Porto Alegre. La revanche politique de José Fortunati.

Le maire de Porto Alegre, José Fogaça (PMDB) est candidat pour le poste de Gouverneur du Rio Grande do Sul. La décision a été prise en décembre 2009 par le PMDB. Il affrontera notamment Tarso Genro (PT), qui a quitté en février 2010 son poste de ministre de la Justice pour préparer sa campagne électorale. Tarso Genro et José Fogaça ont pour point commun d'avoir été élus à deux reprises maires de Porto Alegre : l'un en 1992 puis en 2000, l'autre en 2004 puis en 2008. Mais les deux hommes ont un autre point commun. Tous deux auront démissionné au cours de leur deuxième mandat pour briguer le poste de Gouverneur, utilisant la capitale du Rio Grande do Sul comme tremplin pour de nouvelles ambitions politiques.

Tarso Genro avait démissionné en avril 2002. Au prix d'une douloureuse élection primaire, il avait finalement pris le dessus sur le Gouverneur sortant, Olívio Dutra, décidé à briguer un second mandat. En octobre 2002, Tarso Genro avait finalement perdu l'élection face à Germano Rigotto (PMDB). Dans le contexte politique de l'époque, le tremplin portalegrense n'avait visiblement pas une amplitude suffisante pour compenser les faiblesses du PT et du candidat. Mais Lula ayant remporté la même année l'élection présidentielle, Tarso Genro fut appelé à Brasília en janvier 2003 pour diriger le Conseil de Développement Economique et Social, bénéficiant ainsi d'une prime à la défaite.

En raison de l'interdiction du cumul des mandats et de la loi de désincompatibilisation, José Fogaça devra lui aussi, dans les semaines à venir, abandonner son fauteuil de maire. A la différence de Tarso Genro en 2002, son tremplin électoral est consolidé par une réélection consécutive. Après avoir mis un terme, en 2004, à seize années de suprématie du Parti des Travailleurs sur la ville de Porto Alegre, il a été aisément réélu en octobre 2008. L'ancien Sénateur peut donc s'appuyer sur six années consécutives de mandat à la mairie de Porto Alegre. Cela suffira-t-il pour conquérir l'Etat du Rio Grande do Sul, alors que le gouvernement sortant de Yeda Crusius (PSDB) est empêtré dans une crise politico-financière majeure ? Entre José Fogaça et Tarso Genro, deux poids lourds de la vie politique locale, la bataille pour les dépouilles du gouvernement sortant s'annonce âpre.

Un troisième acteur politique, non candidat mais indirectement impliqué dans ces luttes de pouvoir, sortira quel que soit le résultat renforcé de cet affrontement. Il s'agit de l'actuel vice-maire de Porto Alegre : José Fortunati (PDT). Lorsque José Fogaça démissionnera, en avril 2010, c'est José Fortunati qui héritera du fauteuil de maire de Porto Alegre. Une fonction qu'il ambitionnait déjà il y a dix ans exactement, en 2000, mais dont la route lui avait été barrée par un certain... Tarso Genro. Retour sur l'histoire d'une revanche politique et partisane qui, au terme d'un incroyable et chaotique parcours, a finalement porté José Fortunati à la tête de l'exécutif portoalegrense.

Né en 1955 dans l'intérieur du Rio Grande do Sul, José Fortunati est un des fondateurs du Parti des Travailleurs du Rio Grande do Sul, à la fin des années 1970. C'est lors de ses études à Porto Alegre, où il s'installe en 1974, qu'il commence ses activités militantes, d'abord à travers le syndicalisme étudiant (UFRGS), puis au sein des mouvements communautaires (Fédération des associations communautaires du Rio Grande do Sul). Il poursuit en parallèle ses études dans le domaine de l'administration, et passe en 1976 le concours pour devenir fonctionnaire de la Banque du Brésil. Au sein de la banque, il intègre le syndicat des banquiers de Porto Alegre. Alors présidé par Olívio Dutra, le syndicat des banquiers est très actif dans la structuration du PT dans le Rio Grande do Sul, au début des années 1980. Dès 1979, Fortunati faisait partie de la première commission provisoire du Parti des Travailleurs. En 1984, il devient président du syndicat des banquiers de Porto Alegre. Les activités de ce syndicat en font une institution de référence parmi les mouvements sociaux. Il est notamment l'un des principaux leviers permettant la création en 1984 de la Centrale Unique des Travailleurs (CUT), dont José Fortunati devient le premier président régional et vice-président national. En 1986, à l'approche des élections pour l'Assemblée constituante, Fortunati fait partie des candidats du PT à l'assemblée étatique du Rio Grande do Sul. Le PT du Rio Grande do Sul (PT/RS) élit alors les quatre premiers députés étatiques de son histoire. José Fortunati en fait partie. Les trois autres sont Raúl Pont, Adão Pretto et Selvino Heck. Deux candidats du PT/RS sont également élus députés fédéraux: Olívio Dutra et Paulo Paim. Tarso Genro, qui finit troisième sur la liste du PT avec 2.000 votes de moins que Paim, n'est pas élu. En 1990, la trajectoire politique de Fortunati poursuit son ascension: il est élu député fédéral pour le Rio Grande do Sul. Là encore, ils ne sont que quatre élus: Paulo Paim, Raúl Pont, Adão Pretto et lui. José Fortunati assume alors la présidence du groupe PT à la chambre fédérale des députés. En 1994, il est élu pour un second mandat de député fédéral, dont il n'ira pas au terme.

