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13 février 2026

Diane Bolet - Backlash écologique et soutien à l'extrême droite

Quels sont les liens entre le sentiment de perte d'identité, l'opposition aux politiques climatiques et environnementales (“greenlash”) et le soutien à l'extrême droite en Europe ? C'est ce que Diane Bolet cherche à découvrir, en étudiant les répercussions de ces politiques sur les communautés dépendantes des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) ou exposées aux réglementations environnementales (par exemple les agriculteurs), en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Pologne. Elle vient de recevoir une prestigieuse bourse du Conseil européen de la recherche (ERC) pour mener à bien cette recherche.

Diane Bolet a rejoint Sciences Po et le CEE en tant qu'Assistant Professor en science politique en décembre 2025. Elle est spécialisée dans les comportements électoraux, l'opinion publique et les politiques publiques territoriales et climatiques en Europe. Ses recherches précédentes ont porté sur les facteurs locaux et contextuels, ainsi que sur le rôle des médias, dans l'explication de la montée de la droite radicale en Europe.

Dans cette vidéo (avec sous-titres en français), elle nous parle de son parcours et de sa carrière, de ses projets de recherche récents et actuels, et des raisons qui l'ont poussée à choisir le CEE et Sciences Po.

Bonjour, je m'appelle Diane Bolet et je viens d'être recrutée comme Assistant Professor au Centre d'études européennes et de politique comparée de Sciences Po.

Je suis spécialisée dans le comportement électoral et la politique comparée, avec un intérêt particulier pour le vote de droite radicale et les politiques climatiques.

Mon parcours de recherche a commencé au Royaume-Uni lorsque j'ai obtenu mon Bachelor en politique internationale au King's College de Londres. J'ai ensuite suivi un double cursus : un Master en affaires européennes ici à Sciences Po pendant un an, et une deuxième année à la London School of Economics and Political Science (LSE). J'ai ensuite décidé de faire un doctorat à la LSE. J'ai fait des postdocs à l'Université de Zurich et au King's College de Londres, puis j'ai été Assistant Professor à l'Université de Durham et à l'Université d'Essex, au Royaume-Uni, avant de rejoindre Sciences Po.

Mes recherches visent à comprendre comment les sociétés réagissent aux changements structurels, tels que la mondialisation, l'augmentation de l'immigration ou, plus récemment, la transition écologique.

Mon doctorat visait à comprendre le lien entre contextes locaux et soutien aux partis de la droite radicale en Europe de l'Ouest. J'ai notamment identifié un lien entre la disparition d'espaces de sociabilité, tels que les pubs au Royaume-Uni, et le soutien aux partis de la droite radicale.

Je travaille actuellement sur un autre changement structurel : la transition verte. Après l'Accord de Paris et l'adoption du Green Deal européen, de nombreuses politiques climatiques ont été mises en œuvre dans plusieurs pays européens et j'essaie de comprendre les conséquences électorales de ces politiques au sein des communautés concernées.

J'ai donc étudié plusieurs communautés liées aux combustibles fossiles. Dans un article publié, j'ai étudié les communautés espagnoles qui vivent de l'extraction du charbon et la manière dont elles ont récompensé les candidats sortants, c'est-à-dire le parti socialiste espagnol, pour avoir mis en œuvre des politiques de transition juste.

Je viens d'obtenir une bourse du Conseil européen de la recherche, ce qui va me permettre d'aller plus loin. Je m'intéresse à présent aux communautés liées aux industries pétrolières et gazières, ainsi qu'aux agriculteurs, et à la manière dont ils réagissent à l'adoption de réglementations ou de politiques environnementales plus strictes, susceptibles d'engendrer des coûts, mais aussi des avantages sociétaux à long terme. Je cherche donc à savoir si cela pourrait déclencher un retour de bâton ou backlash, en l'occurrence un "greenlash", mais aussi quels types de politiques pourraient compenser ou atténuer ce backlash.

J'ai rejoint le CEE parce qu'il constitue une référence en matière d'études européennes. Ce que j'apprécie particulièrement, que je trouve enrichissant et stimulant, c'est de pouvoir parler d'un même sujet à partir de perspectives et de domaines différents. Lorsque l'on aborde le rôle du changement climatique ou des questions climatiques dans la politique, on peut voir les choses différemment selon que l'on est économiste politique, sociologue, historien, ou politiste comme moi.

Je suis également très honorée de faire partie de cette grande communauté de recherche qu'est Sciences Po. Je suis particulièrement intéressée à travailler avec d'autres membres de l'École du climat pour faire avancer les politiques d'atténuation du changement climatique avec des personnes issues de différents domaines.

Interview et vidéo : Véronique Etienne