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Le Sénégal célèbre la révolution du Fouta Toro et les Lumières africaines

Le 24 février 2026 s’est tenue à Dakar la cérémonie d’ouverture d’un cycle de commémorations du 250e anniversaire de la révolution islamique du Fouta Toro. En 1776, des lettrés musulmans instaurent dans cette région, située le long du fleuve Sénégal, un nouvel ordre politique qui condamne la déportation d’esclaves vers l’Atlantique. Deux cent cinquante ans plus tard, les commémorations de cette révolution par des entrepreneurs mémoriels, des historiens, des artistes et des ministres sont les témoins de l’effervescence politique et historiographique au Sénégal. L’événement nous invite ainsi à réévaluer le rôle attribué à l’Afrique dans l’histoire des Lumières, tout en interrogeant les silences et la politisation d’une telle entreprise mémorielle.

Par Gabriel André, Docteur associé au CERI

Place du Souvenir africain, Dakar, le 24 février 2024
Place du Souvenir africain, Dakar, le 24 février 2024 (crédits : Gabriel André )

            Le 24 février 2026, place du Souvenir africain, la corniche de Dakar s’est érigée de deux nouveaux monuments. Ces sculptures en basalte inaugurent le lancement d’une série de commémorations célébrant le 250ème anniversaire de la fondation de l’imamat du Fouta Toro, une région située dans la vallée du fleuve Sénégal, à l’actuelle frontière de la Mauritanie.

            À la fin du XVIIIe siècle, c’est là qu’un groupe de lettrés musulmans, les Toorobbe, menés par Ceerno Souleymane Baal (auquel succède en 1776 Abdoul Kader Kane), renverse la dynastie peule Denianke au pouvoir depuis la fin du XVe siècle.  Cette rupture s’inscrit dans le contexte de la traite atlantique : le Fouta Toro est alors fréquemment exposé aux razzias et à la déportation d’une partie de sa population, notamment depuis Saint-Louis, à l’embouchure du fleuve. Le renversement du pouvoir Denianke s’énonce ainsi contre l’asservissement croissant de fidèles musulmans, et marque la naissance d’un nouveau régime politique, à la tête duquel s’installe la classe religieuse des Toorobbe.

            C’est ce bouleversement de l’époque moderne que commémore aujourd’hui le Comité mémoriel de la révolution du Fouta Toro, l’entité chargée de l’organisation de la journée du 24 février 2026 et du cycle d’événements prévus tout au long de l’année. L’ensemble du projet est encadré par le Centre de recherche sur le patrimoine intellectuel africain, Baa-Joordo, dirigé par Youry Sall, enseignant-chercheur en mathématiques et informatique à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, et véritable « entrepreneur mémoriel ». Originaire de l’ancienne province de Dimat, à l’extrême ouest du Fouta Toro, Youry Sall a fait ses études supérieures à l’université du Caire, avant de soutenir une thèse de mathématiques appliquées aux sciences sociales à l’EHESS en 1997. Depuis lors, il milite pour faire reconnaitre le patrimoine islamique de la vallée du fleuve Sénégal, en s’émancipant des sources coloniales françaises.

Une entreprise mémorielle polyphonique 

            La journée de commémoration témoigne de l’ampleur de cette mobilisation du passé sur la scène nationale. Les participants ont d’abord été invités à assister au dévoilement des deux monuments, ainsi qu’à une courte mise en scène de l’avènement de l’imamat du Fouta Toro (visionnable ici), jouée par une troupe de comédiens de Pikine sur l’esplanade de la place du Souvenir. 

Dakar, le 24 février 2024
Dakar, le 24 février 2024 (crédits : Gabriel André )

            S’en est suivie une conférence inaugurale intitulée « L’humanisme islamique et valeurs sociopolitiques en formation ». La discussion était rythmée par les discours d’acteurs ayant pris part aux initiatives de l’État sénégalais pour encadrer, au moins depuis une vingtaine d’années, la production du récit historique, dans une perspective à la fois « décolonisée » et singulièrement nationaliste. On notera ainsi l’allocution de l’historien Mamadou Fall, en charge de la coordination du vaste projet d’Histoire générale du Sénégal, entreprise de réécriture nationale du passé en une vingtaine de volumes, annoncée dès 2013 par l’ancien président Macky Sall ; ou encore le discours de l’ancien ministre de la Culture et écrivain, Amadou Tidjane Wone, figure des cercles panafricanistes dakarois et conseiller auprès de l’actuel président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Ces prises de parole, clôturées par une leçon inaugurale du politiste Ibrahima Silla, enseignant à l’université Gaston Berger, étaient ponctuées de performances théâtrales, rejouant les grands épisodes de l’avènement du Fouta Toro, et de chants interprétés par la cantatrice Penda Sarr.   