En 1996, après dix ans d'activité parlementaire, José Fortunati est choisi comme candidat du PT à la vice-mairie de Porto Alegre, aux côtés de Raúl Pont. Leur expérience politique doit permettre de donner suite aux politiques mises en œuvre par le PT depuis 1989, sous les mandats d'olívio Dutra puis de Tarso Genro. Le ticket Pont-Fortunati l'emporte dès le premier tour, avec plus de 53% des suffrages. Le PT vit alors son âge d'or à Porto Alegre, qui en est devenue la principale vitrine politique municipale. Les expériences novatrices de gestion publique - notamment le budget participatif, qui s'institutionnalisait - inspirent de nombreuses expériences politiques à travers le monde. La municipalité accumule les distinctions internationales, tandis que des universitaires du monde entier se bousculent à Porto Alegre pour y rechercher les secrets d'une nouvelle formule démocratique[1]. Porto Alegre est peu à peu érigée en laboratoire politique, puis en forteresse du PT, contribuant à faire reconnaître les capacités gestionnaires de ses dirigeants. En 1998, l'implantation du PT prend une nouvelle dimension, avec l'élection d'Olívio Dutra au poste de Gouverneur de l'Etat du Rio Grande do Sul. Pour les élections municipales d'octobre 2000, José Fortunati, achève son mandat en tant  vice-maire de Porto Alegre. Le bilan de l'administration présage une réélection facile du PT pour un quatrième mandat consécutif.

A l'approche de l'élection municipale, tout laisse croire que José Fortunati sera le candidat du PT, la « coutume » partisane étant que ce soit le vice-maire en exercice qui se porte candidat au poste de maire pour le mandat suivant. En 1988, le PT avait présenté le ticket Olívio Dutra (maire) - Tarso Genro (vice-maire). En 1992, ce furent Tarso Genro (maire) et Raúl Pont (vice-maire). En 1996, la pratique se poursuivit avec la candidature de Raúl Pont au poste de maire et de José Fortunati à celui de vice-maire. Lorsqu'il avait démissionné de son poste de député fédéral en 1996 pour assumer cette candidature, José Fortunati avait clairement en tête cette perspective :

"J'ai concurru dans l'expectative... Bon, le PT avait la tradition que le vice-maire soit candidat à la mairie lors de l'élection suivante. (...) Cela a généré une attente. J'ai lâché mon mandat de député fédéral avec cette expectative, bien sûr. C'est alors que les problèmes ont commencé. Malheuresuement, à la fin de notre mandat, cette expectative que j'avais d'être le candidat du PT a été frustrée"[2].

C'est l'ancien maire Tarso Genro qui vient rompre cette pratique, non inscrite dans les statuts du PT. Désireux de briguer un nouveau mandat sans avouer le fond de son ambition électorale, il impose une élection primaire interne. Le maire sortant, Raúl Pont, décide alors d'entrer également dans la compétition. Trois pré-candidats s'affrontent, dont les deux élus sortants. C'est une première dans le PT du Rio Grande do Sul. C'est finalement Tarso Genro qui séduit la majorité des militants et remporte l'élection primaire. Fortunati ne digère pas ce coup politique, qu'il juge contraire aux pratiques historiques du PT. Il accuse Tarso Genro de fragiliser le PT pour des raisons d'ambition personnelle future, de faire de la conquête de Porto Alegre un marchepied vers le poste de Gouverneur, dont l'élection est prévue en 2002. Mais le fait est: José Fortunati ne sera pas le candidat du PT pour l'élection municipale d'octobre 2000.

