Les sciences sociales au prisme du genre

Rencontre avec les fondatrices du Programme PRESAGE, Françoise Milewski et Hélène Périvier
  • Hélène Périvier et Françoise Milewski en 2012 @Thomas Arrivé/Sciences PoHélène Périvier et Françoise Milewski en 2012 @Thomas Arrivé/Sciences Po

PRESAGE, le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po, a été créé en 2010. Destiné à promouvoir la recherche sur le genre, à développer l’offre de cours et à diffuser les savoirs sur ce champ, c’est l’un des plus anciens programmes transversal et pluridisciplinaire dédié au genre en France. Rencontre avec ses fondatrices, Hélène Périvier et Françoise Milewski, chercheuses à l'Observatoire français des conjonctures économiques.

Comment est né PRESAGE ?

Hélène Périvier : Le Programme PRESAGE est né de ma rencontre avec Françoise Milewski, nous étions toutes les deux économistes à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), un centre de recherche de Sciences Po, et nous avions un intérêt partagé pour la question des inégalités entre les femmes et les hommes, des discriminations, de l'égalité, et du concept de genre en général.

Françoise Milewski : En 2010 il y avait quelques personnes à Sciences Po qui travaillaient sur ces thématiques, mais ces travaux n’étaient pas visibles du grand public. C’est ainsi qu’est née l’envie de créer ce programme transversal incluant à la fois enseignements et recherche.

Hélène Périvier : L’objectif était de construire des ponts entre la recherche et le débat public. La recherche académique sur le sujet est en effet extrêmement riche - à la fois conceptuellement mais aussi en controverses -, mais semble peu irriguer le débat public. Ce qui nous semblait dommage car si on peut tous avoir un avis sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes, c’est en réalité un sujet éminemment complexe.

Comment les études de genre sont-elles conçues et enseignées à Sciences Po ?

Hélène Périvier : Souvent, on entend par études de genre un champ assez circonscrit de la recherche qui s'interroge sur les questions de l'identité sexuelle, des sexualités et des identités socialement construites. À Sciences Po, on entend par études de genre un champ plus large à savoir une étude et meilleure compréhension de la formation des inégalités de sexe mais aussi des discriminations de toutes sortes : fondées sur les questions de sexualité, d'apparence, de sexe, d'origine ethnique, etc. Il y a une approche extrêmement multiple et l’axe sciences sociales est en effet marqué : les cinq grandes disciplines de Sciences Po - l’histoire, la sociologie, la science politique, l’économie et le droit - sont mobilisées.

Françoise Milewski : Ce qui est très important pour nous au sein du Programme PRESAGE c'est l'approche transversale disciplinaire, qui est une posture de fond, pas seulement de forme. Le fait que les études de genre soient présentes dans l'ensemble des centres de recherche de Sciences Po renforce les échanges et le caractère scientifique des travaux qui sont produits.

Après 10 ans d’existence du programme, quel bilan faites-vous ?

Hélène Périvier : Nous sommes plutôt satisfaites. Nous avons toujours été extrêmement bien accueillies et nos collègues ont participé avec beaucoup d'enthousiasme à la réussite du projet. Je pourrais citer Bruno Perreau, qui est maintenant professeur au MIT ; Janine Mossuz-Lavau qui a été l’une des premières chercheuses de Sciences Po à travailler sur ces thématiques et puis, bien sûr, les membres du Comité de pilotage, Marta Dominguez Folgueras, Réjane Sénac, Elissa Mailänder et Marie Mercat-Bruns.

Nous avons aussi eu le soutien amical de la philosophe de la pensée féministe Geneviève Fraisse qui n’a enseigné qu’une seule fois au cours de son parcours de chercheuse, et a choisi pour cela Sciences Po ; c’est une grande fierté ! On pense aussi à Françoise Héritier qui nous a beaucoup soutenues et dont la présence manque beaucoup dans le paysage universitaire.

Françoise Milewski : Notre grande satisfaction est d'avoir assuré la transversalité dans la recherche et l'enseignement, et d'avoir pu développer des enseignements avec une ouverture aux controverses qui existent dans ce champ. Les chercheuses et les chercheurs de PRESAGE ont contribué aux débats, scientifiques mais aussi citoyens liés à l’actualité.

Hélène Périvier : Nous venons de créer une Certification avancée en études de genre qui permet aux diplômés de Sciences Po attestant de solides connaissances en études de genre de les valoriser dans le monde professionnel. À l’avenir, nous souhaitons développer encore l’offre de cours. Nous allons aussi essayer de monter des modules de formation continue sur l’égalité femmes-hommes pour les personnes qui sont déjà en emploi.

Comment les services sociaux ont-ils émergé dans l’entre-deux-guerres ?

Portrait de thèse, avec Lola Zappi
  • © Lola Zappi / Sciences Po© Lola Zappi / Sciences Po

Après un Master de l'École d'affaires publiques de Sciences Po, Lola Zappi a obtenu l'agrégation d'histoire et commencé une thèse au Centre d'histoire de Sciences Po sous la direction de Claire Andrieu et de Christophe Capuano. Elle vient de soutenir ses travaux de recherche sur le service social à Paris dans l'entre-deux guerres et d'obtenir son doctorat.

Pourquoi avez-vous choisi de passer l'agrégation et de poursuivre en thèse après votre Master ?

J'avais hésité à l'époque des choix de master à m'inscrire dans le Master de recherche en histoire. Mais je n'étais pas encore sûre de vouloir embrasser cette carrière, surtout que je savais que le concours de l'agrégation, comme l'obtention d'un contrat doctoral, serait difficile ! J'avais finalement opté pour une solution hybride: un Master en affaires publiques doublé d'un parcours en histoire, en remplaçant mes six mois de stage par l'écriture d'un mémoire de recherche. C'est cette expérience du mémoire qui m'a convaincue : mon sujet portait sur les militantes féministes au début du XXe siècle, en m'appuyant sur un corpus de plusieurs centaines de lettres échangées entre ces femmes. C'est comme ça que j'ai découvert le goût des archives : c'était très émouvant d'avoir accès à ces correspondances, qui racontaient les temps de lutte mais aussi les sociabilités entre femmes, la vie quotidienne à Paris au début des années 1900, etc. Je trouvais que la discipline historique, plus encore que la sociologie dont je m'inspire beaucoup, permettait une analyse fine de ces trajectoires de vie : sans modélisation, sans idéaux-types, avec un vrai souci de ne pas trahir les sources et de prêter sans cesse attention au contexte. Je crois que l'humilité de cette discipline, le côté “travail de fourmi”, font partie des éléments qui m'ont décidée à poursuivre la recherche.

Vous avez travaillé sur les assistantes sociales et les familles assistées dans le cadre de la protection de la jeunesse à Paris dans l'entre-deux-guerres. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Dans mon sujet de thèse j’ai voulu allier mon intérêt pour les politiques publiques avec une démarche d'histoire sociale, en me demandant comment les politiques publiques agissent sur les individus. Plus exactement, j'ai voulu comprendre comment avaient émergé les services sociaux dans l'entre-deux-guerres et quelle était la nature de la relation d'assistance liant les travailleuses sociales aux personnes assistées. Ce sujet a pu voir le jour grâce à la découverte d'un corpus d'archives hors du commun : les dossiers d'enquêtes et de suivi du Service Social de l'Enfance, un organisme privé d'assistantes sociales chargé de prendre en charge les familles déférées devant le Tribunal pour enfants du département de la Seine (qui englobe à l'époque Paris et sa banlieue).

Par la suite, j'ai aussi pu étudier les dossiers d'étudiantes des écoles d'assistantes sociales de l'entre-deux-guerres. Le métier d'assistante sociale apparaît pour la première fois à cette époque : j'avais donc sous les yeux les premières générations de femmes ayant exercé cette profession. J'ai donc cherché dans ma thèse à tenir dans un même ensemble une histoire de l'institution - qu'est-ce que les services sociaux ? -, des assistantes sociales et des personnes assistées.

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Pour résumer ce que j'explique dans ma thèse, je montre que les services sociaux s'institutionnalisent dans un contexte où l'on cherche à rationaliser l'action sociale tout en luttant contre les "fléaux sociaux", comme la tuberculose, l’alcoolisme, et le paupérisme. La volonté de contrôler les pratiques des familles de classes populaires exposées à ces risques est donc très grande et la prise en charge des assistantes sociales s'apparente à une forme de tutelle. Cela n'est d'ailleurs pas sans décontenancer les jeunes femmes qui se tournent vers la profession d'assistante : issues de la bourgeoisie et souvent très imprégnées de valeurs chrétiennes, elles cherchent avant tout à être les "amies" des familles populaires avant de se rendre compte que leur métier implique aussi une part de surveillance et de contrôle. Les services sociaux n'ont cependant pas un pouvoir de contrôle absolu et les personnes assistées, y compris dans le domaine très spécifique de la protection judiciaire de la jeunesse, parviennent à conserver une certaine marge de manoeuvre dans le déroulement de l'action sociale. Mais la relation d'assistance reste avant tout marquée par une très grande distance séparant les assistantes sociales des familles qu'elles encadrent.

On assiste donc dans l'entre-deux-guerres à une naissance de l'État social très paradoxale : alors que les élites réformatrices souhaitaient mieux intégrer les populations ouvrières à la société, elles contribuent en réalité à figer un fossé entre les institutions de prise en charge des classes populaires et ces dernières.

Vous êtes désormais docteure en histoire. Quels sont vos projets pour la suite ?

J'aimerais poursuivre si possible à la fois dans l'enseignement et dans la recherche, car les deux me passionnent. En ce qui concerne mes prochains projets de recherche, j'hésite encore ! Je continuerai sans doute à travailler sur l'histoire de l'action sociale, mais j'ai aussi beaucoup aimé dans ma thèse pouvoir approcher une histoire du travail. C'est une piste que j'ai envie d'explorer plus avant, peut-être à travers l'histoire d'un autre métier du care.

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Études de genre : quels enseignements au semestre de printemps 2020 ?

