Sciences Po recrute un Assistant Professor en sociologie

Inégalités, usages et effets du numérique
Inequalities, uses and consequences of digital technologies
  • A l'entrée du 98 rue de l'Université...A l'entrée du 98 rue de l'Université...

Sciences Po recrute un·e Assistant Professor en sociologie, titulaire d'un doctorat. Emploi de statut privé.

Le poste à pourvoir est destiné à renforcer l’expertise de l’OSC dans le domaine des inégalités sociales en enrichissant ses réflexions à partir de travaux centrés sur les (non-)usages du numérique et leurs effets sur le changement social. Ceux-ci constituent aujourd’hui un des mécanismes importants de reproduction mais aussi de transformation des inégalités sociales, qu’elles soient envisagées sous l’angle de l’âge, du genre, de l’origine sociale ou migratoire, du handicap. Les inégalités sociales marquent l’accès au numérique, mais aussi la capacité à décoder ses contenus et à en faire une analyse critique. En retour, cet inégal accès au numérique renforce les inégalités du fait du rôle décisif de l’information en ligne et des dispositifs numériques dans l’accès à une série de biens et de services-clés (orientation scolaire, recherche d’emploi, aide sociale, soins, etc.) Le rôle du numérique dans la médiation du rapport à l’action publique (accès à l’information gouvernementale, administration électronique, dispositifs participatifs numériques d’action publique) constitue également une dimension importante sur cette question. Il convient aussi de travailler sur l’inégale distribution des compétences permettant de s’approprier les technologies numériques, sur certains domaines de pratiques spécifiques.

La personne recrutée devra avoir une bonne connaissance des développements théoriques et méthodologiques récents de la sociologie, et une solide expérience en matière de travail empirique.
Elle développera son programme de recherche en l’intégrant dans les réseaux de recherche internationaux et en participant activement aux activités collectives du centre : séminaires, manifestations scientifiques, collaborations à des réseaux de recherche, réponses à des appels d’offres français, européens et internationaux.

La personne recrutée aura vocation à participer à la formation et l’encadrement des élèves du programme doctoral de sociologie (niveau master et doctorat) et du premier cycle de Sciences Po (Collège universitaire, à Paris et dans les campus en régions).

Date limite de candidature : 31 janvier 2018. Prise de poste : 1er septembre 2018.

Sciences Po is recruiting a Full-time Assistant Professor in Sociology (tenure track).

The position is designed to reinforce OSC’s expertise on social inequalities, and to broaden its research through a focus on (non) uses of digital technologies and their effect on social change. The uses of digital technology contribute to the reproduction and transformation of social inequalities understood from different angles: age, gender, disability, social background or country origin. Social inequalities influence digital access and the ability to understand digital contents but also to acquire a critical understanding of these issues. In turn, this unequal access to digital technologies increases social inequalities to access online content and digital services and goods (education choice, social support, job search, health care, …). Another important aspect is that digital technologies also play a role in accessing public services (i.e. governmental information, e-administration, public participation, …).

He/She will have a good knowledge of recent theoretical and methodological developments of sociology and a proven competence in empirical research.
He/She is expected to integrate her/his research into international networks, and to play an active role in the OSC’s collective activity: academic events, participation in research networks, answering French, European and international calls for research grants.

The successful candidate will teach in Sciences Po’s undergraduate programme (Collège universitaire, in Paris and in other campus), and will contribute to the training and supervision in the graduate programme in sociology (Master and PhD).

Applications before 31 January 2018. Start date: 1 September 2018

Présentation des nouvelles thèses

Séminaire scientifique de l'OSC, 15 décembre 2017
  • Les nouveaux doctorants de l'OSC 2017-2018Les nouveaux doctorants de l'OSC 2017-2018

Séminaire scientifique de l'OSC 2017-2018

98, rue de l'Université 75007 Paris - salle Annick Percheron

vendredi 15 décembre 2017 de 9h30 à 12h15

En 2017-2018, l'OSC accueille 5 nouveaux doctorants. Comme chaque année, une séance du Séminaire scientifique de l'OSC leur est consacrée pour présenter leur projet. Chacun exposera le questionnement, le terrain et l'appareillage méthodologique envisagé en une quinzaine de minutes. Puis les échanges avec la salle et les chercheurs séniors leur permettront de progresser dans la mise en route de leur doctorat. 

