantes. Mais l’intérêt de la recherche étant de sortir des sentiers battus, ils exposent ici leurs travaux les plus récents, consacrés à des sujets méconnus ou oubliés, donnant de nouvelles clés pour pénétrer dans les arcanes de cet univers si fantasmé qu'est la finance. Bonne lecture !

Sommaire


Et aussi...

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Les doctorats Honoris Causa en vidéo

13 novembre 2019
  • Actualité Sciences PoActualité Sciences Po

Viviana Zelizer, professeure de sociologie à l'Université de Princeton et Joseph Stiglitz, professeur d'économie à l'Université de Columbia et prix Nobeln se sont vus décerner le titre de docteur honoris causa de Sciences Po, au cours d'une émouvante cérémonie le mercredi 13 novembre 2019.
Cette distinction récompense les deux chercheurs ; la première en tant que fondatrice de la sociologie économique et le second comme figure de la nouvelle économie keynésienne. Ces précieux apports à leurs disciplines respectives ont été soulignés lors des éloges prononcés par Jeanne Lazarus et Jean-Paul Fitoussi.

Voir ou revoir les discours

Ouverture par Frédéric Mion, directeur de l'Institut d'études politiques de Paris et administrateur de Sciences Po

Éloge de Jeanne Lazarus à l'endroit de Viviana Zelizer

Télécharger le discours (en anglais)

 

Discours de Viviana Zelizer

 Télécharger le discours (en anglais)

 

Éloge de Jean-Paul Fitoussi à l'endroit de Joseph Stiglitz

 

Discours de Joseph Stiglitiz


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Gouverner la finance

le rendez-vous de la recherche
20 novembre 2019
  • Actualité Sciences PoActualité Sciences Po

20 novembre 2019  de 19h15 à 21h15

Dix ans après les crises bancaires et celles des dettes souveraines, les systèmes financiers sont-ils devenus résilients ? Est-il enfin possible de marier les impératifs des marchés avec ceux de l’économie réelle ? Autrement dit, peut-on gouverner la finance ?
Consacrée à explorer les avancées et les possibles d’une finance au service de tous, cette conférence a réunit politistes, économistes, sociologues et représentants de la Banque de France autour de deux tables rondes.

voir la vidéo de l'intégralité de la conférence

Ouverture

Table ronde "Les finances publiques à l’épreuve des crises"

  • Jérôme Sgard, professeur d'économie politique, Centre de recherches internationales de Sciences Po
  • Philippe Martin, professeur au Département d’économie de Sciences Po
  • Bruno Cabrillac, directeur général adjoint de la Direction générale des statistiques de la Banque de France

Débat modéré par Cornelia Woll, professeure de science politique et co-directrice du MaxPo.
 
Table ronde  "Protéger et éduquer les consommateurs"

  • Jeanne Lazarus, chargée de recherche CNRS au Centre de sociologie des organisations de Sciences Po
  • Pierre François, directeur de recherche CNRS  au Centre de sociologie des organisations de Sciences Po
  • Frédéric Hervo, directeur des affaires internationales de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution de la Banque de France.

Débat modéré par Guillaume Plantin, directeur scientifique de Sciences Po.

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Fariba Adelkhah

provisoirement en résidence à domicile
  • Actualité Sciences PoActualité Sciences Po

Communiqué de la dierction de Sciences Po en date du 5 octobre 2020

Notre collègue et amie Fariba Adelkhah, chercheuse au Centre de recherches internationales de Sciences Po, injustement emprisonnée en Iran depuis le mois de juin 2019, a pu quitter sa prison ce samedi 3 octobre 2020, dans le cadre d'une permission pour cause médicale.

Fariba a pu regagner son domicile personnel à Téhéran, où elle est assignée à résidence, sous contrôle d'un bracelet électronique.

Cette nouvelle est pour nous tous un soulagement et une source d’espoir mais elle est aussi porteuse d’inquiétudes quant à l’état de santé de Fariba.

En outre, l’annonce de l’assignation à résidence de notre collègue et amie n’est en rien assimilable à une libération.