  • Étudiant au travail sur le campus de Nancy ©Martin Argyroglo / Sciences PoÉtudiant au travail sur le campus de Nancy ©Martin Argyroglo / Sciences Po

À Sciences Po l'enseignement des études de genre repose sur cinq disciplines des sciences sociales : le droit, l'économie, l'histoire, la science politique et la sociologie. Les étudiantes et étudiants attestant de solides connaissances dans ce champ de recherche peuvent les valoriser en obtenant la Certification avancée en études de genre. Chaque semestre avant les inscriptions pédagogiques, le Programme PRESAGE recense tous les cours en études de genre proposés à Sciences Po.

Consulter le catalogue des cours du semestre de printemps 2019-2020.

Initiation aux études de genre sur le campus de Paris

Au semestre de printemps 2020, les étudiantes et étudiants du campus de Paris pourront s'inscrire à un séminaire explorant les études de genre et les inégalités femmes-hommes à partir de quatre approches disciplinaires : l'économie, la science politique, la sociologie et le droit. L'objectif de ce cours est de faire découvrir ce champ de recherche en sciences sociales.

NOUVEAUX cours électifs au Collège universitaire

Plus de dix séminaires sont proposés aux élèves de deuxième année sur les différents campus du Collège universitaire. Plusieurs enseignements voient le jour cette année, comme celui de Nazand Begikhani, titulaire de la Chaire Vincent Wright, qui propose un cours intitulé Gender-based violence and displacement sur le campus de Paris. 

NOUVEAUX ENSEIGNEMENTS À L'ÉCOLE DES AFFAIRES INTERNATIONALES

En 2019-2020, l'École des affaires internationales de Sciences Po élargit son offre de cours en lien avec les questions de genre. Deux cours seront notamment proposés aux étudiantes et étudiants du Master in International Development, enseignés par Saskia Ravesloot.

Paradoxes des stratégies féministes d'émancipation

Appel à communications
  • Centre de ressources du CEVIPOF ©Caroline Maufroid / Sciences PoCentre de ressources du CEVIPOF ©Caroline Maufroid / Sciences Po

Quatre doctorantes au Centre de recherches politiques de Sciences Po, organisent une journée d'études sur les paradoxes des stratégies féministes d'émancipation le 18 juin 2020 à Paris. Intitulée "Réappropriations", cette journée invite chercheuses et chercheurs, doctorantes et doctorants à échanger. 

Réappropriations, Paradoxes des stratégies féministes d'émancipation

"Les revendications d'égalité impliquent l'acceptation et le rejet de l'identité de groupe découlant de discriminations. Ou pour le dire d'une autre manière : les termes de l'exclusion sur lesquels se fonde la discrimination sont, en même temps, refusés et reproduits dans les revendications d'inclusion." - Joan Scott, L'énigme de l'égalité, Cahiers du genre 33(2) (2002)

Les cadres conceptuels et symboliques d'une relation de domination peuvent-ils être mobilisés à des fins émancipatrices ? Face aux valeurs traditionnellement associées au "féminin", les mouvements et pensées féministes sont confrontés à un dilemme épineux. D'un côté, leur rejet perpétue la dévalorisation portée par la culture dominante, et reconduit la supériorité de l'éthos dit "masculin". D'un autre côté, les mettre en avant et les revendiquer risque de renforcer les catégories binaires du genre ré-assignant les femmes à des positions traditionnellement féminines. Puisqu'elles donnent un contenu normatif à la catégorie "femme", ces réassignations peuvent exclure celles qui ne se reconnaissent pas dans les normes du "féminin" : les femmes qui ne veulent pas d'enfants, celles qui aiment les femmes, et toutes celles qui ne se retrouvent pas dans les canons de la féminité blanche. Comment, dès lors, constituer des subjectivités politiques collectives ? 

Lire l'appel à communications (PDF, 464Ko)

Les propositions de communication doivent-être envoyées à reappropriations2020@sciencespo.fr avant le 15 février 2020.

Organisation : Lila Braunschweig, Camille Collin, Mathilde Duclos et Léna Silberzahn

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Lutter contre la précarité menstruelle

Rita Sekkat nous présente son association
  • Rita Sekkat présente son projet © Rita Sekkat/HAPPIHRita Sekkat présente son projet © Rita Sekkat/HAPPIH
  • Les serviettes hygiéniques distribuées en 2019 par HAPPIH © Rita Sekkat/HAPPIHLes serviettes hygiéniques distribuées en 2019 par HAPPIH © Rita Sekkat/HAPPIH

Rita Sekkat est étudiante à l’École d’affaires publiques de Sciences Po. Avec quatre étudiants de Sciences Po et d’autres venus de différents horizons, elle s’engage contre la précarité menstruelle en Europe et en Afrique dans le cadre de son association : HAPPIH, Humanitarian Action for Protection and Preservation of Intimate Hygiene.

Pourquoi vous êtes-vous engagée contre la précarité menstruelle ?

La précarité menstruelle est le manque d'accès, par manque de moyens matériels, à des protections hygiéniques en nombre suffisant pour avoir une hygiène décente. Le projet HAPPIH est né en 2016 : j’étais étudiante au Collège Universitaire de Sciences Po sur le campus de Menton et avec quatre amis, Charles Culioli, Walid Ben Hamadi, Moez Rais et Denizalp Goktas, nous avons décidé de participer au Challenge Solidaire organisé par la Coopération internationale de Monaco.

Après avoir vu une campagne similaire en Tunisie et en parlant avec des acteurs locaux, nous nous sommes rendu compte que dans les ruralités marocaines les jeunes femmes n’avaient pas accès à des serviettes hygiéniques et que c’était un facteur de déscolarisation et d’absentéisme à l’école. L’idée est partie de là. On a monté un projet et obtenu le deuxième prix : nous sommes donc partis sur-place en décembre 2017. On a organisé des ateliers de sensibilisation dans deux internats différents, pour 150 filles âgées de 10 à 18 ans. Nous étions avec des infirmières qui expliquaient le côté médical de l’hygiène menstruelle. Les jeunes filles avaient beaucoup d’idées reçues, donc on a essayé de déconstruire le tabou qui entourait les règles et toutes les idées fausses - certaines pensaient par exemple que si elles se lavaient durant leurs règles elles ne pourraient pas avoir d’enfant. On leur a aussi distribué des serviettes lavables et biodégradables que nous avions fait produire dans une petite entreprise marocaine avec du coton bio : chaque jeune fille a reçu un kit de 6 serviettes.

QuelLEs ont été les réactions de ces jeunes filles ?

Après le projet nous avons organisé un groupe de suivi pour avoir leurs retours, pour savoir si nos interventions les avaient vraiment intéressées, et si ça leur avaient vraiment servi. Et le retour a été très positif !

Comme nous les avions conçues nous-mêmes, les serviettes hygiéniques distribuées avaient quelques défauts de fabrication mais globalement les jeunes filles ont beaucoup utilisé notre produit. Elles nous ont dit que c’était une alternative viable parce qu’elles utilisaient en général des torchons ou aucune protection ; et du coup elles n’allaient pas à l’école à cause de la stigmatisation et des moqueries liées aux tâches de sang. Le problème c’est qu’elles ne peuvent pas loger à l’internat si elles ne vont pas en cours ; donc elles retournent chez elles, loin - souvent elles habitent dans les montagnes, dans des endroits très reculés - et parfois au lieu de s’absenter une semaine, elles s’absentent plusieurs mois. C’était une cause majeure de décrochage scolaire. Avec nos serviettes elles rataient moins les cours voire plus du tout ! Elles nous ont aussi dit qu’elles avaient une meilleure connaissance du sujet, et qu’elles en avaient parlé à leurs proches, leurs copines, leurs familles, etc.

Vous êtes actuellement en Master à l’École d’affaires publiques. Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques ?

Ce qui m’avait frappée lors de ce projet au Maroc c’était que les jeunes femmes que l’on rencontrait étaient vraiment pleines d’ambition : elles voulaient toutes devenir médecin, professeure ou avocate, et certaines avaient un niveau de français et d’anglais incroyables. Mais en réalité la plupart finissaient mariées à 18 ans ou femmes de ménage.

Elles nous expliquaient que dans leur société, lorsqu’une femme a ses règles pour la première fois, cela veut dire qu’elle est pubère, prête à avoir des enfants. Et il y avait aussi ce souci de décrochage scolaire lié aux règles. Le tout faisait qu’elles abandonnaient leurs rêves à cause de leurs règles. Un phénomène biologique et naturel les conditionnait socialement, les empêchait de faire porter leur voix.

C’est à ce moment là que je me suis dit que j’avais envie d’agir pour la défense des droits des femmes, mais je sentais qu’il me manquait quelque chose : je n’avais pas d’arguments d’autorité. Le Certificat m’a apporté une certaine maturité. De nos jours tout le monde se dit un peu féministe sans avoir un discours vraiment construit et appuyé. Il m’est arrivé de ne pas savoir répondre à certains arguments ; et le Certificat m’a justement apporté du répondant. On a eu la chance de rencontrer des personnes avec des backgrounds très différents, parfois contradictoires, mais ça n’a fait qu’enrichir la réflexion. Le Certificat m’a permis de me construire dans cette lutte féministe, de m’y retrouver et d’établir un discours cohérent.

Je ne m’identifiais pas forcément en tant que féministe avant d’intégrer le Certificat Égalité, et puis je me suis rendue compte tout au long de la formation qu’il n’y avait pas qu’un seul type de féminisme mais plusieurs. Et que quand on lutte pour les droits des femmes et pour leur émancipation, chacun peut y donner le sens qu’il veut. Donc maintenant je n’ai aucun problème à m’identifier comme féministe parce que j’en ai trouvé ma propre définition.

Quel est votre féminisme ?

