Critique internationale

Revue comparative de sciences sociales

Couverture Critique Internationale Critique internationale est une revue trimestrielle de langue française publiée par les Presses de Sciences Po avec le soutien du Centre national du livre. Revue à comité de lecture, elle est portée depuis sa création en octobre 1998 par le Centre de recherches internationales (CERI-Sciences Po/CNRS).
Revue comparative de sciences sociales, Critique internationale a pour objectif d’éclairer les sciences sociales du politique dans une perspective comparatiste et empirique. Les articles soumis à la revue doivent donc reposer sur une connaissance fine du ou des terrain(s) étudié(s) acquise par les chercheurs au cours d’enquêtes localisées et d’immersions au long cours. Une telle démarche doit s’accompagner, en parallèle, d’un fort ancrage de la problématique de recherche dans les débats de sciences sociales.

Le comité de rédaction est composé de spécialistes des questions internationales (transferts de normes, transnationalisation de l’action collective et de l’action publique, rôle d’organisations internationales ou d’ONG dans de nombreux contextes de crises ou dans la vie routinière « des pays du Sud », migrations) appliquées à des terrains (hormis la France) situés sur les cinq continents. Anthropologues, sociologues, historiens et politistes, ses membres sont issus d’institutions variées (CNRS, IRD, FNSP, EHESS, Universités) et de centres de recherches dynamiques, en France et à l’étranger, où études comparatistes et études sur l’international apportent un regard pluriel sur la manière dont se fait la recherche aujourd’hui.
Critique internationale continue par ailleurs d’accorder une attention particulière à l’accompagnement des jeunes chercheurs dans leurs premières expériences de publication et de coordination de dossiers et reste attentive à la publication, dans ses colonnes, de travaux de collègues étrangers.
Chaque trimestre, un dossier thématique de cinq à six articles met en regard plusieurs cas d’étude autour d’une problématique transversale. L’une des spécificités de Critique internationale est d’aborder chaque fois des entités géographiques et culturelles très éloignées. Avec les articles publiés hors dossier dans chaque numéro (varia), ces études thématiques fournissent des matériaux particulièrement riches pour la comparaison en sciences sociales. Quant à la rubrique « Lectures », elle propose, outre des comptes rendus d’ouvrages, des états de littérature thématiques qui permettent de faire le bilan de la recherche dans un champ donné.
La revue accepte des articles en anglais, en espagnol, en russe et en allemand, et fournit aux auteurs des évaluations de leurs textes dans leurs langues originales. Ces textes sont ensuite traduits en français. Par ailleurs, Critique internationale traduit en anglais des articles initialement écrits en français ou dans une autre langue. Ces textes ainsi que l’ensemble de la collection sont diffusés via le portail de revues CAIRN.info

ISSN papier 1290-7839
ISSN électronique 1777-554X

Cairn - Persee

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N°83 - Sommaire

Editorial
5-6

 

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Thema
Thema - Corps migrants aux frontières méditerranéennes de l’Europe
Sous la responsabilité de Marie Bassi et Farida Souiah

La dangerosité croissante des parcours migratoires est étroitement liée au « régime des frontières » mis en place par l’Union européenne et les États depuis une vingtaine d’années. En 2018, le nombre d’arrivées de migrants par la mer Méditerranée a diminué mais le taux de mortalité n’a cessé d’augmenter. Ce dossier traite des conséquences de la mort par migration. Caractérisées par la diversité de leurs ancrages disciplinaires et par leur richesse empirique en termes de lieux et de méthodes, les contributions réunies ici décrivent les conditions dans lesquelles s’exerce la violence frontalière dans l’espace maritime Méditerranée, les mobilisations des proches des morts et disparus (compagnons d’infortune, familles, pêcheurs), les enjeux de l’identification et de la reconstitution des histoires et pratiques d’inhumation ainsi que les facteurs économiques sous-jacents à la politique mortuaire. En révélant les mises en récit et les symboles produits autour de la question des corps de migrants morts ou disparus aux frontières de la Méditerranée, ce dossier s’inscrit résolument dans un courant critique des sciences sociales.