Depuis seize mois, aux côtés de l’admirable comité de soutien à Fariba, la large communauté de Sciences Po et des soutiens venant de toutes parts, ne cessent de protester contre cette incarcération sans motif, atteinte intolérable aux libertés académiques.

Nous devons donc plus que jamais, manifester notre soutien déterminé et chaleureux à Fariba et poursuivre, sous toutes les formes possibles, les multiples actions qui peuvent être engagées pour obtenir sa mise en liberté.

Nous ne pourrons nous réjouir pleinement que lorsque notre amie sera à nouveau libre.

Olivier Duhamel
Président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP)

Frédéric Mion
Directeur de Sciences Po

 

Signez la pétition pour sa libération et rejoignez le comité de soutien 

A lire et regarder

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Bienvenue aux 16 chercheurs et chercheuses qui ont rejoint Sciences Po en 2018-2019

  • Porte d'entree du 27 rue Saint Guillaume. Crédit Sandrine Gaudin /Sciences PoPorte d'entree du 27 rue Saint Guillaume. Crédit Sandrine Gaudin /Sciences Po

Cette année ce sont 16 académiques permanents qui ont rejoint Sciences Po. Une grande diversité les caractérise qu'il s'agisse de leurs universités d'origine, leurs parcours, leurs disciplines et leurs spécialités. Au-delà de la qualité de leurs travaux, un point commun les réunit : la volonté de partager les résultats de leurs recherches, et en tout premier lieu avec nos étudiants.

Découvrez leurs profils !

En cas de problème d'affichage, vous pouvez également consulter le diaporama ou le télécharger en pdf.

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Le tirage au sort est-il démocratique ?

  • Actualité Sciences Po / ©Shutterstock/DigitalStormActualité Sciences Po / ©Shutterstock/DigitalStorm

Le 7 octobre, nous avons réuni Patrick Bernasconi, président du Conseil économique social et environnemental (CESE), Gil Delannoi, directeur de recherche au CEVIPOF et Laurence Morel, chercheuse associée au CEVIPOF, tous deux spécialistes de la démocratie participative. Il s'agissait de débattre autour tirage au sort de citoyens au titre d'un renouveau de la démocratie : comment faire en sorte qu'il soit "juste" et efficace ?Leurs analyses se sont en particulier appuyées sur les enseignement à tirer de la mise en place de première convention citoyenne dont les membres - tirés au sort -  ont été rassemblés au sein du CESE.

Regarder la vidéo

 

ou écouter le débat

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Sciences Po au 2ème rang national

dans le classement de Times Higher Education 2020
  • Times Higher Education - World University Rankings 2020Times Higher Education - World University Rankings 2020

Classement de la recherche

Dans le classement Times Higher Education par discipline, édité en novembre 2019, Sciences Po est classé  69ème au plan mondial et 2ème au plan national en sciences humaines et sociales.

Nos points forts sont l'internationalisation (International outlook) et les citations des publications de nos chercheurs, deux indicateurs en progression relativement à l'an dernier.

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Classement de l'établissement

En septembre, Times Higher Education publiait son classement des établissements d'enseignement supérieurs et de recherche.

Sur les 38 établissements français classés et en prenant en compte l'ensemble des dimensions évaluées, Sciences Po se positionnait à la 14ème place soit une progression d'une place relativement au classement 2019. 

Sciences Po est également 14ème sur le critère "Recherche" et 9ème en termes d'internationalisation de ses étudiants et de sa communauté scientifique.

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Alain Dieckhoff élu membre de la Société royale du Canada

  • Alain Dieckhoff. Crédit : Thomas Arrivé / Sciences PoAlain Dieckhoff. Crédit : Thomas Arrivé / Sciences Po

Septembre 2019

Alain Dieckhoff, directeur de recherche CNRS et directeur du Centre de recherches internationales, vient d'être élu membre de l'Académie des Sciences sociales de la Société royale du Canada.

Fondée en 1882, la Société royale du Canada comprend les académies des arts, des lettres et sciences humaines et des sciences, ainsi que le Collège de nouveaux chercheurs et créateurs en art et en science. La Société royale du Canadareconnait l’excellence, conseille les gouvernements et la société en général et promeut une culture du savoir et de l’innovation au Canada en partenariat avec d’autres académies nationales dans le monde.