            Dès lors, avant même d’évoquer le fond de la commémoration, il en ressort un premier constat : le passé « n’appartient pas aux morts », comme l’ont écrit Bogumil Jewsiewicki et Jocelyn Letourneau, et la voix des historiens rencontre ici celle des artistes, des politiciens, des entrepreneurs et des journalistes. La mise en mémoire de la révolution du Fouta Toro implique un processus d’incarnation polyphonique du passé, tissé de discours et de pratiques, à la lisière de l’espace académique. On sait combien ces dynamiques d’historiographies « artisanes » sont un espace à part entière de l’élaboration du politique dans les sociétés ouest-africaines – et en cela, la cérémonie inaugurale pourra être lue comme un supplément au dernier numéro de Politique africaine, coordonné par Laurent Fourchard et Gregory Mann, consacré justement aux historicités disputées et à la mobilisation de l’histoire comme une cause en Afrique. 

Une relecture afro-centrée des Lumières et de « l’âge des révolutions » 

            Quelle peut être, en l’occurrence, la cause qui traverse ces incarnations contemporaines d’une révolution islamique de l’époque moderne ? Sans doute une part de la réponse réside-t-elle dans l’effervescence panafricaniste et afro-centrée que revendiquent les organisateurs de la conférence. C’est d’ailleurs le projet même du centre culturel Baa-Joordo. Il s’agit initialement d’une groupe de recherches sur le patrimoine intellectuel de l’Afrique, structuré dans les années 2000 par Youry Sall et deux collègues linguistes (Aboubakry Kebe, Aly Sambou), tous les trois arabisants, appelant à s’emparer des sources non francophones sur le passé sénégalais. Aujourd’hui doté de sa propre maison d’édition, le centre Baa-Joordo est ainsi né d’une double revendication politique et historiographique – comme en témoigne la tribune publiée par Youry Sall lors des élections présidentielles de 2000, pour exhorter les candidats à revisiter l’histoire du Sénégal sans se focaliser sur ses interactions avec l’Occident. Car après tout, l’avènement du Fouta Toro précède la révolution française et se déroule la même année que la révolution américaine. 

Tableau synthétique publié sur le site internet du 250 e anniversaire du Fouta Toro, mettant en parallèle la révolution du Fouta Toro et la révolution américaine
Tableau synthétique publié sur le site internet du 250 e anniversaire du Fouta Toro, mettant en parallèle la révolution du Fouta Toro et la révolution américaine  (crédits : Gabriel André )

            « Pour une fois, qu’on ne soit pas sur la défensive, qu’on se dise “oui, on a existé au XVIIIe siècle”, [...] pour une fois, qu’on ne parle pas de notre face-à-face avec l’Europe, mais qu’on parle de notre face-à-face avec nous-mêmes », résume Youry Sall lors d’un entretien conduit à l’issue de la cérémonie. C’est aussi ce qui ressort du discours prononcé par l’ancien ministre Amadou Tidjane Wone, lui aussi à la tête d’une maison d’édition indépendante, et lui aussi panafricaniste revendiqué : se pencher sur l’avènement de l’imamat du Fouta Toro est une manière de « déchausser les lunettes que l’Occident nous a mises pour nous regarder nous-mêmes ». « Nos ancêtres sont en train de prendre leur revanche posthume », conclut-il. Commémorer l’avènement du Fouta Toro, c’est donc faire émerger un récit historique afrocentré, mettant en exergue la participation des sociétés africaines aux Lumières, c’est-à-dire un récit qui réinsère le Sahel musulman dans « l’âge des révolutions », selon la formule d’Éric Hobsbawm ayant ouvert un champ de recherche sur la transnationalisation des révolutions européennes et atlantiques à la fin du XVIIIe siècle.

