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17 septembre 2026
Didier Musiedlak (1950-2026)

— par Alain Chatriot, professeur des universités au Centre d'histoire de Sciences Po.
L’annonce de la disparition brutale durant l’été de l’historien Didier Musiedlak a attristé tous ses amis. Historien de l’Italie fasciste et des régimes totalitaires, professeur honoraire à l’Université Paris 10-Nanterre, ses liens avec Sciences Po étaient très nombreux. Agrégé d’histoire, il est d’abord l’auteur d’une thèse de 3e cycle dirigé par René Girault à l’université Paris 1 ; il est aussi membre de l’École française de Rome où il publie cette première recherche remarquée : Université privée et formation de la classe dirigeante : l'exemple de l'Université L. Bocconi de Milan : 1902-1925 (EFR, 1990). Maître de conférences à l’Université de Pau, il prépare et soutient à Sciences Po en 1999 une thèse d’État entreprise sous la direction de Pierre Milza et intitulée L’État fasciste et sa classe politique, 1922-1943.
Durant plusieurs décennies (de 1990 à 2004), Didier Musiedlak a beaucoup enseigné à Sciences Po. Il a assuré un cours aux étudiants de collèges américains dans le cadre du programme d’échange avec les États-Unis, il a fait des conférences de méthode associées au cours de Jean-Pierre Azéma, mais il a surtout donné pendant plus de dix ans un cours sur l’historiographie des fascismes, puis sur les régimes totalitaires et autoritaires - je remercie Odile Gaultiez-Voituriez et le service des Archives de Sciences Po pour m’avoir documenté précisément ces points. Dans ce cours qui a marqué ses étudiants (dont l’auteur de ces lignes en 1994), Didier Musiedlak s’illustrait par une connaissance remarquable des historiographies en langues italienne, allemande et anglaise et permettait ainsi d’être en contact avec les débats internationaux de la recherche historique.
Parmi les nombreuses publications de Didier Musiedlak, on doit signaler sa remarquable biographie de Mussolini qui avait pris place dans la collection Facettes des Presses de Sciences Po en 2005 et l’édition remaniée de sa thèse d’État sous le titre Parlementaires en chemise noire. Italie 1922-1943 (Presses universitaires de Franche-Comté, 2007), volume qu’il m’avait dédicacé avec cet envoi ironique pour une telle somme de recherche : « un petit essai d’histoire politique « structurelle »… à l’ancienne ! ». Son dernier ouvrage dédié à la mémoire de son maître, l’historien italien Renzo de Felice, revenait avec de nombreuses archives inédites sur un épisode majeur du fascisme italien : La marche sur Rome : entre histoire et mythe (Sorbonne université Presses, 2022). Il prouvait par ce livre que la retraite de Nanterre ne lui avait pas fait perdre le goût de la recherche historique et des débats, ce dont témoignait aussi sa participation au séminaire d’Olivier Dard à Sorbonne université.
Avec son fort caractère, Didier Musiedlak n’était pas toujours avare de jugements sévères sur sa corporation. Mais il était dévoué à ses étudiants, enthousiaste et un ami fidèle pour les collègues qui partageaient avec lui une éthique certaine du métier d’enseignant-chercheur.
En complément
- Hommage d'Olivier Dard et de Nicolas Patin, publié sur le site de l’association Historiennes et historiens du contemporain (H2C) : “Décès de Didier Musiedlak” (21 juillet 2026).
- Hommage de Catherine Brice, publié dans la revue L'Histoire : “Didier Musiedlak, historien du fascisme” (24 juillet 2026).