Pour moi être féministe c'est porter la femme dans la société, lui permettre d'avoir les mêmes chances qu'un homme de faire porter sa voix, de réussir et de s'émanciper. De faire en sorte qu’aucune force, quelle qu’elle soit, ne puisse l’opprimer dans sa condition et dans son corps : parce que finalement on ne dit jamais aux hommes ce qui est tabou, on ne leur dit jamais comment s’habiller, on ne leur dit jamais ce qu’ils doivent faire. En rencontrant toutes ces jeunes filles je me suis rendue compte qu’elles avaient plein d’ambition mais qu’elles n’avaient quasiment aucune chance de les réaliser - juste parce qu’elles étaient nées femmes.

Quels sont vos projets pour le futur ?

HAPPIH est un projet qui me tient énormément à cœur, donc je vais continuer à m’investir dans l’association aux côtés de Mariyem, Maha, Cassandra et des autres fondateurs. Nous avons l’ambition de devenir la première association de lutte contre la précarité menstruelle en Europe et en Afrique. L’été prochain on s’établira au Gabon et au Sénégal, et en 2021 au Kenya. On va continuer dans cette dynamique. D’ailleurs en ce moment nous organisons un appel aux dons via une campagne de fundraising sur les réseaux sociaux.

Et côté professionnel je pense commencer par travailler dans le conseil dans un premier temps, mais à terme je souhaiterais faire de la politique et m’engager pour les droits des femmes. Contribuer à établir des politiques publiques en faveur de l'égalité femmes-hommes est quelque chose qui me tient énormément à coeur.

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Féminisme et philosophie

Nouvel ouvrage de Geneviève Fraisse
  • Détail de la couverture du nouvel ouvrage ©FolioDétail de la couverture du nouvel ouvrage ©Folio

Le 9 janvier 2020, la philosophe de la pensée féministe, Geneviève Fraisse, publiera un nouveau recueil intitulé Féminisme et philosophie. Ce livre se compose de textes divers publiés, pour la plupart, depuis le début des
années 2010, dans des journaux, ouvrages, blogs... Il rend compte du déploiement d’une pensée. Au fil des textes, les concepts et notions développés, qui se croisent et se recroisent selon différents éclairages, offrent un
corpus radical dans lequel lecteurs et lectrices pourront déambuler.

Féminisme et philosophie

Sartre écrit, dans Plaidoyer pour les intellectuels, que l’intellectuel est celui qui se mêle de ce qui ne le regarde pas, quand Beauvoir – à l’évidence – se mêle de ce qui la regarde, dans ses livres Le Deuxième Sexe, La Vieillesse. La question sexe/genre s’impose désormais comme problème théorique, mais l’objet de pensée échappe encore à la sérénité académique, comme à la légitimité scientifique.

L’étudiante Geneviève Fraisse a compris que la philosophie était le bastion le plus solide, parce que le plus symbolique, de la prérogative masculine. Alors il fallait chercher les mots possibles de l’émancipation féministe, de la démocratie exclusive au consentement par exemple, pour leur donner une consistance conceptuelle et les colporter sur les chemins de l’universel. L’histoire est un bon matériau, les textes anciens comme l’actualité récente, voire les événements tel Metoo. Car il faut s’introduire dans la tradition pour mieux la subvertir.

Geneviève Fraisse

Philosophe de la pensée féministe, directrice de recherche émérite au CNRS, Geneviève Fraisse a publié de nombreux ouvrages sur la pensée féministe. Cofondatrice de la revue Les Révoltes logiques avec Jacques Rancière en 1975, puis co-directrice du quatrième volume de L'Histoire des femmes en Occident (le XIXe siècle) avec Michelle Perrot en 1991, elle a ensuite été déléguée interministérielle aux Droits des femmes auprès du Premier ministre et députée européenne entre 1997 et 2004. Elle a initié le cours Pensée des sexes et démocratie au sein de PRESAGE. Écoutez ces “cours-conférences”, téléchargeables en podcast.

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Les droits LGBT+ dans le régime d'asile européen commun

Portrait de thèse, avec Amandine Le Bellec
  • Actualité Sciences PoActualité Sciences Po

Après un master à l’École des affaires internationales de Sciences Po, Amandine Le Bellec a choisi de poursuivre ses études en thèse au Centre de recherches politiques de Sciences Po et à l’Université de Trente, en Italie. Dans ses travaux, elle cherche à comprendre comment les catégories de genre et de sexualités sont apparues et se sont développées dans le régime d’asile européen. Elle nous présente son parcours et ses recherches.

Comment vous êtes-vous familiarisée avec les études de genre ?

J’ai suivi le programme de Bachelor à Poitiers, sur le campus euro-latino-américain et c’est à cette période que j’ai commencé à m’intéresser, d’un point de vue personnel, au féminisme et aux questions LGBT+. À l’époque on ne pouvait suivre qu’un seul cours en études de genre – très bon par ailleurs – sur ce campus, alors j’ai commencé à lire de mon côté. Peu après, je suis partie étudier un an en Australie, à l’Université de Sydney. Là bas j’ai exclusivement suivi des cours en études de genre et sur les sexualités. C’était vraiment passionnant et ça m’a confortée dans l’envie de continuer.

Lorsque je suis revenue à Sciences Po, j’ai choisi le Master Human Rights and Humanitarian Action à l’École des affaires internationales. J’ai rédigé beaucoup de papers sur l’accès au droit d’asile pour les personnes qui sont persécutées parce que LGBT+ — LGBT+ est un terme qui peut être questionné en tant que tel, mais c’est comme ça que sont perçus ces demandeurs d’asile dans les systèmes européens. J’ai aussi suivi le cours de formation commune et le séminaire Genre et recherche de Réjane Sénac.

Tout cela m’a amenée à continuer en thèse à la School of International Studies de l’Université de Trente en Italie, en co-tutelle avec le Centre d’études politiques de Sciences Po.

Vous travaillez sur le droit d’asile européen pour les personnes LGBT+. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ma thèse s’intitule LGBT Rights as a “European value”: Politics of Sexuality of the Common European Asylum System. Je travaille sur le développement des catégories de genre et de sexualités dans le régime d’asile européen commun. Ce régime est l’instrument européen qui est censé réguler les pratiques des États membres, il permet de donner le statut de réfugié aux personnes LGBT+ qui ont été persécutées dans leur pays d’origine.
Au départ, les questions de genre et de sexualités n’étaient pas intégrées dans les conventions internationales du droit d’asile, c’est donc une protection qui est de l’ordre de la jurisprudence, qui s’est développée progressivement.
L’objectif de ma thèse c’est d’étudier comment ce droit s’est développé, pourquoi, et ce que cela veut dire.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?

Ce qui est très intéressant avec le droit d’asile pour les demandeurs d’asile LGBT+, c’est que bien qu’il s’agisse d’une catégorie assez marginale numériquement parlant, elle est de plus en plus médiatisée. Il y a également de nombreuses recherches en cours sur le sujet. Il s’agit souvent d’études comparatives, entre plusieurs pays, ou d’ordre sociologique, qui se concentrent sur un pays ou un système d’asile particulier.

Mon idée était plutôt d’aller étudier le niveau de la Communauté européenne. L’obligation pour les États d’accorder le statut de réfugié aux personnes LGBT+ est inscrite dans les directives, mais celles-ci — pourtant si importantes au niveau du droit européen — n’ont été que très peu étudiées.

Dans ma thèse je cherche donc à savoir comment le droit d’asile pour les réfugiés LGBT+ s’est développé. Le processus a commencé dans les années 90 ainsi qu’au début des années 2000 : l’idée que l’homosexualité ou l’identité de genre pouvaient mener à une protection émergeait au sein de certains pays et du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés; mais ça n’était pas encore quelque chose de forcément répandu ou consensuel. Au niveau européen cette protection a été consolidé en 2011, et en ce moment on se demande ce qu’il va devenir, car la crise migratoire a changé pas mal de choses...

En fait on a aucune idée de comment ce processus s’est déroulé, et moi je trouve important d’en comprendre les tenants et aboutissants, en cela qu’ils sont révélateurs de dynamiques européennes et sociales plus générales.

Votre thèse est co-dirigée par Carlo Ruzza à l’Université de Trente, en Italie, et par Réjane Sénac au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Que vous apporte CETTE DOUBLE-perspective ?

Ce sont deux visions complètement différentes ! Les traditions de recherche, les “grandes références” ne sont pas les mêmes. En arrivant à Trente j’ai découvert la littérature italienne, je trouve que c’est très enrichissant.
Évidemment, il y a des défis - il faut apprendre à faire dialoguer deux cultures, deux environnements de recherche, faire en sorte que ça soit un enrichissement mutuel et non une source de tensions.

Dans l’ensemble je trouve que c’est une expérience positive. Cela me permet aussi d’observer deux contextes politiques. Je suis arrivée en Italie au moment des élections régionales dans le Trentino-Alto Adige, une région autonome à statut spécial en Italie. Un politicien de la Ligue du Nord venait d’être élu président régional ; et ça m’a donné une vision assez concrète, vécue, des atteintes qui peuvent être portées aux études de genre ou à l’idée d’égalité femmes-hommes dans ce type de contexte.

Pourquoi avez vous choisi de poursuivre en thèse ?

Je pense que j’avais envie de prendre du recul. Je ne sais pas si après ma thèse je continuerai dans la recherche ou pas ; j’aimerais bien, mais il y a plein d’autres options.

Pour moi c’était important de faire une thèse parce que ça permet de réfléchir, de faire ce pas de côté qui permet d’avoir un regard analytique sur le monde, de véritables clés de compréhension. C’est aussi utile dans la vie de tous les jours : on entend souvent des propos anti-immigration ou homophobes; mes travaux de recherche me permettent d’avoir des outils, des points d’argumentation qui permettent d’aborder la chose de façon plus profonde. Pour moi c’est vraiment ça la thèse : mieux comprendre ce qu’il se passe, et mieux le partager avec les autres.

