Violences basées sur le genre : recenser pour comprendre

Entretien avec Sandrine Dauphin, directrice de projet à l’Institut national d'études démographiques
  • Sandrine Dauphin est enseignante à Sciences Po © Sandrine DauphinSandrine Dauphin est enseignante à Sciences Po © Sandrine Dauphin

De quelles données dispose-t-on pour étudier les violences basées sur le genre en France ? Avant les années 2000, la France ne possédait pas d’enquêtes nationales spécifiques aux violences interpersonnelles, contrairement à d’autres pays d’Europe et d’Amérique du nord. C’est sous l’impulsion de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, organisée à Pékin en 1995, que le gouvernement français a trouvé les financements nécessaires à la réalisation d’une première enquête statistique sur les violences envers les femmes. Sandrine Dauphin, directrice de projet à l’Institut national d'études démographiques (Ined) et enseignante à Sciences Po, a participé à ces enquêtes. Interview.

La première enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff) a été menée en 2000 sous la direction de Maryse Jaspard. Incarne-t-elle une mise à l’agenda des politiques publiques de lutte contre les violences basées sur le genre ?

Des enjeux scientifiques mais également politiques, particulièrement sur les violences conjugales, ont accompagné la réalisation de cette première grande enquête scientifique. La présentation des premiers résultats lors des assises nationales sur les violences envers les femmes en février 2001 a accompagné le lancement du premier plan d’action par la secrétaire d’État aux droits des femmes de l’époque, Nicole Péry. Il y a assurément un avant et un après l’Enveff. Depuis lors, l’indicateur de violences conjugales, à savoir une femme sur dix victime de telles violences, est rappelé par les politiques dans les propositions de loi et plans d’action qui se sont succédés. Cet indicateur a été construit en tenant compte du continuum des violences, il intègre ainsi les violences psychologiques, économiques, sexuelles et physiques. L’enquête Enveff a permis non seulement de montrer l’ampleur du phénomène, mais également de mieux cerner le contexte de ces violences qui touchent les femmes quelque soit leur catégorie sociale. En outre, elle a été publiée dans un contexte où l’appui sur les chiffres pour conduire l’action publique commençait à devenir incontournable.

À la suite d’Enveff, une enquête a été conduite par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) sur “Violences et Santé” et l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a lancé une enquête annuelle “Cadre de vie et  Sécurité”. Mais surtout il a été demandé dès 2008 à chaque ministère concerné de fournir des données sexuées sur les violences au sein du couple et au ministère de l’Intérieur de publier des données sexuées sur les morts violentes au sein du couple. Ceci dit, ce n’est pas l’Enveff seule qui a impacté la mise sur agenda politique mais un contexte plus large d’impulsion internationale avec la plateforme de Pékin qui invitait les États à prendre des mesures, l’Europe également, et surtout plus tard l’exemple de la loi espagnole de 2004, dite loi intégrale sur les violences. Les associations se sont servies de cette dernière pour réclamer l’équivalent en France.

Des chercheuses et chercheurs de l’Institut national d'études démographiques ont ensuite conçu l’enquête Violences et rapports de genre (Virage) en 2015. Pourquoi avoir créé cette nouvelle enquête statistique ?

L’enquête Virage a été réalisée en 2015 et l’ouvrage de référence qui traite de ces différents volets vient seulement de paraître aux éditions de l’Ined à l’automne 2020. Quinze ans après l’Enveff, la première raison est la réactualisation des données afin de pouvoir montrer les éventuelles évolutions. Virage se sert des acquis de l’expérience Enveff tout en cherchant à améliorer ce qui pouvait apparaître comme des points à améliorer. Aussi, l’enquête est également réalisée par téléphone et le questionnaire reprend en grande partie celui de l’Enveff. À nouveau le questionnaire est divisé en deux grandes parties pour saisir le continuum des violences : l’une qui traite des violences dans les 12 mois avant l’enquête dans les différentes sphères de vie (couple, travail, espaces publics) et l'autre sur les violences tout au long de la vie dans ces mêmes sphères, plus la famille et les études. Le questionnaire est encore plus détaillé car de nombreuses questions, permettant de mieux saisir l’impact sur la santé par exemple, ont été rajoutées. Le volet travail a été développé, ainsi que celui sur les espaces publics afin d’intégrer le harcèlement de rue. L’enquête permet également de mieux saisir les violences durant l’enfance et l’adolescence pour évaluer leur impact sur le parcours des personnes. Mais surtout l’enquête intègre aussi les hommes, ce qui permet de réaliser des analyses en fonction du genre. Aussi, l’échantillon est beaucoup plus important que pour l’Enveff : près de 27 000 personnes, femmes et hommes, ce qui rend possibles des analyses statistiques plus fines. Des questions subjectives sur la perception de la gravité des faits — le terme de violence n’étant jamais utilisé — ont été ajoutées et permettent, là aussi, de souligner les différences hommes-femmes afin de mieux qualifier les violences.

Pouvez-vous nous parler de l’enquête Virage Universités ?

Virage Universités vise à mesurer les violences subies dans le cadre des études, avec un questionnaire quasi-identique à celui de Virage. Il s’agit d’un volet spécifique car ces violences peuvent être difficilement appréhendées compte-tenu du faible nombre d’effectif d’étudiantes et d’étudiants dans les enquêtes en population générale. L’enquête a été réalisée avec un protocole différent : par internet, et non par téléphone, et dans quatre universités (Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, Paris-Diderot, l’Institut de physique du globe de Paris, l’Université de Strasbourg et l’Université de Bretagne occidentale). 20 000 étudiantes et étudiants ont été sollicités pour répondre à l’enquête sur Internet, 6 648 ont répondu. Basée sur le volontariat, et en dépit du redressement des résultats par l’utilisation des pondérations, les statistiques ne peuvent pas être considérées comme représentatives de l’ensemble des étudiants des universités. Néanmoins, les déclarations de violences sont relativement élevées : environ un tiers des femmes et un quart des hommes ont déclaré au moins un fait de violences. Les violences psychologiques et les violences à caractère sexuel sont les deux grands types de violences dénoncés avec des différences de genre. Les étudiants sont essentiellement touchés par des faits de violence psychologique : les faits de moqueries (6 % à 10% des étudiants selon les universités), les insultes (5 % à 10 % selon les universités), et la mise à l’écart (5 % à 8 %). Pour les étudiantes, ce sont surtout des violences à caractère sexuel qui sont déclarées. Le fait le plus fréquemment relevé porte sur les propos et attitudes à caractère sexuel, déclarés par 10 % à 16 % des étudiantes selon les universités. Pour les étudiantes et les étudiants, les auteurs sont en majorité des pairs et les violences subies ont des incidences sur les parcours universitaires des personnes.

En 2018, vous avez contribué à l’enquête Virage outre-mer, dirigée par Stéphanie Condon de l’Ined, menée à La Réunion, en Martinique et en Guadeloupe. Quelles sont les principales conclusions de cette enquête ?

Tout comme pour l’Enveff au début des années 2000 (Enveff Réunion en 2002, Enveff Martinique en 2007), ces territoires d’outre-mer se sont mobilisés pour obtenir leur enquête spécifique. Pour la Guadeloupe, c’est la première fois qu’une telle enquête avait lieu. Le questionnaire a été adapté, les questions de religion, de maîtrise du créole ou de migrations, y prennent par exemple une part plus importante. L’enquête s’est déroulée selon le même protocole, par téléphone avec des équipes locales créolophones. Nous n’avons pour le moment publié que les résultats des violences déclarées par les femmes au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête. Dans tous les espaces de vie, les prévalences des violences y sont globalement plus importantes qu’en métropole. Sachant que les chiffres métropolitains sont une moyenne, une comparaison par régions, s’il était possible, pourrait sans doute réduire les écarts. Les violences conjugales déclarées par les femmes sont ainsi, en moyenne, trois fois plus élevées qu’en métropole (15% à La Réunion, 18 % en Martinique et 19 % en Guadeloupe) mais les disputes dans le couple également plus courantes. En Martinique, le harcèlement de rue (14 %) et les déclarations de harcèlement sexuel au travail (5%) représentent le double par rapport à la métropole. Il nous faut également souligner les différences entre territoires dont l’histoire et les populations diffèrent, La Réunion étant, comme pour l’Enveff, plus proche de la moyenne métropolitaine que les territoires antillais. Toutefois, aux Antilles, les femmes ont davantage déjà parlé des violences dans les différentes sphères de vie qu’à La Réunion où la libération de la parole semble plus lente. Nous avons obtenu une ANR en 2020 “Violences de genre et intersectionnalité dans les outre-mer” qui va nous permettre d’approfondir nos analyses en collaboration avec des universités locales et dans l’hexagone, notamment par des terrains qualitatifs.

Aujourd’hui, 20 ans après la première grande enquête sur les violences de genre, les données récoltées permettent-elles de conclure à une évolution de la situation ?

Entre Enveff et Virage, les prévalences de violences n’ont pas tout à fait changé, ce qui ne veut pas dire que les choses n’ont pas évolué. L’enquête informe sur les différentes formes de violences et le contexte de leur survenue mais ne permet pas d’être très précise sur les suites données, par exemple, à des plaintes ou plus globalement d’évaluer les actions menées dans le cadre de la politique de lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Entre les deux enquêtes, les femmes parlent toutefois davantage des violences subies, généralement plutôt à des proches, familles et amis, mais également aux médecins. Nous faisons le même constat dans les outre-mer : les femmes se sentent sans doute plus légitimes à le faire aujourd’hui qu’hier face aux évolutions sociétales d’avant #MeToo, une bien moindre acceptation sociale des violences sexuelles et sexistes qu’au début des années 2000.

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Études sur le genre : deux nouvelles bases d’archives accessibles en ligne

La bibliothèque de Sciences Po propose un accès d'essai jusqu’au 6 juin 2021
  • Article néérlandais sur les suffragettes écrit par W. W. F.-D en janvier 1909 © Article néérlandais sur les suffragettes écrit par W. W. F.-D en janvier 1909 ©

Jusqu’au 6 juin 2021, la bibliothèque de Sciences Po propose un accès d'essai à deux bases d’archives en ligne compilées par la maison d’édition Gale: les Women’s Studies Archives ainsi que les Archives of Sexuality and Gender.

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Violences sexuelles : que fait la justice ?

Entretien avec Véronique Le Goaziou, sociologue autrice aux Presses de Sciences Po
  • Véronique Le Goaziou est sociologue © Presses de Sciences PoVéronique Le Goaziou est sociologue © Presses de Sciences Po

Très peu d’affaires de viol sont portées devant l’institution judiciaire. La plupart sont classées, certaines sont requalifiées en simples agressions sexuelles. Dans un ouvrage publié aux Presses de Sciences Po intitulé Viol. Que fait la justice ?, Véronique Le Goaziou, chercheuse associée au Laboratoire méditerranéen de sociologie (LAMES-CNRS), se penche sur le traitement judiciaire des violences sexuelles et ouvre la voie à une justice restaurative. Interview.

Vous expliquez que les violences sexuelles ont longtemps été tolérées dans nos sociétés. Pourquoi ?

Il y a de nombreuses raisons à cela. Tout d’abord, comme l’ont montré les historiens, dans les temps passés, la violence en général était davantage tolérée. Dans ces sociétés incomparablement plus rudes que les nôtres, le rapport à l’autre, à la souffrance, à la brutalité ou à la mort était différent de ce qu’il est pour nous, si bien que des faits que nous qualifions de violents, pouvaient en ces époques paraître banals ou ordinaires. Les faits et les gestes n’ont guère changé, mais nos régimes de sensibilité, oui, et nous réprouvons aujourd’hui ce qui à d’autres époques choquait peu la conscience commune. En outre, ces sociétés hiérarchisées étaient profondément inégalitaires et les hommes avaient plus de droits que les femmes et les enfants, et même des droits sur elles et eux. Dès lors, les violences sexuelles, (quasiment) toujours commises par des hommes sur des femmes ou sur des mineurs, n’apparaissaient pas illégitimes, sauf dans de rares cas, puisqu’elles étaient constitutives du pouvoir masculin. C’est d’ailleurs pour ce motif que les violences sexuelles ont longtemps été considérées comme des atteintes à l’honneur des pères, des maris ou des maîtres, plus que comme des atteintes aux victimes. Une troisième raison tient justement à la place et au statut des victimes, figure très récente dans notre histoire et longtemps négligée dans la considération des affaires sexuelles, sinon comme un être passif devant porter le poids de la honte et plus ou moins suspecté d’avoir contribué à la violence commise. Aujourd’hui, à l’inverse, les victimes occupent une place sans précédent dans notre économie morale et – même si cela peut paraître très insuffisant – dans notre système judiciaire. Nous portons un regard de compassion sur elles et réprouvons fortement toute souffrance qui peut être infligée à autrui.

On assiste aujourd’hui à un décalage entre une forte condamnation sociétale et morale des violences sexuelles et leur faible condamnation pénale. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet les violences sexuelles, fortement réprouvées, sont pourtant faiblement dénoncées et condamnées. Selon les sources, le taux de plainte varie entre 8% et 15%, ce qui signifie que la grande majorité de ces violences ne sont pas portées à la connaissance de la justice – il faudra voir comment cette tendance évoluera dans le sillage des mouvements de dénonciations qui s’expriment depuis l’automne 2017. Et parmi ce petit volume d’affaires judiciarisées, seules 10% à 15% sont jugées aux assises. Il y a donc deux phénomènes à expliquer : la faible dénonciation et la faible condamnation.

Les motifs du premier sont multiples : ce sont d’abord toutes sortes d’appréhensions, par exemple la peur des représailles ou des réactions, la crainte d’envoyer l’auteur (très souvent un proche) en prison, la hantise de parler de sexualité ou celle de porter un stigmate tant la honte ressentie par les victimes demeure aujourd’hui encore très forte, le discrédit porté à sa propre parole, etc. Cela peut aussi être le désir de tourner la page et de laisser l’affaire derrière soi, ou encore une méconnaissance du système judiciaire. Des raisons nombreuses et variées qui peuvent évoluer avec le temps, lorsque par exemple un viol est dénoncé des années après avoir été subi. Toutefois, il ne faudrait pas considérer que la dénonciation des faits est la suite logique de l’agression. Si tant de victimes ne portent pas plainte, c’est qu’elles ont peut-être des raisons de ne pas le faire. On manque de données rigoureuses sur ce sujet et il faudrait enquêter afin de déterminer si la non-dénonciation des violences sexuelles est le fruit d’obstacles ou d’empêchements, ou bien si c’est le souhait des victimes – cela peut aussi être un mélange des deux – et dans ce cas, ne faut-il pas le respecter ? De nombreuses questions se posent à propos de la parole (ou du silence) des victimes, et ce que l’on peut ou doit en faire.

Comment expliquer que 90% des plaintes déposées pour viol ne soient pas jugées pénalement, en tant que crimes, aux assises ?

Ce faible taux de condamnation fait l’objet de vives critiques car il donne le sentiment d’une justice laxiste, voire d’un déni de justice. Là encore, plusieurs raisons expliquent ce faible taux de condamnation, à commencer par les principes qui régissent le droit pénal : le principe d’impartialité, le principe du contradictoire et bien sûr la présomption d’innocence. Les violences sexuelles sont souvent difficiles à prouver, de sorte que si les faits ne peuvent pas être établis avec suffisamment de certitude, alors l’affaire ne sera pas envoyée aux assises. Sans compter l’état préoccupant des ressources du système judiciaire, qui manquent cruellement – d’où la longueur des procédures et les dossiers qui s’entassent sur les bureaux des magistrats. Cela peut être terrible pour les victimes qui portent plainte car le parcours judiciaire sera long, contraignant et parfois même brutal, mais la justice n’est pas une machine, elle doit entendre les deux parties, la parole de l’un et la parole de l’autre comme on le dit souvent, afin de parvenir à une sorte de “vérité judiciaire” qui peut être très éloignée de celle de la victime – tout comme de celle de l’auteur présumé d’ailleurs. Toute la difficulté est de trouver l’équilibre entre le cri des victimes qui demandent que justice leur soit rendue et les droits des personnes soupçonnées d’avoir commis telle ou telle violence. Ce faible taux de condamnation explique d’ailleurs peut-être à rebours le faible taux de dénonciation, la prudence dont des victimes font preuve à ne pas s’engager dans une procédure qui ne leur octroiera pas de satisfactions.

