De Sciences Po à Harvard

Après avoir soutenu sa thèse à Sciences Po sur « L’État social et les jeunes en Europe », Tom Chevalier va mener un projet de recherche au Center for European Studies de Harvard, grâce à la bourse d’étude German John F. Kennedy Memorial Fellowship. De Sciences Po à Harvard, en passant par le champ, - encore peu connu en France -, de l’économie politique comparée, Tom Chevalier nous raconte son parcours de chercheur.

Vous êtes aujourd’hui chercheur à Sciences Po. Comment arrive-t-on à la recherche ? Quel est votre parcours? 

Tom Chevalier : J’ai commencé par suivre une classe préparatoire littéraire au lycée Henri IV à Paris, puis j’ai fait un master en philosophie à Paris IV. Après cela, je suis venu à Sciences Po où j’ai intégré un second master, cette fois-ci en affaires publiques, avec un aménagement de scolarité pour faire un mémoire sur les jeunes et l’État social en France. J’ai approfondi ce sujet en thèse, au cours de laquelle j’ai mené un travail de recherche comparatif sur les politiques publiques dédiées aux jeunes à travers l’Europe sous la direction de Bruno Palier, directeur de recherche CNRS au Centre d’études européennes de Sciences Po.

Vous venez de remporter la prestigieuse bourse German J.F. Kennedy Memorial Fellowship. De quoi s’agit-il ? 

T.C. : J’ai candidaté à cette bourse via le site web de Harvard. C’est une bourse d’étude qui était auparavant réservée aux seuls chercheurs allemands et qui a ouvert cette année une place à un chercheur européen non-allemand. J’ai eu la chance de la remporter. Celle-ci permet de financer une année de recherche au Center for European Studies de Harvard. 

Quelles opportunités cette bourse vous offre-t-elle ?

T.C. : J’ai décidé de travailler sur un programme de recherche à Harvard qui est assez différent de mes précédentes recherches à Sciences Po. Je travaillerai en économie politique comparée en prenant la France comme objet d’une étude de cas. L’une des principales conclusions de ma thèse, c’est qu’il est impossible de comprendre les approches des politiques publiques dédiées aux jeunes sans les placer dans une perspective plus large : le système de protection sociale, le système éducatif, la stratégie de croissance et le système politique. Durant ma thèse, ceci m’a mené à aborder le domaine de l’économie politique comparée, - un champ pluridisciplinaire assez développé à l’étranger mais beaucoup moins en France -, qui mêle sociologie, histoire, économie et science politique. À Harvard, plusieurs spécialistes, comme Peter A. Hall, ont développé une école spécifique des « Varieties of capitalism » [ndlr : « Varieties of capitalism », du nom de l’ouvrage édité par Peter A. Hall et David Soskice : Varieties of Capitalism: The Institutional Foundations of Comparative Advantage].

Comment ceci s’applique-t-il au cas français ?

T.C. : J’ai remarqué que la France ne rentrait pas dans les classifications traditionnelles des économies politiques. La plupart des économies nationales sont, soit libérales, ce qui veut dire que leurs acteurs interagissent via le marché, soit « coordonnées », ce qui suppose qu’ils se coordonnent stratégiquement au travers d’institutions spécifiques. La France est un cas à part dans la mesure où elle emprunte des éléments aux deux modèles. Je vais donc mener des recherches sur le cas français, en explorant des sources de la fin du 19e siècle et du début du 20e pour expliquer pourquoi la France est une telle exception. Pour ce faire, je compte mobiliser les analyses de Lipset et Rokkan sur les clivages sociopolitiques de la fin du 19e siècle, en soulignant l’importance du clivage État/Église dans la structuration du système politique et économique français.

Comment envisagez-vous la suite de votre carrière après Harvard ?

T.C. : Mon projet à moyen-long-terme est de revenir en France pour contribuer au développement de l’économie politique comparée, qui n’est pas très répandue ici, le Centre d’études européennes de Sciences Po étant une exception en la matière ! De plus, j’aimerais faire le lien entre la recherche que j’entreprends ici à Harvard avec mon travail sur la jeunesse, afin d’étendre l’analyse aux différents régimes de « citoyenneté socioéconomique des jeunes » que j’ai identifiés dans ma thèse.

Interview de Éloïse Stark, École de journalisme de Sciences Po

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