L'OSC accorde une grande importance à la qualité de l'accueil et de l'encadrement des doctorants. C'est l'un des 5 piliers de sa politique scientifique (avec le respect de l'autonomie des chercheurs, l'ancrage dans une sociologie empirique, l'ouverture et la rigueur théorique et méthodologique et l'insertion sur le plan international).

Déroulement de la séance :

  • Mathieu Ferry
    La stratification sociale des pratiques alimentaires en Inde
    Mathieu Ferry (OSC)Si la plupart des pays du monde ont connu ou connaissent une transition nutritionnelle, l'Inde présente une évolution des profils alimentaires singulière. Le modèle, qui lie développement économique et diversification du panier alimentaire, achoppe sur une population d'un milliard d'habitants dont la consommation de produits alimentaires d'origine animale demeure très basse, par rapport aux autres pays émergents : en moyenne les niveaux par tête y sont 6 fois moins élevés pour la viande et 4,5 fois moins pour les oeufs en 2009. Cette exception alimentaire pourrait nous amener à une interprétation culturaliste, mais je propose de mobiliser les outils théoriques et méthodologiques de la sociologie pour mettre en lumière les distinctions alimentaires dans l'espace social indien. La frontière symbolique du végétarisme est ainsi analysée par rapport aux frontières sociales de la caste et de la classe, l'approche méthodologique mixte mesurant sa perpétuation dans les pratiques et les représentations de l'ordre moral hindou.

  • Federico Danilo Filetti (OSC-LIEPP)
    Labour Market Outsiderness and Informal Care Regimes in Europe
    Federico Filetti (OSC)Changes in the labour market, in the social structure and welfare retrenchment all contributed to the rise of new social risks, exacerbating the difficulties of work-care reconciliation. At the same time, this political economy context contributed to foster an increasing dualism between labour market insiders and outsiders. The aim of my project is to better understand the evolution of both labour market insiders' and outsiders' informal caregiving patterns using the pre-crisis context as starting point (since 2006). The research is structured in some steps, using three major international surveys. It will study the effects of outsidemess on labour force participation and wage levels of informal carers in four welfare regimes (Social Democratic, Christian Democratic, Mediterranean and Liberal).

  • Gaëlle Larrieu
    Réceptions et appropriations du diagnostic médical de variation du développement sexuel
    Gaelle Larrieu (OSC)La thèse porte sur le diagnostic médical de variations du développement sexuel (ou intersexuation) et plus précisément sur les réceptions et réappropriations parentales de ce diagnostic. Les personnes intersexuées sont des personnes qui sont nées avec des caractères sexuels (génitaux, gonadiques et/ou chromosomiques) qui ne correspondent pas aux définitions binaires types des corps dits "masculins" ou "féminins". Il existe plus d'une quarantaine de variations différentes. En raison de l'évolution des méthodes de diagnostic prénatal, le diagnostic médical de variation du développement sexuel peut se faire, dans certains cas, pendant la grossesse, mais aussi à la naissance, pendant l'enfance, au moment de la puberté ou à l'âge adulte. Mon étude se centre sur les situations dans lesquelles le diagnostic a été fait pendant la grossesse ou l'enfance. La thèse a pour but de comprendre la réception parentale de ce diagnostic, c’est-à-dire à la fois la façon dont le monde médical cadre l’expérience parentale mais aussi les processus d’appropriation et de co-construction du diagnostic et du sens qui lui est donné."