Existe-t-il des alternatives à la voie pénale ?

La question est de savoir ce que l’on vise en matière de lutte contre les violences sexuelles : établir les faits et sanctionner les auteurs est l’objet et le but de la justice pénale, mais cela n’est qu’un aspect de la question. Il y en a au moins trois autres : protéger les victimes et les accompagner, les aider à reprendre une vie ordinaire et de qualité et prévenir les violences sexuelles par l’éducation et la sensibilisation. Et cela, ce n’est pas la justice pénale qui peut le faire. Ainsi n’a-t-elle pas vocation à protéger les victimes – même si elle peut prendre des mesures en ce sens. Or dans le cas des violences sexuelles intrafamiliales par exemple, qui sont les plus nombreuses, c’est ce qu’il faut pouvoir faire. Nombre de victimes qui portent plainte contre un conjoint ou un parent ne disposent, en réalité, que de très peu de moyens de protection contre leur agresseur. À qui peuvent-elles s’adresser ? Où peuvent-elles aller ? Trop rares sont par exemple les lieux d’accueil. Heureusement qu’il existe des associations pour leur porter assistance et conseil, mais elles doivent encore très souvent se débrouiller seules. Quant à reprendre une vie ordinaire, retrouver confiance en soi, renouer lien avec l’autre, bref se réparer, c’est souvent un travail de longue haleine et il faut pouvoir les y aider. Enfin, en ce qui concerne la prévention, on est encore très loin des intentions aux actes. C’est bien sûr dès le plus jeune âge qu’il faut parler de ces questions, évoquer la relation à l’autre, au corps de l’autre, à la sexualité, au désir, au pouvoir, etc. Aujourd’hui l’effort est manifestement porté sur la pénalisation et j’observe que cela fonctionne peu ou mal. Il est temps d’investir très sérieusement tous les autres aspects des violences sexuelles.

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S’initier à la recherche en sciences sociales

Aymeric, Emma, Sarah, et Xavier ont travaillé pendant un semestre sur les enjeux de convergence de luttes
  • Façade des locaux du CEVIPOF-OSC, février 2021 © Caroline Maufroid / Sciences PoFaçade des locaux du CEVIPOF-OSC, février 2021 © Caroline Maufroid / Sciences Po

Depuis la rentrée universitaire 2020-2021, le Collège universitaire de Sciences Po donne la possibilité à ses étudiantes et étudiants de vivre une expérience de recherche au sein de Sciences Po. Aymeric, Emma, Sarah, et Xavier, élèves en troisième année, ont participé à un stage d’initiation à la recherche avec Réjane Sénac, directrice de recherche CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Interview.

Pourquoi avez-vous voulu participer à un stage d’initiation à la recherche ?

Sarah : En fait cette année nous devions partir en échange universitaire à l’étranger, mais avec la crise sanitaire, nos échanges ont été annulés. Donc je pense qu’on a tous choisi de faire ce stage d’initiation à la recherche parce qu’on cherchait quelque chose de nouveau, qui pourrait nous apporter autant.

Emma : Et ces stages nous permettent de découvrir les coulisses de la recherche : nos professeurs sont souvent chercheurs, mais ils ne nous parlent pas forcément de leurs activités. En dehors des cours on ne sait pas vraiment ce qu’ils font. Être entourée de chercheurs avait attisé ma curiosité sur le milieu de la recherche et même si je ne m’étais jamais dit que j'aimerais travailler dans ce domaine, j’ai postulé.

Aymeric : Moi c’est plutôt l’inverse : j’ai choisi ce stage parce que je sais que je veux faire de la recherche en théorie politique et en études sur le genre. Je connaissais déjà Réjane Sénac parce qu’elle dirige le séminaire Genre et recherche à l’École de la recherche. Ce stage a vraiment structuré notre semestre, c’était un bon complément aux cours à distance sur Zoom.

Xavier : Comme tout le monde, mon échange a été annulé. Suite à cette annulation nous avons reçu un email de la responsable pédagogique de mon campus, situé à Nancy, qui nous conseillait de participer à ces stages. En fait j’étais intéressé par le monde de la recherche mais je voulais vraiment voir ce que ça promettait ensuite en terme de carrières, c’était donc l’occasion d’en savoir plus et aussi de pouvoir étudier des sujets que l’on a pas l’habitude d’aborder à Sciences Po. Elsa Grimberg, ma responsable pédagogique nous avait aussi dit que ces stages seraient une expérience humaine et ça l’a beaucoup été avec Réjane Sénac, c’était vraiment un moment de rencontre privilégié.

Comment s’est passé votre stage, quelles étaient vos missions ?

Aymeric : Le stage d’initiation à la recherche a eu lieu entre septembre et décembre 2020, ensuite on a poursuivi notre travail au mois de janvier, sous forme de vacations. On a principalement fait de la retranscription, et aussi de l’analyse d’entretiens.

Sarah : En fait Réjane Sénac est en train d’écrire un livre, elle a fait plein d’entretiens avec des responsables d’associations, des personnes militantes qu’elle a structuré par catégories de mobilisation. Nous avons retranscrit thématiquement certains. Moi par exemple, j'ai travaillé sur les activistes pour l'environnement.

Avez-vous beaucoup travaillé sur les questions de genre ?

Aymeric : Pas toujours directement. Réjane Sénac a une approche globale et les personnes qu’elle a interrogées ne parlaient jamais que d’un aspect du militantisme, d’autant plus parce que les questions portaient sur les enjeux de convergence des luttes. Cela nous a permis d’avoir un panorama un peu plus complet et de comprendre de manière plus générale comment le genre se joue dans le militantisme.

Emma : Oui, moi par exemple j’ai travaillé sur l’antiracisme; mais certains entretiens parlaient aussi du féminisme. C’était intéressant parce que j’ai pu mieux comprendre comment toutes les notions que j’avais vues en cours, comme l’intersectionnalité par exemple, pouvaient s’appliquer dans le domaine de l’associatif et du militantisme.

Xavier : Je crois que c’est moi qui ai le plus travaillé sur le genre via la retranscription thématique d’entretiens de féministes. C’est lors d’un cours de sociologie du genre, un cours fondamental de ma majeure Économies et sociétés de deuxième année, que je me suis découvert un intérêt pour cette discipline. J’avais déjà un intérêt militant pour les questions de genre, je faisais partie de l’association féministe du campus de Nancy, mais je voulais vraiment approfondir les aspects recherche et c’est ce que ce stage m’a permis de faire.

Allez-vous publier les résultats de vos recherches ?

Xavier : À la fin du stage d’initiation à la recherche on devait rendre un rapport de stage, et en en discutant, on s’est aperçus que le thème de la jeunesse dans le militantisme ressortait dans presque tous nos entretiens. Donc on a voulu creuser un peu plus… on est en train de continuer nos recherches et on espère écrire un papier à partir des entretiens de Réjane Sénac sur la représentation des jeunes dans les mouvements militants.

Emma : Ce sujet de la jeunesse nous a aussi intéressés parce qu’il n’était pas mentionné clairement dans la grille d’entretien, mais pourtant à chaque fois qu’il était mentionné on en prenait note parce que ça nous semblait important. Et à la fin, on avait amassé plein de citations.

Qu’avez-vous appris sur la façon dont sont perçus les jeunes dans les mouvements militants ?

Sarah : Je pense que la conclusion de notre article, dans les grandes lignes, sera que la jeunesse est vue très différemment. On en est encore à la première phase d'écriture, mais ce qui nous a le plus interpellés c’est qu’il y a deux visions extrêmes qui s’opposent, alors que la jeunesse est plurielle.

Emma : Oui, par exemple on a trouvé une vision paradoxale de l’engagement des jeunes : dans certains entretiens certains militants vont trouver super que les jeunes soient très intersectionnels grâce aux réseaux sociaux, mais d’un autre côté ils vont déplorer le fait qu’ils ne sachent pas s’organiser en dehors des réseaux, en association par exemple.

Xavier : Je pense que cette réflexion est aussi un moyen de questionner la jeunesse et de mettre en relation les discours des plus anciennes et des plus jeunes générations de militants. Dans mes entretiens avec des militantes féministes, la question de la dépolitisation des luttes se posait : les plus âgées craignent que les luttes soient dépolitisées, alors que les plus jeunes prônent un militantisme plus fluide, c’est intéressant.

Aymeric : Et juste pour rebondir sur ce que disait Sarah, l’une des grandes idées pour l’instant, c’est qu’il existe un binarisme avec d’un côté une version idéalisée voire utopique de la jeunesse, et d’un autre une vision complètement catastrophée. Et ces représentations caricaturales de la jeunesse, elles ont des enjeux politiques. Je trouve ça intéressant que tout se cristallise autour de la jeunesse, avec l’idée qu’il y a une urgence climatique, une urgence sociale, ... on reporte tout sur la jeunesse mais ces jeux de représentations font perdre toute intelligibilité au débat.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Sarah : Moi je poursuis ma troisième année à la London School of Economics à distance, comme l’Angleterre est encore confinée je suis mes cours depuis la France. Ensuite je compte poursuivre en Master à l’étranger. J’ai beaucoup appris de ce stage de recherche, c’était une très belle expérience, mais je pense poursuivre dans le domaine des affaires publiques.

Emma : De mon côté, je me suis expatriée à Madrid pour suivre mes cours à distance. Je ne me sens pas encore prête à partir en Master, donc je ferai une année de césure l’année prochaine. Ça va me permettre de continuer à réfléchir sur la suite de mon parcours parce que j’ai vraiment beaucoup aimé cette expérience de recherche.

Aymeric : Moi je poursuivrai en Master théorie politique à l’École de la recherche de Sciences Po, et ensuite je vise un contrat doctoral. Ce stage m’a permis de découvrir une approche de terrain qui fait écho à la théorie, j’ai trouvé ça vraiment très intéressant !

Xavier : Pour ma part, je suis resté à La Réunion et je m’apprête à commencer mon semestre à l’université allemande de Heidelberg. Et je poursuivrai en Master communication, médias et industries créatives à l’École du management et de l’innovation de Sciences Po à la rentrée prochaine.

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Faire histoire de la violence sexuelle

Entretien avec Elissa Mailänder, Associate Professor à Sciences Po
  • Elissa Mailänder est professeure associée à Sciences Po © Elsa OkazakiElissa Mailänder est professeure associée à Sciences Po © Elsa Okazaki

Elissa Mailänder est Associate Professor au Centre d'histoire de Sciences Po. Dans ses travaux de recherche, elle étudie la violence en adoptant une perspective de genre. Dans cet entretien, elle revient sur la dimension historique de la violence sexuelle.

Qu’est-ce que la violence sexuelle ?

La notion de violence englobe un vaste éventail d'actions et d'expériences : des mots et des gestes menaçants ou insultants, des abus et des blessures physiques ou psychologiques, pouvant aller jusqu’ à la mise à la mort. Les auteurs et autrices de violences et leurs victimes la ressentent de manière très différente. Cependant, les expériences de violence peuvent s'avérer traumatisantes pour les deux. Pour les personnes qui la subissent, la violence inflige de la douleur, de la peur, elle cause de profondes blessures physiques et psychologiques qui subsistent à long terme. Et pour ceux et celles qui l’exercent, la violence donne un sentiment de puissance et, dans de nombreux cas, de plaisir.

La violence sexuelle est une forme d'agression très spécifique qui établit un lien entre violence et sexualité. Cela commence également par des mots et des gestes qui sexualisent des personnes ou des parties du corps. Cela peut s'étendre à une contrainte au déshabillage et à des attouchements non désirés, à la prostitution forcée, voire à la torture sexuelle et au viol. Plus largement, la définition de la violence sexuelle inclut aussi des actes comme le bizutage (militaire) ou des formes d'intimidation qui n'ont été identifiés que récemment comme des agressions sexuelles. La violence sexuelle a un caractère à la fois extrêmement subjectif et fondamentalement social : elle est façonnée par les normes culturelles relatives à la sexualité et à l’agression. Dans le cadre d'un débat interdisciplinaire de longue date, j'explore la violence sexuelle liée aux conflits avec le groupe de recherche international “Sexual Violence in Armed Conflict” (EN) [en français : Violence sexuelle dans les conflits armés]. D’un point de vue historique, ce qui se revèle le plus marquant, mais aussi le plus inquiétant, c’est l'omniprésence de la violence sexuelle à travers les siècles et dans le monde entier : on la trouve au sein de la société et de la culture, dans le droit et dans la politique. Aujourd’hui encore, la violence sexuelle est à la fois omniprésente et cachée sous nos yeux (EN).

Quand a-t-on commencé à évoquer et à étudier cette forme particulière et très intime de violence ?

À la lumière du mouvement mondial #MeToo et #BalanceTonPorc de 2017 et des débats français plus récents sur #MeTooInceste et #SciencesPorcs, on voit que la violence sexuelle est devenue un sujet de discussion de premier ordre dans le débat public. Des hommes de pouvoir — producteurs, politiciens, acteurs, réalisateurs, journalistes et professeurs d'université — ont été publiquement accusés de harcèlement sexuel, d'agression et de viol par un nombre croissant de femmes et d'hommes. L’intensité et l’omniprésence des débats sur la violence sexuelle peuvent inquiéter certaines personnes qui trouvent qu’on en fait “trop”. Pourtant, je pense qu’il est utile de se rappeler qu’il y a cinquante ans, il n’y avait pas de prise de conscience publique et encore moins l’utilisation d’un langage commun sur ces questions. Les militantes féministes ont été les premières à s’attaquer à ce problème dans les années 1960 : elles ont brisé le silence, fait un travail de sensibilisation, par exemple, en mettant en place des “teach-ins”, des espaces participatifs de discussion au sein des universités et dans les lieux de travail. Ce faisant, les féministes de la deuxième vague ont donné leurs noms (EN) au harcèlement sexuel, à la violence domestique, au viol conjugal, etc. Elles voyaient la prise de parole comme un geste de défi et un acte de résistance au silence et à la honte imposés par la politique, la société et l’environnement social immédiat. Les actions publiques menées dans les années 1970 et 1980, comme les rassemblements Take-Back-the-Night aux États-Unis ou les refuges pour femmes (EN) mis en place à Londres, Berlin et Paris, ont fait des violences sexuelles et domestiques un problème collectif auquel toutes les femmes, et de façon encore plus systématique les femmes issues de minorités, étaient confrontées. Cet activisme de terrain, qui impliquait à la fois des femmes et des hommes, était important pour les individus (agentivité, résilience, empowerment) mais a aussi été vecteur de changement social.

Marie Mercat-Bruns a récemment souligné l'importance des années 1980 qui ont été marquées par des avancées sur le plan juridique.

En effet, ce moment où la pensée féministe et le cadre conceptuel que les activistes avaient développé se sont traduits dans le système juridique a marqué un tournant décisif. Depuis les années 1990, le sujet de la violence sexuelle s'est progressivement imposé dans les débats politiques, le droit international et la recherche. Les guerres menées en ex-Yougoslavie et au Rwanda, de même que la dénonciation des victimes-survivantes, pour la plupart coréennes, de l'esclavage sexuel perpétré par l'armée japonaise pendant la guerre du Pacifique, ont fait de la violence sexuelle liée à la guerre une priorité mondiale. Les organisations non gouvernementales ont joué un rôle essentiel dans le soutien aux victimes et le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une série de résolutions condamnant et criminalisant la violence sexuelle dans les conflits armés. Depuis 1999, nous avons vu plusieurs tribunaux internationaux juger des affaires de violence sexuelle, de viol de nettoyage ethnique et d'esclavage sexuel, comme par exemple le Tribunal international des femmes pour les crimes de guerre sur l'esclavage sexuel militaire japonais ou les tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda. Les bases de données ou sources d’information rassemblées par ces tribunaux — essentiellement des témoignages et des rapports d’interrogatoires — ont clairement montré que la violence sexuelle, plus que d'autres formes d'agression, impliquait la présence d’un certain nombre de témoins, forcés ou volontaires.
La violence sexuelle est profondément ancrée dans la vie institutionnelle (l'armée et l'église, les écoles, les universités, les usines, les bureaux, les familles) et dans la politique nationale qui, à différents niveaux et à des degrés divers, la cautionnent ou la tolèrent. C’est ce qui fait que la violence sexuelle est autant répandue et omniprésente.