Alain Dieckhoff a consacré ses recherches à la politique, la société contemporaine et les transformations de l’Etat en Israël. Ses travaux se sont par la suite élargis à l’étude comparée des nationalismes de disjonction, ce qui l’a conduit à un dialogue continu avec les chercheurs canadiens spécialistes du domaine.

Il enseigne à Sciences Po, aussi bien au Collège universitaire qu'en master (École doctorale, École des affaires internationales). Il est membre du conseil scientifique des revues Politique et sociétés, Questions internationales,Israel Studies et membre du comité de rédaction de Critique internationale.

En savoir plus sur Alain Dieckhoff

Lire le communiqué de la Société royale du Canada.

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Jeanne Hagenbach récipiendaire d'un ERC Starting Grant

  • Jeanne HAGENBACH, chercheuse CNRS. Crédits : Caroline Maufroid / Sciences PoJeanne HAGENBACH, chercheuse CNRS. Crédits : Caroline Maufroid / Sciences Po

Septembre 2019


Le Conseil européen de la recherche (ERC) a publié la liste des projets retenus pour son appel à projets 2019 «Starting Grants».
Pour rappel, les financement de l’ERC visent à encourager les recherches les plus avancées ou exploratoires menées en Europe dans tous les domaines,  par le biais de financements compétitifs sélectionnés sur la base de l’excellence scientifique. Les «Starting Grants» sont destinés aux chercheurs débutants dont les résultats se montrent particulièrement prometteurs.


Le projet “Motivated Reading of Evidence” présenté par Jeanne Hagenbach, chercheuse au CNRS et professeure au département d'économie de Sciences Po, est l'un des 41 projets sélectionnés par les institutions françaises.
Ce succès s’ajoute à la liste de distinctions prestigieuses qui ont distingué les travaux de Jeanne Hagenbach. En 2009, elle a reçu deux prix pour sa thèse de doctorat «Communication stratégique et réseaux» : le prix de thèse Richelieu de la Chancellerie des Universités de Paris et le prix de thèse de l'Association économique française. En 2012, la Fondation Banque de France lui a décerné le «Prix du jeune chercheur en économie». Enfin, elle a été distinguée par le CNRS qui lui a décerné la médaille de bronze en 2016.


Les travaux de Jeanne Hagenbach dans le domaine de la microéconomie s’appuient sur la théorie des jeux et l’économie expérimentale. Ses recherches s’articulent autour de modèles de communication qui permettent de mieux comprendre dans quelles situations stratégiques les informations détenues par les agents économiques sont transmises efficacement ou non.


Dans le prolongement de ces recherches, le projet  “Motivated Reading of Evidence”  propose d’étudier comment les individus interprètent les informations de manière à former les croyances qu’ils préfèrent. Il s’agit, d’une part, d’identifier les objectifs qui poussent les agents économiques à manipuler la lectures des données disponibles pour des raisons psychologiques. L’idée est également d’étudier comment les agents parviennent à manipuler cette lecture, par exemple en évitant ou doutant des preuves à disposition. En un mot, Jeanne souhaite étudier quand et comment les agents économiques se mentent à eux mêmes.

 

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Liberté, égalité, fraternité et cultures

  • Cogito, le magazine de la recherche. Crédits : Sciences PoCogito, le magazine de la recherche. Crédits : Sciences Po

C’est sous la devise liberté, égalité, fraternité que se place ce Cogito. Aspirations universelles fragiles, parfois contradictoires, elles sont aujourd’hui mises en danger par les inégalités, les dérives autoritaires, le populisme. Mais comme le montrent nos chercheurs et chercheuses, il est possible de mettre en place des réponses politiques et sociales à même de soulager ces maux et d’en combattre les racines. Quelques pistes à découvrir dans ce numéro qui montre aussi comment se fabriquent des cultures. Bonnes lectures !