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Comprendre les actions des jeunes féministes en Afrique de l’Ouest

Carolin, Inaïssa et Sofietou nous racontent leur projet collectif
  • Carolin, Inaissa et Sofietou nous racontent © Sciences PoCarolin, Inaissa et Sofietou nous racontent © Sciences Po

Pendant l’année universitaire 2019-2020, cinq étudiantes de Master 1 réalisent un projet de recherche-action pour l’ONG Équilibres et Populations. Carolin, Chloé, Hannah, Inaïssa et Sofietou sont chargées de rédiger un rapport sur les actions collectives portées par des jeunes activistes féministes dans trois pays d'Afrique de l'Ouest : la Guinée, la Côte d'Ivoire et le Sénégal. Elles racontent.

Pourquoi avez-vous choisi de vous engager dans ce projet collectif ?

Carolin : Je trouvais que les projets collectifs étaient une belle opportunité de pouvoir allier théorie et expérience pratique. C’est aussi l’occasion de se mélanger avec des étudiants d’autres promotions et avec des acteurs professionnels. J’ai choisi ce projet sur les jeunes activistes d’Afrique de l’Ouest car il rentrait dans mes domaines d’intérêt : l’économie du développement, l’éducation, l’empowerment des femmes. C’est ce qui m’a attirée.

Inaïssa : Moi je suis en Master de recherche en science politique à l’École doctorale, j’ai donc beaucoup d’enseignements théoriques, mais je ne touche pas forcément à l’aspect pratique, aux études de terrain. Donc ce projet me permet de développer cela et me donne aussi des nouvelles compétences en gestion de projet.

Ce projet m’intéressait particulièrement parce qu’avant d’arriver à Sciences Po j’avais fait une licence en anthropologie où je m’étais beaucoup intéressée à la question de la migration des femmes ouest-africaines, donc au travers de ce projet collectif j’ai trouvé un moyen de poursuivre ces réflexions et d’y intégrer une perspective de genre.

Sofietou : Je vous rejoins toutes les deux. De mon côté j'ai fait ma licence à Sciences Po dans le programme Europe-Afrique. Donc j'ai reçu des enseignements assez théoriques sur l'Afrique en général et l'Afrique sub-saharienne en particulier. J’ai choisi ce projet justement pour avoir une approche pratique sur le sujet et expérimenter la gestion de projet. Et étant Sénégalaise j’ai tout de suite accroché avec le sujet de recherche. J’ai beaucoup été en contact avec des féministes au Sénégal et ça m’a paru intéressant de mener une recherche sur leurs actions collectives.

Vous allez rédiger un rapport sur les actions collectives menées par des jeunes féministes EN AFRIQUE FRANCOPHONE. Pourquoi mener des recherches sur ce sujet ?

Inaïssa : Je trouve que l’on voit beaucoup les actions de féministes à l’international, par exemple en Europe ou en Amérique, mais aussi ces dernières années les actions féministes de femmes d’Afrique anglophone. Mais j’ai l’impression que pour l’Afrique francophone c’est parfois plus compliqué, les actions sont moins visibles. Donc je trouve que c’est intéressant de travailler sur ce sujet pour le rendre visible et pour “amplifier” les dynamiques qui existent mais qui n’ont pas de visibilité au niveau international.

Carolin : Je pense aussi que l'aspect socio-économique est important. Il faut rendre visibles les actions de ces femmes pour qu’elles aient un impact. L’idée de ce rapport c’est d’informer Equipop sur comment ils peuvent mieux soutenir les activistes rencontrées sur-place. Nous allons les aider à identifier des leviers d’action.

Inaïssa : Et l’objectif est de faire un rapport qui puisse être aussi utile pour les féministes elles-mêmes sur le terrain. Lorsque l’on se mobilise sur le terrain, qu’on est dans l’action, on n’a pas forcément une vision d’ensemble. On espère que notre rapport leur sera utile dans leurs démarches de compréhension et de publicité.

Sofietou : Et notre travail sera aussi peut-être utile aussi à des potentiels groupes féministes qui voudraient se développer.

Carolin : Oui c’est ça, cela pourrait permettre de créer un réseau, créer des liens entre ces jeunes féministes.

Comment avance le projet depuis le mois de septembre ?

Carolin : Le projet a commencé petit à petit avec des réunions de rencontre, puis des réunions de travail. On vient de produire un draft de notre revue littéraire qui informe sur les contextes socio-économique et politique et sur les droits des féministes dans les trois pays : la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Inaïssa : Ensuite, on fera une revue documentaire et une cartographie des mouvements féministes au mois de décembre. On a déjà mis en place un questionnaire pour une première série d'entretiens dématérialisés et on commence à prendre contact avec des activistes.

Carolin : Ces premiers travaux sont cruciaux parce qu’ils nous permettent d’être bien informées avant de partir sur-place et de mener nos entretiens.

Que dit votre revue littéraire sur ces trois pays ?

Sofietou : Nous avons remarqué que malgré le fait que la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Sénégal soient des pays frontaliers ils ont des tendances assez différentes, voire opposées parfois.

Inaïssa : Oui parfois on fond tout dans le même ensemble : l'Afrique de l'Ouest. Et là c'est intéressant de voir comment les différents pays ont effectivement suivi des lignes assez différentes, même si on observe dans chacun des formes d’avant et d’après colonisation.

Carolin : Et connaître ces différences est très important pour les entretiens que nous mènerons sur le terrain en janvier parce qu’on va pouvoir préparer des questions vraiment spécifiques à chaque pays.

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Sur le projet collectif avec Equipop réalisé dans le cadre du programme Women Forward International

L'art des plasticiennes colombiennes dans une période de transition

Adriana Peña Mejía soutient sa thèse
  • Feliza Bursztyn. Histérica, 1968. (CC BY-NC-SA 2.0) Feliza Bursztyn. Histérica, 1968. (CC BY-NC-SA 2.0)

Adriana Peña Mejía, doctorante au Centre d'histoire de Sciences Po, soutiendra sa thèse intitulée "Identités et circulations plurielles : l’art des plasticiennes colombiennes dans une période de transition (1958-1977)" le 10 décembre 2019.

La Colombie initie sa transition démocratique au cours de la période du Front national (1958-1974), qui voit le Parti libéral et le Parti conservateur sceller un accord de cogestion du pays. Cette alliance est avalisée par la mise en place du suffrage féminin et l’adoption d’un projet modernisateur visant à sortir le pays de la pauvreté. Ce contexte favorise l’internationalisation de l’art colombien, ainsi que la visibilité et la circulation des travaux de femmes artistes. La période 1958-1977 est un tournant : les femmes entrent alors massivement dans l’enseignement supérieur et sur le marché du travail, tandis qu’émergent des groupes guérilleros, et que s’abat la répression du gouvernement. Ainsi, si le statut des femmes s’améliore, il est toutefois également mis à mal par cette conjoncture politique. Comprendre la manière dont les processus de transition politique et de modernisation sociale ont stimulé l’intégration des femmes au monde de l’art colombien : tel est l’objectif de cette étude. En se fondant sur un travail d’archives et des entretiens inédits avec des actrices du monde de l’art, cette thèse veut prouver que les femmes ont contribué à la modernisation culturelle de la Colombie en innovant sur le plan artistique, en promouvant l’artisanat, en réinvestissant l’espace privé, et en se réappropriant le corps féminin. La quête de modernité artistique recouvre la quête identitaire des créatrices. Les voyages sont des moyens de nourrir leur recherche. Privilégiant une méthode interdisciplinaire et comparative, la thèse propose ainsi une analyse de la construction genrée de l’art colombien dans une période déterminante de transition politique et sociale du pays.

La soutenance publique aura lieu à 8h30 au 199 boulevard Saint‑Germain, Paris.

Jury : Laurence BERTRAND DORLEAC (Directrice de recherche), Edward SULLIVAN (Rapporteur), Elvan ZABUNYAN, Giovanna ZAPPERI (Rapporteur).

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Les thèses sur les questions de genre à Sciences Po

PRESAGE a 10 ans !

Un cycle de conférences exceptionnel est organisé pour célébrer cet anniversaire
  • ©Sciences Po©Sciences Po

En 2020, le Programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po célèbre ses 10 ans autour d'un cycle de conférences exceptionnel. L'inscription est obligatoire pour chacune des conférences.

27 janvier 2020 · Who cares for the children? Gender and Transnational Families.

Talk by Rhacel Salazar Parreñas, Professor of Sociology and Gender Studies at University of Southern California.

Rhacel Parreñas will address the question of how gender constitutes and is constituted in transnational households. It draws from a two year ethnographic study on children raised from a distance in the Philippines by migrant parents across the diaspora. While the talk empirically establishes the continued relegation of housework and childcare to women, including in the household of migrant mothers, it also engages the implications of such a finding to feminist theory. It explains the stalled gender revolution in the formation of transnational households with migrant mothers and establishes the significance of examining gender from a relational and not solely an identity perspective.

Discussion: Hélène Le Bail and Hélène Thiollet, researchers CNRS at Sciences Po's Center for International Studies (CERI).

26 février 2020 · Halving it all: How couples around the world create equality at home.

Talk by Francine Deutsch, Professor Emeritus of Psychology and Education at Mount Holyoke College.

In her research, social psychologist Francine Deutsch studies the stories of couples around the world whose everyday decisions about sharing the housework and childcare - from who cooks the food, washes the dishes, and helps with homework, to who cuts back on paid work - all add up to a gender revolution. From North and South America to Europe, Asia, and Australia, these couples tell a story of similarity despite vast cultural differences. By rejecting the prescription that men's identities are determined by paid work and women's by motherhood, the couples show that men can put family first and are as capable of nurturing as women, and that women can pursue careers as seriously as their husbands do - bringing profound rewards for men, women, marriage, and children. Working couples with children will discover that equality is possible and exists right now.

Discussion: Marta Dominguez Folgueras, Associate Professor in Sociology at OSC-Sciences Po, Director of the Sciences Po Sociology Department.

La conférence débutera à 17h. Inscription obligatoire.

9 mars 2020 · The role of the right to equality in the context of economic inequalities.

Talk by Sandra Fredman, Rhodes Professor of the Laws of the British Commonwealth and the USA at Oxford University.

