Portrait Alumnus : Khalid El Guitti

Khalid El Guitti - Du talent à revendre !
  • Khalid El Guitti dans les locaux de sa start-up Paramedic © Maïna MarjanyKhalid El Guitti dans les locaux de sa start-up Paramedic © Maïna Marjany

Khalid El Guitti - Du talent à revendre !

Portrait paru dans le numéro 18 (Hiver 2019-2020) du magazine Émile - trimestriel édité par Sciences Po Alumni, l'association des diplômés de Sciences Po Paris.

 

Khalid El Guitti (promo 13, Master finance et stratégie) incarne le profil type d’une success-story « made in Sciences Po ». Originaire de La Courneuve, entré rue Saint-Guillaume via la voie CEP, il crée sa première start-up en 2012, au sein de l’incubateur de l’école. Trois ans plus tard, à l’aube d’une levée de fonds de 10 millions d’euros, elle est rachetée par Booking.com. Toujours à l’affût de nouveaux projets, le jeune entrepreneur a lancé, en janvier 2019, une deuxième start-up, Paramedic, qui met en relation les ambulanciers et les établissements de santé. Il raconte à Émile son parcours.

Propos recueillis par Sandra Elouarghi, Yasmine Laaroussi et Maïna Marjany (promo 14, journaliste)

 

Du 93 à Sciences Po

Khalid El Guitti dans les locaux de sa start-up Paramedic. (Crédits : Maïna Marjany)

Khalid El Guitti dans les locaux de sa start-up Paramedic. (Crédits : Maïna Marjany)

Je préparais un bac ES et je n’avais jamais pensé faire Sciences Po jusqu’à la toute fin de ma classe de première, tout simplement parce que je ne savais pas ce que c’était. Je venais de faire une croix sur mon projet de devenir chirurgien – les 12 à 15 ans d’études me semblaient interminables – lorsque mon professeur de français m’a inscrit à un atelier pour préparer le concours de Sciences Po. Il avait lui-même étudié rue Saint-Guillaume et venait de créer l’atelier au sein de mon lycée. Je ne sais pas pourquoi il m’a choisi, il pensait certainement que j’avais le profil… Et il ne s’est pas trompé car ça m’a beaucoup plu ! Après mon bac ES, j’ai donc passé le concours via la voie CEP et je suis rentré sur le campus de Paris.

Je faisais partie de la toute première promotion du lycée Henri-Wallon d’Aubervilliers à avoir préparé le concours de Sciences Po. Nous étions quatre à l’avoir réussi, dont deux qui sont partis sur le campus de Menton. Mes amis du collège et du lycée ont, quant à eux, suivi des routes complètement différentes, mais je n’ai pas eu le temps de me sentir seul à Sciences Po. Dès la semaine d’intégration, j’ai sympathisé avec plusieurs étudiants – deux venaient de la région parisienne et un autre de Metz – et nous sommes restés amis tout au long de nos études. Ce qui est drôle, c’est qu’ils venaient eux aussi de la procédure CEP, pourtant, on ne le savait pas quand on s’est rencontrés.

L’intégration s’est donc très bien passée. Mais là où j’ai ressenti un vrai fossé, c’est au niveau du travail. En termes de quantité, mais aussi de méthode. J’ai eu l’impression de basculer dans un monde complètement différent ! J’ai dû apprendre à faire un exposé en 10 minutes – un format que je ne connaissais pas du tout –, à présenter un dossier, à faire des références à des auteurs… Sans parler des deux parties et deux sous-parties réglementaires  !

Do you speak english ?

La matière qui m’a donné le plus de fil à retordre, c’est l’anglais. Je suis arrivé à Sciences Po avec un niveau quasi inexistant. L’histoire est un peu particulière : je n’ai pas eu de cours d’anglais pendant presque toute ma scolarité au collège. La professeure avait été poignardée et jamais remplacée. C’est hallucinant que ça ait pu durer des années. Quand je suis arrivé au lycée, ils étaient au courant de mon problème et m’ont assuré qu’ils trouveraient une solution. Mais à la fin de ma première, ils n’avaient rien à me proposer. J’ai eu 3/20 en anglais au bac… Heureusement, les autres matières ont rattrapé le coup et j’ai quand même réussi à obtenir la mention « Bien ».

Après avoir été accepté à Sciences Po, j’ai passé un entretien d’anglais pour savoir quel était mon niveau. La dame m’a dit : « Vous n’êtes même pas au niveau 1, mais je ne peux pas créer une classe spécifique pour vous ! » Je suis donc allé en niveau 1. Les autres élèves avaient certes des difficultés, mais ils prenaient des cours depuis des années, ils savaient ce qu’était un verbe en « ing ». Pas moi ! Je savais que le seul moyen de m’améliorer vraiment était de passer ma troisième année dans un pays anglophone.

À nous deux, New York !

À l’époque, mes camarades branchés business et marketing aimaient bien une boîte qui s’appelait Euro RSCG, devenue Havas Worldwide. J’ai postulé à une annonce de stage trouvée à Sciences Po Avenir. Pour me préparer à l’entretien téléphonique, j’ai écrit en français toutes les questions potentielles qui pourraient m’être posées, du style : « Pourquoi choisir New York ? » ; « Pourquoi une agence de pub ? » ; « Qu’est-ce que vous vous voyez faire dans cinq ans ? »… Ensuite, avec des amis, j’ai traduit en anglais les réponses. Pendant l’entretien, je ne comprenais pas tout à fait la question, mais j’arrivais à la raccrocher à l’une de celles que j’avais préparées, puis je lisais ma réponse. C’était drôle parce que parfois la recruteuse me disait « oui, très bien », et moi je continuais de lire, je voulais finir ce que j’avais écrit !