Grand angle

Leçons indiennes
par Louis Assier Andrieu

In Folio

La légitimité du tirage au sort
par Gil Delannoi
Les promesses de Modi
par Christophe Jaffrelot
Travail et Handicap : mettre fin aux exclusions
par Anne Revillard
Civiliser le capitalisme : pour une Europe solidaire
par Xavier Ragot
Le décor : l’autre acteur du cinéma
par Gwenaële Rot
Dans les secrets de l’Ermitage
par Vincent Antoine Lepinay
Domestiques : le retour
par Nathalie Morel
Survivre
par Jacques Sémelin 
Que reste-t-il des Internationales ouvrières ?
par Nicolas Delalande

Recherche-action

Combattre la précarité énergétique
par Rachel Guyet

Étoile montante

Du chômage au temps partiel
par Hadrien Clouet
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Pour une recherche pluridisciplinaire et internationale

Interview de Guillaume Plantin
  •   Guillaume Plantin, Directeur scientifique Crédits @Alexis Lecomte/Sciences Po Guillaume Plantin, Directeur scientifique Crédits @Alexis Lecomte/Sciences Po

Directeur scientifique et professeur au Département d’économie, Guillaume Plantin a longtemps exercé à l’international  avant de rejoindre Sciences Po. Une expérience qui l’amène à concevoir les recherches dans un contexte global : global, par les enjeux à décrypter - environnement, numérique, populisme... - global, par la compétition mondiale dans laquelle la science évolue. Pour lui, la recherche à Sciences Po dispose d’acquis solides et fait preuve de la créativité nécessaire pour relever ces défis. À sa façon. Explications. 

Quelles sont les particularités de la recherche à Sciences Po ? 

Je dirais que les caractéristiques qui font l’identité de la recherche de Sciences Po sont au nombre de quatre. Premièrement,  nos recherches sont massivement imprégnées de science politique. C’est une marque de fabrique puisque cette discipline est née, en France, dans nos murs, il y a plus de cent ans. Progressivement, se sont développés le droit, l’économie, l’histoire et la sociologie. Cette concentration sur un nombre resserré de disciplines est une deuxième spécificité. Il faut y voir une force car cela nous permet de travailler de façon collégiale en adoptant des approches pluridisciplinaires - lorsqu’un “objet” est étudié par plusieurs disciplines séparement - et des recherches interdisciplinaires - lorsque les disciplines s’unissent dans leur approche d’un même objet. C’est le troisième pilier. Sa quatrième dimension, tout aussi essentielle, c’est l’implication de notre faculté dans le débat public. Sciences Po s’est assignée depuis sa création la mission d’irriguer la société, au-delà des cercles académiques, avec les produits de sa recherche. En fin de compte notre recherche est un reflet fidèle de l’ambition pédagogique de Sciences Po dont elle est aussi une ressource.

Quels sont les développements actuels ?

Nous sommes déjà positionnés sur des enjeux de plus en plus pressants : l’environnement, le numérique, les territoires, le genre, le populisme, les instabilités économiques et financières.  Nous lançons à présent de nouveaux groupes interdisciplinaires, tel que celui qui ambitionne de réunir le droit et l’économie autour de thématiques communes. Il y a beaucoup à faire en la matière. Qu’en est-il, par exemple, de l'utilisation d'outils économiques dans le processus judiciaire et l'élaboration de ses décisions ? Nous faisons aussi dialoguer nos chercheurs sur leurs méthodes. C’est non seulement nécessaire mais fertile en nouvelles idées et pratiques. À cet égard, un laboratoire comme le médialab est un atout majeur, unique dans le paysage universitaire français. C’est en son sein que sont développées des méthodes de pointe pour, par exemple, moissonner et analyser les “big data”.  De nombreux chercheurs se servent de ces nouveaux outils. C’est aussi autour du médialab et avec la participation de chercheurs de tous horizons, que nous avons créé un groupe de travail sur les transitions numériques. Enfin, nous commençons à explorer des sujets habituellement réservés aux sciences dites “dures”. Je pense, par exemple, aux biotechnologies. Leurs développements posent des questions éthiques, politiques, socialessur lesquelles les sciences sociales doivent se pencher.

N’y a-t-il pas des sujets plus anciens, rémanents, comme celui des inégalités, qui méritent d’être encore et toujours étudiés ? 