In many jurisdictions, a sharp divide is drawn between economic inequality and ‘status-based’ inequalities, or inequalities due to gender or race. Economic inequalities are generally regarded as a matter of social policy, to be dealt with through the political system. Status-based inequalities, by contrast, have been constructed in terms of legal rights, such as the constitutional right to equality or anti-discrimination laws, enforced through courts. These boundaries have always disguised the extent of interaction between the two spheres. But three recent developments have put these demarcations under particular strain.

Sandra Fredman argues that it is no longer tenable to keep the two spheres separate. Policies aimed at addressing economic inequalities without considering the implications for status-based inequality can reinforce the latter. By contrast, anti-discrimination laws aimed at status inequalities can be ineffective if not allied with policies aimed at economic inequality.

Discussion: Marie Mercat-Bruns, Affiliated Professor at Sciences Po Law School.

La conférence débutera à 17h. Les inscriptions ne sont pas encore ouvertes.

25 mars 2020 · The rise and decline of patriarchal systems.

Talk by Nancy Folbre, Director of the Program on Gender and Care Work at the Political Economy Research Institute of University of Massachusetts Amherst.

Why is gender inequality so pervasive? In her latest work, the MacArthur Award-winning economist Nancy Folbre, builds on a critique and reformulation of Marxian political economy to answer this defining question of feminist political economy. Drawing on a large body of scientific research, including neoclassical economics, sociology, psychology, and evolutionary biology she examines the contradictory effects of capitalist development, explains why care work is generally unrewarded in a market economy and explores intersecting inequalities based on class, gender, age, race/ethnicity, and citizenship, and their implications for political coalitions.

Discussion: Hélène Périvier, senior economist OFCE-Sciences Po, Director of Sciences Po's Gender Studies Programme.

La conférence débutera à 17h. Les inscriptions ne sont pas encore ouvertes.

15 avril 2020 · Where the wild things are: Destitution, Dereliction and Dispossession.

Talk by Jack Halberstam, Professor of English and Gender Studies at Columbia University.

For so long we have proposed considering the politics of this or the politics of that – the politics of transgender, the politics of sex, the politics of performance, the politics of resistance – what if politics itself, as a concept and a framework is not the solution but the problem. In other words, what if this need to legitimate everything via the political as we currently understand politics (activities associated with governance) is part of the problem in that it leads to certain kinds of projects and it disallows others – the propulsive projects that engage making, doing, being, building, becoming, knowing, declaring, proposing, dealing, moving and so on.

Discussion: Elissa Mailänder, Associate Professor in History at the Center for History at Sciences Po, with Sciences Po Undergraduate students: Hicham Touili-Idrissi, Carla Van Langen and Lucas Vaz Dos Anjos.

La conférence débutera à 17h. Les inscriptions ne sont pas encore ouvertes.

12 mai 2020 · Féminisme pour les 99%.

Talk by Nancy Fraser, Henry A. and Louise Loeb Professor of Political and Social Science and professor of philosophy at The New School in New York City. [Event held in French]

La nouvelle vague d'activisme féministe renoue avec l'exigence de l'impossible, demandant à la fois le pain et les roses : le pain que des décennies de néolibéralisme ont retiré de nos tables, mais également la beauté qui nourrit nos esprits par l'exaltation de la révolte."  - Féminisme pour les 99%, par C. Arruzza, T. Bhattacharya et N. Fraser (La Découverte, 2019)

Quel féminisme pour le XXIème siècle ? Nancy Fraser défend un féminisme pour les 99%. Un mouvement qui articulerait féminisme, lutte des classes et lutte contre le racisme, qui mettrait en avant les préoccupations de toutes les femmes, quelle que soit leur situation.
Elle dialoguera avec Réjane Sénac, directrice de recherche CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), autrice en particulier de L'égalité sans condition (Rue de l'échiquier, 2019).

Les inscriptions ne sont pas encore ouvertes.

19 mai 2020 · Penser le féminisme.

Philosophe de la pensée féministe, Geneviève Fraisse s’intéresse à la provenance de l’égalité des sexes : quel moment de l’histoire la rend possible ou impossible ? Colporteuse d’idées, elle veut élaborer les problèmes et découvrir les concepts, construire un champ d’intelligibilité, trouver des repères.

La conférence sera introduite par Hélène Périvier et Françoise Milewski, fondatrices du Programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po.

Les inscriptions ne sont pas encore ouvertes.

 

Virginia Woolf, les femmes et la littérature

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  • Virginia Woolf assise sur un fauteil à Monk's House - domaine publicVirginia Woolf assise sur un fauteil à Monk's House - domaine public

Neuvième femme à entrer dans La Pléiade, Virginia Woolf est connue pour ses écrits féministes et modernistes, mêlant écriture romanesque, poétique et pamphlétaire.

Le Centre d'écriture et de rhétorique et le Programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po ont proposé, en novembre 2019, une discussion autour de son œuvre avec Anne Besnault, maître de conférences à l'Université de Rouen et vice-Présidente de la Société d’Études Woolfiennes, et Marie Darrieussecq, titulaire de la Chaire d'écrivain en résidence de Sciences Po et traductrice d'Un Lieu à soi [A Room of One's Own] aux éditions Denoël.

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Écrire, traduire : Virginia Woolf, les femmes et la littérature

ll y a 90 ans, en mars 1929, Virginia Woolf publiait dans une revue américaine Women and Fiction, le premier manuscrit de son célèbre essai féministe A Room of One's Own dans lequel elle détaille les conditions d'accès à l'écriture : "une femme doit avoir de l'argent et un lieu à elle si elle veut écrire de la fiction." C'est Clara Malraux qui traduit Une chambre à soi en français pour la première fois en 1951. Marie Darrieussecq propose une nouvelle traduction, et donc une nouvelle lecture, de cet essai en 2016 qu'elle intitule Un lieu à soi, car, explique-t-elle : "ce n'est pas une bedroom, mais une room of one's own ; pas une chambre à soi, mais une pièce, un endroit, un lieu à soi”.

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"Il faut repenser la façon dont nous établissons des relations avec les autres"

Lena et Lucie nous présentent l’association étudiante Volar
  • Des étudiantes et étudiants membres de l'association Volar ©Volar / Sciences PoDes étudiantes et étudiants membres de l'association Volar ©Volar / Sciences Po

Vous êtes co-présidentes de Volar, l'association féministe et LGBTQI du campus de Poitiers. Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre cette association ?

Lucie : J’ai eu la chance pendant mon adolescence d’être entourée de personnes très féministes qui m’ont éveillée à ce sujet. Puis, au fil de lectures et de rencontres, j’ai pris conscience de l’ampleur et du caractère systémique des discriminations de genre. Les questions queer sont venues plus récemment. Il est absolument inacceptable pour moi que des êtres humains puissent être discriminés en raison de leur sexe, identité de genre, orientation sexuelle, race, religion, classe sociale, ou handicap...

Lena : De mon côté j’ai toujours été très sensible aux questions féministes : petite, je ne comprenais pas pourquoi on voulait m’interdir certaines choses simplement parce que j’étais née femme, et je ne tolérais pas que l’on veuille mettre des personnes dans des cases discriminatoires de par leur sexe, orientation sexuelle, origine... C’est lorsque je suis arrivée à Sciences Po que mes convictions ont pris une tournure militante.

Au moment de rejoindre Volar, je n’envisageais cette association que comme un lieu de débat, et un moyen pour en apprendre plus sur les luttes LGBT+, cause qui me tenait à coeur mais que je connaissais mal. Volar a finalement été bien plus que ça. C’est un espace qui m’a vu grandir et remettre en question mes conceptions du monde. C’est un groupe de personnes qui, de par sa diversité et sa tolérance, a élargi mes horizons et m’a poussé à me questionner. Mes paroles indignées sont devenues des actions concrètes. Grâce à Volar, j’ai énormément appris et je me suis sentie utile : je sais maintenant que mon action individuelle peut avoir un effet et que je ne dois jamais cesser de lutter.

Lucie : Intégrer Volar m’a permis de trouver l’espace de militantisme et de lutte que je recherchais, mais j’ai aussi trouvé un lieu de bienveillance et d’écoute. C’est aussi un lieu de débat, car il y a différentes mouvances au sein de l’association. L’intersectionnalité est essentielle à mes yeux : je crois en la possibilité, peut-être utopique, d’un autre système, d’une société égalitaire, libérée de toutes formes d’oppressions.

Vous organisez une table-ronde sur le thème de l'écoféminisme. Pourquoi avoir choisi cette thématique ?

Lucie : Je suis très sensible à l’écologie. Il me semble que les inégalités sociales, et notamment de genre et de race, sont liées à notre perception de la nature, et renforcées par le changement climatique. La façon dont les humains traitent et maltraitent la nature, est similaire et liée à la façon dont le système maltraite toute une partie de l’humanité. L’écoféminisme, dans sa diversité, pourrait être une solution face aux enjeux climatiques et sociaux actuels, proposant de changer notre rapport au monde et à l’autre, en traitant autrui, humain ou nature, avec dignité et respect.

Lena : Aujourd'hui nous concevons le monde comme un environnement bipolaire, avec des dominants et des dominés. Ces rapports de domination sont visibles dans nos sociétés mais cette conception du monde se reflète encore plus dans notre relation à la nature, que nous exploitons jusqu’à l’extinction sans rien donner en retour. Il faut donc repenser la façon dont nous établissons des relations avec les autres : le respect de la dignité de chaque être humain débouchera sur le respect du monde qui nous entoure. Selon moi, cette culture du respect commence avec l’écoféminisme mais ne s’arrête pas là : plus qu’une solution écoféministe, il nous faut une solution écosociale.

Quels sont vos projets pour la suite de l’année universitaire ?

Lena : Nos projets se déclinent sous deux formes: action et sensibilisation. Nous avons prévu plusieurs autres conférences ; une conférence sur l’histoire des mouvements LGBTI+, et une conférence sur les féminismes décoloniaux. Nous souhaitons également intervenir dans des écoles pour sensibiliser à la lutte contre les discriminations.