Une fois arrivé à l’agence à New York, je me suis retrouvé dans une situation un peu loufoque. Ils se demandaient ce que je faisais là et comment j’avais réussi à décrocher le stage. Ils n’étaient même pas sûrs que c’était moi qui avais passé l’entretien ! Mais finalement, c’était génial, j’étais dans un environnement qui ne parlait pas du tout français, je n’ai pas eu le choix, j’ai appris énormément. Et comme je suis assez sociable, je me suis rapidement fait des potes à la salle de sport, au foot, etc. J’ai donc appris l’anglais sur le tas, avec eux, et l’avantage c’est que j’ai assimilé l’accent américain en même temps que j’apprenais la langue.

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Khalid El Guitti dans les locaux de sa start-up Paramedic. (Crédits : Maïna Marjany)

“En revenant de New York, j’ai intégré le Master Finance et Stratégie. Mon projet à l’époque, c’était de bosser dans une banque d’affaires, mais après six mois de stage à La Défense, j’étais vacciné !”

Tout quitter pour entreprendre

En revenant de New York, j’ai intégré le Master Finance et Stratégie, dans la section International Business. Mon projet à l’époque, c’était de bosser dans une banque d’affaires, mais après six mois de stage à La Défense, j’étais vacciné ! Entre mon M1 et mon M2, j’ai fait une année de césure pour réaliser des stages. Le premier s’est passé au siège de la Société Générale. L’ambiance de l’esplanade de La Défense est très particulière. À huit heures du matin, des milliers de salariés sortent tous en même temps des transports. Les bruits de talons, les costumes… C’était la déprime. Je comprends que ce soit intéressant pour certains, mais ce n’est pas mon cas.

Je devais enchaîner avec un deuxième stage chez J.P. Morgan, à New York. Et là, un de mes amis, Arthur, qui était également en césure et faisait un stage chez Goldman Sachs, me dit qu’il veut démissionner, que ce n’est pas fait pour lui et qu’il veut se lancer dans l’entrepreneuriat. Il me propose de me lancer avec lui. Nous avons cette discussion un soir, après le boulot, dans un café de La Défense. Je me dis que c’est le bon moment, qu’on n’a pas grand-chose à perdre. Je refuse donc mon stage chez J.P. Morgan et j’appelle Maxime Marzin, le directeur de l’incubateur de Sciences Po, pour lui parler de notre projet.

PriceMatch, la naissance d’une pépite

Nous avons pensé à appliquer le système du revenue management au domaine hôtelier. Pour faire simple, le revenue management c’est, par exemple, ce que font les compagnies aériennes lorsqu’elles changent le prix du billet en fonction de la demande. Cela devient vraiment intéressant quand on est capable d’anticiper la demande et non pas de réagir sur le coup.

Ce que nous avons proposé avec PriceMatch, c’est un algorithme capable de proposer aux hôteliers le meilleur prix pour tous leurs types de chambres sur les 365 nuits à venir. Pour parvenir à ce résultat, nous avons récupéré énormément de données : l’algorithme prenait en compte l’historique des quatre dernières années concernant notamment la météo, la concurrence, tous les évènements ponctuels ou récurrents aux alentours. L’idée était de s’inspirer de ce que font déjà les hôteliers pour calculer le prix de leurs chambres, mais avec une démarche scientifique. On pitche notre projet à l’incubateur de Sciences Po en 2012. À ce moment-là, nous sommes quatre, dont un qui a fait Polytechnique.

Dès le début, le projet démarre sur les chapeaux de roue. Déjà parce que l’entrée à l’incubateur nous donne des moyens supplémentaires : des bureaux rue de Grenelle, un comptable et un avocat que nous pouvons consulter gratuitement. On reçoit également une subvention de 30 000 euros. Et nous avons accès au vivier Sciences Po, ce qui nous permet de recruter des stagiaires. Le premier été, beaucoup vont faire du porte-à-porte dans tous les hôtels parisiens pour présenter notre projet. Petit à petit, on se développe, puis un fonds d’investissement vient nous voir. On réalise alors notre première levée de fonds, qui s’établit à un million et demi.

En parallèle, on s’agrandit, on recrute et on ouvre des bureaux à l’étranger : Rome, San Francisco, Amsterdam, Barcelone puis le Brésil. Dans chacun d’entre eux, on a plusieurs commerciaux qui démarchent les acteurs de l’hôtellerie sur place. Mon job à ce moment-là est d’entrer en contact avec nos salariés partout dans le monde pour que le cycle de vente soit en constante progression.

De la start-up au grand groupe

En 2015, on prépare notre deuxième levée de fonds d’un montant de 10 millions d’euros et on recrute pas mal, on n’est pas loin de 90 personnes au sein de PriceMatch. Au moment de signer les papiers de la levée de fonds, Booking.com débarque. On leur présente notre projet, une discussion s’entame et ils proposent de nous racheter. Deux mois plus tard, la vente est finalisée [le montant est tenu secret, NDLR]. C’est hyper rapide.