  • Pauline Proboeuf
    Modes de parentalité et pratiques éducatives des familles à la recherche d'alternatives à la scolarisation 'conventionnelle'
    Pauline Proboeuf (OSC)Le sujet est centré sur la recherche d’un choix alternatif à l’école publique ‘traditionnelle’, souvent initiée par les mères de famille. Je me suis concentrée sur une population de parents pratiquant l’instruction en famille et qui se distingue de ceux faisant « l’école à la maison » (terme récusé) dans la mesure où ils pratiquent avec leurs enfants des « apprentissages informels » à rebours d’un apprentissage programmatique. Parmi eux, certains se disent unschoolers, c’est-à-dire qu’ils ne font que des apprentissages informels et non des apprentissages scolaires. Les enfants ne sont donc pas rattachés à un organisme d’enseignement à distance tel que le CNED.
    Ces familles ont beaucoup de points communs et on peut à ce titre là parler de leur choix comme d'une « carrière de pratiques » : elles sont passées par d’autres choix préalables relatifs à la parentalité et au rapport qu’elles entretiennent avec leurs enfants, comme l’allaitement, l’accouchement naturel, le portage ou le co-dodo. Je m’attache à comprendre leur(s) choix en apportant des éléments de contextualisation et en m’interrogeant également sur les conséquences de celui-ci en termes d’organisation matérielle et financière et de vie quotidienne.

  • Marion Valarcher
    Concevoir un projet d’orientation. Sociologie de l’injonction au projet dans l’orientation vers le supérieur
    Marion Valarcher (OSC)L'orientation scolaire n'échappe pas à l'injonction au projet qui s'est diffusée dans différents domaines relevant des politiques publiques : le mot « projet » apparaît 26 fois dans le Plan Etudiants 2017 sans qu’il ne soit pourtant défini. Les bacheliers sont ainsi enjoints à concevoir un « projet d'orientation » dont l’appréciation de la pertinence revient in fine aux acteurs institutionnels de l’orientation.
    Je propose d'interroger la pertinence du concept de projet dans la description du processus d'orientation post-bac. Il s’agit d’identifier les différentes réalités que recouvre le terme pour les lycéens, à la fois en matière de rapports à l’avenir, à l’espace et à l’enseignement supérieur. J’analyse les modalités de la diffusion de l'injonction au projet par les acteurs institutionnels de l'orientation scolaire ainsi que sa réception et son appropriation par les lycéens en fonction de leurs caractéristiques sociales. Je vais donc suivre pendant deux ans des élèves de première puis de terminale inscrits dans trois lycées d’Île-de-France afin de voir comment ils reçoivent cette injonction et dans quelle mesure ils se l’approprient.

Travail du dimanche : Laurent Lesnard explique sa démarche

Entretien à propos de l'ouvrage de Jean-Yves Boulin et Laurent Lesnard
Les batailles du dimanche, PUF
  • Laurent Lesnard (OSC)Laurent Lesnard (OSC)

Les batailles du dimanche, PUFLes batailles du dimanche :
L'extension du travail dominical et ses conséquences sociales
Jean-Yves Boulin (Irisso) et Laurent Lesnard (OSC)

PUF, collection Le Lien social, septembre 2017
267 p., ISBN 978-2-13-065179-6

Rencontre avec Laurent Lesnard, co-auteur de l'ouvrage, le 20 octobre 2017.

Pouvez-vous nous donner quelques éléments chiffrés pour mesurer l’importance du travail le dimanche ?
-    En moyenne, sur tous les salariés, 15% des dimanches sont travaillés en 2010 et le phénomène prend de l’ampleur car en 40 ans, leur nombre a doublé. Cela implique de plus de plus de professions, notamment dans le commerce. En Europe, près de 30% des salariés travaillent au moins un dimanche par mois en 2015 et plus de 10% trois dimanches.

D’où proviennent vos données ?
-    En fait, il n’est pas du tout évident de mesurer précisément le travail du dimanche ; pendant longtemps les données étaient absentes ou peu précises, les sources de qualité rares.
Les enquêtes emploi du temps de l’INSEE menées depuis 1974, environ tous les dix ans sont pour nous une source de données très riches de ce point de vue. Même si l’interprétation de certaines questions importées de l’enquête emploi n’est pas aisée, on dispose là d’informations objectives et subjectives précieuses.
Il faut aussi prendre en compte le travail intermittent, et celui qui peut aussi réalisé à son domicile.