Et notre évènement annuel majeur, la Queer Week, aura lieu à Poitiers la semaine du 16 mars 2020. Il s’agit d’une semaine de conférences, d’ateliers, de débats, d’expositions, de projections de films en lien avec les questions queer. L’an passé, nous avions mis à l’honneur l’histoire des luttes LGBTI+, à l’occasion du cinquantenaire des émeutes de Stonewall.

Lucie : Nous travaillons aussi sur des actions plus militantes : après un die-in organisé le 28 septembre pour dénoncer l’inaccessibilité voire l’interdiction de l’IVG dans le monde, nous réfléchissons à une action pour dénoncer le harcèlement de rue, les féminicides ou les meurtres transphobes.

Lena : Nous tissons également des liens avec des associations locales,comme le Centre LGBTI du Poitou ou l’association Transcendance, afin d’éventuellement co-organiser des évènements.

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Écrire, traduire : Virginia Woolf, les femmes et la littérature

Conférence le 14 novembre 2019 à Sciences Po
  • Virginia Woolf assise sur un fauteil à Monk's House - domaine publicVirginia Woolf assise sur un fauteil à Monk's House - domaine public

 "Mais il reste vrai qu’avant qu’une femme ne puisse écrire exactement comme elle le désire, elle est confrontée à un grand nombre de difficultés. Il y a pour commencer cette difficulté technique — quelque chose de très simple en apparence; mais en réalité de si déconcertant — que la forme même de la phrase ne peut lui convenir. C’est une phrase  fabriquée par les hommes; trop lâche, trop lourde, trop grandiloquente pour la plume d’une femme. Pourtant le roman, qui nous fait parcourir une si vaste étendue, nécessite que l’on trouve un type de phrase plus familier, plus ordinaire, afin d’emmener le lecteur d’un bout à l’autre du livre d’une manière souple et fluide. Et ceci, une femme doit l'inventer pour son propre compte, en transformant et en adaptant la phrase courante jusqu’ à en écrire une autre, qui prendra la forme naturelle de sa pensée sans l’écraser ou la déformer."

ll y a 90 ans, en mars 1929, Virginia Woolf publiait dans une revue américaine Women and Fiction, le premier manuscrit de son célèbre essai féministe A Room of One's Own dans lequel elle détaille les conditions d'accès à l'écriture : "une femme doit avoir de l'argent et un lieu à elle si elle veut écrire de la fiction." C'est Clara Malraux qui traduit Une chambre à soi en français pour la première fois en 1951. Marie Darrieussecq propose une nouvelle traduction, et donc une nouvelle lecture, de cet essai en 2016 qu'elle intitule Un lieu à soi, car, explique-t-elle : "ce n'est pas une bedroom, mais une room of one's own ; pas une chambre à soi, mais une pièce, un endroit, un lieu à soi”.

Neuvième femme à entrer dans La Pléiade, Virginia Woolf est connue pour ses écrits féministes et modernistes, mêlant écriture romanesque, poétique et pamphlétaire. Le Centre d'écriture et de rhétorique et le Programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po proposent une discussion autour de son œuvre avec :

  • Anne Besnault, maîtresse de conférences à l'Université de Rouen, vice-Présidente de la Société d’Études Woolfiennes
  • Marie Darrieussecq, titulaire de la Chaire d'écrivain en résidence de Sciences Po, traductrice d'Un Lieu à soi [A Room of One's Own] aux éditions Denoël

Jeudi 14 novembre 2019 à 19h15 à Sciences Po, 27 rue Saint-Guillaume, 75007 Paris.

Inscription obligatoire.

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"Le Certificat Égalité a donné du sens à ma préparation des concours administratifs"

Elsa nous présente son parcours
  • Elsa est assise sur un siège à Sciences Po ©Sciences PoElsa est assise sur un siège à Sciences Po ©Sciences Po

Elsa est étudiante à l'École d'affaires publiques de Sciences Po. Elle a rejoint le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques en 2019 et choisi d'effectuer un stage au Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes pendant son année de césure. Elle nous raconte son parcours et son engagement pour l'égalité.

Vous êtes actuellement en Master politiques publiques. Pourquoi avoir choisi de rejoindre ce programme ?

Pour plusieurs raisons. J’ai choisi le Master politiques publiques, spé Administration publique pour pousser plus loin l’échéance de faire un choix de carrière. C’est un master qui a la volonté d’étendre le choix de cours dans plusieurs matières aussi différentes les unes que les autres. Ce master a l’avantage de combiner du droit, de l’économie et de la sociologie, disciplines qui nous familiarisent avec des notions qui permettent d’avancer dans la vie. Et surtout, cela me permet de me préparer aux concours administratifs. L’année prochaine je vais commencer la PrépaConcours de Sciences Po parce que j’aimerais m’engager dans la fonction publique, dans le gouvernement si possible, pour l’égalité femmes-hommes.

Vous êtes en stage au Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, quelles sont vos missions ?

Mes missions sont très diverses. Je travaille au sein du Secrétariat général du Haut conseil, on est une petite équipe pour traiter de plein de sujets ! J’assiste la chargée de mission sur deux Commissions : la commission "Stéréotypes et rôles sociaux" et la commission "Santé, droits Sexuels et reproductifs".

En ce moment, la commission Stéréotypes se saisit du projet de loi audiovisuel qui doit être publié sous peu : ce projet va réviser la loi de 1986 qui régit le paysage audiovisuel français. En 30 ans, le paysage audiovisuel a bien évolué, notamment en termes d’inégalités femmes-hommes. Nous avons donc rédigé une vigilance égalité qui donne des clés pour amender le texte en faveur d’une meilleure représentation des femmes dans l’audiovisuel. Travailler sur un texte de loi est passionnant ! Au sein de la commission Santé nous allons travailler sur le sexisme dans la santé : comment aujourd’hui les représentations stéréotypés assignés au sexe peuvent avoir des conséquences sur la santé des femmes (mauvais diagnostic, mauvaise prise en charge) et comment la recherche médicale est aujourd’hui pensée par les hommes et pour les hommes.

Et à côté de tout cela, je m’occupe d’autres tâches transversales, comme par exemple les recommandations du Haut Conseil pour la conférence Pékin + 25.

Vous avez participé au Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques. Avez-vous observé des différences dans la façon de traiter les questions d’égalité à l’université et dans le monde du travail ?

Oui, il y a des différences. Les choses vont moins vite dans le monde du travail : quand on est à l’université et qu’on étudie tous les problèmes liés aux inégalités femmes-hommes, on pense que quelques petites solutions suffiraient à résoudre le problème… et bien non ! Dans le monde du travail on se rend compte qu’il y a dix mille obstacles, notamment liés au poids de la hiérarchie. Même si je m’occupe d’une tâche en particulier, je ne peux pas la faire remonter aussi directement que je le voudrais. Et je comprends un peu mieux pourquoi les projets de loi, les amendements ... tout prend du temps en fait, c’est très procédurier.

D’un autre côté, le travail qu’on accomplit au Haut conseil aboutit à des propositions concrètes. Alors que dans mes études, mon engagement féministe est théorique et sa portée est plus limitée, travailler dans une instance féministe me permet d’apprécier les avancées dans le domaine. Être saisie de problématiques actuelles - les stéréotypes véhiculés par la téléréalité, la précarité menstruelle, la représentation et le rôle des femmes dans le paysage audiovisuel français, etc., faire des recommandations à la Ministre et produire des rapports chiffrés est très encourageant !

Et aussi ce qui est différent – et c’est sûrement lié à mon stage - c’est que dans le monde professionnel tout est très politique : on ne peut pas se permettre de tout dire, on ne peut pas se permettre de parler de tous les sujets à n’importe qui. Le HCE est composé d’environ 70 membres et le travail s’organise en commission. En tant que stagiaire, on n’est pas forcément d’accord avec toutes et tous les membres mais il faut garder certaines de ses réflexions pour soi et respecter les avis du HCE. À l’inverse, à l’université on nous donne la parole : dans le cours du Certificat Égalité femmes-hommes on pouvait exprimer ce qu’on voulait. On préparait des questions – un peu polémiques parfois – pour les intervenantes et ça on ne peut pas se permettre de le faire au travail.

Quels sont vos projets pour le futur ?

Le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques m’a donné envie de travailler pour l’égalité femmes-hommes. Ce programme a vraiment donné du sens à la direction que je veux donner à mes études. J’ai toujours voulu travailler pour une cause sociale. Le Certificat Égalité a donné du sens à ma préparation des concours administratifs, aux cours que je suis à Sciences Po, au stage que je fais. Il m’a ouvert énormément de portes : en plus d’acquérir de nouvelles connaissances sur l’égalité entre les femmes et les hommes, j’ai compris comment les choses fonctionnaient. On a rencontré des professionnelles, des personnes qui étaient vraiment investies dans la cause et qui venaient nous expliquer comment elles avaient construit leur carrière.

Plus tard je sais que je veux agir pour l’égalité professionnelle. Je pense que le travail est quelque chose d’universel, ça ne peut pas se revendiquer de l’Occident ou du white feminism. Et du travail découlent tellement d’autres problématiques : le sexisme, le harcèlement au travail, le plafond de verre, l’équilibre entre vie pro et vie perso,…

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Soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal

Incarcérés en Iran depuis juin 2019
  • Photo: Fariba Adelkhah Roland Marchal Crédits Sciences Po / Droits réservésPhoto: Fariba Adelkhah Roland Marchal Crédits Sciences Po / Droits réservés

Jeudi 17 octobre 2019.

La détention en Iran de notre collègue Roland Marchal, directeur de recherche CNRS au CERI, vient d'être rendue publique. Pour des raisons de sécurité, les autorités françaises n'avaient pas encore révélé la nouvelle de son arrestation et nous avaient demandé de respecter cette consigne de discrétion.