« Mon pire moment au PT, ce fut lorsque je sentis que nombre de mes compagnons, qui avaient milité historiquement avec moi, dans la même tendance, commençaient à m'abandonner. Et pas seulement à m'abandonner, mais aussi à dérouler le tapis pour que Tarso finisse par être le candidat du parti. Ce fut ma grande déception au sein du Parti des Travailleurs ».

Le Gouverneur en exercice, Olívio Dutra, propose alors à Fortunati un poste de confiance politique au sein du gouvernement étatique, que celui-ci refuse par crainte de tomber dans une situation politiquement « inconfortable ». En lot de consolation, José Fortunati obtient une place sur la liste du PT pour briguer l'un des trente-trois postes de députés municipaux (vereadores). Lui qui avait démissionné quatre ans plus tôt de son siège de député fédéral dans l'espoir de devenir maire de Porto Alegre doit se rabattre vers le niveau le plus bas de l'échelle des postes électifs, alors qu'il n'a encore jamais perdu une élection. Il est finalement élu député municipal avec 39.989 voix, un résultat qui restera inégalé dans toute l'histoire électorale de Porto Alegre... Aucun candidat n'a d'ailleurs obtenu ne serait-ce que la moitié de ce nombre de votes. Mais ce réconfort par les urnes, obtenu par défaut, demeure insuffisant. Fortunati est meurtri, psychologiquement détruit par le désaveu interne qu'il a vécu. Tarso Genro remporte quant à lui l'élection municipale au second tour, avec 63,5% des suffrages, offrant un quatrième mandat consécutif au PT. Il s'engage à réaliser l'intégralité de son mandat. L'ensemble des élus prennent leurs nouvelles fonctions en janvier 2001. Les relations entre le député municipal hors-normes, l'administration municipale et le groupe PT à la Chambre municipale se compliquent de jour en jour, jusqu'à  devenir intenables. Blessé, Fortunati est esseulé et s'esseule dans la rancune.

« On en est arrivé à un point où j'étais complètement... Quelle est la meilleure expression ? Dépressif ! Personnellement dépressif. Politiquement démotivé. A tel point que je ne voyais que deux chemins possibles. Il y en avait certainement d'autres, mais je ne visualisais alors que ces deux là. Abandonner la politique ou changer de parti. Je me sentais tellement mal, ce que je désirais le plus, c'était abandonner la politique. En discutant avec mes amis, je me suis dit : 'ça n'avance à rien'. La politique est en moi. C'est ce que sais faire. J'y crois, je pense que la seule forme pour changer sa ville est à travers la politique, donc je ne vais pas abandonner la politique. Je vais changer de parti. C'est alors que vient le moment sans aucun doute le plus douloureux pour moi, très douloureux : le moment de rupture avec le PT. Il faut abandonner ce que j'ai contribué à construire, ce que j'ai aidé à créer, chercher un autre chemin pour continuer. Pour moi, ce fut quelque chose de très triste, qui m'a marqué personnellement ».

Résultats du PT aux élections pour l'exécutif de Porto Alegre

 

1985

1988

1992

1996

2000

2004

2008

Candidats à maire (prefeito)

Raúl Pont

Olívio Dutra

 

Tarso Genro

 

Raúl Pont

 

Tarso Genro

 

Raúl Pont

 

Maria do Rosário

 

Candidats à vice-maire

(vice-prefeito)

-

Tarso Genro

Raúl Pont

José Fortunati

João Verle

Maria do Rosário

Marcelo Danéris

Résultats

1er tour

11,35%

(DEF.)

34,4%

(VICT)

48,17%

53,71%

(VICT)

48,72%

37,62 %

22,73%

Résultats

2e tour

-

-

60,69% (VICT)

-

63,51%

(VICT)

46,68 %

(DEF.)

41,05%

(DEF.)