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Thema
La violence du régime des frontières et ses conséquences létales : récits et pratiques autour des morts et disparus par migration
Marie Bassi, Farida Souiah
9-19

 

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Thema
Les traces des morts : gestion des corps retrouvés et traitement des corps absents à la frontière hispano-marocaine
Carolina Kobelinsky
21-39

Les corps morts des personnes migrantes décédées aux frontières de l’Europe sont un objet en tension entre plusieurs façons de les considérer et de les traiter. Lorsqu’un corps est retrouvé, l’identité de la personne décédée est tout d’abord une quête. Pour la déceler, des habitants des lieux-frontières, des activistes et des personnes migrantes se mobilisent afin de recueillir des informations permettant de lui attribuer un nom et de contribuer à restituer au défunt une place parmi les siens (sa famille, ses pairs). Il n’existe en effet aucun protocole officiel spécifique visant à redonner un nom et une identité aux corps de celles et ceux qui sont morts aux portes de l’Europe. Le regard est ici posé sur la façon dont les compagnons de voyage s’occupent des morts et des disparus à la frontière entre l’enclave espagnole de Melilla et le Maroc. Fondée sur une démarche ethnographique, la trame narrative est construite autour de la mort d’un jeune homme d’origine malienne et du traitement de celle-ci. En filigrane, la notion de trace est mobilisée comme un outil permettant de saisir ensemble différentes dimensions de cette prise en charge.

Thema
« Not In My Cemetery ». Le traitement des corps de migrants morts à la frontière orientale de la Grèce
Laurence Pillant
41-59

La frontière gréco-turque est l’une des plus meurtrières du sud de l’Union européenne. Le contrôle migratoire mis en place depuis les années 2000 y fait l’objet d'une attention particulière de la part des autorités. Développé dans différentes configurations socioculturelles, il varie selon les préfectures. La mortalité, qui en est parfois la conséquence, s’insère dans ces contextes pluriels. Ainsi, le sort réservé aux corps des migrants retrouvés morts dans la préfecture d’Évros est différent de celui réservé aux corps des migrants retrouvés morts sur l’île de Rhodes. Par cette étude comparative, je tente de saisir les invariants et les particularités de la procédure de traitement de ces morts. Au-delà de l’intérêt de ce sujet très peu renseigné en Grèce, mon objectif est de comprendre comment le contrôle de la frontière s’étend au-delà de sa fonction initiale et crée de nouveaux espaces (mortuaires) où sont à la fois produites et reproduites les inégalités qui le caractérisent.

Thema
« Une petite histoire au potentiel symbolique fort ». La fabrique d’un cimetière de migrants inconnus dans le sud-est tunisien
Valentina Zagaria
61-85

Tandis que la soi-disant « crise des réfugiés » touchait l’Europe à partir de l’été 2015, des journalistes, des chercheurs, des réalisateurs, des photographes et des militants en majorité européens ont convergé vers la ville côtière tunisienne de Zarzis. Tous souhaitaient témoigner de l’existence d’un lieu de sépulture mis en place pour les victimes des frontières de l’Union. Tous ont été accueillis par des acteurs locaux, et en particulier par un ancien pêcheur du nom de Chamseddine, qui s’occupe de ces enterrements depuis des années. Présenté à travers l’engagement charitable d’un homme cherchant à offrir un peu de dignité aux personnes mortes à la frontière liquide de l’Union, ces récits construisent le cimetière comme un lieu incarnant à la fois les effets mortels des politiques migratoires européennes et la compassion des citoyens ordinaires face à l’horreur. Différents groupes et individus se sont également organisés pour apporter une aide matérielle au cimetière. Dans cette étude fondée sur un travail ethnographique mené à Zarzis entre 2015 et 2017, je m’intéresse aux actes conceptuels et pratiques de fabrique du cimetière qui l’ont transformé en symbole, suscitant des discours moraux et politiques d’empathie et d’espoir, mais également de culpabilité et de responsabilité, qui mettent en lumière les héritages coloniaux et néocoloniaux de la « crise des réfugiés ».

Thema
Corps absents : des fils disparus et des familles en lutte ? Le cas des migrants tunisiens
Farida Souiah
87-100

En Tunisie, depuis 2011, des collectifs et des associations se mobilisent pour et autour de la cause des migrants disparus. Les familles concernées, représentées notamment par l’association La Terre pour tous, réclament le retour des leurs – car l'absence de corps les conduit à espérer qu'ils sont encore vivants – ou des informations qui permettraient de mettre fin à l’incertitude. Les disparus sont-ils devenus des corps anonymes ? Si oui, dans quelles circonstances ? Au cœur du dispositif d’énonciation et des pratiques protestataires se trouve la figure de la mère, souffrante et éplorée, qui accroît la forte portée symbolique de ces disparitions. Attirés par la puissance contestataire de ces luttes, des associations et des collectifs militants, nationaux et transnationaux, se joignent aux familles pour porter leur cause, l’accompagner, la traduire, l’orienter ou l’étendre. Or, tandis que ces acteurs nombreux et variés se saisissent du thème de ces corps absents pour formuler une critique des politiques migratoires et du régime des frontières, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) tente d’imposer d’autres clés de compréhension de la disparition des migrants et promeut des programmes visant à dissuader les candidats aux départs. De son côté, l’association La Terre pour tous s’approprie, non sans tensions et rivalités, certaines revendications et formes de protestation, mais choisit aussi d’en délaisser d’autres.

