"L'islamo-Gauchisme" : une enquête regrettable

« L’islamo-Gauchisme » : une enquête regrettable

[19/02/2021]

COMMUNIQUÉ

En tant qu’université de recherche en sciences sociales dédiée à l’analyse des enjeux politiques et sociaux, nous exprimons notre sidération face à l’annonce de la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation de vouloir diligenter une enquête sur les différents courants de « l’islamo-gauchisme ». Ce travail aurait pour objectif, lit-on, de « distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion. » 

Comme l’a utilement rappelé la Conférence des Présidents d’Université, la notion de « l’islamo-gauchisme » n’a aucun contenu scientifique et ne débouche que sur des polémiques stériles. Ce vocabulaire politique vise davantage à stigmatiser les porteurs d’idées que l’on ne partage pas, et son utilisation dans un contexte universitaire n’a aucun sens. 

Comme le CNRS, nous condamnons la tentative de délégitimation de champs de la recherche, qu’il s’agisse des études postcoloniales, des études sur diverses formes de discrimination ou tout autre champ de la connaissance. Ajoutons que la séparation entre « science » et « opinion » que la ministre appelle de ses vœux fait l’objet d’un débat épistémologique ancien qu’aucun rapport « d’enquête » ne pourra trancher avec satisfaction.

Ces libertés académiques sont la garantie de la qualité pédagogique de nos formations. Venus de plus de 120 pays, notre communauté étudiante attend de nous une ouverture large sur des perspectives théoriques et l’initiation à des méthodologies plurielles afin de construire leurs réflexions. Les sciences sociales procurent le matériau nécessaire à cette construction. L’université est un lieu de débat et d’échange où les théories sont exposées et discutées, où les points de vue s’affrontent, où les doutes se forment et sont formateurs, où les outils d’enquêtes et de démonstration s’essaient et s’acquièrent. Le cœur de notre métier est de former l’esprit critique de nos étudiants.

Cornelia Woll, présidente du Conseil scientifique, Guillaume Plantin, directeur scientifique, Jeanne Lazarus, présidente du Conseil de l’Institutainsi que les directrices et directeurs des unités de recherche et des départements de Sciences Po

Communiqué (PDF, FR/EN)

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