Après le rachat, on se retrouve à travailler dans les locaux de Booking.com situés à Amsterdam. Cela s’appelle un vesting : lorsqu’une entreprise rachète une start-up, elle acquiert les fondateurs avec. Contractuellement, on était liés pour trois ans. Mon boulot est alors de former les équipes de Booking.com à vendre notre produit. Au final, j’ai bien aimé passer du statut de patron à celui d’employé, j’avais enfin des horaires ! J’ai beaucoup voyagé parce que j’étais responsable de la partie Europe, Moyen-Orient, Afrique. Le point négatif d’une grosse entreprise, ce sont les process. Nous avions beaucoup trop de réunions. Avec mon manager, par exemple, on se forçait à faire des points hebdomadaires même quand ce n’était pas indispensable. Trois ans, c’était vraiment suffisant.

Start-up un jour, start-up toujours 

Khalid El Guitti dans les locaux de sa start-up Paramedic. (Crédits : Maïna Marjany)

Khalid El Guitti dans les locaux de sa start-up Paramedic. (© Maïna Marjany)

Je n’ai pas pensé immédiatement à un nouveau projet de start-up, mais forcément ça m’a travaillé ! À partir de 2018, je rentre plus régulièrement à Paris le week-end et j’en profite pour passer du temps avec mes proches. Un de mes amis d’enfance a créé une société d’ambulance et quand je suis avec lui, son téléphone sonne en permanence : les hôpitaux et les cliniques l’appellent pour savoir s’il peut transporter tel ou tel patient. À chaque fois, il regarde son carnet, les engagements déjà pris et calcule si c’est rentable ou non de prendre la course.

J’en parle alors à Sameh, un ami ingénieur diplômé de Polytechnique, qui travaillait avant dans la cybersécurité pour le gouvernement singapourien et vient de rentrer en France. Je lui dis qu’il devrait développer une application pour les ambulanciers afin de les aider à organiser leurs trajets. À l’été 2018, on rencontre des établissements de santé et on constate que le problème se situe aussi à leur niveau. Sameh commence ensuite à développer l’application, qui se veut une plateforme de mise en relation entre les ambulanciers et les établissements de santé.

Coup de chance, cela coïncide avec l’entrée en vigueur, le 1er octobre 2018, d’une nouvelle loi sur le financement de la Sécurité sociale. Son article 80 vient redistribuer les cartes dans le secteur. Avant, la Sécurité sociale payait 100 % des transports de patients inter et intra hospitaliers, mais désormais, une partie des frais sera à la charge des établissements de santé. Ils doivent donc mieux gérer leurs flux pour limiter les coûts, ce qui est une aubaine pour nous. À ce moment-là, on voit apparaître des concurrents, c’est le signe que l’on ne s’est pas trompé. En novembre 2018, je démissionne de mon poste à Amsterdam, ça faisait trois ans. Je rentre à Paris, on lance le projet Paramedic en janvier 2019 et l’entreprise est légalement créée en mai. Aujourd’hui, plus de 350 transporteurs sanitaires (ambulanciers, taxis conventionnés, véhicules sanitaires légers et transports de personnes à mobilité réduite) sont présents sur la plateforme et une soixantaine d’établissements de santé en Île-de-France (hôpitaux, cliniques et Ehpad). Nous venons également de réaliser notre première levée de fonds, d’un montant de trois millions d’euros. Notre projet est ensuite de continuer à nous développer et d’envisager une nouvelle levée de fonds, dans un an et demi, d’un montant encore plus élevé, 10 millions d’euros par exemple, pour s’internationaliser.

La consécration au Gala de sciences Po ?

J’étais invité, le 7 octobre dernier, au gala de Sciences Po pour présenter mon parcours. C’était un super-moment, d’autant qu’il s’agissait aussi pour moi d’une sorte d’hommage à Richard Descoings, qui a été mon tuteur en première année [un système de mentorat est mis en place pour les étudiants issus des CEP, NDLR]. Après, je ne parlerai pas de consécration, parce que je n’ai pas l’impression d’être arrivé à un sommet et je pense qu’il reste encore beaucoup à faire avec Sciences Po.

Finalement, je me suis plutôt bien amusé au gala. J’ai eu l’occasion d’échanger avec Ali Baddou ou encore Édouard Philippe, qui fait de la boxe, comme moi – même si j’ai préféré ne pas combattre avec lui, à côté de ses gardes du corps, c’était risqué ! Avec PriceMatch, j’ai eu l’occasion de m’exprimer en public de très nombreuses fois, devant des dizaines voire des centaines de personnes. Et puis j’ai vécu tout un tas de petites expériences, plus ou moins drôles, qui viennent relativiser les choses quand je m’exprime dans un gala en présence de personnalités. Vous savez quand vous faites une bourde face à la reine d’Angleterre, vous n’avez plus peur de rien ! [rires]

« J’ai pitché la reine d’Angleterre »

En 2014, le marché aux fleurs à Paris a été rebaptisé au nom de la reine Elizabeth II. Pour l’inauguration, des représentants de plusieurs professions ont été invités. On m’a proposé d’incarner les entrepreneurs. On nous a expliqué que la reine et le président français seraient présents. Une formation de deux heures pour apprendre à saluer la reine a été organisée, mais je n’ai pas pu m’y rendre. J’avais promis de regarder comment faire. Bien sûr, j’ai tout oublié sur le moment et j’ai fait la seule chose qu’il ne fallait pas : lui tendre la main ! C’était un réflexe pour moi… Et elle m’a quand même serré la main. Je me suis présenté et je lui ai dit que j’étais le fondateur de PriceMatch. Dans un français impeccable, elle m’a demandé de quoi il s’agissait, je lui ai expliqué notre concept. On a ainsi eu une discussion de 40 secondes et, autour de nous, tout le monde s’est demandé de quoi on parlait. Ensuite, j’ai échangé avec François Hollande qui me disait que notre concept était super et qu’il avait déjà entendu parler de la boîte, mais je pense que c’était faux [rires]. En y repensant, je me suis amusé de cet épisode en me disant que j’avais pitché la reine d’Angleterre !

