











A quoi sert l'Atelier de cartographie ?
Sa vocation première est pédagogique. L'Atelier sert de support aux cours des étudiants mais également aux projets de recherche des enseignants-chercheurs. Sa deuxième vocation consiste à enrichir et faire vivre notre cartothèque riche d'environ 1 500 cartes, fonds de cartes et diagrammes tous disponibles de manière totalement ouverte sur notre site internet. Enfin nous proposons nos prestations de services à des éditeurs (Presses de Sciences Po, Documentation Française, etc.), des musées (Musée du Louvre, Cité nationale de l'histoire de l'immigration, etc.), des organisations internationales (Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime, Union interparlementaire, etc.) ainsi qu'à des organismes sollicitant notre expertise, à condition que nous gardions la main sur la conception en amont des documents.
Quels sont vos publics internes ?
Nous travaillons avec les étudiants du cours magistral « Espace Mondial » de Bertrand Badie en deuxième année de Collège universitaire. Nous leur fournissons les fonds de carte nécessaires à la spatialisation de leurs enseignements et les accompagnons dans leurs projets cartographiques lors des séances de tutorats organisées à l'Atelier de cartographie. Ces tutorats sont également ouverts aux élèves des masters (Recherche relations internationales, Stratégies territoriales et urbaines), ainsi qu'aux doctorants. Et ils seront également bientôt disponibles sur le campus euro-latino-américain à Poitiers pour les élèves de 2A. Par ailleurs, depuis 2011 nous accompagnons les élèves de PSIA dans un cours-séminaire qui débouche sur la production d'affiches scientifiques. Enfin, nous travaillons beaucoup avec les chercheurs du CERI et du CEVIPOF qui font appel à nous pour concevoir et créer leurs documents.
Vos publics externes ?
L'ensemble de nos commanditaires à qui nous proposons nos services. Nous pouvons citer le Musée du Louvre, qui nous a sollicités pour réaliser la cartographie du nouveau département des Arts de l'Islam, la Mairie de Paris avec qui nous travaillons à la future exposition sur la guerre d'Algérie dans Paris, l'organisation des Nations-Unies contre les Drogues et le Crime (UNODC), pour qui nous avons réalisé des cartes dans le cadre de leur rapport sur la traite des personnes à paraître en novembre prochain.
En quoi consiste exactement le métier de cartographe ?
Notre métier consiste à trouver le meilleur moyen de visualiser des données scientifiques, en donnant le plus de sens possible au résultat final, et ce, quels que soient les supports utilisés (cartes papier, documents interactifs, vidéos, photos, etc.). Ce qui nécessite de représenter la dimension spatiale des sociétés, d'où le fait que nous soyons tous géographes de formation. Par ailleurs, le travail du cartographe s'inscrit toujours dans un processus avec des acteurs multiples qui ont des recommandations ou des contraintes dont il faut tenir compte.
Etes-vous en concurrence avec les graphistes ?
Non pas du tout car il s'agit de métiers différents. Si le (la) graphiste privilégie la créativité et l'esthétisme, le (la) cartographe privilégie la rigueur scientifique avant tout. Notre métier relève davantage de l'ingénierie pédagogique que du dessin. Bien sûr la forme joue un rôle non négligeable dans un projet cartographique mais encore faut-il que les données soient correctement représentées ! Sur des projets ambitieux, qui nécessitent de faire appel à plusieurs corps de métiers, nous intervenons à la fois en amont sur les informations contenues dans les cartes, et sur le design final en étroite collaboration avec le (la) graphiste.
Quelles sont les compétences requises pour exercer ce métier ?
Il faut savoir effectuer des recherches, trier les flux de données et conceptualiser un contenu scientifique en adéquation avec la problématique de départ. Cela suppose donc d'être rigoureux, d'avoir un bon esprit de synthèse et une réelle capacité à spatialiser les données, mais aussi d'être curieux et ouvert. Ceci étant dit, les compétences peuvent varier en fonction des contenus à réaliser et elles évoluent avec les outils. Nous maîtrisons tous Excel et Illustrator et appliquons les règles de sémiologie graphique diffusées, en France, par Jacques Bertin et son laboratoire de la graphique dans les années 70 et que Patrice enseigne à l'université d'Orléans.
Quel rapport entretenez-vous avec la technologie ? Ne craignez-vous pas de devenir trop dépendants de vos outils ?
Non, je dirai même que nous sommes moins dépendants de la technologie que d'autres catégories de salariés car notre valeur ajoutée ne réside pas dans la manière dont nous manions les outils mais plutôt dans la manière dont nous articulons le contenu en amont et dont nous le conceptualisons. Toutefois, dans un monde dominé par l'image et à l'heure du numérique et du web 2.0, nous ne pouvons plus continuer à réaliser des cartes classiques. Notre avenir passe par la réalisation de projets multimédia qui allient image animée, son et texte.
Quels ont été les plus grand défis auxquels vous avez été confrontés dans la réalisation de vos différents projets ?
Patrice : Ma récente collaboration avec le département des Arts de l'Islam au musée du Louvre. J'ai dû tenir compte du fait qu'il n'y avait aucun corpus documentaire synthétisant l'histoire dans cette région (de l'Espagne jusqu'à l'Inde) et sur cette période (du milieu du 7e jusqu'à la fin du 18e siècle). Le résultat doit beaucoup à l'aide précieuse de Sophie Makariou, directrice du département des Arts de l'Islam (Louvre), Gabriel Martinez-Gros, professeur d'histoire médiévale du monde musulman (Université Paris X) ou encore Daniel Soulié, responsable de médiation muséographique (Louvre).
Benoît : dernièrement j'ai travaillé sur le rapport de l'organisation des Nations-Unies contre les Drogues et le Crime (UNODC) et l'enjeu était de taille car il s'agissait de montrer la géographie mondiale d'une activité illicite, à savoir la traite des personnes. Un défi d'autant plus grand que les données recueillies par l'Onu devaient êtres traitées avec prudence afin de ne pas amplifier les biais, les données ayant tendance à ne montrer que la partie détectée des trafics. Ainsi, en accord avec l'Onu, nous avons par exemple décidé de mettre l'accent sur les pourcentages plutôt que sur les valeurs brutes et de ne pas reconstruire la géographie des aires d'origine de personnes victimes de la traite, les données ne nous permettant pas d'avoir une vision globale de flux.
Thomas : lorsque j'ai collaboré avec la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, j'ai dû transformer toutes les cartes murales en un seul diaporama. Ce qui m'a obligé à repenser entièrement le contenu pour l'adapter à ce nouveau support. J'ai par exemple décomposé en images successives les cartes à plusieurs niveaux d'informations. C'était un projet très stimulant par la liberté d'action qui m' a été offerte.
Propos recueillis par Raphaëlle Marcadal
Sciences Po
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