L’incarcération arbitraire, scandaleuse et révoltante, de Roland Marchal, s'ajoute à celle de Fariba Adelkhah.

Avec l’aide des autorités publiques françaises, nous mettons tout en œuvre pour apporter à nos collègues assistance et soutien.

Toute la communauté de Sciences Po adresse à Fariba Adelkhah, à Roland Marchal et à leurs proches un message d’affection et de solidarité.

#FreeFariba #FreeRoland

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Séminaire Genre et Recherche : Inscriptions 2019-2020

  • Une étudiante suit un séminaire à Sciences Po © Paul Rentler / Sciences PoUne étudiante suit un séminaire à Sciences Po © Paul Rentler / Sciences Po

Ouvert depuis la rentrée universitaire 2013, ce séminaire de l’École doctorale de Sciences Po, dirigé par Réjane Sénac, est transdisciplinaire et s’inscrit dans PRESAGE. Il a pour objectif de créer un collectif de réflexion et de recherche autour des travaux de doctorants et doctorantes, ainsi que d’élèves de master 1 et 2, s’inscrivant explicitement dans les études dites de genre ou pour lesquelles la question des rapports sociaux de sexe est éclairante.

L’enjeu est que les étudiantes et étudiants de disciplines différentes dialoguent autour de thèmes ou questionnements communs (enjeux méthodologiques, politique d’identités et d’égalité, lutte contre les discriminations, intersectionnalité, sexualités, politisation, mobilisations …). Les séances, qui auront lieu après le semestre de printemps de fin avril à fin juin 2020, seront organisées sur le modèle d’une table-ronde interactive, des universitaires pouvant venir présenter leurs travaux et réagir aux présentations de l’avancement des recherches d’étudiantes et étudiants. Les doctorantes et doctorants seront invités à coordonner une séance et à envoyer un texte court en amont de la séance dans laquelle elles-ils interviendront.

Inscription par email avant le 10 novembre 2019, en savoir plus (PDF, 100Ko)

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Marie Mercat-Bruns nommée experte pour la France auprès de la Commission Européenne

dans le cadre du réseau d'experts Genre et Égalité
  • Marie Mercat-Bruns parle au Colloque international GEDI ©Université d'AngersMarie Mercat-Bruns parle au Colloque international GEDI ©Université d'Angers

En 2019, Marie Mercat-Bruns, professeure affiliée à l'École de droit de Sciences Po, a été nommée Experte pour la France auprès de la Commission Européenne dans le cadre du réseau d'experts Genre et Égalité.

Votre mission est de fournir à la Commission européenne des informations fiables afin qu’elle puisse remplir pleinement son rôle de gardienne des traités. POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS ?

Je suis chargée de faire un audit et un suivi de la mise en oeuvre du droit européen de l'égalité professionnelle et de la non discrimination fondée sur le sexe. Notre mission globale, au sein du réseau Genre et Égalité, est de faire un rapport national sur chaque pays sur l'égalité et la non discrimination fondée sur le genre sur l'ensemble des problématiques dans le champ de compétence de l'Union européenne : emploi, sécurité sociale, biens et services, action positive. Nous rendons des rapports de 70 pages environ sur l'évolution des normes. Chaque année, nous publions un country report. Le rapport sur l’année 2018, le premier que je rédige, sera publié à l’automne 2019.

Nous devons aussi en urgence répondre à toute sollicitation de la Commission sur la conformité du droit français sur la mise en oeuvre de règles plus précises. Par exemple, en août 2019, la Commission a demandé un éclairage sur la jurisprudence en matière d'égalité salariale. Nous avons rédigé plusieurs rapports ad hoc comme cela : sur l’action positive, sur la stratégie contentieuse en matière d’égalité, …

Nous effectuons aussi une veille jurisprudentielle et législative sur toute nouveauté en France. J’ai, par exemple rédigé une fiche d'évaluation des nouveaux indicateurs salariaux (EN, PDF, 106 Ko), sa portée et ses limites.

Enfin, il existe aussi une revue d'ensemble sur le droit de l'égalité. Car le réseau d'experts couvre l'ensemble des discriminations reconnues au sein de l’Union européenne : le sexe, la nationalité mais aussi l’âge, le handicap, la religion. J’avais écrit sur la discrimination systémique fondée sur le genre en 2018 juste avant ma nomination (EN, PDF 1,18Mo).

Le réseau Genre et Égalité se réunit en novembre 2019 à Bruxelles. Quel est l’objectif de cette réunion ?

Nous nous réunissons les 28 et 29 novembre tous ensemble à Bruxelles avec des fonctionnaires de la Commission (notamment des personnes de la Direction en charge de l'égalité) pour une grande conférence annuelle. Le but est de faire le point sur la jurisprudence européenne, les nouvelles directives (notamment la nouvelle directive sur l'équilibre entre vie professionelle et vie privée) ... et sur l'agenda du Conseil Européen dans les années à venir.

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Le service social en action à Paris dans l'entre-deux-guerres

Lola Zappi soutient sa thèse le 8 novembre 2019
  • Madeleine Delbrêl, assistante sociale, est accroupie face à un enfant. Madeleine Delbrêl, assistante sociale, est accroupie face à un enfant.

Lola Zappi, doctorante au Centre d'histoire de Sciences Po, soutiendra sa thèse intitulée “Le service social en action : assistantes sociales et familles assistées dans le cadre de la protection de la jeunesse à Paris dans l’entre-deux-guerres” vendredi 8 novembre 2019.

Les années d’entre-deux-guerres voient l’émergence des services sociaux et du travail social professionnalisés. Les acteurs des services sociaux estiment que la réponse à la "question sociale" doit passer par un accompagnement individuel visant à responsabiliser les familles populaires en difficulté. Ce travail entend expliquer quelles ont été les conditions de mise en œuvre d’une telle ambition, en interrogeant les formes de la relation d’assistance liant travailleuses sociales et personnes assistées.  Pour ce faire, il se centre sur l’étude du Service Social de l’Enfance (SSE), un service privé d’assistantes sociales rattaché au tribunal pour enfants de la Seine, à partir d’un corpus de dossiers individuels d’enquêtes et de suivi. L’analyse de la formation professionnelle des assistantes, du fonctionnement des services sociaux à l’échelle parisienne et de l’intervention de l’État dans le processus de structuration du service social complètent ce tableau sur l’émergence d’un nouveau champ d’action. La thèse montre ainsi que même face à un organisme aussi coercitif que le SSE, le service social dans l’entre-deux-guerres ne peut se résumer à la mise en œuvre d’un contrôle social. Si la visée de moralisation des classes populaires est au cœur du projet des services sociaux, la pratique se caractérise avant tout par un hiatus entre les attentes des travailleuses sociales et les stratégies propres des assistés. La relation de care souhaitée par les assistantes est imbriquée à des rapports de pouvoir, dessinant une prise en charge balançant entre bienveillance et surveillance. Mais la relation d’assistance se déploie surtout par des négociations constantes entre des assistantes privées de moyens juridiques et financiers pour faire appliquer leurs décisions et la capacité d’agir de leurs "protégés". A travers l’analyse du service social en action, ce travail expose ainsi les ambitions et les limites de l’État social en devenir.

La soutenance publique aura lieu à 14h00 dans la salle François Goguel, 56 rue des Saints-Pères, Paris.

Jury : Claire Andrieu (Directrice de recherche), Christophe Capuano (Directeur de recherche), Marie-Emmanuelle Chessel, Mathias Gardet, Laura Lee Downs, Xavier Vigna.

En savoir pluS

Les thèses en cours sur les questions de genre à Sciences Po

Quel congé paternité pour une réelle égalité ?

Table-ronde à Sciences Po mercredi 9 octobre 2019
  • Trois paires de pieds sur un plancher © Shutterstock / HTeamTrois paires de pieds sur un plancher © Shutterstock / HTeam

Le congé second parent, congé de paternité et d'accueil de l'enfant, est-il satisfaisant dans ses modalités actuelles ? Comment le réformer pour atteindre l’égalité entre les deux parents ?

Aujourd’hui, en France, le congé de paternité est facultatif. Sa durée maximale est fixée à 11 jours, 18 jours en cas de naissances multiples. L'Inspection générale des affaires sociales et le Haut conseil de la famille se sont prononcés pour un allongement du congé second parent à quatre semaines. Cette proposition bénéficie d’un accueil plutôt favorable de l’opinion publique : 38% des françaises et français trouvent le congé de paternité trop court et 63% des 18-24 ans souhaitent qu’il soit allongé (Baromètre DREES). Pourtant, depuis sa création en 2002, le congé de paternité n’a pas évolué. Des féministes relancent le débat : le PA.F, collectif pour une PArentalité Féministe, réclame un congé garanti et égal en durée pour les deux parents.

Pourquoi et comment réformer le congé deuxième parent ? Faut-il défendre cette réforme comme un levier de justice sociale, de performance économique, ou d’urgence sanitaire ?
 
Rendez-vous mercredi 9 octobre 2019 à 17h00 pour une discussion avec :

  • Mercedes Erra, présidente exécutive d’Havas Worldwide et fondatrice de BETC
  • Emmanuelle Josse, présidente du PA.F - collectif pour une PArentalité Féministe
  • Hélène Périvier, économiste à l'OFCE, directrice du Programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po et membre du Haut Conseil de la Famille.
  • Boris Vallaud, député Parti Socialiste de la troisième circonscription des Landes, membre de la Commission des affaires sociales de l'Assemblée Nationale.

Modération : Vincent Edin, journaliste indépendant

Pour en savoir plus

"Ecology and Feminism" : rencontre avec Vandana Shiva

Lundi 21 octobre 2019 à Sciences Po
  • Vandana Shiva ©Rue de l’échiquier ; NavdanyaVandana Shiva ©Rue de l’échiquier ; Navdanya

"Écologie" et "économie" sont deux termes qui ont la même racine grecque, oikos, laquelle signifie "maison". L'écologie est la science de la maison, tandis que l'économie traite en principe de la gestion de cette même maison. Lorsque le fonctionnement de l'économie est contraire à celui de l’écologie, il en résulte une mauvaise gestion de la Terre, notre maison. La crise climatique, celle de l'eau, de la biodiversité et de l'alimentation sont différents symptômes de cette mauvaise gestion. Nous gérons mal la Terre et détruisons les processus écologiques lorsque nous ne considérons pas le capital naturel comme le véritable capital.