            L’un des monuments inaugurés sur la Place du Souvenir prend ainsi la forme d’une grande planchette coranique, sur laquelle figure une charte, composée par Youry Sall à partir de citations en arabe de l’historien Cheikh Moussa Kamara, savant majeur de l’époque coloniale et référence incontournable sur l’histoire du Fouta Toro. Il s’agit d’une liste de déclarations attribuées à Ceerno Souleymane Baal sur l’art de gouverner, matérialisant l’antériorité d’une expérience africaine et islamique de la séparation des pouvoirs. 

 

“Recommandations de Ceerno Souleymaani Baal”, Dakar, le 24 février 2024
“Recommandations de Ceerno Souleymaani Baal”, Dakar, le 24 février 2024 (crédits : Gabriel André )

Recommandations de Ceerno Sileymaani Baal (1720-1776)

Leader de la Révolution du Fuuta Tooro (1769-1776)

Fondateur de l’Almaamiya (1776-1890)

Chers combattants, je vous recommande de rechercher pour assumer la fonction d’Almaami [Chef de l’État]

Un homme compétent, vertueux, désintéressé, qui n’amasse les biens de ce monde pour lui ou sa descendance.

Si vous le voyez s’enrichir démettez-le et confisquez les biens qu’il a acquis ;

S’il refuse la démission destituez-le par la force et bannissez-le ;

Remplacez-le par un homme compétent quelle que soit sa lignée ;

Veillez à ce que l’Almaamiya ne soit jamais héréditaire ;

N’intronisez qu’un méritant ;

Ne tuez ni enfant ni vieillard ;

Ne dénudez aucune femme cela est pire que de la tuer.

L’ensemble n’est pas sans évoquer la « redécouverte » de la Charte du Mandé dans la seconde moitié du XXe siècle, puis son inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2009. Le Comité mémoriel ne cache d’ailleurs pas son ambition de faire inscrire la révolution du Fouta Toro sur la liste nationale du patrimoine culturel immatériel, première étape à une dynamique plus longue de patrimonialisation. 

États-Unis, Égypte, Sénégal : circulations historiographiques 

            La célébration de Ceerno Souleymane Baal, et de son successeur Abdoul Kader Kane, s’inscrit donc dans une dynamique plus large de mobilisation nationale du passé sénégalais. Il convient ici de noter un paradoxe, qui ne surprendra pas les spécialistes du nationalisme : l’élaboration de ce discours national sur le passé procède de la circulation de savoirs à l’échelle transnationale. 

            Cette entreprise mémorielle semble en effet concrétiser, au sens propre, un corpus de recherches produites dans les universités nord-américaines, dans le sillage des travaux de David Robinson sur Cheikh Moussa Kamara à la fin des années 1980. Qu’on pense par exemple à Rudolph Ware (The Walking Qur’an, 2014) sur l’érudition coranique en Afrique de l’Ouest, ou Paul Lovejoy sur l’histoire du djihad « à l’âge des révolutions » (Jihād in West Africa during the Age of Revolutions, 2016). Marqués par le prisme de « l’Atlantique noir » – et dans le cas de Rudolph Ware par un certain panafricanisme afro-américain – ces travaux revisitent la chronologie du Sahel musulman dans une perspective d’histoire transnationale. Les imamats des XVIIIe et XIXe siècles (Fouta Djallon, Fouta Toro, Sokoto, Macina) sont alors réinvestis à l’aune de leurs « connexions » aux révolutions transatlantiques, en rappelant notamment le poids de la traite dans la formation de ces États. 

            Le choix de célébrer la « révolution » du Fouta Toro n’est donc en soi pas anodin. Le terme même de « révolution » (plutôt que celui de « djihad », « d’empire » ou « d’imamat ») reflète cette relecture transnationale de l’histoire islamique ouest-africaine. Et l’on perçoit ici combien des thèses académiques, produites en l’occurrence dans les universités américaines, sont reprises et mobilisées depuis l’autre rive de l’Atlantique pour affirmer la dignité politique égale de l’Afrique à l’Occident. 