Bien sûr, mais ce sont des questions qui évoluent. Les inégalités en sont un bon exemple : la transformation des systèmes économiques, financiers, technologiques, les modifient en profondeur. À nous de comprendre pourquoi, comment, et quels sont les effets sociaux et politiques que cela entraîne. À nous de contribuer à imaginer des politiques publiques, des évolutions de nos sociétés à même d’enrayer des dynamiques d’inégalités jugées hors de contrôle dans de nombreux pays. Un de nos laboratoires - le MaxPo, produit d’une alliance avec le prestigieux institut Max Planck - y est consacré. Un autre exemple est celui des recherches entreprises au sein du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP). Ses productions répondent à la nécessité, ancienne, de mesurer l’efficacité de l’action publique. Mais en mêlant approche interdisciplinaire, rigueur scientifique et volonté d’émettre des propositions compréhensible par le plus grand nombre, il renouvelle ce type d’études.

À quels défis l’institution, ses chercheurs et chercheuses se doivent-ils de répondre ? 

Il est essentiel que nous continuions à marier les disciplines et à être ouverts sur la société. Cet objectif peut sembler évident mais il n'est pas si facile de le poursuivre. Du fait que nous sommes parvenus, en quelques années, à nous hisser au rang d’une université de recherche internationale, nous devons assurer notre croissance dans un environnement  global extrêmement compétitif. Il est donc indispensable de permettre à notre faculté de conduire des recherches poussées dans leurs disciplines et de publier dans les meilleures revues internationales. Nous lui demandons, outre la poursuite de cette excellence académique classique, de s’impliquer dans le dialogue avec les autres disciplines et l'ouverture au grand public. Si l’immense majorité des chercheurs apprécie de s’investir ainsi sur plusieurs fronts, il est de notre devoir de les aider, en leur permettant, entre autres, d’aménager leur temps et en leur fournissant un support administratif solide.

Sur le plan institutionnel, quels sont les développements majeurs ?

Nous sommes tout d’abord soucieux de nous appliquer à nous-même les conclusions de nos recherches, en matière d’égalité entre les femmes et les hommes par exemple. S’il y a encore d’importants progrès à faire, nous sommes sur la bonne voie. Autre défi : continuer de nous internationaliser. Ce qui est très satisfaisant, c’est que nous réussissons à combiner ces objectifs. Ces dernières années, nous avons recruté de nombreuses chercheuses venant de l’étranger et qui s’emparent d’ailleurs de questions de premier plan. Il s’agit aussi de renforcer nos coopérations, tels le programme Alliance qui nous lie à Columbia, nos doubles doctorats et nos partenariats avec des universités situés dans des pays creusets de la globalisation comme la Chine ou le Brésil… Enfin,  nous souhaitons accentuer nos efforts en faveur de l’intégration des académiques étrangers qui effectuent des séjours à Sciences Po. Elles et ils sont plus d’une centaine chaque année. C’est un moyen formidable pour nous ouvrir sur d’autres façons de penser, d’avoir un regard différent sur des questions qui touchent l’ensemble des sociétés.
Un autre objectif est de ne pas nous reposer sur nos lauriers. C’est pourquoi les activités de notre faculté sont régulièrement évaluées, en interne et en externe. Il y a bien sûr des indicateurs chiffrés, mais nous sommes surtout attachés à une analyse qualitative des travaux et à leur impact de long terme.

Tout cela nécessite des moyens importants…

En effet ! Sciences Po consacre environ un tiers de ses ressources propres à la recherche. Une partie significative de cet effort s’oriente vers la relève, nos doctorants et doctorantes, qui doivent pouvoir effectuer leurs thèses dans les meilleures conditions. Nous obtenons aussi des financements publics sur la base d’appels à projets très compétitifs, notamment ceux du Conseil européen de la recherche ou ceux de l’Agence nationale de la recherche. Nous cherchons enfin à développer des financements privés, sans jamais bien sûr transiger sur notre bien le plus précieux, l’indépendance et la liberté académiques.

Propos recueillis par Hélène Naudet, direction scientifique

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