Quels mécanismes mènent à la violence et aux agressions sexuelles ?

Tous les corps humains sont (sexuellement) vulnérables. Nous avons tendance à vouloir l’oublier, alors qu’ils le sont tant du point de vue de l’expérience personnelle que du point de vue de la condition sociale ou du récit historique. Pourtant, il nous faut reconnaître que toute personne peut potentiellement devenir un agresseur. Dans les conflits armés, nous constatons assez souvent que les frontières entre victimes et bourreaux peuvent devenir floues — ce qui rend le sujet si délicat. La violence est, par définition, un phénomène social et culturel très complexe qui requiert une approche multi-causale. Beaucoup trop d'importance a été accordée aux motivations des auteurs et des autrices par le passé : en fait, la violence — qu’elle soit exercée individuellement ou collectivement — survient toujours dans des situations bien particulières. Toute forme de violence repose sur des relations de pouvoir, d’autant plus lorsqu’il s’agit de violence sexuelle, car les abus sexuels — tout comme la torture ou la cruauté — adviennent dans des constellations de pouvoir asymétriques. La question qui se pose est alors la suivante : qui se sent autorisé à faire du mal à d’autres personnes ? Et qui devient la cible de la violence dans un cadre social donné ? J'ajouterais aussi que la violence sexuelle ne se réduit pas simplement au schéma hommes oppresseurs - femmes victimes : les hommes sont aussi des victimes potentielles d'agression sexuelle, sans parler des personnes trans, qui sont depuis longtemps victimes de discriminations et de violence. Et les femmes peuvent devenir des agresseurs sexuels, même si les hommes restent les principaux auteurs de ce type de violences.

La discipline historique peut-elle apporter un éclairage nouveau sur ce sujet ?

Les historiennes et les historiens sont souvent en contact avec la violence et les conflits, qui laissent des traces dans les archives : l’esclavage et l’exploitation coloniale par exemple, ou les divorces, les contentieux avec les services sociaux, les altercations avec la police. Bien que nous travaillions fréquemment avec des documents juridiques, les historiennes et historiens ne sont ni des procureurs, ni des juges, et donc dans la position plutôt privilégiée, si je puis dire, de pouvoir prendre du recul, faire un pas de côté, et recourir à des perspectives multiples. Dès lors qu'il s'agit d'aborder la “simple” question de ce qui déclenche violence et agression, l’histoire nous invite à nous pencher sur toute une diversité d’acteurs et d’actrices : des auteurs et autrices de violences notoires et responsables politiques, aux gens ordinaires, militaires ou civils.

Je travaille beaucoup sur le nazisme en m’intéressant à la socialisation, aux carrières professionnelles, et aux mécanismes d’influence entre pairs au sein des communautés de gardiennnes et gardiens de camps, de simples soldats ou de fonctionnaires nazis. La motivation première à signer pour ces emplois n’était évidemment pas la violence physique, mais il est intéressant d’observer à quelle vitesse ces personnes se sont habituées à la violence, certaines y ont même développé un goût. L’usage de la violence a octroyé du pouvoir aux auteurs, tout en déshumanisant leurs cibles. En outre, l'humiliation et les abus sexuels ont agi comme des rituels (EN) : les auteurs négociaient des relations de pouvoir les uns par rapport aux autres. C’est en zoomant sur cette échelle micro que l’on voit à quel point les auteurs de violences nazis étaient multiples, car un assassin de masse ou un prédateur sexuel pouvait, dans le même temps, être un collègue respecté, un père aimant ou un époux attentionné. Tout en représentant un axe essentiel, les personnes responsables de violences et de génocide ne devraient pas, seules, retenir toute notre attention. La recherche historique sur les violences nazies a démontré de manière convaincante le rôle fondamental de l’environnement social immédiat accomodant dans la promotion (ou l’élimination) de la violence, tout comme les contextes institutionnels plus larges et la société dominante.

Qu'entendez-vous par un environnement social “accomodant” ? En quoi cela contribue-t-il à la violence ?

Pour vous donner un exemple, environ 1,5 million de femmes autrichiennes et allemandes (EN) ont soutenu des projets nationaux-socialistes de guerre et d'occupation, soit en tant que professionnelles — en tant qu’infirmières, secrétaires ou auxiliaires de la Wehrmacht et des SS — soit en tant qu'épouses de fonctionnaires nazis (DE). Aucune de ces femmes ne se percevait comme actrice politique ou facilitatrice de violence. L’analyse de leur vie quotidienne révèle pourtant comment ces femmes s’adaptaient au régime de multiples façons, à la fois sur leur lieu de travail et dans leur foyer. Les conditions propices aux actions violentes étaient incontestablement “créées” par le contexte institutionnel et les politiques d'extermination nazies. Mais ces conditions ont également été négociées, transformées et produites sur le terrain par des personnes ordinaires : des secrétaires, des infirmières, et des traductrices qui travaillaient suffisamment près des fusillades ou des ghettos pour être témoins d’expulsions, de violence et de tueries. Certaines organisaient même des pique-niques (EN) à côté de fosses communes. Certes, une grande majorité gardait ses distances et se concentrait sur son travail. Toutefois, en tant que spectatrices et collaboratrices des tueurs, ces femmes ont largement contribué à encourager la violence. Je ne parle pas ici uniquement de mobiles ou d'intentionnalité, mais aussi des répercussions, souvent imprévues, des actions humaines. Pour citer Michel Foucault : “Les gens savent ce qu'ils font : souvent ils savent pourquoi ils font ce qu'ils font ; mais ce qu’ils ignorent, c’est l’effet produit par ce qu’ils font.” Les applaudissements ou l’attitude opportuniste consistant à “suivre le mouvement” des femmes que je viens de mentionner ont octroyé du pouvoir aux auteurs de violence. Tout comme l’inaction de celles et ceux qui sont restés à l’écart, dont le silence a contribué à normaliser et ainsi à légitimer un génocide. La conclusion la plus radicale consisterait peut-être à dire qu’il n’y a jamais de “hors-groupe” dans les constellations d’abus et de meurtres : plus les personnes tolèrent, plus grande est l’opportunité de violence.

Et les victimes ? Comment étudier ces personnes qui ont subi des violences sexuelles ?

En ce qui concerne l'Europe, l'histoire de l'occupation nazie, et surtout de l'Holocauste, a mis en évidence le fait que les femmes marginalisées étaient particulièrement exposées aux abus sexuels (viols, exploitations, grossesses forcées) et aux maltraitances en lien avec la maternité (stérilisation et avortement forcés, suicide, infanticide (EN)), que ce soit dans les ghettos et les camps, dans les groupes de résistance, ou dans la clandestinité et la fuite. Des historiennes féministes (EN) ont insisté sur le fait que les femmes (et les hommes) ayant subi des violences sexuelles ne pouvaient être réduites au statut de victimes ; ce sont aussi des survivantes et des survivants. Parfois des femmes avaient des rapports sexuels en échange de nourriture pour ne pas mourir de faim ou pour subvenir aux besoins de leur famille. Dans ces conditions extrêmes d’urgence vitale, le terme “consentement” n'a pas beaucoup de sens car ces femmes ne se seraient pas livrées au troc sexuel (EN) en temps de paix. Dans le même temps, nous devons reconnaître leur agentivité, aussi limitée et contrainte soit-elle, et respecter leurs choix. Durant l'Holocauste, comme dans tout conflit, la façon dont les femmes (et les hommes) sont (ab)usées sexuellement ou se servent de leur sexualité est en général laissée de côté car cela touche au tabou et jette une ombre inquiétante sur l’ensemble de la société (EN), y inclus les personnes opprimées. Que ce soit à l’intérieur des ghettos, dans les camps de concentration, dans les sociétés européennes occupées ou au sein de l’Allemagne nazie, la sexualité et le sexe sont marqués par des inégalités et des hiérarchies entre et parmi les hommes et les femmes. Inégalités et hiérarchies fondées sur des appartenances ethniques, nationales ou politiques, sur la langue, la religion, la classe, le genre et l’orientation sexuelle.

Pourquoi adopter une perspective de genre dans l'étude de la violence ?

Parce qu'il existe des conditions et des constellations de violence influencées par le genre — et par genre, je n’entends pas simplement l'opposition binaire des hommes et des femmes. Identifier les rouages sous-jacents aux masculinités et aux féminités nous en dit long sur le fonctionnement du pouvoir et de la domination dans les contextes micro-sociaux. Sur comment l'occupation, la colonisation et l'exploitation par le travail agissent, mais aussi sur comment la violence de masse et le génocide peuvent devenir une profession, voire une carrière de choix. Si nous concevons le genre comme une interaction socio-historique — comme faire le genre [en anglais : doing gender] — alors il n'y a rien de “naturel” ou de “normal” à agir comme un homme ou une femme dans un certain groupe, une société ou une situation donnée. Observer les responsables nazis et la violence de masse avec une perspective sensible au genre nous permet d’étudier dans le détail les rapports sociaux souvent tendus des masculinités (para)militaires. Si les employés de la SS (EN) imaginaient et négociaient leur masculinité par rapport à leurs camarades et supérieurs hiérarchiques au travers de la violence, les femmes gardiennes (EN) avaient elles aussi quelque chose à prouver ; elles performaient  autant pour leurs collègues masculins que pour d'autres femmes. Là où je veux en venir c'est que la violence est une pratique sociale et que le genre renvoie moins à une différence biologique et à des rôles ou des identités sexuées que l'on adopte ou abandonne, qu’à la performativité et qu’aux rapports de force sociaux qui sont constamment renégociés et incarnés à la fois dans un cadre binaire homme-femme mais aussi dans l’entre-soi masculin et féminin. Adopter une perspective de genre, nous invite ainsi à examiner les antagonismes et les rapports de pouvoir fondés sur des différences perçues entre et au sein des catégories de sexe. Cela nous incite également à remettre en question le rôle des femmes dans la perpétration de la violence, car les femmes ne sont pas toujours du “bon” côté. Le nazisme et d'autres sociétés fondées sur le racisme démontrent que les femmes appartenant au groupe dominant peuvent à la fois être l'objet de politiques sexistes tout en se rendant responsables de discrimination raciale et tout en facilitant la violence.

Pour conclure, comment pouvons-nous appliquer ces connaissances aux problématiques actuelles ?

Le fait de tuer, de violer ou de harceler ne va jamais de soi — toutes les formes de violence requièrent un examen approfondi. Dans mes travaux, j’étudie le quotidien, c'est-à-dire les interactions ordinaires sur le lieu de travail ou les rencontres plus intimes, en famille ou entre amis. Ces espaces privés et “sécurisants” sont le lieu où les gens se réinventent et se présentent quotidiennement comme masculins/féminins, hommes/femmes ou transgenres, en utilisant des gestes, un langage et des rites informels fondés sur des codes de genre. Les violences sexuelles en temps de paix, comme dans les conflits armés, sont marquées par ces scénarios genrés à l'œuvre dans les sociétés. Si nous voulons en savoir plus sur les contextes sociaux et culturels spécifiques qui produisent la violence, que ce soit dans des institutions comme les universités, les écoles d'élite, l'armée, l'église ou la famille, nous devons prêter une attention particulière à ces contextes quotidiens d’apparence banale, où le privé devient résolument politique.

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Elissa Mailänder, Associate Professor au Centre d'histoire de Sciences Po

Certification avancée en études de genre : les candidatures 2020-2021 sont ouvertes !

  • ©Shutterstock Mascha Tace (1409900939) & KeanuReeves (1479356258)©Shutterstock Mascha Tace (1409900939) & KeanuReeves (1479356258)

Délivrée par le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po, la Certification avancée en études de genre permet aux diplômées et diplômés de Sciences Po attestant de solides connaissances en études de genre de les valoriser dans le monde professionnel.

Les étudiantes et étudiants en deuxième année de Master souhaitant candidater à la Certification avancée en études de genre doivent envoyer leur dossier de candidature à presage@sciencespo.fr avant le 9 mai 2021.

Le dossier doit comporter les pièces suivantes :

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Les violences sexistes et sexuelles au prisme du droit

Entretien avec Marie Mercat-Bruns, professeure à l'École de droit
  • Marie Mercat-Bruns participe à un Colloque international © Université d'AngersMarie Mercat-Bruns participe à un Colloque international © Université d'Angers

Marie Mercat-Bruns est professeure affiliée à l'École de droit de Sciences Po et maîtresse de conférences en droit privé au Conservatoire national des arts et métiers. Elle revient sur la façon dont des violences sexistes et sexuelles sont prises en compte par la loi française, et comment les entreprises et les établissements d’enseignement peuvent agir.

Depuis quand les violences sexistes et sexuelles sont-elles inscrites dans la loi française ?

En 1980, une loi qualifie pour la première fois le viol de crime : c’est aujourd’hui l’article 223-23 du Code Pénal. Depuis, toute une série de lois a étendu la répression des violences sexuelles sur le plan pénal. Mais ce n’est que le 6 août 2012 qu’une loi sur le harcèlement sexuel définit précisément pour la première fois en France les deux formes principales de harcèlement sexuel en droit pénal mais aussi en droit du travail : il peut s’agir d’un acte pas forcément répété de “chantage sexuel”, mais aussi d’une forme plus répandue, moins connue et plus insidieuse, qui n’est pas forcément liée à un acte sexuel, autrement dit des actes répétés de harcèlement sexuel qui créent un environnement hostile.

Selon l’article 222-33 du Code pénal (voir aussi l’article L1153-1 du Code du travail) :

I. - Le harcèlement sexuel est le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante (première forme).

L'infraction est également constituée :

1° Lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime par plusieurs personnes, de manière concertée ou à l'instigation de l'une d'elles, alors même que chacune de ces personnes n'a pas agi de façon répétée ;

2° Lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime, successivement, par plusieurs personnes qui, même en l'absence de concertation, savent que ces propos ou comportements caractérisent une répétition.

II. - Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d'user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l'auteur des faits ou au profit d'un tiers (deuxième forme).

III. - Sur le plan pénal, “les faits mentionnés aux I et II sont punis de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. Ces peines sont portées à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende lorsque les faits sont commis : 1° Par une personne qui abuse de l'autorité que lui confèrent ses fonctions; 2° Sur un mineur de quinze ans; 3° Sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de leur auteur; 4° Sur une personne dont la particulière vulnérabilité ou dépendance résultant de la précarité de sa situation économique ou sociale est apparente ou connue de leur auteur; 5° Par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice; 6° Par l'utilisation d'un service de communication au public en ligne ou par le biais d'un support numérique ou électronique; 7° Alors qu'un mineur était présent et y a assisté; 8° Par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait.”

En matière de droit du travail, l’agissement sexiste a été ajouté par la loi Rebsamen du 17 août 2015 (article L1142-261 du Code du travail) : “Nul ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant.”

Puis, deux dernières lois-clés sont intervenues après le lancement de #MeToo. Une première, la loi n°2018-703 du 3 août 2018, vise directement “le renforcement de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes” et comprend quatre points : l’extension du délai de prescription des crimes sexuels commis sur des mineurs à 30 ans à partir de la majorité de la victime, le renforcement des dispositions du code pénal pour réprimer les infractions sexuelles sur les mineurs, la création d’une infraction d’outrage sexiste pour réprimer le harcèlement dit “de rue” et l’élargissement de la définition du harcèlement en ligne.

