L'ambition toujours plus haute de Sciences Po en faveur de l'égalité Femmes-Hommes

Sciences Po est engagé depuis plusieurs années en faveur de l’égalité femmes-hommes grâce à toute une série d’actions : la création du programme d’étude sur le genre PRESAGE, la coordination du projet européen pour l’égalité EGERA, la participation au mouvement HeForShe à l’ONU, la création d’une Cellule de veille sur le harcèlement sexuel. En 2015, Sciences Po avec en son sein une référente dédiée, lance un plan d’action ambitieux pour l’égalité femmes-hommes qui a pour but de sensibiliser aux questions d’égalité, de discrimination et de violences morales et sexuelles. Du 25 novembre au 10 décembre, la direction de la vie universitaire de Sciences Po a mobilisé toute la communauté de l’institution autour de cet enjeu : les étudiant-e-s, les personnels administratifs et académiques. Qu’en pensent-ils ? Où en est-on ? Un salarié de l'institution une chercheure et un étudiant en témoignent.

Ce ne sont pas que les grands discours qui comptent mais aussi les petites actions concrètes

Fabrice Barthélemy, salarié au Service carrières de Sciences Po, correspondant égalité femmes-hommes pour la Direction des études et de la scolarité. 

“Au service Carrières, nous travaillons en lien direct avec les étudiants : nous sommes là pour les conseiller en termes d’orientation et d’insertion professionnelle. Tous les ans, Sciences Po mène une enquête auprès des jeunes diplômés de l’année précédente, tout est parti d’un simple constat : l’écart salarial entre filles et garçons. Alors que les jeunes diplômés masculins gagnent 41K€, leurs homologues féminines ne gagnent que 34K€, soit 16% d’écart ! Nous cherchons donc des solutions afin que tous les jeunes diplômés de Sciences Po disposent des mêmes armes lorsqu’ils entrent sur le marché du travail. Nous organisons des ateliers sur différents sujets : par exemple, comment négocier son salaire lorsqu’on est une femme, construire sa carrière en entreprise, ou comment réagir au harcèlement sexuel au travail. Cette année, Charline Avenel, la secrétaire générale de Sciences Po est venue parler de la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle. Ce qui me motive à organiser des actions de ce genre avec mes collègues vient aussi de mon expérience personnelle. J’ai trois filles et c’est important pour moi de leur “montrer l’exemple” en partageant  les tâches ménagères avec ma compagne et en m’investissant pleinement dans la vie du foyer. Je suis très attaché à la justice sociale en général, pour moi ce ne sont pas que les grands discours qui comptent mais aussi les petites actions concrètes de la vie de tous les jours.”

J’aime comprendre comment les individus évoluent dans leur milieux

Anne Boring, professeure d’économie au Collège universitaire de Sciences Po, chercheuse en économie (EGERA).

“Dans le cadre du Programme de Recherche et d’Enseignement des SAvoirs sur le GEnre (PRESAGE) piloté par l’OFCE j’ai été amenée à travailler sur la façon dont les étudiants et les étudiantes de Sciences Po évaluaient leurs enseignants*. J’ai trouvé que les étudiants masculins donnaient de meilleurs notes à leurs enseignants hommes. Ces conclusions m’ont donc conduite vers un travail sur les parcours des étudiants et sur les biais inconscients qui affectent leurs trajectoires : il y a par exemple plus de filles en Master communication et plus de garçons en Master Finance et stratégie, et au sein du Master politiques publiques la spécialité culture est plus féminine que la filière énergie. Les conclusions de ces recherches permettent d’établir des constats et de trouver des solutions pour améliorer l’information auprès des étudiant.e.s et améliorer le fonctionnement de Sciences Po. J’ai par exemple participé à un atelier en anglais organisé par le service Carrières, intitulé “Women entering the professional world” [Les femmes dans le monde professionnel]. C’est mon parcours personnel qui fait que l’égalité femmes-hommes est un sujet qui me touche particulièrement. J’ai moi-même commis des erreurs quand je me suis lancée sur le marché du travail et je souhaiterais que mon expérience permette aux autres d’éviter de faire la même chose. Et puis j’aime comprendre comment les individus évoluent dans leur milieux. J’ai travaillé en priorité sur les femmes parce qu’il existe beaucoup de données sur le sujet mais étudier les minorité ethniques, d’âge, de sexe ou en situation de handicap est aussi primordial. Mieux connaître ces dynamiques permettrait d’améliorer la cohésion sociale et économique !”

*A Sciences Po, tous les étudiants doivent obligatoirement évaluer leurs enseignants à la fin de chaque semestre

En soirée étudiante, on dit rarement "non" très clairement à quelqu'un qui insiste, c'est plutôt "bof", "mouais", "pas sûr", "allez c'est bon arrête"

Louis Boulay, étudiant à Sciences Po, membre de l’Association Sportive

“Au sein de l’Association Sportive (AS), j’ai mené la campagne  "Bof means no" : le “bof a son importance parce que nous voulions dénoncer le harcèlement sexuel dans la réalité du monde étudiant. En soirée étudiante, on dit rarement "non" très clairement à quelqu'un qui insiste, c'est plutôt "bof", "mouais", "pas sûr", "allez c'est bon arrête"... Ce genre de harcèlement "moins flagrant” peut quand même pourrir une soirée. L’idée était de dire qu'on l'on peut s'amuser comme on veut en soirée, mais toujours avec le consentement de son partenaire. C'est un projet mené commun avec le Bureau des Arts et le Bureau des Élèves de Sciences Po, qui sont, avec l'AS, les deux principaux organisateurs de soirées à Sciences Po. On a évidemment été soutenus par l'administration dans cette initiative et notamment Hélène Kloeckner avec qui nous avons pu échanger sur nos assos respectives. Au final, la campagne est sortie en fin d'année et a été peu relayée. La calendrier chargé du mois de mai ne nous a pas permis de faire tout ce qu'on voulait, notamment associer les autres assos de Sciences Po qui le souhaitaient à la campagne. C'est dommage ! L’idée de cette action vient d’un incident survenu dans une soirée étudiante : deux jeunes étudiants ont vraisemblablement ingéré de la kétamine. Sur le coup, nous avons très vite vérifié que les étudiantes en question allaient bien et nous les avons informées de l'existence de la Cellule de ville sur le harcèlement sexuel de Sciences Po. Personnellement, j'avais déjà entendu plusieurs récits d'expériences comparables lors de ma troisième année à l'étranger au Vietnam, mais le fait que ça se passe en soirée avec des étudiants de Sciences Po nous a bouleversés. Suite à cela, et en concertation avec l'administration, nous avons voulu mettre en place deux actions : une action de prévention et de vigilance dans nos soirées étudiantes, et une action de communication sur la culture du consentement, d'où cette campagne de com. Je crois qu'il faut que ce type d'initiatives se multiplient et que les étudiants et leurs associations prennent la parole là dessus. C'est un thème assez tabou dans les grandes écoles, il faut pouvoir parler du problème, si on veut le régler !”

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