Le 93 gravé dans le marbre de Boutmy

Avant la soirée de gala, je n’avais pas pensé à participer à l’opération de levée de fonds de Sciences Po « Gardez votre siège en Boutmy ». Quand le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, a présenté le projet, je me suis dit qu’avec un parcours comme le mien, parti de La Courneuve, ce serait symboliquement stylé d’inscrire mon nom pendant 99 ans sur les chaises de Boutmy. Ça m’amuse d’imaginer que dans quelque temps, un étudiant viendra s’assoir sur le siège et se demandera « c’est qui ce gars-là ? ». Je ne suis pas sûr qu’il trouvera des informations sur moi, mais je veux juste qu’il se pose la question. Pour que la symbolique soit encore plus forte, j’ai choisi le siège 93. J’ai hésité avec le numéro 1 ou le numéro 10, mais ils étaient au premier rang, alors que je ne me suis jamais assis tout devant. Le 93, c’est mon département, là où j’ai grandi, où je me suis construit, c’est beaucoup plus parlant.

La première promotion du master Marketing: New Luxury & Art de Vivre à Milan

  • La promotion du master en voyage d’études à Milan ©Sciences PoLa promotion du master en voyage d’études à Milan ©Sciences Po

Nul doute que Milan, la capitale italienne de la mode et du design, était la ville idéale pour organiser le voyage d’études de la première promotion du master Marketing: New Luxury & Art de Vivre qui s’est déroulé du 19 au 22 janvier.

Retour sur quatre jours intenses venant ouvrir le deuxième semestre du master.

Au programme : des rencontres avec des professionnels et des universitaires passionnés par le luxe, le design mais aussi la gastronomie, des visites de magasins et de lieux de production. Ce voyage a aussi été une occasion supplémentaire de souder cette toute première promotion.

Se confronter au terrain

Après un premier semestre d'études consacré à l’acquisition des fondamentaux en marketing et à une première approche du luxe, la valeur ajoutée de ce voyage prend tout son sens. « Ça a été une formidable opportunité de découvrir en profondeur le monde du luxe italien à travers l'éclairage des professionnels de cette industrie. C'est un excellent complément à ce que nous avons appris durant le premier semestre de ce master : permettre à la promotion de pouvoir rencontrer des professionnels en confrontant leurs savoirs au terrain. » note Lucie. Pour Hy-Lim « Ce voyage à travers l'industrie italienne du luxe, a permis d'appliquer sur le terrain ce qui a été appris les derniers mois. Une véritable révélation ! »

Une analyse du secteur du luxe affinée

Ce voyage a été aussi l'occasion de rencontrer des spécialistes universitaires qui ont partagé leurs analyses du secteur au cours de deux masterclasses : « Analysing Luxury Brands » par le Professeur Luca M. Visconti qui a su transmettre sa passion et son analyse du luxe et du luxe italien en particulier et « Business, Product, and Cultural Innovation in Luxury » par la Professeure Paola Cillo ainsi qu'une présentation du Bain Altagamma Worldwide Luxury Monitor par Carlo Moltrasio. Une table ronde sur le thème de la temporalité dans le luxe animée par Luca Visconti a clôturé ce temps d’échanges.

 

Un immense merci à nos entreprises partenaires du master, Chanel LVMH et Richemont qui ont contribué au succès de cette première édition.

Grazie mille aussi au professeur Luca M. Visconti d'avoir conçu ce très beau programme de voyage

Les étudiants de l’École du management et de l’innovation de Sciences Po apportent une indéniable valeur ajoutée

  • Étudiants travaillant en groupe projets © Caroline Maufroid / Sciences PoÉtudiants travaillant en groupe projets © Caroline Maufroid / Sciences Po

Les étudiants de l’École du management et de l’innovation de Sciences Po apportent une indéniable valeur ajoutée

Interview de Marie-Laure Salles-Djelic, Doyenne de l'École du management et de l'innovation par Olivier Rollot.

 

En quatre ans l’École du management et de l’innovation de Sciences Po s’est installée comme l’une de ses composantes principales tout en devenant une alternative crédible aux meilleures business schools. Sa directrice, Marie-Laure Salles Djelic, dresse avec nous le portrait d’une école particulièrement impliquée dans les évolutions de la société.

 

Olivier Rollot : L’École du Management et de l’Innovation de Sciences Po vient de sortir sa première promotion « complète » (y compris tous les étudiants qui ont opté pour une année de césure). Comment se déroule l’insertion professionnelle des étudiants des dix masters que délivre l’école ?

Marie-Laure Salles-Djelic : D’abord une excellente insertion professionnelle de nos étudiants puisque, selon l’enquête insertion 2019, 65% de nos diplômés ont trouvé un emploi avant même leur graduation, 15% dans les trois mois suivant, encore 13% dans les trois mois suivant et enfin 7% au bout de six mois. Les autres ont opté pour un doctorat ou d’autres projets personnels. Nous nous situons donc tout à fait dans les mêmes chiffres que les meilleures écoles de management.

Quant au salaire moyen de nos diplômés du master Finance et stratégie, il est comparable à ceux des diplômés de HEC ou de l’Essec. Si on prend l’ensemble des programmes, les salaires de nos diplômés se situent dans le top 10 des écoles de management.