Depuis le 1er janvier 2019, la loi n°2018-771 du 5 septembre 2018 a institué de nouvelles obligations pour les entreprises en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes : affichage dans l’entreprise du texte sur le harcèlement sexuel et des moyens d’action contentieuse, désignation d’un référent “harcèlement sexuel et agissements sexistes” dans les entreprises employant au moins 250 salariés, et désignation d’un référent “harcèlement sexuel et agissements sexistes” au sein de tous les Comités sociaux et économiques (CSE). Il est très important de retenir qu’en dehors des faits de violence, le harcèlement sexuel ou l’agissement sexiste peuvent entraîner une responsabilité civile et dans le cas du harcèlement sexuel l’annulation d’actes, notamment de licenciement, pour obtenir réparation et réintégration. Au civil, ces actes ne nécessitent pas la preuve d’une intention de harceler et bénéficient d’un régime de preuve plus favorable. Donc la voie pénale n’est pas toujours à privilégier ; ce qui transparaît moins dans le débat public quand on évoque l’idée de violences.

Enfin, le Ministre de la Justice et le Secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles ont annoncé le 9 février 2021 vouloir proposer, qu’en deçà de l’âge de 15 ans, tout acte de pénétration sexuelle commis par un adulte soit automatiquement considéré comme un viol — plus besoin de prouver la contrainte, menace, surprise ou violence de la victime — en créant une infraction autonome et évitant ainsi la censure constitutionnelle.

Quelle est l’influence de l’Union européenne en la matière ?

Dès 1991, dans une recommandation 92/131/CEE, la Commission européenne a joué un rôle clé en prônant un élargissement de la définition du harcèlement sexuel, englobant les deux formes citées précedemment, sans forcément qu’il existe un abus d’autorité — le harcèlement entre collègues est donc pris en compte. Et le droit européen reconnait le harcèlement fondé sur le sexe comme une forme de discrimination (voir la directive refonte 2006/54).

La définition française n’est pas tout à fait conforme au droit européen : elle évoque la situation hostile (notamment dans l’article 1153-2 du Code du travail), très interpersonnelle, au lieu de l’environnement hostile, plus systémique. En France, les règles concernant le harcèlement sexuel et les discriminations sont souvent perçues comme relevant de régimes juridiques distincts alors que, selon la loi de transposition européenne sur les discriminations du 27 mai 2008, le harcèlement fondé sur le sexe est une discrimination (en droit du travail, article 1132-1 du Code du travail). Le harcèlement discriminatoire s’applique aux hommes et aux femmes mais comprend aussi le harcèlement raciste ou celui fondé sur l’orientation sexuelle. Peu invoqué en pratique, le harcèlement discriminatoire présente un avantage : il ne requiert pas une répétition d’actes.

Il ne faut pas oublier deux autres normes internationales qui jouent aujourd’hui un rôle clé auprès des États dans leur mise en conformité des normes. La Convention d'Istanbul, adoptée par le Conseil de l’Europe en 2011 est entrée en vigueur en 2014, ratifiée la même année par la France et a été signée par l’Union européenne en juin 2017. De nature particulière, cet instrument international exige des États qui la ratifient de mettre en œuvre une série de normes assez précises et contraignantes pour prévenir la violence à caractère sexiste, de protéger les victimes et de punir les agresseurs. Enfin, la récente convention n°190 de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur la violence et le harcèlement tient compte de la particulière vulnérabilité de certains groupes de travailleuses et travailleurs plus exposés à ce type d’actes.

En France, la loi n°2019-1480 du 28 décembre 2019 visant à agir contre les violences au sein de la famille semble aussi prendre des mesures concrètes dans la vie privée en s’attaquant à l’ordonnance de protection, l’élargissement du port du bracelet électronique anti-rapprochement et l’accès au logement.

Le mouvement #MeToo a-t-il eu un impact concret sur le plan juridique ?

Après l’affaire Weinstein et le lancement du mouvement #MeToo le 25 novembre 2017, le Président de la République avait décrété l’égalité entre les femmes et les hommes “grande cause du quinquennat” en fixant trois priorités : l’éducation et l’action culturelle en faveur de l’égalité, un meilleur accompagnement des victimes, et un renforcement de l’arsenal répressif. C’est ce qui a entraîné l’adoption des dispositions des deux lois de 2018 citées et de la loi de décembre 2019 qui semblent œuvrer dans le sens d’une concrétisation de l’arsenal préventif et répressif contre les violences sexuelles qui peuvent s’inscrire dans un cadre plus général de violences.

Le mouvement #MeToo a rendu visible l’étendue et la fréquence des pratiques de harcèlement sexuel et de violences sexuelles et sexistes dans des cadres très diversifiés — emploi, éducation, famille, accès au logement, santé… — et a permis de modifier la loi pénale et même civile. En droit du travail, il a permis de montrer, grâce aux nouvelles lois, que le harcèlement sexuel pouvait poser une question de risque professionnel qui pouvait faire l’objet d’une prévention objectivable comme tout autre risque pour la santé et la sécurité des travailleurs et pas simplement réduite à une question délicate liée à un acte de la vie privée déterminé par le consentement de deux personnes majeures.

Mais la dénonciation #MeToo sur les réseaux sociaux n’a parfois pas suffi à aboutir à des poursuites judiciaires devant les juridictions pénales à défaut de précisions sur les auteurs ou les lieux des agressions. En outre, dans le cadre de #BalanceTonPorc, l’action en diffamation a fait condamner l’auteur du hashtag pour diffamation le 25 septembre 2019. De plus, dans des milieux peu favorisés, des reportages ont montré que certaines personnes n’ont pas osé utiliser ainsi les réseaux sociaux par crainte de perdre leur emploi ou de la réaction de leur entourage. Dans des communes rurales, la dénonciation sur les réseaux sociaux sans suites judiciaires a pu exposer encore plus la victime à une situation d’inconfort et aboutir à des formes d’isolement.

Dans vos travaux, vous soulignez le caractère systémique des discriminations. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Selon les études de Vicki Schultz, professeure à l’École de droit de l’Université de Yale, le harcèlement sexuel n’est bien souvent pas simplement le résultat d’une relation de nature individuelle mais peut se révéler, dans certains secteurs professionnels, un instrument de domination pour freiner l’évolution salariale et professionnelle d’un sexe sous-représenté. Elle remarque, par exemple, que lorsque le nombre de femmes augmente dans un service ou une activité professionnelle, l’incidence du harcèlement sexuel peut baisser. Parfois le phénomène d’agissement sexiste peut faire partie de la culture d’entreprise.

Ainsi, il faut comprendre que le harcèlement sexuel, vu comme une discrimination, révèle souvent davantage un climat dans une organisation où il peut exister, par exemple, une ségrégation sexuée des métiers et parfois un plafond de verre maintenu en partie grâce à des pratiques de harcèlement sexuel dans le sens “du fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante” (article L1153-1 du Code du travail).

Les organisations peuvent-elles prévenir le risque de harcèlement et de violences sexistes et sexuelles ?

Oui, les organisations sont dans l’obligation de prévenir le harcèlement sexuel, la discrimination et les violences sexistes et sexuelles car, notamment en tant qu’employeur, elles ont une obligation de sécurité vis à vis de leurs salariés. Désormais, depuis la loi du 8 août 2016, outre les violences, les agissements sexistes font partie des risques que les employeurs doivent prendre en compte lorsqu’ils planifient la prévention des risques professionnels (article 4121-2 du Code du travail). Sur le terrain, cela veut dire que l’inaction d’une organisation, quelle que soit sa nature, face à des rumeurs, des lettres anonymes est répréhensible. Tout acte de représailles face à une dénonciation est a fortiori à proscrire. Il faudrait mettre en place des actions qui consistent à sensibiliser et former les salariés à cette question et mettre en place un système d’alerte en cas d’agissement sexiste verbal ou non verbal. L’intervention d’un organisme extérieur est pour cela souhaitable. La prévention est simplement le meilleur gage d’un environnement sain de formation ou de travail. Toute enquête interne suite à une plainte doit assurer à la fois la garantie de la sécurité de la personne victime et les droits de la défense de la personne incriminée.

Pouvez-vous nous parler plus spécifiquement des établissements d’enseignement supérieur ?

Déjà en 2018, la ministre de l’Enseignement supérieur et la secrétaire d’État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes avaient lancé une campagne de sensibilisation sur les violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement supérieur. L’idée était surtout de créer, au sein de chaque université, une cellule d’accueil et d’écoute permettant à toutes les victimes, à tous les survivants, de bénéficier d’un accompagnement et d’un soutien en cas de violences sexistes ou sexuelles.

D’autres pays, notamment en Amérique Latine, ont saisi l’occasion de produire en interne des espaces de dialogue dans les universités sur ces questions. Ces espaces sont construits avec les chercheuses et chercheurs qui traitent des questions féministes et qui ont participé à l’élaboration de normes internes au sein des établissements, en dehors des services de ressources humaines et de la direction.

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S’engager auprès des femmes

Rencontre avec Diariata N'Diaye
le 18 février 2021
  • Diariata N’Diaye © Catherine CabrolDiariata N’Diaye © Catherine Cabrol

Jeudi 18 février 2021, à 18h, les élèves du Certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques recevront Diariata N’Diaye, artiste slameuse, engagée depuis de nombreuses années contre les violences faites aux femmes. Elle reviendra sur son parcours et son engagement. Elle évoquera notamment Resonantes, une association nantaise de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et la création d’App-Elles, la première application mobile destinée aux filles et aux femmes victimes de violences.

Introduction par Najat Vallaud-Belkacem, co-directrice du Certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques de Sciences Po, ancienne ministre.

Animation des échanges par Lucie Chataigner, Diane Chefdor, Morgane Iofrida et Carla Peretti, toutes quatre étudiantes du Certicat.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques, coordonné par l’École d’affaires publiques et le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po.

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Agir pour l’égalité professionnelle au CNRS

Rencontre avec Prune Houvion, étudiante à l'École d’affaires publiques
  • Prune Houvion ©PHPrune Houvion ©PH

Prune Houvion est étudiante à l'École d’affaires publiques de Sciences Po. Après avoir obtenu le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques pendant sa première année de Master, elle a choisi de faire une année de césure et d’effectuer un stage à la Mission pour la Place des Femmes au sein du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle revient sur son parcours et sa participation à l'élaboration du nouveau plan d'action pour l'égalité professionnelle du CNRS.

Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le Certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques ?

Ayant étudié au Mount Holyoke College, une université pour femmes, historically women’s college en anglais, lors de ma troisième année à l’étranger et étant passionnée par les enjeux des luttes féministes et de l’égalité, j’avais très envie de rejoindre le Certificat. L’approche théorique et pratique proposée par le Certificat m’intéressait beaucoup et me semblait être complémentaire de mes engagements extérieurs et de mon travail au sein du projet collectif dont je faisais partie. C’était une formidable occasion d’étudier en profondeur et de manière critique un sujet lié aux enjeux des politiques publiques de l’égalité — dans mon cas, la réforme du congé parental — et de rencontrer des personnes aux profils très différents, qui œuvrent de différentes manières contre les inégalités, au quotidien.

Quelles sont vos missions au sein de la Mission pour la place des femmes au CNRS ?

Ma mission principale était de coordonner et de participer à l’élaboration, la rédaction et la mise en forme d’un nouveau plan d’action pour l’égalité professionnelle — le CNRS en ayant déjà adopté un en 2011. La loi de transformation de la fonction publique d’août 2019, rend obligatoire pour tous les organismes publics l’adoption d’un plan d’action pour l’égalité professionnelle, structuré autour d’au moins quatre axes, clairement définis par la loi. À côté de cela, j’ai eu d’autres missions, parmi lesquelles la création d’un document ressource sur les violences sexistes et sexuelles ou encore l’élaboration et la rédaction de fiches pratiques à destination des directeurs et directrices d’unité. La Mission pour la Place des Femmes (MPDF) est une mission directement rattachée à la présidence du CNRS, à Paris. Elle est composée d’une directrice, d’un chargé de projet, d’une chargée de projets européens et d’une assistante. Son rôle est multiple : agir pour l’égalité professionnelle au sein du CNRS, mais aussi promouvoir la transdisciplinarité de l’approche “genre” dans la recherche, valoriser les carrières scientifiques et techniques auprès des jeunes filles ou encore développer les partenariats européens et internationaux autour de projets sur le genre.

Avez-vous tiré des conclusions des périodes de confinement concernant l’égalité professionnelle ?

Au moment de mon stage, il était encore trop tôt pour tirer des conclusions scientifiques robustes sur l’effet du confinement sur l’égalité professionnelle, mais des recherches sont en cours sur le sujet et nous nous sommes appuyées sur les premières analyses de chercheurs et chercheuses dans le cadre de la rédaction du plan d’action. Par exemple, alors qu’avant les périodes de confinement le télétravail était parfois présenté comme un potentiel outil de l’égalité, un palliatif au temps partiel, les derniers mois ont bien montré qu’il avait plutôt tendance à renforcer et à creuser les inégalités professionnelles. Nous avons pris compte de cela dans la rédaction du nouveau plan d’action.

Quels sont vos projets pour la suite ?

À court terme, étant en année de césure, j’enchaîne avec un deuxième stage à partir de fin janvier. Je vais travailler au sein du ministère des Affaires Étrangères, au sein du Secrétariat général du Forum Génération Égalité, en tant que stagiaire communication et relations presse. C’est une chance de pouvoir participer d’aussi près à l’organisation d’un événement international de cette ampleur : le Forum Génération Égalité est la plus grande conférence organisée au niveau international depuis 25 ans sur les droits des femmes et l’égalité femmes-hommes. C’est un événement à l’initiative d’ONU Femmes qui est co-présidé par la France et le Mexique. À moyen et à long terme je ne sais pas encore exactement ce que je souhaite faire, mais je sais que je veux continuer à œuvrer pour les droits des femmes et contre les inégalités de genre.

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Crise sanitaire, confinement et inégalités de genre au travail

Séminaire LIEPP - PRESAGE
Vendredi 5 février 2021, 9h30-12h
  • Une femme travaille sur son ordinateur © Ketut Subiyanto / PexelsUne femme travaille sur son ordinateur © Ketut Subiyanto / Pexels

Comment mesurer l’impact de la crise sanitaire liée au Coronavirus Covid-19 sur les inégalités de genre ? Alors que cette crise n’est pas encore terminée et que ses conséquences à long terme ne sont pas encore mesurables, le Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques et le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po organisent un séminaire sur les conséquences de cette crise sanitaire et des périodes de confinement sur les inégalités femmes-hommes.

Économistes, juristes, et sociologues viendront présenter et discuter des conclusions de leurs dernières recherches sur deux thématiques : la répartition des tâches domestiques et familiales en temps de confinement, et l’impact de la crise sanitaire sur les inégalités au travail.

Programme

Table-ronde 1 : Comment répartir les tâches domestiques et familiales en temps de confinement ?

  • Emanuele Ferragina, professeur associé à l’Observatoire sociologique du changement, et Marta Pasqualini, post-doctorante à l’Observatoire sociologique du changement - Faire face au Covid-19. Distanciation sociale, cohésion et inégalités dans la France de 2020
  • Francesca Marchetta, maîtresse de conférence l'Université Clermont Auvergne et Hugues Champeaux, doctorant au Centre d'Études et de Recherche en Développement International de l'Université Clermont Auvergne - Répartition des tâches ménagères et conflits au sein des couples pendant le confinement
  • Anne Boring, Assistant Professor au département d'économie de l'Université Érasme de Rotterdam - L'impact du confinement sur les normes de genre

Discussion Anne Revillard, directrice du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques de Sciences Po

Table-ronde 2 : Crise sanitaire et inégalités de genre au travail

  • Marie Mercat-Bruns, professeure affiliée à l'École de droit de Sciences Po - Télétravail et discriminations indirectes fondées sur le genre
  • Bruno Palier, directeur de recherche CNRS au Centre d'études européennes et de politique comparée de Sciences Po, chercheur affilié au Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques de Sciences Po - La sous rémunération des travailleuses essentielles

Discussion Hélène Périvier, directrice du Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po

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Service ou servitude

Essai de Geneviève Fraisse sur les femmes toutes mains
  • Peinture de Félix Vallotton, La Maîtresse et la Servante, 1896. Domaine public.Peinture de Félix Vallotton, La Maîtresse et la Servante, 1896. Domaine public.

