Pourquoi détestons-nous autant nos politiques ?

Nous sommes souvent séduits par leurs promesses, mais, très vite, ils nous déçoivent. Est-ce dû à leur inefficacité ? À leur supposée corruption ? Ou au pessimisme des Français, réputés impossibles à gouverner ? En somme, pourquoi détestons-nous autant nos politiques ? Dans l’ouvrage au titre éponyme qu’ils publient aux Presses de Sciences Po, Emiliano Grossman et Nicolas Sauger, chercheurs au Centre d’études européennes de Sciences Po, s’interrogent sur cet étrange mal… qui n’est pas que français et relève plutôt d’un malaise européen. Interview.

L'opinion des Français sur nos classes dirigeantes est-elle une exception en Europe ?

Nicolas Sauger : Hélas non ! Partout en Europe, on observe une défiance croissante à l’égard des gouvernements. Mais la France est allée plus vite et plus loin dans cette défiance. "Sortir les sortants" est devenue une constante de la vie politique française, et ce, bien plus que dans nos pays voisins. Le point de départ du livre est ce constat d’un cycle répété de la déception à l’égard de la politique en France, après chaque élection. Et c’est cela que l’on essaie d’expliquer.

Les Français n’ont-ils pas raison d’être déçus ?

Emiliano Grossman : En fait, ce que l’on observe d’abord, c’est que les Français ont de grandes attentes vis-à-vis de leurs politiques. Ils sont souvent enthousiastes pendant les campagnes électorales. Et si l’on compare la France à ses voisins, on voit que les Français ne sont pas victimes de politiques publiques plus inefficaces ou d’élites politiques plus corrompues qu’ailleurs. Et contrairement à une image largement répandue, ce n’est pas non plus parce que les Français sont d’éternels insatisfaits.

Alors pourquoi cette crise de confiance ?

Nicolas Sauger : La réponse que l’on développe dans notre ouvrage est que les origines de la crise sont à trouver dans les institutions mêmes de la Ve République. Ces institutions ne sont pas la cause de tous nos maux, mais elles amplifient cette défiance par le décalage qu’elles créent entre des attentes fortes développées pendant les campagnes électorales, et des réalisations forcément plus modestes une fois les élus au pouvoir. Par ailleurs, face à cette attente et compte-tenu de la la centralité de l’élection présidentielle, les candidats à la Présidence ont tendance à exagérer leur capacité à résoudre les problèmes.

Faut-il alors réfléchir à une refonte en profondeur des institutions de la Ve République comme le proposent plusieurs candidats ?

Emiliano Grossman : Non, ce n’est pas notre proposition. Nous suggérons effectivement quelques réformes aménageant l’architecture actuelle de nos institutions. Nous proposons par exemple la coïncidence des élections présidentielles et législatives, le passage à un système plus proportionnel pour l’élection de nos députés et un approfondissement de la limite au cumul des mandats, en introduisant une limite dans le temps. Mais l’essentiel, nous semble-t-il, est finalement de dépolitiser une bonne partie de ce débat sur les institutions. Ce ne devraient pas être les hommes et femmes politiques qui décident eux-mêmes des règles qui leur sont destinées. Ce que nous proposons, c’est de déléguer cette responsabilité à d’autres, par exemple à une instance en charge de l’édiction des règles du jeu qui pourrait être composée de citoyens tirés au sort et épaulée par des experts de la question.

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