Municipales 2008. Elections primaires du PT à Porto Alegre

Dimanche 16 mars, les militantes et militants du Parti des travailleurs (PT) de Porto Alegre étaient appelés à choisir le candidat ou la candidate devant représenter les couleurs du parti lors des prochaines élections municipales (prévues en octobre). C’est finalement Maria do Rosário qui a remporté cette élection primaire, face à l’ancien ministre du Développement Agraire, Miguel Rossetto. Âgée de 41 ans, l’actuelle Députée Fédérale a obtenu 2.193 voix sur 4.379. Soit 56 voix de plus que son concurrent. Ce choix peut sembler paradoxal, puisque les principales figures historiques du PT de Porto Alegre soutenaient officiellement Miguel Rossetto.   


C’est la première fois dans l’histoire du PT qu’un candidat autre que Olívio Dutra, Tarso Genro ou Raúl Pont représentera les couleurs du PT pour la mairie de Porto Alegre. Et le fait que ce candidat soit une candidate, qui plus est d’une quarantaine d’années, rajoute au caractère insolite et rénovateur du choix des militants. Il est notable par ailleurs que, hormis la candidature de Clovis Ilgenfritz aux élections de 1986, les candidatures pour le poste de Gouverneur du Rio Grande do Sul sont toujours revenues à Olívio Dutra (1982, 1990, 1998 et 2006) ou Tarso Genro (1994 et 2000). La victoire de Maria do Rosário lors de ces primaires peut donc être interprétée comme une volonté de changement émanant de la base locale du PT (une base qui peine elle-même à rajeunir et à se rénover). Elle marquerait une discorde entre cette base partisane et ses dirigeants historiques, qui depuis 20 ans se partageaient les investitures pour la mairie de Porto Alegre. Quel type de discorde ? Une discorde moins idéologique que générationnelle et stratégique. Ce choix intervient quelques mois après l’élection à la présidence municipale du parti de Marcelo Danéris, jeune vereador (député municipal) de 36 ans. Mais la variable générationnelle n’est pas la seule à avoir pesé sur le vote des militants. Si Olivio Dutra était entré dans la course aux primaires – ce qu’il a refusé malgré de nombreux appels, il aurait certainement obtenu sans difficulté l’investiture (de par sa position et les chances de victoire finale que lui donnaient les sondages). Par ailleurs, si elle n’a jamais été candidate pour un poste exécutif, Maria do Rosario est également un cadre important du PT. Elle est élue depuis 1992 (députée municipale, puis étatique, puis fédérale), et a fait partie de la direction nationale du PT.

Le choix des militants traduit également un décalage entre des positionnements stratégiques, circonstanciels et pragmatiques. Les dirigeants du PT affichaient leur préférence pour un candidat expérimenté (Miguel Rossetto fut vice-Gouverneur du Rio Grande do Sul entre 1999 et 2002) et ayant une solide implantation parmi les mouvements sociaux, pour affronter le candidat sortant José Fogaça. Au-delà des critères de renouvellement du personnel politique, les militants ont majoritairement choisi une candidate qu’ils jugeaient capable de faire face à un autre danger électoral pour le PT : « l’effet Manuela » - du nom de la jeune Députée du Parti Communiste du Brésil, Manuela d’Avila (sur ce point voir sur ce site notre article « Les nouveaux visages de la gauche brésilienne »). Âgée de 26 ans, Manuela est le nouveau phénomène de la vie politique locale. La charismatique, dynamique et ambitieuse députée a annoncé il y a quelques mois sa candidature à la mairie de Porto Alegre pour le PCdoB, traditionnel allié électoral du PT. Pour diminuer le risque de déplacement d’une partie de l’électorat pétiste vers le PCdoB, de nombreux militants du PT ont considéré la candidature de Maria do Rosário comme la solution la plus adéquate (les deux candidates ont des profils assez proches). Lors de ces primaires, et pour reprendre les termes d’un dirigeant du PT, la construction d’un « projet partisan » aurait été surpassée par un « projet électoral ».

Minimisant les disputes internes et sachant qu’elle aura besoin pour l’emporter d’un fort soutien partisan, Maria do Rosário a adopté le soir de sa victoire un ton rassembleur : « Nous sortirons unis de cette élection primaire pour gagner Porto Alegre et vaincre la droite dans la ville ». Un appel repris du bout des lèvres par le candidat battu : « Il y a une victoire. La primaire est terminée. Maintenant il faut gagner les élections. Certains proches de Miguel Rossetto ont toutefois plus de mal à contenir leur déception, comme le prouve la réaction d’un ancien du parti : « C’est un résultat difficile à accepter. (…) C’est la fin d’un cycle. Le PT perd ses valeurs ». En raison des règles d’incompatibilité entre les mandats (le cumul est interdit au Brésil), Maria do Rosário va devoir renoncer à son poste de Députée en mai prochain pour concourir au poste de maire de Porto Alegre. Manuela d’Avila devra en faire autant, tout comme une troisième candidate de la gauche : l’actuelle Députée Fédérale Luciana Genro (36 ans, du Parti Socialisme et Liberté). Les trois candidates affronteront notamment le maire sortant et ancien Sénateur José Fogaça (61 ans). Ce dernier avait été élu en 2004 sous les couleurs du Parti Populaire Socialiste (PPS, ancien Parti Communiste Brésilien), mais avec l’appui d’une coalition très hétérogène composée de 11 formations politiques. Il avait mis un terme à un «règne» de quatre mandats consécutifs du PT sur la capitale gaúcha (1988-2004). Il est candidat à la réélection, cette fois-ci pour le PMDB, sa formation politique d’origine…