José Fortunati examine diverses possibilités de repli : Parti Communiste du Brésil (PCdoB), Parti Socialiste Brésilien (PSB), Parti Démocratique Travailliste (PDT), etc. Fort de son mandat de député municipal, il cherche à se reconstruire un espace politique en contrariant le moins possible ses positions idéologiques. C'est ainsi qu'il refuse de rejoindre le PSB, qu'il considère comme une annexe au PT dans le Rio Grande do Sul : « entrer au PSB, cela aurait été pareil que de continuer au sein du PT ». Il opte finalement pour le PDT, dont il considère que la trajectoire et les positions politiques sont cohérentes avec son propre parcours. Il quitte le PT mi-2002, à mi-mandat et à quelques mois des élections générales. Dans la course à l'exécutif étatique, le PDT pense dans un premier temps présenter son propre candidat. C'est José Fortunati, fraîchement arrivé dans le parti, qui est choisi. Il participe aux premiers débats de campagne... face à Tarso Genro. Les enjeux politiques prennent le dessus sur les règlements de comptes personnels :

"Même si j'éprouve une rancoeur personnelle contre Tarso par rapport à ce qui s'est passé, j'ai bien sûr un minimum de clarté pour savoir que lors d'un débat politique, il faut traiter de politique. Donc sur de nombreuses questions moi et Tarso avions la même position. C'est sûr. Nous étions de la même tendance au sein du PT, cela ne serait pas logique".

En août 2002, deux mois avant l'élection, José Fortunati est poussé par la direction du PDT à retirer sa candidature. Nouveau camouflet. Pour la deuxième fois en deux ans, et dans deux partis différents, il voit sa candidature se déliter contre sa volonté. Cette fois-ci, il ne peut que plier sans résistance. Le PDT ne présente finalement pas de candidat et s'allie à Germano Rigotto (PMDB), qui grimpe jour après jour dans les sondages. En octobre 2002, Tarso Genro est battu au second tour par Germano Rigotto. Le PT abandonne le gouvernement étatique en janvier 2003. Rigotto nomme José Fortunati au poste de secrétaire étatique de l'Education (ministre de l'éducation du gouvernement du Rio Grande do Sul). Après trois ans et demi d'activité politique au sein de l'exécutif étatique, Fortunati sent que sa carrière élective peut rebondir. Il démissionne de son poste en 2006 pour briguer, comme en 1990 et en 1994, un poste de député fédéral pour el Rio Grande do Sul. L'élection législative se fait au scrutin proportionnel sur liste ouverte. Avec 31.772 votes sur l'ensemble de l'Etat, José Fortunati se place en sixième position sur la liste du PDT, qui n'élit en octobre 2006 que trois députés.  A 51 ans, Fortunati connaît son troisième revers politique, mais surtout sa première expérience de défaite électorale : « 2006, ce fut ma grande défaite électorale », confessera-t-il un an plus tard, justifiant ce résultat par le manque d'impact électoral de son action politique dans le secteur de l'éducation :

« Ce fut d'abord une surprise. Parce que j'ai conscience que le travail que nous avons réalisé au Secrétariat de l'Education était reconnu publiquement, (...) et positivement. Je n'avais jamais été connu de manière aussi positive. Alors je ne m'imaginais qu'une seule chose : que j'allais être élu. Que je ferais 100.000 votes. C'était ça mon expectative. Et j'ai fait un peu plus de 31.000 votes. (...) J'ai appris quelque chose de douloureux : c'est que tout le monde dit du bien de l'éducation. Mais au moment de voter, l'éducation ça ne compte pas. C'est impressionnant. L'éducation ne pèse rien ».

A la suite de ce revers électoral, José Fortunati voit se profiler sa propre mort politique. Il doit réintégrer en novembre 2006 la Banque du Brésil, où il était entré en 1976 en tant que fonctionnaire mais au sein de laquelle il n'avait pas travaillé depuis 1986. Vingt ans plus tard, sans ancienneté dans la banque, c'est au bas de l'échelle des postes qu'il reprend ses fonctions. Le superintendant de la Banque du Brésil pour le Rio Grande do Sul était entré dans la banque en 1976, le même jour que lui... Mais il ne s'était pas égaré en politique. José Fortunati prend alors conscience de la fragilité des carrières politiques. Il fait l'expérience du caractère destructeur et contraignant de la temporalité politique. Comme le souligne Guy Thuillier, sous le masque de l'indifférence, de la tranquillité d'âme, l'homme politique vit dans la peur de l'avenir, dans le brouillard (Thuillier, Le jeu politique, 1992, p.167).