            La bibliothèque dans laquelle puise le Comité mémoriel ne se limite pas à l’histoire transnationale américaine. Si Youry Sall reconnaît l’inspiration structurante de l’historien de l’islam en Afrique, David Robinson (et dans une moindre mesure, de Rudolph Ware, historien de l’éducation islamique et militant anti-raciste), il rappelle aussi sa propre trajectoire d’arabisant, formé à l’université du Caire. La présence de l’ambassadeur d’Égypte lors de la cérémonie – c’est à lui, symboliquement, que revenait la tâche de couper le ruban encerclant les deux monuments – est à cet égard révélatrice : c’est dans un dialogue entre Le Caire et Dakar, à partir de sources arabes, que le Centre Baa-Joordo souhaite promouvoir « l’humanisme islamique » du Sahel moderne. Dès sa tribune de 2000 aux présidentiables, Youry Sall était parrainé par l’Union des Sénégalais Diplômés d’Égypte (USDE), organisation de l’élite lettrée arabophone au Sénégal. En filigrane, on retrouve ici le poids de l’université Al-Azhar comme centre de diffusion du savoir islamique en Afrique. En 2009, Youry Sall publiait ainsi un ouvrage intitulé Al-Azhar d’Égypte, l’autre institution d’enseignement des Sénégalais (éditions dar El ittihaad, Le Caire). 

            Le cycle de commémorations qui s’est ouvert le 24 février 2026 doit donc être lu à l’aune de cet horizon intellectuel transnational, où résonne l’écho de l’historiographie américaine du Sahel, des études islamiques égyptiennes et de la mise en mémoire d’une participation africaine aux Lumières. 

Faire entendre des voix africaines de l’abolition 

            Promouvoir ces Lumières islamiques africaines n’est pas sans poser la question de la traite et de l’esclavage. Sur ce point, la commémoration fait le choix de rappeler le rôle de la révolution du Fouta Toro face au poids du commerce triangulaire et de la déportation de fidèles musulmans depuis Saint-Louis. C’est tout le sens de la seconde statue érigée place du Souvenir : il s’agit de l’extrait d’une lettre adressée en mars 1789 par Abdoul Kader Kane au gouverneur français Blanchot (1789-1807), l’assurant que ceux qui tenteront de s’aventurer au Fouta Toro pour y prélever des esclaves seront désormais exécutés. 

 

Lettre de l’Almaami du Fuuta Abdul Qaadiri Kan
Lettre de l’Almaami du Fuuta Abdul Qaadiri Kan, Dakar, le 24 février 2024
Lettre de l’Almaami du Fuuta Abdul Qaadiri Kan
Lettre de l’Almaami du Fuuta Abdul Qaadiri Kan, Dakar, le 24 février 2024 (crédits : Gabriel André )

Lettre de l’Almaami du Fuuta Abdul Qaadiri Kan

À Blanchot le représentant de la France au Sénégal (mars 1789)

« Nous vous avertissons que tous ceux qui viennent chez nous pour la traite des êtres humains seront tués. Ce sera aussi le cas, si vous ne nous rendez pas les enfants que vous détenez. 

L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? Vous en aurez horreur [Coran : S12, V12]. Nous ne voulons pas du tout et en aucune manière que vous achetiez des musulmans. Nous réitérons : si acheter des musulmans est votre objectif restez chez vous et ne revenez pas dans nos pays. Que ceux qui reviennent pour cela soient sûrs qu’ils y perdront leur vie ». 

            La mémorialisation de la révolution du Fouta Toro participe ici de la mise au jour des « approches africaines de l’abolition », selon l’expression de l’historienne Benedetta Rossi, invitant à aborder les répertoires de l’anti-esclavagisme depuis le continent africain, en décentrant le regard des chronologies européennes et américaines. La révolution du Fouta Toro apparaît alors comme un épisode abolitionniste de l’histoire africaine, et s’énonce dans un langage qui n’est pas celui de l’universalisme occidental, mais plutôt de « l’humanisme islamique » mis à l’honneur par le Comité mémoriel. 

            Cette réécriture abolitionniste de l’imamat du Fouta Toro ne manquera pas de susciter les débats, tant elle laisse en suspens la question des hiérarchies internes et de la domination exercée par l’aristocratie sur les groupes subalternes castés et, pour certains, esclavisés. Youry Sall demeure convaincu de la nécessité de distinguer l’économie de plantation et l’esclavage colonial des hiérarchies statutaires internes aux sociétés africaines. Il s’agirait ainsi de deux combats distincts : celui de la lutte anti-esclavagiste, portée en l’occurrence par l’élite islamique du Fouta Toro ; celui de l’émancipation de groupes subalternes, relevant à ses yeux davantage du servage, et dont la sujétion serait postérieure à la révolution de 1776. Initialement facteur de mobilité sociale, le groupe des Toorobbe se serait en effet peu à peu figé sous la forme d’une classe fermée et héréditaire. 