Laurent Lesnard dans son bureau à l'OSCPourquoi travailler sur cette question ? Voulez-vous participer au débat public, prendre parti ?
-    Jean-Yves Boulin sociologue au CNRS, laboratoire IRISSO (Paris Dauphine), s’est depuis longtemps impliqué sur les questions de temps de travail et d’articulation entre les temps sociaux en France et en Europe. Il a participé à la diffusion de politiques temporelles à travers lesquelles les collectivités territoriales améliorent la qualité de vie en menant des  actions sur les horaires publics qui impliquent les habitants.  Plusieurs collectivités ont ainsi élargi l’accès à des infrastructures sportives et culturelles (bibliothèques par exemple), notamment le dimanche1.
-    De mon côté, travaillant depuis longtemps sur la question des emplois du temps2, j’ai été sensibilisé à cette question du travail du dimanche qui prenait plus de place dans les débats publics, avec les polémiques sur l’ouverture des grandes surfaces. De fait, au fil de notre enquête nous avons chacun évolué dans nos positions. Partant d’une étude sur l’ouverture des bibliothèques le dimanche - j’y étais plutôt opposé - j’ai aujourd’hui une opinion plus nuancée sur cette question. A l’inverse, Jean-Yves Boulin retient lui plus aujourd’hui les conséquences sociales néfastes de ces ouvertures dominicales, dans son analyse.

Comment se situe l’opinion publique sur cette question ?
-    Si l’on veut recueillir le point de vue des salariés concernés, peu d’enquêtes sont disponibles. Il y a un gap entre une opinion publique qui s’est petit à petit, au milieu des années 2000, montrée favorable à l’ouverture des commerces le dimanche, et les salariés concernés par ce travail qui y sont le plus souvent opposés3. Le problème est que dans le débat public beaucoup d’arguments idéologiques sont avancés, notamment pseudo-économiques, sur l’emploi, les compensations salariales (variables selon les accords d’entreprise), le volontariat (relatif souvent) ou un supposé « droit au travail », spectaculaire renversement idéologique après des siècles de revendication d’un « droit au repos dominical ». Si l’on prend les étudiants supposés être ravis aujourd’hui de l’aubaine de travailler en horaires décalés et le week-end, je ne peux que constater en tant qu’enseignant leurs difficultés à mener de front études et un emploi alimentaire.

Quel est aujourd’hui votre point de vue ?
-    Mon regard est désormais plus pragmatique. Après des siècles de contrôle, par la loi, du temps libre des classes populaires, et avant d’accepter de sombrer dans le consumérisme élevé au rang d’activité majeure de notre société, on peut se poser la question de l’utilité sociale des services ouverts le dimanche. On peut mettre ce supposé besoin en regard avec la demande sociale locale, les nouvelles habitudes de vie et les recompositions familiales.
« Y a-t-il un intérêt collectif et à quel coût, social et économique » est la bonne question à se poser.
Quel degré de satisfaction retire-t-on des activités quotidiennes ? Notre étude apporte des réponses : ce sont les loisirs et les repas qui arrivent en tête, pas le travail, les études ou encore faire ses courses au supermarché. Quelles sont les activités les plus appréciées au quotidien, à pratiquer seul ou en compagnie ? Les jeux et pratiques sportives sont plébiscités comme activités de groupe, la lecture en solitaire… il parait dès lors logique d’organiser des rencontres sportives le dimanche, d’ouvrir des bibliothèques, plutôt que des galeries marchandes, des commerces alimentaires toute la journée alors qu’ils le sont déjà le dimanche matin ou des banques qui ne sont pas reconnus comme source d’épanouissement par la population.
Notre étude de terrain dans une ville moyenne, à Brive, révèle certains aspects de la problématique : le gardien de musée, ouvert le dimanche, ne voit qu’un nombre restreint de visiteurs, qui pourraient reporter leur visite un samedi par exemple, et ne peut pratiquer son activité de loisir (ici la danse) qui n’a lieu que… le dimanche. Il ne voit pas l’utilité sociale du maintien de plusieurs personnes en activité le dimanche si des événements, des rencontres ne sont pas organisées (d’autant que la « compensation salariale » est dans ce cas de 72 centimes d’euro !).

