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20 juillet 2026
Rencontre avec nos diplômées 2026: Dariia Haryfullina
Pouvez-vous décrire votre parcours universitaire eT professionnel ?

Je suis arrivée à Sciences Po en bachelor en 2019, en double diplôme en mathématiques appliquées et sciences sociales avec Paris 1 (SMASS). Durant mes années de licence, j'ai vécu deux échanges à l'étranger - à Milan, puis à Singapour. A la suite de ma troisième année j'ai réalisé mon premier stage à la Direction Générale des Entreprises, au sein de l'équipe Intelligence Artificielle (IA) au Service de l'Economie Numérique.
Motivée par les questions des impacts et de la régulation des algorithmes, et en particulier de l'IA, j'ai voulu approfondir mes compétences techniques pour mieux comprendre ces technologies. En parallèle des échanges de la troisième année, j'ai donc passé les concours de grandes écoles d'ingénieur (GeiUniv), et c'est ainsi que j'ai été admise dans le cursus ingénieur à l'ENSAE à la suite de mon bachelor. Ce cursus était exigeant académiquement et éprouvant mentalement, d'autant plus que j'ai commencé les cours à l'ENSAE peu après l'invasion par la Russie de mon pays natal.
Durant les deux premières années du cursus ingénieur, j'ai multiplié les expériences professionnelles, ce qui m'a permis d'affiner mes choix de carrière. J'ai d'abord réalisé un stage au laboratoire de recherche-création EnsadLab où j'ai travaillé sur les projets au croisement entre les arts et les sciences, puis au sein du J-PAL au Maroc dans le domaine de l'évaluation des politiques publiques et de l'économie du développement. Mes études d'ingénieure m'ont permis d'affiner ma compréhension des mathématiques, des algorithmes et de l'apprentissage statistique (communément appelé "IA").
Je suis revenue à Sciences Po en Master avec ce bagage mathématique à la rentrée 2024, dans la spécialité Digital New Technology and Public Policy pour explorer les enjeux sociaux et politiques des nouvelles technologies et des systèmes algorithmiques. Au cours de la deuxième année, j'ai suivi à la fois les cours de 3e année à l'ENSAE et ceux de M2 à Sciences Po.
Mon parcours en Master à Sciences Po a été complété par trois expériences professionnelles. Au Programme Alimentaire Mondial tout d'abord, entre le M1 et le M2. Au deuxième semestre de M2 ensuite, à l'OCDE en parallèle de mes cours à l'ENSAE. Puis finalement, à la Direction Interministérielle du Numérique (DINUM) où je travaille sur les questions de gouvernance des données et des algorithmes au sein de la fonction publique en France.
Quelle a été votre motivation pour choisir votre spécialité à l'École d'affaires publiques
Tout d'abord, j'ai été intéressée très tôt par les questions de gouvernance et de régulation des algorithmes, dès mon adolescence. De plus, mon cursus mêlant mathématiques et sciences sociales en SMASS puis à l'ENSAE ont nourri mon envie d'appliquer les connaissances techniques pour servir l'intérêt général.
De manière générale, j'ai une forte sensibilité aux questions philosophiques et des impacts des technologies sur la société. Je pense que les compétences techniques sont nécessaires pour travailler sur ces sujets, mais elles ne sont pas suffisantes. L'École d'Affaires Publiques est pour moi un bon endroit pour réfléchir aux thématiques d'intérêt général et de la fabrique des politiques publiques, et la spécialité Digital, New Technology and Public Policy aborde les thématiques qui m'intéressent.
Évidemment, durant mon parcours, il y a eu des moments où j'ai remis ce choix en question, et je veux souligner que même si mon parcours paraît rétrospectivement assez linéaire, mes expériences professionnelles nombreuses et variées m'ont permis de mieux centrer mon projet.
Quelles ont été les contributions de votre formation à l'École d'affaires publiqueS pour décrocher votre diplôme?
La formation en Master à l'École d’affaires publiques a été précieuse pour mon parcours à de nombreux égards. J'ai eu l'opportunité de rencontrer des personnes travaillant dans les domaines qui m'intéressent au travers de conférences ou du programme de mentorat, ce qui m'a permis de mieux saisir l'écosystème dans lequel je voudrais travailler. Les cours et les professeurs ont été d'une grande qualité, avec un bon équilibre entre le monde académique et professionnel. Je suis aussi reconnaissante d'avoir eu un bon équilibre de vie et de travail, et notamment la possibilité d'avoir du temps pour les activités en dehors des cours. Par exemple, j'ai organisé une conférence, fait partie d'une équipe sportive et poursuivi mon apprentissage du mandarin en parallèle de mes études, ce qui m'a ouvert des opportunités intéressantes. La structure des enseignements m'a aussi permis d'explorer les possibilités et appliquer mes compétences techniques, critiques et créatives dans de nombreux projets en groupe, comme par exemple durant le programme de l'Incubateur des Politiques Publiques, et par ailleurs construire un portfolio de projets. Je suis aussi reconnaissante à l'équipe pédagogique de la spécialité pour leur disponibilité, les conseils précieux et leur soutien. Finalement, l'interdisciplinarité et la complémentarité du cursus avec le diplôme d'ingénieur m'a permis d'être admise en thèse à l'Institut Max Planck en Allemagne, sur les questions liées aux algorithmes et leurs impacts sur la société.
Auriez-vous un conseil à donner à un ou une étudiant(e), futur(e) jeune diplômé(e)?
Pour les futures étudiantes, je donnerai trois conseils :
- Expérimenter du point de vue professionnel, faire beaucoup d'expériences pour savoir ce qui nous plait (ou pas). La réalité des métiers est souvent différente de l'idée qu'on s'en fait. Il ne faut pas hésiter à poser des questions aux personnes qui travaillent dans les domaines qui vous intéressent.
- Se laisser du temps pour explorer les choses en dehors des cours - lors des événements par exemple. Parfois c'est ce qui permet de découvrir les choses qui nous font vibrer et grandir, et aussi faire des bonnes rencontres.
- Prendre soin de sa santé mentale et ne pas se surmener (je suis probablement mal placée pour le dire vu ma charge de travail, mais je parle donc en connaissance de cause !). C'est important de se laisser du temps libre.
Pour les jeunes diplômées :
- J'aimerais dire qu'il est important de se laisser du temps pour décider ce que l'on veut faire ensuite, si on en a le privilège.
- Se poser la question de ce qui est important pour nous dans un métier, en dehors de l'intérêt pour le domaine.
Et finalement, pour les deux: ayant fait l'expérience des études avant et après l'IA générative, je dirais qu'il est important de se poser la question des compétences qu'on délègue aux algorithmes. Car en déléguant des tâches à un algorithme, on risque de ne pas réellement apprendre. Une bonne boussole dans cette situation est de se poser la question: quelles compétences est-ce que je souhaite vraiment maîtriser dans le futur ?
Quels seront, selon vous, vos prochaines étapes ou prochains défis ?
En ce qui concerne le futur relativement proche, commencer ma thèse à l'Institut Max Planck, si je choisis cette voie. Je souhaite utiliser cette opportunité comme un moyen de grandir techniquement et dans mes capacités d'écriture - je veux que ma thèse soit agréable à lire! J'ai aussi plusieurs objectifs en dehors du plan professionnel: des projets créatifs, explorant notamment mon domaine d'études par le biais de l'art. Pour des projets un peu plus lointains - travailler avec les institutions publiques sur les questions du numérique responsable.
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