J’ajoute que des entreprises dans le secteur de l’audit, du conseil, de la banque, du Luxe etc. considèrent nos diplômés au même niveau que les meilleurs diplômés de ces écoles, tout en appréciant leur ouverture intellectuelle et leur réflexivité critique. L’École du management et de l’innovation étant très engagée et très en pointe sur les grandes tendances et évolutions de la société, nos étudiants apportent une indéniable valeur ajoutée à l’heure où les entreprises ont besoin de recrues ayant une largeur de vue plus importante.

 

O. R : Tellement engagée que tous les étudiants de première année de master commencent leur cursus par un semestre intitulé « The Great Transition – Responsability, Innovation, Commons ». En quoi cela consiste-t-il ?

M-L. S-D : Après une formation aux 17 Objectifs de développement durable de l’ONU (ODD) nos 530 étudiants de première année passent dès leurs dix premiers jours de formation le Sulitest pour évaluer leurs connaissances en la matière. Pendant un semestre ils vont suivre ce que nous appelons l’expérience « Great Transition » pour explorer plus avant les enjeux associés aux ODD. Cette exploration est théorique. Mais nos étudiants ont aussi l’opportunité d’interagir avec des acteurs investis concrètement sur les ODD – entreprises, ONGs, associations…

Enfin, nous créons l’opportunité pour nos étudiants de se saisir eux-mêmes, en pratique, de ces questions en travaillant pendant un semestre sur un projet concret. Réunis par groupes de cinq mêlant les différents masters, nos étudiants déploient des solutions concrètes, à vocation entrepreneuriale, à un problème qu’ils ont identifié comme particulièrement important ou préoccupant. Il s’agit pour eux de s’approprier en profondeur ces questions pour arriver à inventer des solutions en travaillant collectivement pendant tout un semestre.

A la fin du processus, douze nominés sont sélectionnés parmi l’ensemble des 110 projets. Ces douze projets sont présentés devant un Jury de professionnels impliqués. Le Jury sélectionne trois gagnants et le public vote aussi pour son projet préféré. Ces projets sélectionnés pourront ensuite être accompagnés s’ils le souhaitent dans le contexte du Centre pour l’entrepreneuriat de Sciences Po et de son incubateur.

 

O. R : Au deuxième semestre vos étudiants poursuivent-ils dans la même optique ?

M-L. S-D : Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui la gestion durable est au cœur de la stratégie des entreprises, bien au-delà de la seule RSE (responsabilité sociale des entreprises), et se doit d’impacter toute la chaîne de valeur.

Si nos étudiants commencent à se spécialiser dans le cadre de leur master au deuxième semestre, ils peuvent également suivre des cours au choix parmi 35 sur deux grandes thématiques : « l’innovation » et la « responsabilité ». Par exemple, « L’impact de l’intelligence artificielle sur le monde du travail » ou « L’impact environnemental de la blockchain ».

En parallèle, nous insistons dans certains programmes sur la notion de responsabilité. Le « luxe responsable et durable » revêt par exemple une importance toute particulière dans le master « Marketing: New Luxury & Art de Vivre ». Le master « Economics and Business » est maintenant intitulé « International Management & Sustainability ». Le master « Innovation & transformation numérique » se situe dans le même esprit. Il s’agit de comprendre les défis mais aussi les enjeux du développement du numérique en termes de démocratie par exemple. Il est d’ailleurs possible d’obtenir un double diplôme avec Strate École de design ou l’Institut Mines Telecom, École d’Ingénieurs.

 

O. R : Tous vos programmes sont alignés sur ce format développement durable ?

M-L. S-D : Ceux dont nous avons hérités évoluent progressivement. En finance, nous avançons vers la finance durable mais c’est un travail très long de mettre en concordance finance durable et finance classique. Le monde va très vite sur certains axes alors qu’il existe encore des doctrines très ancrées qui ont du mal à évoluer. Nous sommes poussés par les étudiants qui relèvent les incohérences qui subsistent entre nos cours. Les entreprises aussi nous demandent d’avancer dans ce sens. C’est cet effet de levier qui, en quatre ans, nous a vraiment permis de faire évoluer les choses de façon significative.

 

O. R : Comment recrutez-vous vos candidats ? Avec quels profils ?

M-L. S-D : A 58% cette année ils viennent du collège de Sciences Po, répartis en 400 français et 200 internationaux. La hausse en interne est de 33% cette année où nous sommes la deuxième école la plus demandée après l’École d’affaires publiques et devant l’École des affaires internationales. Dans la mesure où ne pouvons plus augmenter nos effectifs globaux et que notre attractivité augmente aussi beaucoup à l’externe, notre sélectivité bien sûr s’accroît.

Nous souhaitons conserver une vraie diversité dans les profils et notre politique est de ne pas prendre des étudiants qui ont suivi des études de gestion en bachelor. Nous préférons recruter des étudiants diplômés en droit, physique, des ingénieurs etc. Nous voulons répliquer avec nos étudiants externes la formation très large que nous proposons depuis notre premier cycle. Nous ne faisons pas du management pendant 5 ans, cela n’a pas de sens.

 

O. R : Vos concurrents ce sont HEC ou l’Essec ? Comment vous différenciez-vous d’elles ?

M-L. S-D : Nous intégrons effectivement régulièrement des reçus de ces écoles qui ont finalement préféré nous rejoindre. Notre grande différence avec une école de management c’est que nous faisons partie d’une université de sciences sociales. Nous nous inscrivons dans le double prisme de l’entreprise régie par les évolutions de la société et de l’impact sociétal sur l’entreprise. Nous choisissons nos professeurs, nous créons nos programmes dans cet esprit. En montant le master consacré au luxe nous avons travaillé sur la perception du luxe comme un phénomène social, sociologique et culturel. Pas seulement sur des questions de marketing et de gestion de la marque.