            Cette distinction des formes de l’esclavage, et des luttes pour son abolition, ne va pas de soi ; elle renvoie à un point nodal des historiographies ouest-africaines postindépendances. Le poids de l’esclavage interne a constitué longtemps un tabou parmi les historiens sénégalais, comme l’a plusieurs fois rappelé Ibrahima Thioub, pionnier de l’historiographie de l’esclavage en Afrique de l’Ouest. Selon lui, la dénonciation opportuniste de la réalité esclavagiste par l’administration française, qui cherchait à assoir son autorité, a rendu suspecte l’analyse des mécanismes de domination internes aux sociétés africaines après l’indépendance. La parole historienne au Sénégal n’a donc pu s’emparer que récemment de ces hiérarchies esclavagistes et de leurs héritages, notamment au Fouta Toro. C’est là que se déroule le documentaire réalisé en 2014 par Ibrahima Thioub, Abderrahmane Ngaïdé et Ibrahima Seck (Endam Bilaali. Renégocier les identités en situation post-esclavagiste). Le film montre l’ampleur des discriminations subies jusqu’à aujourd’hui par les descendants d’esclaves, témoignant d’une prise de conscience historienne et militante de l’héritage esclavagiste. 

            Notons que ces travaux n’enlèvent rien au geste abolitionniste de la révolution toroobe à l’égard des circuits de la traite atlantique – puisque ce geste peut parfaitement cohabiter avec la perpétuation des hiérarchies statutaires au sein du nouvel État. Dans tous les cas, ces débats annoncent l’intense vitalité politique et historiographique du cycle de commémorations à venir. L’inauguration du 24 février 2026 pose à elle seule un ensemble de questions centrales. Elle rappelle que l’écriture de l’histoire n’appartient pas à ses seuls locuteurs professionnels ; elle interroge le rapport des mondes académiques, islamiques et nord-américains, aux entreprises ouest-africaines de réappropriation du passé ; elle met en débat la question des esclavages et de leurs abolitions depuis le continent africain. En bref, elle invite à interroger notre regard sur la participation de l’Afrique aux Lumières, et sur l’héritage qu’on peut aujourd’hui en retirer. 

Références bibliographiques mentionnées : 

FOURCHARD, Laurent, MANN, Gregory (dir.),  « Passés disputés », Politique africaine, n°178-179, 2025

JEWSIEWICKI, Bogumil, LETOURNEAU, Jocelyn (dir.), L’histoire en partage. Usages et mises en discours du passé, Paris, L’Harmattan, 1996

KAMARA, Shaykh Muusa, Florilège au jardin de l’histoire des noirs (Zurūr Al-Basātīn), tome 1, Paris CNRS Éditions, 1998 

LOVEJOY, Paul E., Jihad in West Africa during the Age of Revolutions, Athens, Ohio University Press, 2016

ROBINSON, David, Chiefs and Clerics. The History of Abdul Bokar Kan and Futa Toro, 1853-1891, Oxford, Clarendon Press, 1975

ROBINSON, David, Paths of Accommodation: Muslim Societies and French Colonial Authorities in Senegal and Mauritania, Athens, Ohio University Press, 2000

ROSSI, Benedetta (dir.), « Approches africaines de l’abolition de l’esclavage », Esclavages & Post-Esclavages, 10, 2024

SALL, Mamadou Youry, Al-Azhar d’égypte, l’autre institution d’enseignement des Sénégalais. Indicateurs statistiques, Le Caire, Éditions dar El ittihaad, 2009

SALL, Mamadou Youry, Ceerno Sileymaani Baal. Le leader de la Révolution du Fuuta-Tooro, Éditions universitaires européennes, 2017

THIOUB Ibrahima, NGAÏDÉ, Abderrahmane, SECK, Ibrahima, « Endam Bilaali. Renégocier les identités en situation post-esclavagiste », 52 minutes, 2014

THIOUB, Ibrahima, « Stigmates et mémoires de l’esclavage en Afrique de l’Ouest : le sang et la couleur de peau comme lignes de fracture », Nouvelles Annales Africaines, Édition spéciale 2012, p. 14-24

WARE, Rudolph, The Walking Qurʾan. Islamic Education, Embodied Knowledge, and History in West Africa, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2014