Si, à la suite du mouvement #MeToo, la prise de parole des femmes s’est exprimée avec une ampleur inattendue, aujourd’hui à qui incombe concrètement tant la charge matérielle que mentale du « service domestique » ?

Femmes toutes mains, ouvrage précurseur de Geneviève Fraisse, philosophe de la pensée féministe, est réédité. Il retrace la généalogie de la notion de service – de la domesticité au paradigme du care, de la question de l’emploi et de la hiérarchie sociale entre femmes à celle de la solidarité, du service "à la personne" à la construction d’une société commune aux deux sexes.

Rendre au mot de "service" toute sa polysémie, analyser l’histoire du travail des femmes et de leur émancipation à travers une pensée de l’égalité et de la justice, telle est la grande originalité de ce livre paru au éditions du Seuil le 14 janvier 2021.

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Études de genre : le catalogue des cours du semestre de printemps 2021 est en ligne !

  • Réunion en présentiel à Sciences Po © Malika Sadaoui / Sciences PoRéunion en présentiel à Sciences Po © Malika Sadaoui / Sciences Po

Le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po (PRESAGE) promeut une approche transversale de l’enseignement des études de genre. Les étudiantes et étudiants attestant de solides connaissances dans ce champ de recherche peuvent les valoriser en obtenant la Certification avancée en études de genre.

>> Consulter le catalogue des cours du semestre de printemps 2020-2021 <<

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Les comportements politiques au prisme du genre

Rencontre avec Anja Durovic, jeune docteure
  • Anja Durovic vient de soutenir sa thèse © Céline BansartAnja Durovic vient de soutenir sa thèse © Céline Bansart

Anja Durovic vient de soutenir sa thèse au Centre d’études européennes et de politique comparée sur les niveaux de participation politique des femmes et des hommes. Cinq ans après l’obtention de son diplôme de master en sociologie politique comparée à Sciences Po, elle est désormais docteure en science politique. Elle revient sur son parcours.

Pourquoi avez-vous choisi un parcours de recherche doctorale après votre master ?

Avant de devenir étudiante à l’École de la recherche de Sciences Po, j’ai effectué un bachelor en science politique à l’Université de Mannheim, en Allemagne. Pendant que je rédigeais mon mémoire de bachelor, j’étais en parallèle assistante dans deux projets de recherche. C’est à ce moment-là que j’ai eu le sentiment d’avoir véritablement compris tout ce que j’avais pu apprendre durant mes premières années d’études en science politique, de détenir, d’une certaine manière, les pièces d’une petite partie d’un grand puzzle et de pouvoir enfin les mettre ensemble. J’ai donc pris la décision de faire un master de recherche en sociologie politique comparée pour pouvoir ensuite faire une thèse.

Comment se sont passées vos années de master ?

C’est grâce au master de recherche à Sciences Po que j’ai rencontré Nonna Mayer et Vincent Tiberj, mes directeurs de thèse, et que j’ai approfondi mes connaissances sur les études comparatives et de genre. Dans mon mémoire de master, j’ai analysé l’évolution des écarts de participation politique entre les femmes et les hommes en Espagne, en France, et en Suède et j’ai trouvé que ces écarts diminuaient, mais de manière différente selon la génération et le pays. Mais je voulais aller beaucoup plus loin : élargir mon analyse au-delà de ces trois pays, inclure d’autres modes de participation et analyser d’autres bases de données. Je voulais étudier et expliquer plus finement l’évolution des décalages genrés dans la participation politique. C’est à ce moment précis que mon projet de thèse est né, et c’est grâce à l’obtention d’un contrat doctoral que j’ai pu le mettre en œuvre.

Votre thèse est donc la poursuite de ces recherches ?

Oui, ma thèse part d’un objet très classique de la sociologie politique : l’écart des niveaux de participation politique entre les femmes et les hommes, qu’on appelle le “gender gap de la participation politique”. Pendant longtemps, les travaux sur les comportements politiques ont mis en avant le fait que les femmes s’engagaient moins que les hommes dans la vie politique. Néanmoins, force est de constater que dans de nombreuses démocraties occidentales contemporaines ces écarts varient selon le type de participation politique : par exemple, les femmes sont moins susceptibles que les hommes de participer à des campagnes politiques, de contacter le personnel politique, de s’engager pour un parti ou une autre organisation politique. Mais elles sont en revanche plus impliquées que les hommes dans la signature de pétitions ou la consommation engagée. Dans de nombreux pays d'Europe occidentale, elles sont désormais aussi plus susceptibles de voter aux élections nationales.

Les recherches existantes se limitent souvent à examiner des cas isolés et proposent rarement une perspective historique, ce qui ne permet pas d'évaluer si cette évolution paradoxale est un phénomène nouveau, ou quelque chose qui a émergé au fil du temps. Nous manquons d’explications sur les raisons de ces évolutions : ma thèse vise à combler cette lacune en adoptant un cadrage théorique dynamique, croisant études de genre et travaux sur la participation politique, et un design de recherche qui compare à la fois différents types de participation politique, différents pays d’Europe de l’Ouest, le tout sur une période de 35 ans, en s’appuyant sur l’analyse quantitative des enquêtes européennes “European Values Study” (1981-2008) et “European Social Survey” (2002-2016).

Quelles sont vos conclusions ?

Mes résultats indiquent que les écarts de participation entre femmes et hommes ont évolué au fil du temps : ils se sont réduits et parfois inversés selon le mode d’action, et cela de manière différente selon les pays. Par exemple, en France, si on s’intéresse à l’engagement dans des manifestations ou dans des formes de participation politique coûteuses en termes de temps et de ressources — comme s’engager dans un parti politique ou contacter un élu — on observe que l’écart entre les femmes et les hommes a diminué. Dans le même temps, on observe que depuis les années 2000, les Françaises signent plus souvent des pétitions que leurs homologues masculins.

De manière générale, je montre que cette évolution paradoxale des écarts de participation politique des femmes et des hommes est principalement due aux effets genrés de l’appartenance générationnelle qui influence différemment le niveau de participation politique : l’ampleur des écarts de participation diminue chez les plus jeunes, du fait des différences générationnelles en termes d’éducation, de religiosité, de politisation, et des effets négatifs et durables du retard dans l’accès des femmes à la citoyenneté politique. Cependant, ma thèse révèle aussi que la diminution du gender gap dans les formes de participation coûteuses en termes de temps et de ressources parmi les jeunes générations n’est pas due à un plus fort engagement des femmes mais à une participation en baisse des hommes, qui, dans certains pays, s’explique par une diminution du taux de syndicalisation chez les plus jeunes. En ce sens, ma thèse démontre et souligne que les hommes peuvent aussi changer leurs comportements politiques et que les évolutions des inégalités genrées de participation politique - en termes d’ampleur et de direction - ne découlent pas nécessairement des seules variations du comportement des femmes !

En 2017, vous avez travaillé à l'Université d'Oxford. Cette année d’échange a-t-elle eu un impact sur votre recherche ?

Oui, clairement : c’est un environnement intellectuel très stimulant. J’ai notamment pu rencontrer des chercheurs et des chercheuses travaillant aussi sur l’étude des effets d’âge, de génération et de période dans les comportements politiques — des effets qui sont très difficiles à dissocier dans des analyses basées sur des données et méthodes quantitatives. C’est grâce à ces rencontres et à ces discussions que j’ai choisi mon approche pour faire face à ce défi méthodologique auquel j’étais confrontée dans mon travail de thèse. Au-delà de cet aspect très spécifique, j’ai surtout profité du fait qu’Oxford est une très grande université avec une immense offre de séminaires de recherche, où se croisent des chercheurs et chercheuses venant de disciplines et traditions de recherche très différentes. J’ai vraiment appris beaucoup de choses grâce à ces savoirs divers et variés et notamment en présentant mon projet de thèse à des personnes qui à priori n'avaient rien à voir avec mon sujet.

Quels sont vos projets pour la suite ?

En ce moment, je me concentre surtout sur différents projets de publication en lien avec mon travail de thèse. En parallèle, j’enseigne des cours de science politique et de méthodologie à Sciences Po Bordeaux où j’ai également commencé un post-doctorat. Sur le long terme, je souhaite continuer à faire de la recherche et à creuser certaines pistes de recherche sur les inégalités de genre et de génération dans les comportements et attitudes politiques que je n’ai pas pu aborder dans mon travail de thèse.

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De la participation politique des jeunes femmes migrantes

Quatre étudiantes de Sciences Po partagent leur expertise
  • Une adolescente marche dans une rue de Turin ©Antonello Marangi/ShutterstockUne adolescente marche dans une rue de Turin ©Antonello Marangi/Shutterstock

À l'occasion de la Journée internationale des personnes migrantes, le 18 décembre 2020, nous avons interrogé Carolina, Faty, Gabrielle et Jillian. Ces quatre étudiantes en master à l’École des affaires internationales de Sciences Po mènent un projet de recherche-action sur la participation des jeunes femmes migrantes et réfugiées aux processus politiques internationaux en Europe.

En quoi la situation des jeunes femmes migrantes en Europe est-elle particulière ?

Jillian: Les mots “migrant” et “réfugié” sont souvent utilisés de manière interchangeable. Ces deux populations sont confrontées à des difficultés similaires à leur arrivée en Europe, et ont toutes deux droit à une protection. Mais la confusion de ces deux termes peut-être préjudiciable sur le long terme. Cela revient à présenter la demande d’asile comme un libre choix et invisibilise les défis rencontrés par celles et ceux qui ont migré à la recherche de meilleures opportunités. Lorsque l’on plaide pour une meilleure protection des jeunes femmes migrantes, il est important de souligner le fait que leur vulnérabilité n’est pas inhérente : elle découle de la précarité de leur situation.

Carolina: Les jeunes femmes migrantes constituent le plus grand groupe sur-qualifié et sous-employé en Europe. En ce qui concerne leur situation, nous constatons qu'il existe un écart frappant entre ce que les différentes parties prenantes préconisent, les cadres internationaux et européens créés ces dernières années, et la réalité. Dans l'ensemble, l'absence de mesures de sauvegarde protectrices et de programmes inclusifs pour recevoir ou générer des revenus adéquats, place les jeunes femmes migrantes dans des situations à risque élevé.

Pourquoi est-il fondamental d'identifier les obstacles qui entravent la participation politique des jeunes femmes migrantes ?

Gabrielle: Nous avons déjà mené plusieurs entretiens et cette question met presque toutes les personnes interrogées d’accord, quelle que soit leur position. Toutes leurs réponses confirment notre hypothèse de départ selon laquelle il serait contre-productif de séparer l'intégration politique d'autres questions comme le bien-être physique ou mental, l'accès à un logement ou l'apprentissage linguistique. Au départ, nous avions concentré nos recherches sur les obstacles et les barrières administratives qui existent au sein de l’ensemble des États membres de l'Union européenne. Puis nous avons compris que la capacité des femmes migrantes à se retrouver dans le système administratif était directement liée aux préjugés raciaux, au niveau de langue, à l’accès aux services de santé, etc. À la lumière de ces résultats, il nous semble que la participation politique constitue le point nodal qui permettrait d’envisager une amélioration structurelle à long terme.

Carolina: Et nous sommes profondément convaincues que la participation politique va au-delà du vote ou d’une candidature à une élection : elle se joue dans différentes sphères de nos sociétés. Il est nécessaire de promouvoir la participation politique des jeunes femmes migrantes en Europe dans une perspective holistique : c’est en facilitant leur participation grâce à des stratégies d'intégration globales que la pleine jouissance de leurs droits humains sera garantie.

qu'est-ce qui fait obstacle à la participation politique des jeunes femmes migrantes ?

Gabrielle: Il est impossible d’identifier un seul obstacle à la participation politique des femmes migrantes : comme nous l’avons dit, il s’agit d’une obstruction structurelle. Les femmes migrantes se situent au carrefour de systèmes racistes et sexistes, imprégnés de discours sécurisants et victimisants qui ne reflètent pas la réalité de ce que sont ou vivent ces femmes.

Faty: Oui, comme le dit Gabrielle les jeunes femmes migrantes sont placées à l'intersection du racisme, du sexisme et d'autres discriminations. Nos entretiens avec des épidémiologistes, des praticiennes du droit, des directrices d'organisations non gouvernementales et des militantes ont montré le cadrage de la figure et des choix de “la jeune migrante” comme un indicateur d'assimilation. Les choix de ces jeunes femmes sont présentés de manière binaire : soit elles s’intègrent dans un contexte progressiste occidental, soit elles conservent les pratiques traditionnelles de leur pays d'origine. Mais en adoptant une perspective féministe, nous sommes en mesure d’aller au délà de cette vision binaire et simpliste et de révéler une réalité plus complexe pour les jeunes femmes migrantes qui ont une compréhension aussi large de la communauté, de l'identité et de l'appartenance.

Gabrielle: Oui, les jeunes femmes migrantes ont la capacité d'apporter de nouvelles perspectives aux politiques européennes, en lien - ou non - avec les migrations.

Avez-vous déjà identifié des pistes d’amélioration ?

Jillian: Nous avons l’opportunité et le privilège de remettre des recommandations stratégiques au travers de la rédaction d’un rapport avec le European Network of Migrant Women et la plateforme Women Forward International. Jusqu'à présent, nos entretiens avec des expertes et des militantes nous ont offert une perspective interdisciplinaire très riche sur les obstacles à la participation des jeunes femmes migrantes aux processus politiques. Pour passer de la théorie à la pratique, il est important que notre rapport centralise les perspectives des jeunes femmes migrantes. C'est pourquoi l'atelier participatif avec des jeunes femmes migrantes, prévu en janvier 2021 à Menton, sera essentiel pour faire de ce rapport et des recommandations qu’il contiendra un outil concret et utile. Grâce à une série d'entretiens et de discussions de groupe, nous avons l'intention de retravailler nos recommandations afin de parvenir à une liste stratégique élaborée de manière collaborative et horizontale.

Faty: Comme Jillian l’indique, en matière de rédaction de recommandations, l'atelier de Menton sera essentiel. Les entretiens que nous avons menés jusqu'à présent ont été extrêmement enrichissants et nous ont permis de confirmer et d'étayer de nombreuses hypothèses. Cependant, être en mesure d'interroger et d'interagir avec des femmes migrantes directement concernées par la migration sera un tournant pour notre recherche : c'est leur point de vue qui apportera une perspective véritablement subversive sur leur propre participation politique.

Ce projet de recherche-action est mené pour et avec le European Network of Migrant Women [Réseau européen des femmes migrantes], dans le cadre de la plateforme Women Forward International.

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Le projet collectif avec Women Forward International

Habiter la contradiction avec Geneviève Fraisse

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  • Geneviève Fraisse est philosophe de la pensée féministe © Nicolas GuiraudGeneviève Fraisse est philosophe de la pensée féministe © Nicolas Guiraud

Philosophe de la pensée féministe, Geneviève Fraisse s’intéresse à la provenance de l’égalité des sexes : quel moment de l’histoire la rend possible ou impossible ? Colporteuse d’idées, elle veut élaborer les problèmes et découvrir les concepts, construire un champ d’intelligibilité et trouver des repères.

"Habiter la contradiction" désigne les lieux et les formes des paradoxes inhérents au féminisme; comment "habiter" permet d'échapper aux dualismes comme d'analyser les contretemps de l'émancipation.