Un autre élément très fort de différenciation est de considérer les formes économiques comme contextualisées, dans le temps et dans l’espace. Une approche en sciences sociales permet de comprendre comme notre monde évolue et se transforme et d’identifier des alternatives. A partir de là, nos étudiants ont les moyens d’envisager leur rôle comme étant celui de co-concepteur d’un nouveau modèle, plus adapté aux grands enjeux d’aujourd’hui. Les défis sont grands et nous imposent de repenser nos modèles; c’est une question de survie ! C’est dans ce contexte que les écoles de management doivent se transformer en profondeur. Ce que nous avons fait à l’École du Management et de l’Innovation a eu un effet d’aiguillon sur d’autres Écoles. Notre ancrage dans une université de sciences humaines et sociales nous a donné les outils nous permettant d’être un peu en avance – mais nous devons tous aller à terme dans cette direction.

 

O. R : Vous allez quitter Sciences Po cet été pour partir diriger l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. Quel bilan tirez-vous de la création de l’École du management et de l’innovation ?

M-L. S-D : Quand nous nous sommes lancés, il s’agissait de réunir différents programmes préexistants, d’en créer de nouveau et de donner à cet ensemble une vraie identité et un vrai projet collectif. Aujourd’hui nous avons créé un projet fort et visible – en interne comme en externe – autour duquel notre équipe s’est mobilisée de manière enthousiaste.

Je pars à Genève en laissant une base solide et un beau bébé ! Nous allons maintenant trouver quelqu’un qui poursuivra ce que j’ai lancé et qui, j’en suis convaincue, fera passer un nouveau cap à l’École. A Genève je vais poursuivre un projet de transformation qui s’inscrit en cohérence avec celui que j’ai déployé à Sciences Po – mais en direction cette fois des acteurs et des décideurs du monde des organisations internationales et transnationales.

 

L'intégralité de l'échange est disponible sur le site HEADway

 

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The Great Transition : une nouvelle édition réussie

  • The Great Transition: Winning ProjectsThe Great Transition: Winning Projects

The Great Transition est une expérience qui place tous les étudiants de première année de l'École du management et de l'innovation face aux grands défis contemporains afin qu'ils réfléchissent sur leurs impacts dans le monde des affaires et sur eux-mêmes en tant que citoyens.

Travaillant à partir des objectifs de développement durable, ils sont amenés à penser, rêver et agir pour un monde à la fois plus durable et plus responsable.

527 étudiants répartis dans 106 projets ont travaillé en groupe sur des questions telles que la qualité des aliments, l'économie circulaire, la solitude, l'efficacité énergétique, la pauvreté et les inégalités, en développant des projets qui combinent l'esprit entrepreneurial et l'aspiration d'un monde plus juste.

Cette nouvelle édition s'est achevée cette année le 22 janvier avec la présentation devant un jury des 12 projets nominés.

LES projets récompensés

Trois projets ont été récompensés par le jury qui a également souhaité attribuer un prix Coup de Coeur. Le public a également pu voter afin de décerner un prix. Les projets récompensés sont : 

Prix du jury :

Ile de la Transition : équipe composée de Jade Berre (Master communication, médias et industries créatives), Manuel Caliendo (Master finance et stratégie), Jeanne Dorlencourt (Master International Management & Sustainability), Myrto Mezini (Master organisations et management des ressources humaines), Nathan Mulalic, (Master marketing)

Repleo Tech : équipe composée de Lucas Dernov (Master communication, médias et industries créatives), Guillaume Desert (Master in Marketing: New Luxury & Art de Vivre), Thao Ly Nguyenova (Master International Management & Sustainability) , Anmol Prithani (Master of Communications, Media and Creative Industries), Gautier Ugolin (Master finance et stratégie)

Kapsul : équipe composée de Alix Biffot (Master finance et stratégie), Clément Bouchet, (Master organisations et management des ressources humaines), Marie Lecoeur (Master finance et stratégie), Mehdi Mouchrit (Master innovation & transformation numérique), Cassandre Siebert (Master communication, médias et industries créatives)

Prix Coup de Coeur du Jury :

The Circle Family : équipe composée de Abdelwahhab Al Backri (Master of Communications, Media and Creative Industries), Delphine Godin (Master finance et stratégie), Marie-Antoinette Lescuyer (Master finance et stratégie), Yeseul Oh (Master in Marketing: New Luxury & Art de Vivre), Axel Udave (Master communication, médias et industries créatives)

Prix du Public :

Papaye : équipe composée de Yasmina Abbou (Master finance et stratégie), Adélie Benvegnu-Sallou (Master joint droit-finance),  Philippine Dol (Master International Management & Sustainability), Etienne Duriez (Master International Management & Sustainability), Adam Lemiere (Master organisations et management des ressources humaines)

 

Composition du jury

Photo : membres du jury © Sciences Po - De gauche à droite

  • Elisabeth Hege (IDDRI)
  • Valérie Gaudart (Engie)
  • Niels Planel (Chercheur et professeur)
  • Amandine Lepoutre (Thinkers and Doers)
  • Maxime Marzin (Sciences Po, Centre pour l'entrepreneuriat)
  • Georges de La Ville-Baugé (Open Bubble)

 

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Vous êtes titulaire d’un bac+3 et plus, ou jeune professionnel, et vous souhaitez vous porter candidat à l’École du management et de l'innovation de Sciences Po ? Vous vous interrogez sur votre choix de master, sur les admissions et les différents débouchés professionnels ?

