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23 mars 2026
Jonne Kamphorst - Comprendre et soigner les fractures politiques pour renforcer la démocratie
Nos sociétés démocratiques sont de plus en plus divisées sur le plan politique. Comment la science politique peut-elle contribuer à expliquer ces divisions et à les surmonter ? C'est l'un des axes de recherche de Jonne Kamphorst, qui a rejoint le Centre d'études européennes et de politique comparée (CEE) et le Centre de données socio-politiques (CDSP) de Sciences Po en janvier 2026. Le deuxième volet de ses recherches porte sur la création d'outils de recherche basés sur l'intelligence artificielle dans le domaine des sciences sociales. Dans cette interview, il revient sur son parcours et ses travaux de recherche.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours universitaire et nous donner un aperçu de vos activités de recherche ?
Avant de rejoindre Sciences Po, j’étais chercheur postdoctorant à l’université Stanford, au sein des départements d'informatique et de sociologie. Auparavant, j'ai également été postdoctorant à l'Institut universitaire européen de Florence (EUI), où j’avais soutenu ma thèse.
Mes recherches s'inscrivent dans deux grands domaines. D'une part, je m’intéresse à des questions de science politique concernant les origines des divisions sociales et les moyens de les réduire.
Mon projet le plus récent dans ce domaine porte sur la manière dont les électeurs de la classe ouvrière perçoivent les partis de gauche comme des défenseurs de sujets liés à l’élite culturelle ou aux grandes villes, et sur l’influence de cette perception sur leur comportement électoral.
D’autre part, une grande partie de mes recherches porte sur l'utilisation des grands modèles de langage et de l'intelligence artificielle comme outils de recherche en sciences sociales.
L'un des projets que nous développons concerne les applications de conseil en matière de vote basées sur de grands modèles de langage. Les applications actuellement disponibles demandent de répondre à 30 ou 40 questions, dont la plupart sont éloignées des préoccupations des utilisateurs, avant de fournir des conseils génériques. Nous cherchons à développer des solutions où les utilisateurs pourraient avoir une conversation personnalisée avec un chatbot, qui déboucherait sur des informations personnalisées sur les candidats.
Un autre travail en cours porte sur ce que nous appelons des jumeaux numériques ou des répondants synthétiques. L’idée est d’utiliser de grands modèles de langage pour simuler des données ou des personnes. Cela peut s’avérer utile lors de certaines étapes d’un processus de recherche ou d’élaboration de politiques pour lesquelles aucune donnée n’est actuellement disponible, en particulier lors des phases de prise de décision et de conception, avant de passer aux projets pilotes et aux tests avec de vraies personnes.
Qu'est-ce qui vous a poussé à choisir Sciences Po ?
Sciences Po est un établissement parfaitement adapté à ces différents champs de recherche.
D'une part, Sciences Po entretient une proximité avec l'élaboration des politiques. Cela se manifeste à travers les programmes de master proposés par les Écoles et le profil des étudiants que l’institution attire.
C'est également un lieu où la recherche atteint un très haut niveau d'excellence, et j'espère pouvoir collaborer avec de nombreux collègues ici pour continuer à développer ces différents axes de recherche.
Quels projets espérez-vous développer au sein du CDSP et du CEE ?
Le CDSP donne accès à d’excellentes données d'enquête aux niveaux européen et français. L'un des projets que je développe avec Emiliano Grossman et Mahendra Paipuri consiste à créer des jumeaux numériques à partir des données du CDSP, afin d’améliorer l'élaboration des politiques et la conception des enquêtes, ici à Sciences Po comme à l’échelle européenne.
Parallèlement, je poursuis activement mes recherches sur les fractures politiques. C'est là que mon affiliation au CEE s’avère particulièrement précieuse, grâce à la présence de collègues exceptionnels comme Caterina Froio, Jan Rovny, Diane Bolet, et bien d’autres.
Je suis vraiment ravi d’être ici : Sciences Po réunit tout ce dont j’ai besoin pour faire avancer les différents volets de mes recherches, et je ne pourrais imaginer d’environnement plus propice.