(Ré)écouter le podcast, animé par Hélène Périvier, économiste, directrice du Programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po :

Habiter la contradiction. Conversation avec Geneviève Fraisse.

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Habiter la contradiction

Conversation avec Geneviève Fraisse
en webinaire le 1er décembre 2020
  • Geneviève Fraisse est philosophe de la pensée féministe © Nicolas GuiraudGeneviève Fraisse est philosophe de la pensée féministe © Nicolas Guiraud

Philosophe de la pensée féministe, Geneviève Fraisse s’intéresse à la provenance de l’égalité des sexes : quel moment de l’histoire la rend possible ou impossible ? Colporteuse d’idées, elle veut élaborer les problèmes et découvrir les concepts, construire un champ d’intelligibilité et trouver des repères.

"Habiter la contradiction" désigne les lieux et les formes des paradoxes inhérents au féminisme; comment "habiter" permet d'échapper aux dualismes comme d'analyser les contretemps de l'émancipation.

Le webinaire aura lieu le 1er décembre à 19h00. Il sera animé par Hélène Périvier, économiste à l'OFCE, directrice du Programme de recherche et d'enseignement sur le genre de Sciences Po.

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Lola Zappi doublement primée pour sa thèse d’histoire

  • Lola Zappi a reçu deux prestigieux prix pour sa thèse ©LZLola Zappi a reçu deux prestigieux prix pour sa thèse ©LZ

Lola Zappi, docteure en histoire, a reçu deux prestigieux prix pour sa thèse : le Prix de la Chancellerie des universités de Paris en lettres et sciences humaines, ainsi que le Prix du Comité d’histoire de la sécurité sociale. Ces prix lui sont décernés pour son travail de recherche sur le service social à Paris dans l'entre-deux guerres réalisé à l’École doctorale de Sciences Po et au Centre d’histoire de Sciences Po sous la direction de Claire Andrieu et de Christophe Capuano. Il récompense l’excellence de la valeur universitaire et scientifique de sa thèse de doctorat.

Lire son interview : Comment les services sociaux ont-ils émergé dans l’entre-deux-guerres ?

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CIVICA : une université européenne inclusive

Entretien avec Maxime Forest, chercheur à Sciences Po
  • Réunion à distance © Shutterstock / DidGasonRéunion à distance © Shutterstock / DidGason

Sciences Po est membre fondateur et coordinateur de CIVICA - L'Université européenne des sciences sociales : une alliance de huit établissements d'enseignement supérieur formant une université européenne pilote. Afin de favoriser l’émergence d’une identité commune au sein de cette alliance, le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po organise en novembre 2020 un atelier sur l’inclusion et l’égalité femmes-hommes. Nous avons rencontré Maxime Forest, l'un des organisateurs de cet atelier.

Pourquoi l’égalité femmes-hommes est-elle une valeur fondamentale de CIVICA ?

En 2017, le Conseil de l'Union européenne a lancé une “Initiative des universités européennes” : des alliances transnationales paneuropéennes d'établissements d'enseignement supérieur destinées à promouvoir les valeurs européennes ont été créées. À ce jour, 41 alliances ont été financées et établies. CIVICA fait partie des 17 premières universités européennes sélectionnées en 2019. L'égalité femmes-hommes est un principe inscrit dans les traités de l'Union européenne. De plus, l’un des objectifs de la politique européenne en matière de recherche est d’atteindre l'égalité des femmes et des hommes dans le monde universitaire et d’intégrer une dimension de genre dans la recherche et l'enseignement. Par conséquent, une alliance comme CIVICA est non seulement bien placée pour envisager l'égalité des sexes comme l’une de ses valeurs fondamentales, mais a également reçu pour mission d’y contribuer de manière substantielle. Comme d'autres universités européennes, CIVICA vise aussi à améliorer la qualité de l'enseignement supérieur européen : la prévention des biais et des discriminations sexistes est un moyen d’atteindre cet objectif.

À quels types de défis les universités font-elles face ?

Le rôle de l'enseignement primaire et secondaire dans la reproduction des stéréotypes est bien connu : les stéréotypes conduisent à une ségrégation horizontale, c'est-à-dire à une répartition inégale des femmes et des hommes dans les programmes d'enseignement, qui impacte les choix d’orientation des jeunes Européens. Cette ségrégation maintient une division sexuée dans un certain nombre de domaines, comme par exemple les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STEMs). Les universités ont donc une responsabilité particulière dans la lutte contre les stéréotypes et leurs conséquences directes sur les choix et les opportunités des étudiantes et des étudiants. Cela implique de relever toute une série de défis : de la sensibilisation des élèves et des enseignants à la révision des protocoles d’évaluation des enseignantes et des enseignants, en passant par l’adoption d’une communication sensible au genre et l’intégration de la dimension de genre dans les enseignements. Les universités ne sont pas à l'abri du sexisme, du harcèlement sexuel et des violences sexistes : des politiques efficaces sont donc également nécessaires dans ce domaine. Et, en tant qu’environnement de travail, les universités doivent également garantir l’égalité des chances dans les carrières et l’égalité d’accès aux processus de prise de décision.

En quoi les universités sont-elles un terrain d’action particulier ?

Dans plusieurs États membres de l'Union Européenne, la liberté académique est entravée. Et ce particulièrement dans les domaines du genre et de la lutte contre les discriminations. Des universités sont actuellement menacées par une interdiction des études de genre, en Roumanie et en Hongrie notamment. La National University of Political Science and Public Administration, basée à Bucarest, et la Central European University, établie initialement à Budapest peu après sa fondation en 1991, deux universités membres de l’alliance CIVICA, ont été ou sont concernées par ce type de menaces. Central European University a récemment vu ses activités en Hongrie considérablement limitées, notamment au prétexte qu'elle avait développé un programme d’études sur le genre. En 2020, elle a déplacé son campus principal à Vienne. Déclarer que les fondements de CIVICA sont l’inclusion et l’égalité des sexes est donc également une façon de défendre les libertés académiques.

Sciences Po a déjà acquis une certaine expérience en matière d'égalité femmes-hommes. Pouvez-vous nous raconter ?

Oui, Sciences Po a créé le programme PRESAGE en 2010 : nous avons donc déjà plus de 10 ans d’expérience en matière d’élaboration de cours et de projets de recherche sur les questions de genre. Ensuite, en 2014, Sciences Po a intégré le projet EGERA [Effective Gender Equality in Research and the Academia] en tant que coordinateur : c’est grâce à ce programme, financé par l'Union européenne, que Sciences Po a créé son premier plan d’action en faveur de l’égalité femmes-hommes. En 2018, Sciences Po a été la première université française à obtenir le label “égalité professionnelle entre les femmes et les hommes” de l’Agence française de normalisation (AFNOR). Cette même année nous avons rejoint SUPERA [Supporting the Promotion of Equality in Research and Academia], une autre initiative financée par l'Union européenne : cette fois le rôle de Sciences Po est de soutenir d'autres universités en Europe dans l’adoption de plans d’action en faveur de l’égalité. En 2021, Sciences Po jouera un rôle similaire dans le projet européen RESET [Redesigning Equality and Scientific Excellence Together] coordonné par l'Université de Bordeaux. Au travers de tous ces projets, Sciences Po a acquis une expertise et une légitimité que nous prendrons plaisir à partager avec nos partenaires CIVICA.

Quels sont les objectifs de l'atelier “égalité et inclusion” de CIVICA ?

Il vise à répondre aux défis que j’ai mentionnés précédemment, et aussi à ouvrir la voie à un engagement fort en matière d’égalité. Lors de cet atelier, nous partagerons nos connaissances en matière d’égalité. Nous entendons aussi construire un consensus autour de l'égalité des sexes et de la diversité en tant que valeurs fondamentales. Des chercheuses et des chercheurs spécialistes des questions de genre, des responsables de mission égalité femmes-hommes et d’autres acteurs et actrices-clés ont été invités à participer à cet atelier et à prendre position sur ces questions. Pendant l’atelier nous aborderons également la défense de la liberté académique, dont dépend la qualité de l'enseignement supérieur. Notre objectif fondamental est de contribuer à promouvoir CIVICA comme une alliance d’universités inclusive.

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"La science économique a besoin du féminisme, et vice versa"

Hélène Périvier sur son ouvrage, L'économie féministe
  • Hélène Périvier est économiste à Sciences Po @Thomas Arrivé/Sciences PoHélène Périvier est économiste à Sciences Po @Thomas Arrivé/Sciences Po

La science économique a été pensée par des hommes au service d'une société dirigée par des hommes, et elle est aussi la science sociale la moins féminisée : dans son dernier ouvrage, L’économie féministe (Presses de Sciences Po, 2020), Hélène Périvier, économiste à l'OFCE, met en lumière ce que le féminisme apporte à la théorie économique. Mais aussi en quoi une approche économique peut éclairer le féminisme et ses combats. Entretien avec la Directrice du Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po.

Avez-vous toujours été une économiste féministe ?

Non, je ne l’ai pas toujours été. Je n’ai jamais été engagée dans ma jeunesse sur ces questions là. Dans ma thèse je n’ai pas adopté de perspective genrée alors que mon sujet s’y prêtait, puisque j’ai travaillé sur l’incitation au travail, les minima sociaux et les politiques de lutte contre la pauvreté. Mais après mon doctorat, je suis entrée à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) dans le cadre d’un projet européen qui s'appelait MOCHO, pour Motherhood Choices. Ce projet était piloté par Danièle Meulders, une économiste féministe reconnue, professeure à l’Université Libre de Bruxelles en Belgique. Il s’agissait de déterminer quels pays européens avaient l’environnement institutionnel le plus favorable aux mères qui travaillent. C’est avec cette recherche que j’ai découvert l’importance de la perspective féministe. Depuis, cette question ne m’a plus quittée.

Vous dites qu’il y a toujours eu des femmes économistes, mais que leurs travaux ont été disqualifiés. Pouvez-vous nous en parler ?

Oui, ce que j’essaie de faire dans ce livre, c’est de réhabiliter des femmes pour ce qu’elles ont apporté à la pensée économique. Par exemple, Julie-Victoire Daubié est connue pour être la première femme à avoir passé le Bac en 1862, ce qui est évidemment très important. Mais ses travaux sur la femme pauvre ont aussi beaucoup apporté à la compréhension de la situation économique et sociale des femmes au XIXème siècle : elle a montré que les crises affectaient plus les ouvrières et que celles-ci ne pouvaient pas trouver de travail car l’accès à la formation professionnelle et à l’instruction leur était interdit. Tout cela nous permet de comprendre les mécanismes d’exclusion et de discrimination à l’œuvre au milieu du XIXème siècle. Pour autant, on ne qualifie pas Julie Daubié d'économiste, pourquoi ? Elle a autant apporté à la discipline que Paul Leroy-Beaulieu son contemporain. Clémence Royer est aussi une femme scientifique remarquable, sur laquelle Geneviève Fraisse a écrit un livre passionnant. Autodidacte, elle a publié un traité sur l’impôt tout à fait original, pour lequel elle a reçu un prix devant le célèbre économiste Léon Walras : ne peut-on pas la qualifier d'économiste ?

Dans votre livre, vous présentez aussi les prémices de l’économie féministe. Pouvez-vous nous parler de la théorie de la robe ?

La question féministe est totalement transversale aux différentes écoles de pensée : on trouve des féministes chez les libéraux, les institutionnalistes, les marxistes… Thorstein Veblen fait du féminisme un axe majeur de sa critique du capitalisme. Il développe le concept de consommation ostentatoire : selon lui, les individus consomment des biens non pas pour subvenir à leurs besoins mais pour accéder à des statuts sociaux. Il énonce une théorie de la robe dans lequel il montre que la robe est une consommation très futile : il faut que les femmes en changent régulièrement pour montrer la richesse de leur ménage. Ce vêtement est aussi assujettissant, car porter une robe limite les mouvements. D’une certaine façon, la robe est le reflet du statut social de l’homme. C’est l’expression du capitalisme : l'affichage des consommations des hommes passe par la domination des femmes dans le couple.

Dans votre livre vous portez un regard critique sur l’idée selon laquelle le travail domestique et familial, majoritairement réalisé par les femmes, serait un travail gratuit et non reconnu. Pourquoi ?

Il me semble que ce concept de travail gratuit, de travail non-reconnu — unpaid work en anglais — ne décrit pas précisément la situation des inégalités femmes-hommes dans la famille, et dans la société en général. Ce concept doit être historicisé et géographiquement situé car il dépend beaucoup du contexte historique et des institutions, qui ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre.

Ce qui me gêne dans cette notion de travail gratuit, c’est que l’on passe à côté de l’articulation entre l’individu, la famille, l’État social et le marché. À partir de la première moitié du XXème siècle, la plupart des États sociaux — dans les pays riches en tous cas — se sont construits sur une organisation des couples qui est “Madame reste à la maison, Monsieur va travailler”. La France est un exemple-type du familialisme : la famille est l’unité de base pour les politiques publiques, on considère que la façon dont l’homme et la femme s’organisent dans le couple est issu d’un processus de décision harmonieux, et on socialise une partie du travail domestique effectué par les femmes par des politiques publiques qui compensent l’absence d’un deuxième salaire. On peut par exemple citer le quotient conjugal, qui existe encore aujourd’hui et qui procure une réduction d’impôts dans les couples mariés dans lesquels les revenus des conjoints sont inégaux. Il a été créée dans les années 1950 précisément pour prendre en compte le travail domestique effectuée par Madame lorsque Monsieur travaille.

Donc de mon point de vue, le problème n’est pas que ce travail ne soit pas reconnu, ou qu’il soit gratuit, mais qu’il soit seulement reconnu au niveau de la famille ou du couple marié, pas à titre individuel. Ce sont donc plutôt les questions du partage des tâches au sein des couples et des conditions réelles d’accès des femmes au marché du travail qui doivent être posées.

À quoi ressemblerait une économie politique féministe au XXIème siècle ?

L’économie politique féministe s’appuie sur une approche systémique de nos sociétés. Elle consisterait à mettre en place des politiques cohérentes et transformatives. Cela implique de renoncer à des droits conservateurs pour construire des droits progressistes et porteurs d’égalité. C’est pourquoi il y a beaucoup de résistances. Il y a énormément de choses qui peuvent être faites au-delà des politiques sociales et fiscales, notamment sur la question de l’éducation. Mon travail se focalise sur une toute petite partie de cette économie politique féministe, celle relatives aux politiques fiscales et sociales de redistribution. Mais cela montre que l’économie politique féministe n’est pas une chimère théorique, mais qu’il s’agit de choix normatifs que nous pourrions faire, si nous voulons l’égalité.

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Représenter la France au Sommet international Girls20

Rencontre avec Lamia Mounavaraly, étudiante à Sciences Po
  • Lamia Mounavaraly représente la France au Girls20 Summit © Lamia MounavaralyLamia Mounavaraly représente la France au Girls20 Summit © Lamia Mounavaraly

Étudiante à l'École d’affaires publiques de Sciences Po, Lamia Mounavaraly a été nommée déléguée française du Girls20 Global Summit, un Sommet international sur le modèle du G20. Elle raconte.

Quel est le rôle du Sommet Girls20 ?

Girls20 est une organisation basée au Canada qui œuvre pour faire progresser la participation des jeunes femmes aux espaces décisionnels publics et privés. Le Sommet Girls20 a lieu chaque année un mois avant le Sommet des dirigeants du G20. Cette année, le Sommet a rassemblé 27 déléguées : en plus des pays du Groupe des vingt, étaient invitées des déléguées du Vietnam, du Pakistan, d’Afghanistan, de l’Union Africaine, de la région Middle East and North Africa, du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique, ainsi qu’une représentante des populations indigènes, cette année originaire du Pérou. Nous devions nous rendre à Riyad, en Arabie Saoudite, mais en raison de la crise sanitaire, toutes nos discussions se sont déroulées à distance via Zoom.