Olivier Guillet, directeur exécutif de l'École du management et de l'innovation, a répondu pendant quarante minutes à toutes vos questions. Les échanges se sont déroulés en anglais.

Et pour ceux qui veulent candidater cette année : trouvez la procédure d’admission qui correspond à votre situation et présentez votre dossier de candidature en ligne sur le site des admissions.

Vous n’avez pas pu assister à notre Journée portes ouvertes 2019 ?

Visionnez le replay de la présentation de l'École du management et de l'innovation :

New Prosperities: a New Economic Model

  • Bruno Roche and Marie-Laure Salles-DjelicBruno Roche and Marie-Laure Salles-Djelic

The shift from an economy of growth to one of "New Prosperities", that was the topic of discussion at The School of Management and Innovation's annual conference.

Held on 3 December, 2019 at Sciences Po, in partnership with the think tank Mars Catalyst, it brought together thought leaders in business, academia and policymaking to discuss this new economic model.

This conference is part of a movement led by actors the business world, academia and policymaking as well as students from around the globe who committe to transforming business for the world – and promoting an Economics of Mutuality to achieve this goal.

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#ScPoNewProsperities

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Vêtements durables, mode d'emploi

Camille Gréco, étudiante en master Innovation & transformation numérique
  • CrushON / CrushON /

 

 

Étudiante en master Innovation & transformation numérique, Camille Gréco a rejoint l'École du management de Sciences Po après des études de mode à Londres.

Passionnée par le secteur de la mode et du textile, mais soucieuse de le rendre plus durable et moins polluant, elle crée en 2017 CrushON, une plateforme en ligne qui rassemble l’offre de friperies.L'objectif : démocratiser l’achat de vêtements vintages, dans une optique de consommation écoresponsable. Explications.

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Les étudiants vainqueurs

Société Générale’s M&A Corporate Finance Competition
  • A. El Saadi, C. Langlumé, Jaboulet-Vercherre, L. Matarrese et N. KoukouchA. El Saadi, C. Langlumé, Jaboulet-Vercherre, L. Matarrese et N. Koukouch

Sciences Po est heureux et fier d'annoncer que cinq de ses étudiants en Master finance et stratégie ont remporté la 2ème édition du Concours de M&A Corporate Finance de la Société Générale.

Ahmad El Saadi, Caroline Langlumé, Maxence Jaboulet-Vercherre, Léopold Matarrese et Nabilla Koukouch se sont mesurés à des étudiants de grandes écoles de commerce telles que HEC Paris, ESSEC, ESCP Europe, EMLyon, EDHEC Business School et Université Paris Dauphine.

Parmi les 40 équipes en lice, sept ont été sélectionnées pour représenter leurs écoles lors de la finale qui s'est déroulée le lundi 27 novembre au siège mondial de la Société Générale. Nos étudiants ont présenté une offre publique d'achat transfrontalière sur une société de détail au conseil d'administration du Global Heads and Managing Directors de la Société Générale, fournissant une analyse rigoureuse et précise de la cible, incluant une évaluation de la société et une estimation des synergies potentielles, ainsi qu'une analyse de marché et une cartographie des acheteurs potentiels.

Cyril Paolantoni, co-Responsable Corporate Finance du secteur des Biens de Consommation, Distribution et Luxe, a exprimé sa joie d'accueillir les équipes des 7 plus prestigieuses écoles de commerce françaises :

"2019 était la deuxième année du Gaming Inter-Ecole de la Société Générale. Une fois de plus, nous avons été très heureux de donner aux étudiants des 7 premières écoles de commerce de France l'opportunité de prendre pied dans le monde des affaires. Nous pensons que ce cas de M&A à présenter à un jury professionnel composé de banquiers d'affaires est un bon moyen d’appréhender la corporate finance avant de rejoindre une banque. Cette année, nous avons été positivement surpris par la qualité des équipes, tant pour le contenu de leur analyse que pour la présentation de leurs résultats. La plupart des étudiants ont compris que l'analyse théorique est nécessaire mais pas suffisante pour saisir un mandat prestigieux de fusions-acquisitions, en particulier dans un monde de concurrence féroce entre les bureaux de conseil. Ils se sont montrés compétents, précis et surtout efficaces pour convaincre leurs futurs clients. L'équipe de Sciences Po a fait preuve d'un niveau de professionnalisme supérieur et a été classée première à l'unanimité par le jury ! Félicitations à l'équipe gagnante et nous espérons avoir confirmé votre désir de commencer une brillante carrière dans la banque d'investissement..."

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CRÉATIVITÉ ET ÉMOTION

Masterclass de Nicolas Degennes, Directeur Artistique de la maison Givenchy
  • Nicolas Degennes ©GivenchyNicolas Degennes ©Givenchy

Masterclass de Nicolas Degennes,  Directeur Artistique de la maison Givenchy

En 2020, Nicolas Degennes fêtera ses 20 ans en tant que directeur artistique de Givenchy Beauté. Souvent cité comme le génie de la division maquillage de la marque, il se définit lui-même comme un équilibre visible de confiance et d'humilité. C'est d'ailleurs ce qu'il a conseillé aux étudiants de Sciences Po tout au long de sa masterclass : « Sois honnête avec toi-même, ne sois pas trop fier, ne sois pas trop humble. »

Il a ouvert sa masterclass du 13 novembre 2019, dans une salle de conférence remplie d'étudiants enthousiastes. Le maestro du maquillage et de la couleur s'est présenté, en déclarant : "Je suis Nicolas Degennes, j'ai 48 ans." Et puis, il s'est repris : "Non, j'ai 58 ans." Ce lapsus était assez révélateur : Nicolas Degennes a derrière lui une longue et riche carrière qui a débuté à une toute autre époque : Mylène Farmer, les débuts de Canal+, Jeanne Moreau, et la beauté avant Internet, avant même Instagram ! Et pourtant, aujourd'hui, il est encore jeune et au sommet de son art : s'inspirer partout, innover en maquillage et en produits de beauté avec une créativité qui ne s'est jamais démentie depuis 25 ans.