« Il était à un bout de la chaîne et moi à l'autre. Pourquoi ? Parce que j'avais investi toute mon énergie en politique. Ce qui, de ce point de vue, n'avait aucun sens... C'est un constat que je fais, de quelqu'un qui a consacré toute sa vie à la politique. Ce qui est une équivoque : tu te consacres à une cause et tu ne te préoccupes pas pour ton bien-être, pour ton futur. Et vient le moment où tu te dis : 'et maintenant, qu'est-ce que je vais faire ?'. Je ne suis pas le seul dans ce cas. »

La mort politique de José Fortunati ne durera que quelques mois... Début 2007, il est appelé par José Fogaça pour prendre en charge le Secrétariat municipal de la Planification de Porto Alegre. S'il reprend pied en politique, c'est cette fois-ci en ayant conscience de la fragilité de sa situation. Son avenir politique et professionnel à moyen terme est encore flou. De nouvelles élections municipales étant prévues en octobre 2008, il doit anticiper le jeu des autres acteurs politiques, se positionner pour s'arracher à sa dépendance politique et mettre fin à sa traversée du désert électoral (il n'a occupé aucun poste électif depuis 2002). Il refuse pourtant de se présenter à nouveau à un poste de député municipal. Son objectif politique est, comme en 2000, de devenir maire de Porto Alegre... Ou au moins vice-maire, comme il le souligne dès novembre 2007 :

« J'ai ce poste à la mairie de Porto Alegre jusqu'en avril 2008. Je vais essayer de participer à la compétition interne du PDT. En juin 2008 il y a une convention. Si je perds et si je ne suis pas candidat du PDT, ni à vice-maire ni à maire, je ne sais pas comment faire. Je vais devoir repenser ma vie professionnelle. Parce que je veux être candidat en 2008. Si lors de la convention il se décide que je ne suis pas candidat, à partir de juin je me retrouve sans rien. Professionnellement parlant du moins. Je dois repenser ma vie. J'ai 52 ans, et pour la première fois je regarde l'avenir sans savoir ce que je vais faire. Pour la première fois, je regarde et il y a un point d'interrogation ».

Le point d'interrogation s'efface en juin 2008. José Fogaça décide de se présenter pour un second mandat, cette fois-ci pour le PMDB (en 2004 il avait été élu pour le PPS). Le PDT négocie son alliance avec le PMDB pour l'élection d'octobre. Fortunati est désigné comme candidat pour le poste de vice-maire. Il entre de nouveau en campagne municipale, mais cette fois-ci contre le PT. Douze ans après avoir été élu pour la première fois vice-maire de Porto Alegre (1996) et huit ans après ses illusions perdues dans la course à la mairie (2000), Fortunati s'apprête à affronter la nouvelle garde du PT : Maria do Rosário (42 ans) et Marcelo Danéris (38 ans). Le ticket Fogaça/Fortunati (José Fog. & José For.) l'emporte facilement au second tour, avec près de 59% des suffrages valides. José Fortunati renoue avec la victoire et retrouve en janvier 2009 le fauteuil de vice-maire. En avril 2010, la démission de José Fogaça, qui se porte candidat au poste de Gouverneur, changera de nouveau l'équilibre politique municipal. Mais cette fois-ci, l'évolution de la structure des opportunités politique est favorable à Fortunati. C'est à lui que revient le fauteuil de maire... jusqu'aux élections municipales de 2012. C'est donc par une voie détournée - et au terme d'un parcours tout sauf linéaire - que Fortunati prend finalement sa revanche politique.

 


[1] Parmi les distinctions reçues par la ville de Porto Alegre sous l'administration du PT, notons par exemple : titre de capitale culturelle du Mercosul, ville brésilienne la plus verte, la mieux équipée en crèches, ville pionnière pour son Statut de l'enfant et de l'adolescent, prix national de la Qualité des transports publics en 2000 et 2001, mention d'honneur du prix national en matière d'assainissement, et référence nationale en matière de collecte des déchets. Par ailleurs, Porto Alegre a été reconnue au niveau international lors de la conférence Habitat II d'Istanbul (1996) comme une des quarante innovations urbaines les plus notables dans le monde. L'efficacité gestionnaire du budget participatif a enfin été récompensée par la Banque Mondiale, à travers l'octroi de prêts avantageux et des rapports citant Porto Alegre comme un exemple de gouvernement local.

[2] L'ensemble des citations de cet article ont été obtenues lors d'un entretien de l'auteur avec José Fortunati, réalisé à Porto Alegre le 27 novembre 2007.