Comment s’est déroulé le Sommet ?

Pendant deux mois, nous nous sommes réunies chaque semaine avec les 26 autres déléguées autour de deux groupes de travail sur l’inclusivité des espaces de prise de décision et sur la participation économique des femmes au travers de la digitalisation et l’entrepreneuriat. Bien évidemment, nous avons aussi beaucoup discuté de l’inclusion des jeunes femmes dans les plans de relance post-Covid. À l’issue de ces discussions, nous avons rédigé un communiqué. Pour nous y aider, nous avons reçu des cours d’écriture car il faut écrire un communiqué clair, intelligible et surtout qui puisse résonner de l’Afrique du Sud à la Russie. Puis nous avons rencontré des expertes afin de nous aiguiller sur ce que l’on pouvait — ou non — demander à nos gouvernements afin d’avoir le plus d’impact possible. Ce communiqué sera présenté aux sherpas du G20, mais aussi à des associations, des représentants de la société civile, ...

Pourquoi avez-vous voulu participer à ce Sommet ?

J’ai commencé à m’engager pour le droit des femmes lorsque j’étais lycéenne, à la Réunion, lorsque j’ai découvert l’ampleur des violences domestiques sur mon île et dans le pays : avec des amies, nous avons monté un mouvement dans mon lycée et nous intervenions auprès d’autres jeunes afin de les sensibiliser au sujet. C’est là que mon cheminement féministe a commencé, même si je ne savais pas vraiment quoi lire, qui écouter…
Cela s’est précisé à Sciences Po, pendant mon parcours de Collège universitaire, au travers de lectures et de rencontres avec des militantes engagées à Paris ou dans d’autres territoires ultramarins. Le cours d’Hélène Périvier L’économie au défi du genre m’a vraiment marquée : il m’a poussée à regarder chaque discipline du point de vue du genre. Lors d’un autre cours, intitulé Cartographie des controverses, j’ai effectué un projet de recherche en groupe sur les violences obstétricales qui m’a permis d’interroger les politiques publiques de santé du point de vue du genre. Et lors de ma troisième année à l’étranger en Asie du Sud-Est, j’ai vraiment plongé dans les théories intersectionnelles : cela me manquait vraiment puisque étant originaire des Outre-mer, je ne me retrouvais pas forcément dans tous les discours féministes. Ensuite je me suis pleinement engagée dans des associations, à Sciences Po : Politiqu’elles et Women in Business.

J’ai eu besoin de construire tout cela avant de candidater au Sommet. Le Girls20 est ouvert aux jeunes de 19 à 23 ans … c’était donc la dernière année où je pouvais candidater ! Je me suis lancée dans cette aventure car les valeurs de l’organisation, la qualité de leurs programmes et les initiatives lancées par les précédentes déléguées m’inspiraient énormément. Et je n’ai pas été déçue : en quelques mois, j’ai pris confiance en moi et en mes idées, j’ai beaucoup appris sur la situation des jeunes femmes en France et dans le monde, et surtout, j’ai pu me connecter à d’autres jeunes femmes courageuses et motivées qui font bouger les lignes dans leurs pays.

Vous avez tenu à évoquer le manque de représentativité du département français d'Outre-mer dans les instances internationales de décision. Pouvez-vous nous en dire plus?

Absolument : non seulement un manque de représentativité dans les instances de décision internationales mais aussi parfois nationales ! À chaque fois que je discute avec d’autres jeunes ultramarins, nous partageons nos expériences de racisme, de sous-évaluation de nos capacités et de grande méconnaissance de nos territoires. Chaque territoire d’Outre-mer possède ses spécificités et des caractéristiques culturelles, historiques, que nous voulons mettre en avant. Lorsque j’ai présenté ma candidature au Girls20 Global Summit, les organisatrices n’avaient jamais entendu parler de la Réunion et pouvoir faire rayonner mon île et sa richesse a été une grande fierté. J’ai été fortement soutenue dans cette entreprise par les réunionnaises et les réunionnais, ce qui m’a confirmé qu’il y avait un véritable besoin et une envie de voir des jeunes investir ces instances. Je suis contente d’avoir pu le faire sur ce sujet qui me touche tant !

Quel bilan retenir du Sommet Girls20 ?

Nous avons présenté douze recommandations qui sont détaillées dans notre communiqué. Ces recommandations sont volontairement im-précises, puisque le but est de pouvoir les transposer dans tous les pays, parfois à des échelles différentes. Toutes ces recommandations ont été pensées suite à la crise du Covid-19 et à la lumière de son impact sur les jeunes femmes et leur participation à la vie économique et politique.

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Promouvoir l'égalité professionnelle au sein de la Banque de France

Clémentine raconte son expérience d’alternante au sein d’un réseau mixité
  • Clémentine Buisson à la Banque de France ©CBClémentine Buisson à la Banque de France ©CB

Étudiante à l’École d’affaires publiques, Clémentine Buisson effectue sa deuxième année de Master Politiques publiques en apprentissage. Chaque semaine, elle alterne entre ses cours à Sciences Po et la gestion de la communication du réseau mixité de la Banque de France. Elle revient sur son parcours et nous raconte son quotidien.

Pourquoi avez-vous choisi la voie de l’apprentissage ?

Je ressentais le besoin de gagner en expérience professionnelle, mais je ne souhaitais pas effectuer une année de césure puisque j'avais envie de terminer mes études en 2021. L'alternance me permet donc de répondre à ce besoin d'expérience tout en m'assurant une situation matérielle relativement confortable.

Vous travaillez au sein du réseau mixité de la Banque de France. Quelles sont vos missions ?

Oui, je travaille au sein du réseau Talentu'elles : c’est un réseau qui a pour but principal de promouvoir l'égalité professionnelle et la reconnaissance de tous les talents au sein de la Banque de France. Mes missions s'inscrivent donc dans ce cadre. Je suis en charge de la communication interne et externe du réseau, via les réseaux sociaux notamment. Je travaille également à l'organisation des évènements — je contacte les intervenants, gère les aspects logistiques, ... Ces missions m’amènent à participer au développement du réseau.

Vous avez obtenu le Certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques en juin dernier. Cette formation vous aide-t-elle dans vos activités professionnelles ?

Tout à fait ! Même si j'étais déjà renseignée et avais conscience des inégalités salariales et professionnelles avant d'obtenir le Certificat, les enseignements et les rencontres proposées dans ce cadre m'ont permis d'avoir une connaissance plus pointue de ces sujets et donc d'être force de propositions dans le cadre de mon alternance. À l’occasion de certaines séances nous avons pu discuter de l’influence des biais cognitifs sur l’environnement professionnel, les dynamiques d’équipes, les processus d’embauche et de promotion par exemple. Grâce à cela j’ai pu proposer la mise en place d’un groupe de travail sur le “nudge” et la lutte contre les stéréotypes en entreprise dans le cadre de mon alternance.

Comment s’organisent vos semaines dans ce contexte de crise sanitaire ?

Je travaille au siège de la Banque de France les lundis, mardis et mercredis, et j'ai ensuite cours à distance via Zoom les jeudis et vendredis. Dès la reprise je me suis rendue compte de la chance que j'avais de pouvoir travailler sur site : cela permet d'équilibrer la semaine avec les cours à distance, ce qui est sans doute plus rassurant et stimulant dans le cadre d'une prise de poste. J'appréhende quelque peu les temps de rendus académiques dans la mesure où mes semaines sont déjà intenses. Mais c'est aussi ce rythme qui rend l'expérience de l'alternance si stimulante !

Quels sont vos projets pour la suite ?

Sur le plan professionnel, je souhaiterais continuer à travailler dans le domaine de l'égalité femmes-hommes, mais je ne suis pas encore arrêtée sur un type de structure. Je commence tout juste à cartographier les acteurs de ce domaine dont les missions m'intéressent. Je suis également très intéressée par les questions de transition écologique, notamment parce que j'ai eu la chance de participer à un projet du Policy Lab de l'École d’affaires publiques de Sciences Po sur le thème de la réduction de l'utilisation de produits phytosanitaires dans les pratiques agricoles en France. À suivre, donc.

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Sciences Po et crampons

Sarah Boudaoud, étudiante à Sciences Po et footballeuse, raconte son parcours et ses projets
  • Sarah Boudaoud joue au football © Nelson SindfoulSarah Boudaoud joue au football © Nelson Sindfoul

Sarah Boudaoud pratique le football depuis son enfance. Lorsqu’elle a commencé ses études à Sciences Po, elle a fait le choix de continuer sa carrière sportive en parallèle : aujourd’hui diplômée du master politiques publiques, elle joue en première division féminine au club de Football Féminin d'Issy-les-Moulineaux et a été sélectionnée au sein de l’équipe d’Algérie féminine pour la prochaine Coupe d'Afrique. Elle nous parle de ses projets : un nouveau master en finance et stratégie et la création de son association, Wogether.

D’où vient votre intérêt pour les questions d’égalité entre les femmes et les hommes ?

Je pense qu’il s’est construit dès petite : j’étais souvent la seule à faire du sport avec les garçons à l’école, et je ressentais déjà les stéréotypes de genre sans pouvoir mettre un nom dessus. On m’a beaucoup fait ressentir plus jeune que je n’étais pas comme les autres filles, que je pouvais m’intégrer aux groupes des garçons pour jouer avec eux et avoir leur respect, justement parce que je me débrouillais bien dans un domaine qu’ils affectionnent et qui - dans l’imaginaire commun - leur était “destiné” : le sport, et notamment le football. Je pense que c’est ce qui est à l’origine de mon questionnement sur les questions d’égalité puisque j’ai ressenti une acceptation que mes autres amies filles ne pouvaient pas ressentir, pour la seule raison que je savais jouer au football. Par la suite, je me suis beaucoup intéressée aux principes d’égalité, d’équité, et de discrimination positive. Les injustices de toutes sortes m’ont toujours fait bondir, et il m’est apparu normal de m’intéresser aux causes des inégalités entre femmes et hommes dans notre société.

Vous avez obtenu le Certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques en 2019. Pourquoi avez-vous rejoint cette formation ?

J’ai vu cette formation comme une chance pour moi d’acquérir de réels outils pour lutter, à mon échelle, contre les inégalités que subissent les femmes de plein fouet dans de nombreux domaines, mais aussi comme un moyen de gagner en légitimité en ayant de la matière pour renforcer mon propos lorsqu’il faut convaincre que ces inégalités existent, et pourquoi il faut les combattre.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l'articulation entre vos études, votre carrière sportive et votre activité professionnelle ?

Il y a beaucoup de choses à dire... J’ai un parcours assez particulier puisque j’ai fait toute ma scolarité à Lyon, tout en étant au centre de formation de l’Olympique lyonnais jusqu’à mes 18 ans. Quand j’ai été admise à Sciences Po, j’ai dû changer de club mais j’ai souhaité poursuivre mon activité sportive, ce qui m’a poussée à rejoindre l’équipe du Football Féminin d'Issy-les-Moulineaux. Je n’ai jamais arrêté le football et j’évolue actuellement au plus haut niveau national de football français, en Division 1, en parallèle de mes études. Depuis maintenant un an et demi je suis aussi assistante parlementaire pour un député de la majorité, tout en ayant débuté à la rentrée 2020 un nouveau master à Sciences Po, en finance et stratégie.

Tout ça fait beaucoup d’activités mais j’arrive à m’en sortir en me fixant une organisation en début d’année et en essayant d’y déroger le moins possible pour ne pas prendre de retard. Par exemple la journée j’alterne entre mes cours et mon travail à l’Assemblée, et en fin de journée je me dépêche d’aller au foot car nos séances débutent tous les jours à 18h. Je dois avouer que le fait d’avoir la tête sur plusieurs projets en même temps ne facilite pas ma récupération et peut parfois jouer sur mes performances sportives… Mais c’est un choix de vie dont je suis fière car il me permet de me sentir complète et équilibrée !

En quoi consiste votre association Wogether ?

Wogether est la contraction de Women Together : c’est la concrétisation des acquis du Certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques et de ma longue expérience dans le football féminin. Mettre en pratique ce que j’ai appris au sein du Certificat égalité me tenait vraiment à cœur : une fois la formation terminée, j’ai tout de suite réfléchi à comment je pouvais m’investir pour ne pas perdre mes acquis. J’ai donc beaucoup réfléchi et ai souhaité me lancer dans l’un des domaines que je connais le mieux : le sport.
J’ai donc créé l’association Wogether en mars 2020 : elle a pour but d’accompagner les femmes qui pratiquent le football à haute intensité. Je sais à quel point il peut être complexe de vouloir mener un double projet, ou de simplement penser à une organisation afin de s’épanouir tout autant dans notre vie sportive que dans notre vie professionnelle. C’est pourquoi je souhaitais qu’une structure puisse aider ces sportives de tous âges, qu’elles soient en questionnement sur leur orientation, en recherche d’emploi, ou en reconversion : cette association est aussi un moyen de former ces femmes sur des compétences qu’elles doivent maîtriser pour s’insérer de manière pérenne dans la sphère professionnelle, tout en leur permettant d’élargir leur réseau au travers de rencontres entre adhérentes et évènements avec des partenaires.
Pour l’instant l’association est créée administrativement. Elle accompagne déjà quelques profils mais n’a pas encore été officiellement lancée. La crise du COVID a repoussé mes projets mais les activités de Wogether devraient officiellement débuter en début d’année 2021 : j’aurai alors déjà finalisé nos premiers partenariats, et fixé la date du premier évènement.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Le choix de suivre un second master, en finance et stratégie, à l’École du management et de l’innovation de Sciences Po est bien réfléchi et me permet d’entrevoir plus sereinement mes projets de création d’entreprise à moyen terme, dans le conseil principalement.
Avant de me lancer dans ces projets entrepreneuriaux, je souhaite m’investir dans mon association, et dans le sport en général, en ayant conscience des besoins, notamment chez le public féminin, et en cherchant à mettre en place des moyens d’aider ce public à s’épanouir. Et en parallèle je compte bien-sûr continuer mon activité de footballeuse tant que le temps et l’énergie me le permettront !

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Séminaire Genre et recherche 2020-2021

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  • Une étudiante travaille sur son ordinateur © Caroline Maufroid / Sciences PoUne étudiante travaille sur son ordinateur © Caroline Maufroid / Sciences Po

un séminaire transdisciplinaire

Le séminaire Genre et recherche de l’École doctorale, dirigé par Réjane Sénac, directrice de recherche CNRS au CEVIPOF-Sciences Po, s’inscrit dans le Programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po. Il a pour objectif de créer un collectif de réflexion et de recherche autour des travaux des doctorantes et des doctorants, ainsi que des étudiantes et des étudiants de master 1 et 2, s’inscrivant explicitement dans les études dites de genre ou pour lesquels la question des politiques d’égalité est éclairante. L’enjeu est que différentes disciplines dialoguent autour de thèmes ou questionnements communs (enjeux méthodologiques, politique d’identités et d’égalité, lutte contre les discriminations, intersectionnalité, sexualités, politisation, mobilisations …).

Organisation 2020-2021

Les séances seront organisées en ligne sur le modèle d’une table-ronde interactive, des universitaires pouvant être invitées pour présenter leurs travaux et réagir aux présentations de l’avancement des recherches d’étudiantes et d'étudiants. Les doctorantes et doctorants seront invités à coordonner une séance et à envoyer un texte court en amont de la séance dans laquelle elles et ils interviendront.

Une première séance sera consacrée aux choix des thèmes qui structureront les différentes séances. Le propos est de faire le lien entre les cinq disciplines enseignées à Sciences Po (droit, économie, histoire, science politique, sociologie) en accompagnant les étudiantes et étudiants dans l’apprentissage des méthodes de la recherche et dans leur production scientifique.

La première séance du séminaire aura lieu en ligne le vendredi 23 octobre 2020 de 9h00 à 13h00 (CET).

Pour vous y inscrire, merci d'écrire à Réjane Sénac (rejane.senac@sciencespo.fr) et Katia Dumoulin (katia.dumoulin@sciencespo.fr).