Lorsqu'on le Master communication, médias et industries créatives de l'École du management et de l’innovation lui a proposé de faire cette masterclass, il lui a demandé de parler de sa carrière et de répondre spécifiquement à cette question : « Comment en êtes-vous arrivé là ? ».

Il ne s’est pas contenté de lister des étapes ou des événements précis qui ont manqués sa carrière. Au lieu de cela, ses conseils portaient davantage sur le caractère de la personne qui est pour lui un ingrédient sous-jacent de la créativité. Son premier mantra : le dynamisme et le travail acharné. « C'est un dur labeur tous les jours. »  Mais, quel que soit votre rêve, a-t-il expliqué, il vaut la peine d'y travailler. Deuxièmement, a-t-il dit aux étudiants, « vous serez confrontés à des choix, des offres, des propositions. Demandez toujours la raison qui vous pousserez à dire non » Selon Degennes, le plus souvent, il y a très peu de raisons, voire aucune, de dire non. Enfin, son troisième mantra : « Rappelez-vous qui vous êtes et d'où vous venez. N'oubliez pas votre famille et vos racines. »

Degennes a commencé sa carrière en faisant du théâtre et de la photographie aux États-Unis, dans l'Iowa. Il a quitté la France en pensant qu'il ne pouvait pas s'exprimer artistiquement là où il se trouvait avec une soif d'aventure et de liberté. C'était un défi : il ne parlait pas anglais à l'époque. Il a réussi à travailler comme photographe et c'est alors qu'il préparait des shooting photos qu'il a commencé à maquiller les femmes qu'il allait photographier. C'est à ce moment-là qu'il est tombé amoureux du maquillage et qu'il a décidé de devenir maquilleur : « Je ne pense pas avoir été un très bon photographe, mais j'ai fait des choses incroyables en tant que maquilleur ».

Cette affirmation, même si elle peut paraître arrogante, renvoie à l’un de ses conseils: « Ne soyez pas trop fier, ne soyez pas trop humble ». Il est important de prendre conscience de vos forces mais aussi de vous juger avec réalisme et honnêteté. « Être trop fier n'aide pas, mais être trop humble n'aide pas non plus. » En d'autres termes, il n'y a pas de mal à savoir quelles sont vos forces - dans le cas contraire, c'est plus nuisible.

Il prévient que souvent, la société tentera de mettre les individus dans une case. « Tu es ceci ou cela, pas les deux, ou pas un mélange. Si quelqu'un vous dit que vous n'êtes pas capable de faire quelque chose, ripostez. Prouvez-lui qu'il a tort » , dit-il. « Une seule case ne suffit pas, il en faut bien plus. »

Nicolas Degennes a décidé très tôt dans sa carrière de maquilleur que son travail « devait être une signature ». Apporter son regard sur le maquillage et s'assurer que son travail soit reconnu comme étant le sien était la clé. Degennes a parlé de son énergie créatrice et de la façon dont il utilise les sensations dans ses décisions artistiques et dans la création de produits. Trois valeurs guident son processus créatif : l'honnêteté, la fidélité et l'élégance. Quand il est arrivé chez Givenchy, il n'aimait pas leurs choix créatifs. Pourtant, il était extrêmement important, dit-il, de connaître les racines de la marque et de son fondateur. Il ne voulait pas faire de changements radicaux - c'était lui qui devait s'intégrer à la marque et l’accompagner. Encore aujourd'hui, la marque passe avant tout, et sa créativité est au service de Givenchy.

Une session de questions-réponses a clôturé la masterclass. Comme prévu, les étudiants ont posé des questions sur la responsabilité écologique et l'impact environnemental de Givenchy. Nicolas Degennes a expliqué qu'il existe aujourd'hui trois listes qui catégorisent l'utilisation des ingrédients par Givenchy : une liste noire des ingrédients interdits car dangereux pour les personnes ou l'environnement ; une liste grise des ingrédients qui ne sont pas dangereux mais qui devraient être utilisés de façon limitée ; une liste verte des ingrédients totalement sûrs et écologiques. M. Degennes a insisté sur le fait qu'en matière de responsabilité écologique, essayer d'aller trop vite ne sera jamais la solution. La recherche et le développement prennent du temps, mais être pleinement conscient de la chaîne d'approvisionnement, de A à Z, est la première et la plus cruciale étape. Enfin, interrogé sur les sacrifices qu'il a consentis pour sa carrière, Degennes a répondu que son temps personnel et son absence de famille étaient les plus grands sacrifices qu'il a faits. La question, dit-il, a vraiment touché une corde sensible.

 

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Journée des Masters 2019 à Sciences Po

  • Journée des Masters 2019Journée des Masters 2019

La Journée des Masters est le rendez-vous à ne pas manquer, pour se renseigner sur son futur Master à Sciences Po. C’est l’occasion idéale pour rencontrer les étudiants de Sciences Po, s’informer sur nos procédures d’admission et discuter avec les équipes pédagogiques et administratives.

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