Il y a pourtant un débat parfois assez virulent sur l’ouverture des commerces le dimanche
-    Oui, mais il s’est fait pendant longtemps sous la pression d’intérêts commerciaux qui ne sont au final viables que dans le cas rencontré dans le « dilemme du prisonnier ». Ce que beaucoup des tenants de l’ouverture des surfaces commerciales ne précisent pas dans leur argumentaire, c’est que l’intérêt financier pour eux n’est valide que s’ils prennent à leurs concurrents – fermés – des parts de marché et que le coût de l’ouverture est inférieur au bénéfice engrangé ce jour-là. Au final, si tous les commerces ouvrent le dimanche, il n’y a plus d’avantage concurrentiel et il y a de fortes chances pour que le coût supplémentaire d’ouverture soit supporté par les salariés (avec baisses de salaires ou de volume horaire) et les consommateurs (répercussion sur les prix des produits).

Votre étude sociologique comporte un important volet historique qui éclaire sur la permanence du sujet depuis des siècles…
-    Nous avons procédé à une relecture de beaucoup d’études faites par le passé dans plusieurs pays. L’éclairage historique est indispensable sur la question des rythmes de vie et d’un jour de rupture qui a préoccupé toutes les sociétés depuis l’époque mésopotamienne. Il était important de dénaturaliser ce phénomène. Émile Durkheim avait mis en évidence lors d’une analyse secondaire de sources ethnologiques consacrées aux aborigènes australiens un rythme de vie binaire4. Une période est dédiée aux activités collectives et une autre permet le retrait individuel. On perçoit encore aujourd’hui, depuis les babyloniens, les influences astrologiques et astronomiques qui ont servi à réguler le temps et les rythmes de vie. Les jours de la semaine en portent les traces : lundi – jour de la lune (Lunaes Dies), mardi jour de Mars, mercredi Mercure… le Sunday ou Sonntag anglo-saxon étant le jour du soleil, Saturday celui de Saturne…  

Une partie importante de votre travail porte sur les coûts sociaux qu’engendre la perte de cette rupture dominicale et le risque de perdre le bénéfice de ce que vous appelez la « synchronisation sociale »
-    Nous distinguons en effet plusieurs types de conséquences des dimanches chômés ou travaillés à l’intérieur comme à l’extérieur du domicile sur les relations inter-personnelles, intra-familiales, les moments de partage et de convivialité… Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, comme le genre, le type d’emploi ou la catégorie socio-professionnelle. Un professeur par exemple pourra beaucoup plus facilement consacrer 2 heures à une préparation d’un cours un dimanche soir, sans forcément négliger le reste de la journée les activités traditionnelles de repos, de rencontres et de loisirs. Une mère de famille sera mieux organisée qu’un père pour rattraper en semaine du temps consacré à son enfant. On peut remarquer que la capacité à gérer son temps est un marqueur d’inégalité sociale. Il y a ceux qui en ont la maîtrise et ceux qui sont forcés de travailler, parfois de manière précaire, mal rémunérée ; le jour de repos compensateur en semaine ne remplit alors pas la même fonction qu’un jour partagé par la majorité des français, comme le dimanche. Pour nous, c’est un jour de synchronisation sociale, de rencontres et d’échanges à plusieurs échelles : personnelle, avec son conjoint, ses enfants, ses amis, ses équipiers sportifs et plus largement avec l’ensemble de la société.

Ce sujet peut aussi être abordé sous l’angle de la domination sociale
-    Oui, il y a toujours eu un regard suspicieux porté par les classes sociales supérieures et partant le législateur sur la façon dont les classes populaires utilisent leur temps libre. Dans les pays protestants (et catholiques), la hantise était de ne pas laisser les classes laborieuses se répandre dans leurs bas instincts supposés comme la boisson le dimanche. Encore récemment, lors du débat des 35 heures, certains commentateurs se demandaient à quoi allait être occupé le temps libre5… Pour autant, nous ne sommes pas non plus entrés dans une société de loisirs que certains prospectivistes annonçaient.