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Et si le confinement jouait en faveur d’un plus long congé paternité ?

par Alix Sponton, doctorante à l'OSC
  • Les pères s'impliquent auprès de leurs nouveaux-nés. Pexels, CC BY-SA.Les pères s'impliquent auprès de leurs nouveaux-nés. Pexels, CC BY-SA.

Les mesures de confinement strictes imposées en France entre mi-mars et mi-mai 2020 ont conduit de nombreux pères avec un nouveau-né à passer bien plus de temps à leur domicile qu’ils ne l’avaient prévu (environ 110 000 naissances sur la période).

Pour eux, et tout particulièrement pour ceux au chômage partiel, l’expérience du confinement a pu se rapprocher de celle d’un congé de paternité de deux mois.

Deux mois, c’est quatre fois plus que les deux semaines habituellement destinées aux pères en France. L’Hexagone permet en effet aux pères de prendre trois jours de congés de naissance et onze jours consécutifs de congé paternité utilisables jusqu’aux quatre mois de l’enfant – week-ends et jours fériés inclus.

Vers un allongement du congé paternité ?

L’allongement du congé pour les pères a été régulièrement débattu ces dernières années. Récemment, Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de l’Enfance et des Familles, a réaffirmé les ambitions du gouvernement de l’étendre à un mois.

Pour une partie de ses défenseurs, la réforme permettrait de mieux répartir les charges familiales occasionnées par l’arrivée des enfants sur les carrières professionnelles des mères et des pères.

Pour les parents qui ont connu une naissance au printemps 2020, le confinement s’apparente à une expérience de ce que pourrait être l’allongement du congé de paternité en France. Comprendre comment les pères avec un nouveau-né ont vécu le confinement et ce qu’ils ont fait durant cette période offre des pistes pour repérer les potentiels effets d’une telle réforme.

Dans cet objectif, nous avons conduit des entretiens approfondis auprès de pères ayant connu une naissance juste avant ou pendant le confinement (de mi-février à mi-avril), dans le cadre d’une recherche sur le congé de paternité.

Nous nous concentrons ici sur le cas de sept pères pour qui l’activité professionnelle fut très fortement réduite (3) voire totalement arrêtée (4). Ce petit échantillon permet d’explorer de manière fine leurs différents vécus. Exerçant des métiers diversifiés (cuisinier, électricien, chef de chantier, ingénieur, cadre de la publicité, réceptionniste d’hôtel, instituteur), leurs témoignages nous donnent de premières indications sur comment s’est passé l’accueil d’un enfant dans un tel contexte.

Confiné avec bébé : une chance dans son malheur ?

Vivre une naissance au cœur de la pandémie n’est pas une expérience à idéaliser. Le moment de l’accouchement, en particulier, fut compliqué par la restriction des visites à la maternité. La plupart du temps, les pères interrogés n’ont été autorisés qu’en salle de naissance et pour les deux premières heures de vie de l’enfant.

L’absence de proches a pu contribuer à faire vivre un fort sentiment d’isolement aux mères, en particulier celles incapables de se déplacer pour communiquer leurs douleurs et inquiétudes à un personnel médical très occupé.

Après la naissance, beaucoup furent obligées de prendre en charge leur nourrisson sans leur conjoint durant les trois à cinq jours à la maternité alors qu’elles se remettaient à peine de leur accouchement. Du côté des pères interviewés, la séparation avec leur enfant quelques heures seulement après sa naissance a pu être vécue comme une véritable épreuve.

Si les pères ont évoqué les inquiétudes et la fatigue accumulée par leurs conjointes liées à leur absence à la maternité, ils ont d’un autre côté souligné les aspects positifs du confinement une fois l’enfant au domicile.

Malgré leurs potentielles préoccupations sanitaires et financières, ils ont insisté sur la manière dont leur présence au quotidien leur a permis de profiter de leur nouveau-né en le voyant grandir au jour le jour à un âge où l’enfant change très rapidement.

Pierre, chef de chantier dont l’activité se réduisit à 2 heures par jour, déclare ainsi que le confinement fut :

" une chance… si on peut dire. Ça m’a permis de le voir s’éveiller, de passer des moments avec lui qui auraient été impossibles autrement ".

Une présence accrue qui favorise l’investissement auprès du bébé

La présence renforcée des pères a pu faciliter l’accueil du nouveau-né et le repos de leur partenaire. En particulier, le confinement a donné la possibilité aux interviewés de "vivre au rythme du bébé", c’est-à-dire de calquer l’organisation quotidienne (sommeil, tâches du quotidien…) aux besoins et appels du bébé.

Cette liberté dans le contrôle du temps s’est révélée avantageuse dans la gestion de la fatigue, les nuits pouvant être éprouvantes pour les parents avec un nourrisson se réveillant toutes les trois ou quatre heures. Souvent, la nécessité de préserver le sommeil du père parce qu’il travaille est une raison évoquée pour expliquer la plus grande implication des mères dans les tâches parentales nocturnes. En l’absence d’activité professionnelle, les parents purent davantage se relayer la nuit.

Pour certains pères interrogés, vivre de près les premiers moments du bébé amène d’ailleurs à une meilleure prise de conscience de l’ampleur du travail de soins et de la disponibilité nécessaire aux nouveau-nés, comme pour Rayane :

" Tu restes plus longtemps, donc tu vois ce que sont les galères pour se lever le soir, que tu ne peux même pas faire ta douche tranquille… "

L’investissement des pères dans les tâches familiales a pu être d’autant plus renforcé que certains couples se sont retrouvés coupés d’aide extérieure.

Les mesures de distanciations sociales ont pu empêcher la venue de proches (souvent des femmes qui ont déjà eu un enfant) initialement prévue pour aider les premiers temps dans l’apprentissage des tâches parentales et la gestion des tâches domestiques. En l’absence de la (belle) mère, (belle) sœur ou de l’amie, certains pères interrogés ont donc pris la relève.

Ce que veut dire – et ne veut pas dire – « être présent »

La plupart des pères interrogés ont spontanément associé le confinement à un congé de paternité étendu. La majorité manifeste une certaine fierté à être restés avec leur enfant durant ses premiers mois, comme Christophe qui remarque : "j’ai fait plus fort que les Suédois !" (en Suède les pères doivent prendre un congé d’au minimum 60 jours, extensibles jusqu’à 480 jours).

Ces réactions révèlent les attentes sociales qui les entourent. Être un bon père, c’est selon leurs mots "être présent" pour l’enfant. En ce sens, faire une coupure professionnelle de deux mois pour l’arrivée du bébé est socialement valorisant.

"Être présent" peut néanmoins revêtir des significations très différentes. Pour deux interviewés, il s’agit expressément d’accomplir les tâches parentales autant que leur partenaire.

Pour les autres, l’importance de la présence paternelle réside plus généralement dans l’idée de faire partie du quotidien de l’enfant pour nouer un lien. Dans ces derniers cas, les pères se considèrent comme des "seconds" ou des "suppléants" qui aident leur conjointe à s’occuper du bébé.

Pour ces pères, l’état de fatigue de leur conjointe lié à l’accouchement requière qu’ils fournissent des efforts exceptionnels dans l’accomplissement des tâches domestiques quotidiennes et la prise en charge du nouveau-né. Ils inscrivent plutôt cet investissement dans une logique temporaire et circonstancielle que dans une routine durable.

En effet, les mères posséderaient selon ces pères une compréhension innée et inégalable des besoins de l’enfant, expertise face à laquelle ils se positionnent en solution de secours. Pour Robin par exemple, sa compagne s’occuperait davantage des "tâches essentielles" (liées au soin de l’enfant) du fait de son "instinct maternel", tandis que son rôle de père consisterait d’abord à s’investir dans les jeux.

La manière dont les pères dirigent leur investissement parental prioritairement dans les activités ludiques ou récréatives est un résultat bien établi en sociologie.

Des imaginaires forts toujours présents

L’expérience du confinement n’apparaît pas avoir automatiquement bouleversé cette logique. Ainsi, tous les pères interrogés n’ont pas investi de la même manière le temps libéré par le confinement en fonction de leurs croyances et de leurs représentations sociales préalables sur les rôles que doivent jouer femmes et hommes.

En levant les barrières structurelles restreignant la présence des pères dans les premiers mois de l’enfant, le confinement a esquissé comment l’allongement du congé de paternité pourrait être une première étape vers plus d’investissement des hommes dans les tâches parentales et faciliterait l’accueil du bébé.

Dans le même temps, les témoignages montrent aussi que le confinement n’a pas systématiquement remis en cause les représentations de la mère comme principale responsable de l’enfant, laissant entrevoir les potentielles limites de l’allongement du congé à un mois du point de vue de l’égalité femmes-hommes.

The Conversation

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

"J’aimerais contribuer à l’élaboration de politiques publiques de lutte contre les inégalités"

Caroline Duhaâ vient d’obtenir la Certification avancée en études de genre
  • Caroline Duhaâ raconte son parcours ©Caroline Duhaâ Caroline Duhaâ raconte son parcours ©Caroline Duhaâ

Caroline Duhaâ vient d’obtenir le Master en Sociologie de l’École doctorale de Sciences Po assorti de la Certification avancée en études de genre. Elle revient sur son parcours, de ses premiers cours en études de genre sur le campus de Paris, à la rédaction de son mémoire de Master sur la répartition du travail domestique.

Vous avez suivi de nombreux enseignements en études de genre durant votre scolarité. D’où vient votre intérêt pour ce champ de recherche ?

D’une sensibilité aux inégalités de genre et d’une volonté de contribuer à faire bouger les lignes ! Et aussi de la conviction qu’une connaissance solide de l’état de la recherche à ce sujet serait particulièrement précieuse pour cela, ainsi qu’une volonté de nourrir ma réflexion théorique. Dès que j’en ai eu l’opportunité, j’ai choisi de suivre des enseignements en études de genre : ils ont contribué à confirmer et renforcer mon intérêt pour la question et à ouvrir de nouvelles portes, j’ai donc continué !

Pourquoi avez-vous choisi d'intégrer le Master de recherche en sociologie ?

Pour les mêmes raisons : je souhaitais parvenir à une compréhension plus fine de la société actuelle, par intérêt intellectuel et aussi parce que j’envisageais déjà à ce moment-là de me diriger vers un métier en lien avec les politiques publiques de lutte contre les inégalités. Or, afin d’identifier les besoins et les solutions à apporter en termes de politiques publiques, il me semble primordial de procéder à un diagnostic rigoureux de la situation en se basant sur l’état et les outils de la recherche. La question des inégalités sociales est un objet d’étude majeur de la discipline sociologique, et la formation proposée à l’École doctorale de Sciences Po comprend à la fois une dimension théorique et une dimension pratique, avec l’apprentissage des méthodes de la recherche. Choisir ce Master me paraissait donc en adéquation avec ma démarche. Le fait qu’il soit présenté comme ne débouchant pas uniquement sur une carrière académique m’a aussi confortée dans le choix de cette formation.

Vous avez effectué un stage au Conseil Supérieur de l’Égalité Professionnelle entre les femmes et les hommes. Quelles étaient vos missions ?

Je participais aux travaux du CSEP, qui est une instance consultative tripartite qui formule des avis et propositions sur la question de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Et j’étais chargée de soutenir les activités de sa Secrétaire générale. Concrètement, j’ai contribué à la finalisation du rapport L’égalité entre les femmes et les hommes dans les procédures RH (PDF, 12 Mo) et à la rédaction du kit pratique associé (PDF, 7 Mo) à destination des acteurs et des actrices impliquées dans les ressources humaines, ou encore à l’analyse des résultats d’une enquête statistique sur la prise en compte de la parentalité en entreprise (PDF, 6 Mo). J’ai aussi rédigé des notes sur divers sujets en lien avec l’égalité femmes-hommes à destination de la Secrétaire générale, et ai contribué à la rédaction d’une note à destination de la Secrétaire d’État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes. J’étais également chargée de réaliser une veille juridique et médiatique quotidienne sur les sujets liés à l’égalité, en particulier professionnelle, entre les femmes et les hommes.

En plus de ces missions, qui constituaient le cœur de mon stage, la gestion du compte Twitter du CSEP m’a été confiée ainsi que diverses missions administratives (organisation de réunions de groupes de travail, réalisation de comptes-rendus de réunions notamment).

Vous venez de soutenir votre mémoire, intitulé Le privé est politique sur les idéaux et les pratiques concernant la répartition du travail domestique chez les féministes en couple hétérosexuel cohabitant. Pourquoi avez-vous choisi ce sujet ?

Je savais en postulant au Master de sociologie que je souhaitais réaliser un mémoire s’inscrivant dans le champ de la sociologie du genre. Le choix de ce sujet est né d’une double interpellation : d’une part j’ai remarqué une accumulation de témoignages de féministes constatant l’échec de la mise en application de leurs idéaux en termes de répartition du travail domestique avec leurs conjoints ; et d’autre part, j’ai fait le constat d’un paradoxe : alors que la répartition du travail domestique au sein des couples hétérosexuels est un objet qui a été — et qui continue d’être — largement étudié en sociologie, que l'un des registres classiquement mobilisé pour rendre compte de l'état de cette répartition est l'"idéologie de genre" des individus, et que le mouvement féministe s’est explicitement saisi de la question du travail domestique depuis les années 1960-1970, la question des liens entre identification comme féministe et idéaux et pratiques concernant la répartition du travail domestique a jusqu’à présent été presque intégralement ignorée par la littérature scientifique. Cela m’a semblé d’autant plus étonnant que ce sujet fait intervenir une multitude de dimensions et de nombreux questionnements que j’ai trouvé passionnants !

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Pour réaliser mon enquête, j’ai fait appel à une méthodologie mixte : j’ai récolté des données quantitatives par le biais d’un questionnaire diffusé en ligne (ce qui m’a ensuite permis de mener des analyses quantitatives sur les réponses de près de 1000 personnes) et j’ai conduit des entretiens individuels avec les membres de 11 couples. Dans mon travail, j’ai accordé une attention particulière à la question des stratégies — conscientes ou inconscientes — mises en place par les féministes pour gérer la problématique d’un éventuel écart entre idéaux et pratiques, en amont et/ou en aval de l’apparition de celui-ci. L’analyse de mes données a révélé une association au sein de mon échantillon qualitatif entre la nature de l’idéologie de genre des conjoints et la nature et les effets des stratégies mises en place par leurs conjointes. La ‘simple’ adhésion à des valeurs égalitaires de la part des hommes, y compris lorsqu’elle prend la forme d’un accord théorique important avec le féminisme porté par leurs compagnes, n’est pas une condition suffisante à la traduction effective des idéaux de ces dernières en termes de répartition du travail domestique. Il semble que la perception — plus ou moins consciente — de la réalisation de ce travail comme constituant ou non une ‘menace’ pour leur masculinité soit un facteur-clé à prendre en compte.

Les résultats de mes analyses statistiques ne m’autorisent pas à conclure quant à l’existence ou non, “toutes choses égales par ailleurs”, d’un effet du féminisme des conjointes, et de la plus ou moins grande importance qu’elles y accordent, sur la répartition du travail domestique au sein de leurs couples. Mes analyses gagneraient à être reproduites sur un échantillon plus large et représentatif de la population française. D’une manière générale, je suis convaincue que la question des liens entre identification comme féministe et idéaux et pratiques de répartition du travail domestique mériterait d’être plus amplement explorée !

Quels sont vos projets pour la suite ?

J’aimerais contribuer à l’élaboration de politiques publiques de lutte contre les inégalités de genre en travaillant pour une ONG, une association, un think tank ou une instance consultative formulant des propositions et effectuant des actions de plaidoyer à ce sujet. J’espère notamment, grâce à ma formation, pouvoir contribuer à ce que les politiques publiques prennent en compte les résultats de la recherche scientifique, y compris en sciences sociales, pour proposer des réponses adaptées aux problématiques actuelles.

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