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Les figures de Sciences Po

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Emile Boutmy
1835 - 1906

Emile Boutmy est à proprement parler le créateur de Sciences Po. En effet, la fondation, en 1872, de l’Ecole libre des sciences politiques, établissement universitaire privé (financé – par actions - par des hommes d’influence presque tous issus de la haute bourgeoisie libérale), pluridisciplinaire (couvrant l’ensemble du champ des « sciences politiques », entendu ici comme l’histoire, le droit, l’économie, la sociologie, les relations internationales), fut une très grande innovation dans le monde universitaire. Elle reposait sur des principes intellectuels et pédagogiques qui constituent toujours les piliers de l’institution. Comme le notait René Rémond : « Toute l’histoire ultérieure est en germe dans les intentions et institutions premières ».

Né en 1835, à Paris dans le 9e arrondissement, le jeune Emile Boutmy a été fortement influencé par deux hommes : Emile de Girardin (grande figure de la presse française du XIXe siècle et publiciste engagé), son parrain, et Hippolyte Taine, (philosophe et historien), son répétiteur en classe de première.

Journaliste, à partir de 1863, dans le grand quotidien du soir, libéral et anticlérical, La Presse (dirigé par son parrain), Émile Boutmy collabora aussi à La Revue nationale dirigée par Édouard Laboulaye, juriste libéral ainsi qu’à la Revue nationale, où il retrouva Hippolyte Taine.

Entre 1866 à 1870, Émile Boutmy fut aussi professeur à l’École centrale d’architecture qu’il contribua à créer aux côtés d’Émile Trélat.

De la fondation de l’Ecole, sur les ruines d’une France vaincue par la Prusse (en 1870), jusqu’à sa mort – en fonction – en 1906, Emile Boutmy a été mu par la même ambition : « organiser en France l’instruction libérale supérieure ». Il a promu avec audace et ténacité un projet pédagogique original : une formation intellectuelle fondamentale pluridisciplinaire ancrée dans l’étude des humanités et des sciences sociales ; des formations spécialisées irriguées par et orientés vers le monde professionnel ; un enseignement méthodologique : « Grouper, exposer, expliquer et commenter les faits, voilà en quatre mots tout l’enseignement supérieur » (Émile Boutmy et Ernest Vinet, Quelques idées sur la création d’une faculté libre d’enseignement supérieur. Lettres et programme, Paris, Imprimerie A. Lainé, 1871).

Lui-même enseigna longtemps au sein de l’Ecole, notamment un cours d’Histoire constitutionnelle de l’Angleterre, de la France et des Etats-Unis de 1873 à 1890. Parallèlement, en 1879, il devint membre de l’Académie des sciences morales et du Conseil supérieur de l’Instruction publique.

 



Anatole Leroy-Beaulieu
1842 - 1912

Historien, brillant professeur mais aussi critique d’art et essayiste, Anatole Leroy-Beaulieu (né le 12 février 1842 et mort le 15 juin 1912) a dirigé l’Ecole libre des sciences politiques de 1906 à 1912.

Anatole Leroy-Beaulieu a étudié, en profondeur et sur le terrain la Russie, la Pologne, la péninsule balkanique. De ses voyages en Russie, il a tiré une trè s fameuse série d’articles, parus dans la Revue des Deux Mondes (1882-1889) puis réédités peu après sous la forme d’un ouvrage intitulé l’Empire des tsars et les Russes.

Il a enseigné à l’Ecole libre des sciences politiques dès 1880. Ses cours portaient sur la situation et l’histoire politique des principaux Etats européens, les intérêts européens hors d’Europe, les régimes de la Turquie, de la Russie et de la Perse, et les doctrines de la haine. Grand libéral, dreyfusard, il s’est tout particulièrement attaché à la défense des peuples opprimés, non seulement les Arméniens, mais aussi les Finlandais, et les Polonais, qu’il encourageait à la résistance. Eugène d’Eichthal, son successeur à la direction de l’Ecole, le décrivait ainsi : « Il était à la fois l’apôtre de la justice et de la liberté, ou plutôt l’apôtre de la justice par la liberté, ce qui l’a fait parfois traité d’idéologue. Idéaliste aurait été plus exact. […] Enclin à accorder à la liberté le plus large crédit pour la solution des conflits, il se refusait à admettre que la liberté pût jamais investir les plus nombreux du droit d’opprimer les plus faibles » (Eugène d’Eichthal, Discours prononcés à l’inauguration du monument élevé à la mémoire d’Anatole Leroy-Beaulieu, membre de l’Institut, directeur de l’École libre des sciences politiques (1906 à 1912), le 1er mars 1914, Bibliothèque de Sciences Po, BR 8°745 (14), p. 11)

En 1906, Anatole Leroy-Beaulieu succéda à Emile Boutmy à la tête de l’Ecole. Sa direction fut marquée par un large renouvellement du corps professoral et par le développement de l’établissement (accroissement du nombre d’élèves, extension immobilière par l’adjonction de l’immeuble contigu au 27 rue Saint-Guillaume - au n° 29, etc.). Il a aussi engagé l’École vers la voie de la préparation au monde des affaires, c’est-à-dire aux entreprises et a proposé, avec succès, aux grandes entreprises de la banque, des assurances, des chemins de fer, de financer des études complémentaires à l’École pour les meilleurs de leurs cadres 

Anatole Leroy-Beaulieu est devenu membre libre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1887 et membre titulaire en 1906.