Vous êtes sévère avec le précédent gouvernement socialiste…
Ce sont des faits inscrits dans l’histoire. Les années 2010 marquent un relâchement des règlementations sur les ouvertures de magasin le dimanche. Il y a eu beaucoup d’instabilité juridique à partir de la fin des années 2000, comprenant aussi la question des ouvertures nocturnes. C’est sous un gouvernement socialiste obéissant à une logique utilitariste et libérale qu’on a ouvert en grand la voie à la banalisation du travail dominical alors même qu’ils avaient été à l’origine de la loi de 1906 et qu’ils s’étaient farouchement opposés à la loi Maillé de 2009 aménageant quelques dérogations. Comprenne qui pourra !

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(1) Voir Villes et politiques temporelles, La documentation française, 2008
(2) Par exemple l’influence des horaires décalés sur l’équilibre familial dans « La famille désarticulée », 2010
(3) Comme l’a montré la fondation Fondapol en 2008 
(4) « Les formes élémentaires de la vie religieuse » (1912, rééd. 2013)
(5) « Quant au 'temps libre', c’est le versant catastrophe sociale. Car autant il est apprécié pour aller dans le Luberon, autant, pour les couches les plus modestes, le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance, des faits malheureusement prouvés par des études ». Nicolas Baverez, 20 minutes, 5 mars 2006.

L’usage de l’entretien en sciences sociales

Plaidoyer pour l'entretien ethnographique
METSEM #9 Stéphane Beaud, 7 décembre 2017
  • Fonds CEVIPOF - Martine Barthélemy, Enquête Les parents d'élèves, 1987-1991Fonds CEVIPOF - Martine Barthélemy, Enquête Les parents d'élèves, 1987-1991

SEMINAIRE METHODOLOGIE
METSEM #9

Jeudi 7 décembre 2017 de 10h00 à 12h00

98, rue de l'Université, 75007 Paris, salle Annick Percheron

L’usage de l’entretien en science sociale, quelles évolutions 20 ans après ?

 

Stéphane BeaudIl y a plus de 20 ans, Stéphane Beaud écrivait L'usage de l'entretien en sciences sociales. Plaidoyer pour l'«entretien ethnographique» (Politix, 1996).
Il reviendra sur ce texte de référence repris en partie dans Le guide de l'enquête de terrain (avec Florence Weber) en 1997. La séance se poursuivra avec une analyse de l'évolution de la littérature sur l'entretien qui est parue depuis.

Stéphane Beaud est professeur de sociologie à l'Université de Poitiers, GRESCO.

L'inscription (gratuite) au séminaire doit être faite en suivant ce lien.

Elusive Bordering Devices and New Asylum Protection Categories

The Case of Queer Refugees in France and Britain
Calorego Giametta, Séminaire scientifique de l'OSC, 1er décembre 2017
  • Photo Giorgio Caracciolo / Shutterstock (refugees at Gay Pride 2015, Copenhagen)Photo Giorgio Caracciolo / Shutterstock (refugees at Gay Pride 2015, Copenhagen)

Séminaire scientifique de l'OSC 2017-2018

98, rue de l'Université 75007 Paris - salle Annick Percheron

vendredi 1er décembre 2017 de 10h30 à 12h

Elusive Bordering Devices and New Asylum Protection Categories:
The Case of Queer Refugees in France and Britain

Calogero Giametta

Calogero Giametta
Research Fellow
LAMES and Kingston University London

In this presentation I will examine the protection mechanism of asylum through the prism of gender identity and sexual orientation; recently recognised protection categories in the asylum system.
I will aim to make sense of the discrepancy between the new acceptance of gender and sexuality as valid grounds upon which one can claim asylum and the current practices that define the filtering logic of the refugee granting process in France and the UK. The analytical considerations emerge from interviewing and conducting ethnography over a 3-year time period between London, Paris and Marseille with gender and sexual minority refugees.

Calogero Giametta is Visiting scholar at the CERI between October 2017 and April 2018
Inscription pour les extérieurs à Sciences Po / Register: sylvie.lesur(at)sciencespo.fr.