Mayer, Daniel et Cletta

Daniel Mayer, Tous droits réservés.
Daniel Mayer, Tous droits réservés.

Fonds papier coté MA

Né le 29 avril 1909 à Paris dans une famille juive modeste d’origine alsacienne, Daniel Mayer interrompt ses études après le certificat d’études primaires, en 1921, du fait de la mort de sa mère. Il occupe divers petits emplois tout en adhérant à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) et à la Ligue des droits de l’homme (LDH) en 1927, à l’occasion de l’affaire Sacco et Vanzetti. Responsable des Jeunesses socialistes du XXe arrondissement de Paris, il entre au journal Le Populaire en juillet 1933, pendant la scission des néo-socialistes. Chargé de suivre les questions sociales et syndicales, notamment pendant les grèves de 1936, il participe au courant de vigilance antinazie regroupé autour du journal Agir, qui publie 12 numéros du 1er février au 1er août 1939.

Mobilisé le 27 août 1939, combattant dans les Ardennes puis démobilisé en juillet 1940, il se rend auprès des dirigeants socialistes Marx Dormoy à Montluçon et Léon Blum à Toulouse, puis s’installe à Marseille où il est employé, en 1941 et 1942, au Comité juif d’assistance aux réfugiés (CAR ). Avec Henri Ribière et André Blumel, il réorganise le Parti socialiste (PS) de la zone sud, créé le 9 mars 1941 à Nîmes, puis devient secrétaire général du PS réunifié nationalement en juin 1943. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1941, il colle les premiers tracts portant le slogan Liberté, égalité, fraternité. Le 15 mai 1942, il fabrique avec son épouse le premier numéro du Populaire clandestin. En avril-mai 1943, il effectue une importante mission à Londres, apportant au Général de Gaulle la caution des socialistes, selon l’avis de Léon Blum. Membre du Conseil national de la Résistance, il participe aux combats de la Libération de Paris et dirige la SFIO, à travers ses congrès successifs, jusqu’à la mise en minorité par Guy Mollet au congrès d’août 1946.

Ministre du Travail de 1946 à 1949, notamment pendant les grèves insurrectionnelles de 1947-1948 et la scission de la Confédération générale du travail (CGT) qui les accompagne, Daniel Mayer quitte le gouvernement Queuille le 6 octobre 1949 pour défendre la liberté de négociation des salaires. Membre de l’Assemblée consultative provisoire (1944-1945) puis député de Paris de 1945 à 1958, il préside la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale de juillet 1953 à octobre 1957, contribuant à mettre en échec le projet de Communauté européenne de défense (CED). Cette action lui vaut à la SFIO une sanction de suspension de délégation puis d’exclusion, finalement suivie d’une réintégration.

En conflit ininterrompu avec Guy Mollet, Daniel Mayer est l’un des animateurs de la minorité SFIO opposée à la politique menée en Algérie. Élu le 9 mars 1958 à la présidence de la LDH, il abandonne son mandat de député puis participe à la fondation de l’Union des forces démocratiques (UFD) et du Parti socialiste autonome (PSA) en 1958, puis du Parti socialiste unifié (PSU) en 1960. Candidat virtuel à la présidence de la République en 1965, il se rallie à la candidature de François Mitterrand, quitte discrètement le PSU à la fin de 1967 et revient au Parti socialiste le 9 avril 1970. Candidat non élu aux élections législatives de 1973 à Paris (XVIIIe), il quitte la présidence de la LDH en 1975 mais est élu en 1977 président de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Il est nommé par François Mitterrand membre du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) en 1982, puis président du Conseil constitutionnel en 1983, dont il devient membre ordinaire de 1986 à 1992.

Ayant noué dans la Résistance des liens étroits avec les organisations juives socialistes (aussi bien sionistes que bundistes), Daniel Mayer est président de l’Union mondiale ORT, réseau d’écoles professionnelles juives, de 1958 à 1978. Très impliqué dans les campagnes en faveur des Juifs d’Union soviétique, il a aussi reçu, avec son épouse, la croix de l’Ordre de la libération de l’Espagne républicaine, dont le monument aux morts du Père Lachaise comporte les noms.

Ancien président des Amis de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) (actuelle Contemporaine) de Nanterre, Daniel Mayer est l’auteur de plusieurs ouvrages et a fait l’objet de plusieurs biographies.

Sa femme, Rose-Claire (Cletta) Leibovici-Livian, née le 29 mai 1903 à Baïla (Roumanie) dans une famille juive bourgeoise, instruite et détachée des usages religieux, a adhéré au Parti socialiste roumain à Bucarest en même temps que son frère aîné Marcel, étudiant en droit. Après la mort de leur père, tous deux s’installent à Paris en 1925 puis y font venir leur mère et leurs deux sœurs. Cletta trouve un emploi dans une entreprise de fabrication de fleurs artificielles et adhère aux Jeunesses socialistes du XXe arrondissement, animées par Daniel Mayer, dont elle devient l’épouse le 19 mai 1931. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle travaille au secrétariat du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Travaillant pour le CAR, elle aide à l’évasion d’internés des camps de Rivesaltes et Gurs, ce qui lui vaut la médaille de la Résistance. Partageant l’activité résistante de son mari dans le Parti socialiste clandestinement reconstitué, puis, après la Libération, à son cabinet du ministre du Travail, elle occupe ensuite des fonctions permanentes dans deux institutions juives : la Fédération des sociétés juives de France (FSJF), où elle est responsable, dans les années 1950 et 1960, du service de régularisation de la situation des étrangers, et le Centre d’études des problèmes actuels, mis en place par la Ligue anti-diffamation du B’nai B’rith pour poser les jalons du rapprochement judéo-chrétien, concrétisé en 1965 par le concile Vatican II : elle est chargée, en 1960, de préparer la visite historique de l’historien Jules Isaac auprès du Pape Jean XXIII.

Elle ne cesse, pendant la carrière politique de son mari, de jouer un rôle important d’inspiratrice et de collaboratrice. Elle est secrétaire générale de la société des amis de Léon Blum. Elle décède le 6 février 1976.

D’après une notice rédigée par Philippe Boukara

Dates extrêmes

1927-1994

ConditionS d'accès

Fonds ouvert, consultable en salle de lecture du Département archives de la Direction des Ressources et de l'information scientifique de Sciences Po.

Instruments de recherche

Inventaires réalisés par David Machula, sous la direction d’Odile Gaultier-Voituriez, 1995, 3 volumes, repris par Bernadette Milome, 2004.

Consulter les inventaires : 1 MA (PDF, 1,15Mo) ; 2 MA (PDF, 175,52Ko) ; 3 MA (PDF, 179,02Ko).

Concordance des cotes 1 MA (PDF, 337,98Ko).

Importance matérielle

26 cartons = 3,75 mètres linéaires

Retour en haut de page