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10 juillet 2026
Retour sur la première édition du Programme d'Évaluation des Politiques Publiques (PEPPs)
Pourquoi certaines politiques publiques produisent-elles les effets attendus quand d'autres peinent à transformer les pratiques sur le terrain ? C'est à cette question que se sont confrontés les étudiants du Programme d'évaluation des politiques publiques (PEPPs). A travers des projets réels proposés par des institutions publiques qui acceptent de leur ouvrir leurs portes, les étudiants ont pu apprendre à analyser les écarts entre les objectifs d'une politique, sa mise en œuvre et ses effets, afin de produire des recommandations utiles aux décideurs publics.
Pourquoi former les futurs acteurs publics à l'évaluation des politiques publiques ?
Longtemps considérée comme une expertise réservée à quelques spécialistes, l'évaluation des politiques publiques est aujourd'hui devenue une compétence essentielle pour l'ensemble des acteurs publics.
« Au fil des dernières années, l'évaluation s'est progressivement diffusée, alors même que les personnes concernées ne disposent pas toujours des moyens ou des compétences nécessaires pour la mettre en œuvre. Au-delà des méthodes, notre objectif est donc de permettre aux étudiants de développer une véritable posture évaluative, à travers un projet concret », explique Alexandra Williams, consultante et associée à Quadrant Conseil, enseignante dans le programme.
Pour Clément Pin, enseignant-chercheur, l'enjeu dépasse aussi largement la maîtrise d'outils méthodologiques : « il existe aujourd'hui un consensus assez large autour de l'idée qu'aucune politique n'est légitime en soi, qu'elle doit en permanence justifier son utilité pour être lancée, maintenue ou réorientée. Former les futurs acteurs publics à l'évaluation, c'est donc d'abord les préparer à une exigence qui structure désormais l'ensemble de leur activité.Mais cette exigence est souvent mal comprise. L'évaluation est fréquemment réduite à une question binaire (une politique “marche-t-elle” ou non ?) comme s'il suffisait d'appliquer un protocole pour obtenir une réponse claire. Or les critères qui permettent de juger de l'efficacité d'une politique font toujours l'objet de débats : débats sur les objectifs poursuivis, sur les effets à mesurer, sur les populations concernées, sur le calendrier retenu... Évaluer, c'est d'abord rendre ces débats explicites et y contribuer, c'est participer à une démarche d'enquête collective, et non simplement produire une batterie d'indicateurs. »
Une approche ancrée dans les réalités du terrain
C'est précisément parce que l'évaluation est une pratique (et pas seulement un ensemble de méthodes à appliquer) qu'elle requiert une formation ancrée dans les conditions réelles d'élaboration et de suivi des politiques publiques et c’est cette approche qui est proposée dans le cadre de PEPPs : pendant toute une année universitaire, les étudiants peuvent mettre en pratique leurs acquis théoriques et méthodologiques (déjà développés dans leur cours d'évaluation au premier semestre de M1) sur l’évaluation de politiques publiques à travers un travail collectif d’enquête proposé par un partenaire institutionnel sur une problématique réelle et actuelle. Les étudiants ont ainsi pu approfondir leur maîtrise de traitement et de visualisation des données, l'élaboration de protocoles d'entretiens entre autres compétences fondamentales dans l'évaluation.
Pour cette première année, les étudiants ont eu la chance de travailler sur deux projets ambitieux proposés respectivement par la Ville et Paris et le Conseil d’Evaluation de l’Ecole (CEE).
Évaluation de la Charte de l’étude surveillée de la Ville de Paris
Ce projet portait sur l’évaluation de la Charte de l’étude surveillée mise en place par la Ville de Paris dans les écoles publiques. Il interroge la capacité d’un document cadre, conçu au niveau central, à transformer concrètement les pratiques professionnelles sur le terrain. À partir d’une enquête auprès d’acteurs formés et d’un questionnaire, les étudiants ont pu analyser les conditions d’appropriation de la charte dans les écoles concernées par l’expérimentation. Ils ont pu notamment mettre en évidence un écart persistant entre prescriptions et usages réels et proposent des pistes pour mieux accompagner sa mise en œuvre avant sa généralisation.

Crédit Léa Douhard
Effets des dispositifs d’évaluation des établissements scolaires
Le deuxième projet mené cette année a consisté à évaluer dans quelle mesure le dispositif d'évaluation des établissements scolaires du second degré, piloté par le Conseil d'évaluation de l'École (CEE), contribue à réactiver le projet d'établissement et à en faire un véritable outil de pilotage collectif. En filigrane, une question centrale : comment une politique publique d'évaluation est-elle appropriée par les équipes éducatives et dans quelle mesure peut-elle faire évoluer réellement les pratiques ? À partir d'une analyse documentaire des rapports d'évaluation, d'entretiens et d'un questionnaire, les étudiants ont pu dresser un constat nuancé : si le dispositif gagne progressivement en légitimité, son appropriation demeure très variable selon les établissements. Ils formulent enfin plusieurs recommandations pour renforcer l'accompagnement post-évaluation et redonner au projet d'établissement toute sa place comme levier de l'action collective.

A travers ces deux projets, les étudiants ont ainsi été amenés à construire une démarche d'évaluation de bout en bout : clarification de la commande, élaboration d'un diagramme logique d'intervention, construction d'un référentiel d'évaluation, collecte et analyse de données, conduite d'entretiens, formulation de recommandations et restitution auprès du commanditaire…
« Travailler avec un vrai commanditaire sur un dispositif en cours de déploiement donne au projet une dimension concrète qu'on ne retrouve pas dans les exercices académiques classiques », résume Sofiane Wadag, étudiant de la spécialité Politiques d'éducation et de recherche ayant participé à cette première édition.
Au delà des compétences directement liés à l’évaluation de politiques publiques, les étudiants ont aussi pu développer d’autres compétences, souvent sous-estimées mais toutes aussi essentielles, comme nous l’explique Eve Richard, étudiante qui participait également au programme :
« Ce projet m'a surtout appris à travailler dans l'incertitude, dans l'adaptation constante et avec encore plus de détermination. J'ai découvert qu'une évaluation ne consiste pas à appliquer un protocole orthodoxe, mais à clarifier et reformuler en permanence ce qu'on cherche à mesurer. »
Cette première édition de PEPPs illustre donc une conviction forte : l'évaluation ne s'apprend pas uniquement dans les livres. En confrontant les étudiants à des projets réels, à des données de terrain et aux contraintes de mise en œuvre des politiques publiques, le programme permet de développer une posture d'enquête, d'analyse et de dialogue indispensable aux métiers de l'action publique. Une manière de former de futurs professionnels capables non seulement de concevoir des politiques publiques, mais aussi de les questionner, de les améliorer et d'en mesurer les effets en continu.
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