Militante féministe et écologiste indienne de premier plan, Vandana Shiva a reçu le prix Nobel alternatif en 1993 pour "avoir placé les femmes et l’écologie au cœur du discours sur le développement moderne". Dans son dernier essai, 1 % : reprendre le pouvoir face à la toute-puissance des riches (Rue de l’échiquier, 2019), elle analyse comment la soi-disant "philanthropie" est devenue le moyen de contourner les structures démocratiques, d'empêcher la diversité et d'imposer des idées totalitaires, portées par une vision unique de la science, de l’agriculture et de l'histoire.

À l'occasion de sa venue en France, quatre étudiantes de Sciences Po lui poseront leurs questions sur sa conception du féminisme, de l'écologie et de l'écoféminisme au cours d'une discussion animée par Henri Landès, enseignant sur la politique de l’environnement à Sciences Po, rapporteur du comité Latour sur l’enseignement et l’écologie, et cofondateur de l’ONG LanDestini pour l’alimentation durable et la biodiversité.

L'évènement se déroulera en anglais. The conference will be held in English.

Pour en savoir plus

Nouveau ! Certification avancée en études de genre

  • ©Shutterstock Mascha Tace (1409900939) & KeanuReeves (1479356258)©Shutterstock Mascha Tace (1409900939) & KeanuReeves (1479356258)

Délivrée par le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre, PRESAGE, la Certification avancée en études de genre permet aux diplômées et diplômés de Sciences Po attestant de solides connaissances en études de genre de les valoriser dans le monde professionnel.

Cette Certification est transversale à l’image de l’enseignement des études de genre à Sciences Po. Elle s'appuie sur l'ensemble des cours, enseignements, stages et formations suivis tout au long du cursus universitaire quels que soient le Master et le domaine de spécialisation.

Comment obtenir la Certification avancée en études de genre ?

La Certification avancée est ouverte à tous les étudiantes et étudiants en deuxième année de Master à Sciences Po. Les critères de validation sont les suivants :

  • Validation d’au moins 4 enseignements en études de genre avec une note ECTS de A ou B, dont au moins 2 enseignements niveau Master
  • Validation du Grand Oral ou de la soutenance de mémoire sur un sujet en lien avec les questions de genre

Les femmes artistes sont dangereuses

Écouter le podcast
  • Laure Adler parle de son ouvrage ©Sciences PoLaure Adler parle de son ouvrage ©Sciences Po

On ne naît pas artiste mais on le devient. Du plus loin qu’on s’en souvienne, l’histoire de l’art a été pensée, écrite, publiée, transmise par des hommes. Et quand on est née femme, être artiste, le prouver, y avoir accès, produire, montrer, continuer à le demeurer est un combat permanent, dangereux, épuisant physiquement, intellectuellement et psychiquement. Une chambre à soi ne suffit pas. Il faut un atelier.

Dans son dernier ouvrage coécrit avec Camille Viéville, Laure Adler, écrivaine, journaliste, productrice, interroge la place des femmes artistes et dénonce leur invisibilité. Les femmes artistes sont dangereuses dresse le portrait de cinquante créatrices, de la Renaissance à nos jours, de Sofonisba Anguissola à Lola Gonzàlez en passant par ORLAN et Sonia Delaunay : "le temps semble aujourd’hui propice pour revisiter et regarder autrement les créations de celles qui ont eu le courage de défier les règles pour assouvir leur vocation."

Cette rencontre avec Laure Adler s’inscrit dans le cadre du Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques, coordonné par l’École d’affaires publiques et le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po. La discussion est animée par les élèves du Certificat.

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Les femmes artistes sont dangereuses

Conférence de Laure Adler le 12 septembre 2019
  • ©Thesupermat - CC BY-SA 3.0©Thesupermat - CC BY-SA 3.0

Jeudi 12 septembre 2019, Laure Adler viendra présenter Les femmes artistes sont dangereuses, son dernier ouvrage, à Sciences Po.

Les femmes artistes sont dangereuses

On ne naît pas artiste mais on le devient. Du plus loin qu’on s’en souvienne, l’histoire de l’art a été pensée, écrite, publiée, transmise par des hommes. Et quand on est née femme, être artiste, le prouver, y avoir accès, produire, montrer, continuer à le demeurer est un combat permanent, dangereux, épuisant physiquement, intellectuellement et psychiquement. Une chambre à soi ne suffit pas. Il faut un atelier.

Dans son dernier ouvrage coécrit avec Camille Viéville, Laure Adler, écrivaine, journaliste, productrice, interroge la place des femmes artistes et dénonce leur invisibilité. Les femmes artistes sont dangereuses dresse le portrait de cinquante créatrices, de la Renaissance à nos jours, de Sofonisba Anguissola à Lola Gonzàlez en passant par ORLAN et Sonia Delaunay : "le temps semble aujourd’hui propice pour revisiter et regarder autrement les créations de celles qui ont eu le courage de défier les règles pour assouvir leur vocation."

Cette rencontre avec Laure Adler s’inscrit dans le cadre du Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques, coordonné par l’École d’affaires publiques et le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po. La discussion sera animée par les élèves du Certificat.

La suite de l'Histoire

Nouvel ouvrage de Geneviève Fraisse
  • "La suite de l'histoire", nouvel ouvrage de Geneviève Fraisse"La suite de l'histoire", nouvel ouvrage de Geneviève Fraisse

Geneviève Fraisse signe un nouvel ouvrage. Dans La Suite de l'Histoire, la philosophe de la pensée féministe s'intéresse aux trajectoires de femmes artistes.

"Ce qui est en jeu, c'est d'abord et avant tout la création"

"L'émancipation des femmes a suivi deux chemins parallèles et distincts au lendemain de la Révolution française, et au commencement du débat démocratique : celui du "pour toutes" et celui du "pour chacune". Le premier menait aux droits civils et civiques, citoyenneté, éducation, emploi, responsabilité individuelle, autonomie sociale. Le second ouvrait la voie à la liberté de créer, de penser, d'écrire, de partager avec les hommes les lieux de la jouissance intellectuelle et artistique. C'est sur le deuxième chemin, emprunté par ce livre, que j'ai voulu arpenter la suite de l'Histoire. La suite de l'Histoire, pour une femme artiste, ce n'est pas seulement la conquête de droits et la transgression des contraintes établies, c'est aussi la construction de pratiques nouvelles et le déplacement des repères obligés. L'égalité, c'est encore la liberté de trouver de nouvelles formes esthétiques et intellectuelles. Et c'est pourquoi, sans s'arrêter à l'identité sexuelle ou à la visibilité sociale, ce qui est en jeu, ici, c'est d'abord et avant tout la création."

Geneviève Fraisse

Geneviève Fraisse, philosophe et historienne de la pensée féministe et directrice de recherche émérite au CNRS, a publié de nombreux ouvrages sur la pensée féministe. Cofondatrice de la revue Les Révoltes logiques avec Jacques Rancière en 1975, puis co-directrice du quatrième volume de L'Histoire des femmes en Occident (le XIXe siècle) avec Michelle Perrot en 1991, elle a ensuite été déléguée interministérielle aux Droits des femmes auprès du Premier ministre et députée européenne entre 1997 et 2004. Elle a notamment initié le cours Pensée des sexes et démocratie au sein de PRESAGE.

Égalité professionnelle

Plongée au sein d'Airbus dans un nouvel ouvrage aux Presses de Sciences Po
  • Couverture du Nouvel âge des femmes au travail ©Presses de Sciences PoCouverture du Nouvel âge des femmes au travail ©Presses de Sciences Po

En 2017 les Presses de Sciences Po ont créé un domaine genre afin d’éditer, de diffuser et de valoriser les recherches en études de genre. Ce domaine est dirigé par Janine Mossuz-Lavau et Hélène Périvier.

"Le Nouvel âge des femmes au travail" de Nathalie Lapeyre est le dernier ouvrage du domaine genre, paru le 29 août 2019. Cette sociologue spécialiste de la mise en œuvre des politiques d’égalité professionnelle, professeure de sociologie à l'Université de Toulouse Jean-Jaurès, montre au travers de témoignages comment les jeunes générations de femmes cadres s’emparent des opportunités offertes par les récents dispositifs d’égalité professionnelle.

Le Nouvel âge des femmes au travail

« Vous leur donnez votre point de vue, vous les faites participer. Ils se disent, elle a besoin de nous, même si vous n'en avez absolument pas besoin [rires], mais globalement ça marche. » « Faire la blonde » est l’une des ruses régulièrement employées par Marielle et d’autres jeunes ingénieures et manageuses d’Airbus pour être acceptée et obtenir des informations dans leur travail quotidien au sein de ce bastion masculin qu’est l’avionneur européen.

Les témoignages et récits recueillis par Nathalie Lapeyre au fil de cinq ans d’enquête montrent un phénomène nouveau : le pragmatisme dont font preuve les jeunes générations de femmes cadres pour s’emparer des opportunités offertes par les récents dispositifs d’égalité professionnelle. Être inféodées aux hommes comme leurs aînées, très peu pour elles ! L’égalité, elles sont déterminées à la faire advenir, individuellement et surtout en groupe.

Avec une bonne dose d’humour et de modestie, elles usent de leur réflexivité dans l’analyse des expériences ordinaires de la domination, au travail comme à la maison, pour développer des capacités d’action, voire d’empowerment, qui peuvent rejaillir sur l’ensemble des femmes d’Airbus. Bien conscientes de la fragilité de leurs acquis, masquant parfois leur réussite jusque dans leur famille, elles sont extrêmement lucides sur le chemin qu’il reste à parcourir.

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