Thema
Les périls de la migration : médiations conflictuelles du risque aux frontières maritimes de l’Union européenne
Charles Heller, Lorenzo Pezzani
101-123

Nous présentons ici les stratégies menées depuis 2011 dans le cadre du projet Forensic Oceanography pour documenter et dénoncer la mort de migrants en mer. Nous exposons d'abord la dimension « esthétique » à l'intérieur de laquelle, et contre laquelle, le projet a voulu se positionner ; nous analysons ensuite la façon dont s’est opéré le passage de la documentation des pratiques spécifiques d'acteurs en mer ayant entraîné des décès (comme le « bateau abandonné à la mort ») à la reconstruction des effets mortels des politiques étatiques (tel l’arrêt de l'opération Mare Nostrum) ; enfin nous montrons en quoi le projet a contribué à la création du Watch The Med Alarm Phone, une ligne téléphonique non gouvernementale d’urgence fonctionnant 24h/24 et permettant d'intervenir directement pour venir en aide aux migrants en détresse. Alors que des agences européennes telles que Frontex mènent une « analyse des risques » centrée sur l'État pour neutraliser la « menace » que représentent les migrants illégaux, Forensic Oceanography a forgé une « analyse contre les risques » centrée sur les migrants, pour contester la violence des frontières et diminuer les risques auxquels les politiques publiques exposent les migrants. Nous montrerons que c’est aussi avec des connaissances et des médiations contradictoires de la frontière que se mène le conflit de la mobilité en Méditerranée.

Varia
Une expertise internationale sans « bonnes pratiques » : soutenir la professionnalisation du travail parlementaire dans la Tunisie d’après 2011
Quentin Deforge
127-145

Cette recherche porte sur un projet de « développement parlementaire » mis en place en Tunisie par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à la suite du changement de régime advenu en 2011. Sur la base d’une observation participante, je prends le contre-pied de travaux consacrés à d’autres secteurs de l’action publique transnationale qui ont saisi ces formes d’intervention et d’expertise avant tout comme la mise en circulation de normes, de prescriptions et de « bonnes pratiques ». Le fait de participer quotidiennement au travail des experts parlementaires a permis de mettre en évidence l’impossibilité de réduire celui-ci à la mise en circulation de ressources internationales. Ce travail est d’abord une entreprise faiblement internationalisée de professionnalisation du travail parlementaire via la mobilisation de ressources nationales à destination des députés comme des fonctionnaires de l’Assemblée. Je suggère d’appréhender la mise en circulation de « bonnes pratiques » non pas comme la substance des différents secteurs de l’action publique transnationale, mais plutôt comme le marqueur de leurs processus de professionnalisation respectifs.

Varia
La santé maternelle par téléphone portable au Ghana et en Inde : inégalités et intersections technologiques
Marine Al Dahdah
147-166

Les programmes de santé qui visent à améliorer la santé maternelle dans les pays dits en développement proposent de compenser les inégalités de genre et d’accès aux soins par un outil « émancipateur » pour les femmes : le téléphone portable. Les promoteurs de ce dispositif, appelé la mSanté, présentent celui-ci comme une technologie neutre, accessible et intelligente. Or ses effets et la façon dont il transforme les inégalités sur le terrain vont à l’encontre des promesses affichées. Ma démonstration s’appuie sur les données empiriques recueillies au cours d’une enquête multi-située menée sur un programme de mSanté global mis en place en zone rurale au Ghana et en Inde. Grâce aux apports des études postcoloniales, des études de genre et des études sociales des techniques, je montre en quoi ces objets numériques de santé transforment des relations de pouvoir déjà existantes, et reconduisent, voire renforcent ces inégalités de façons très différentes selon le contexte de leur déploiement.

Varia
Être officiel ou faire officiel ? Sur deux styles de barrages routiers en Afrique de l’Ouest (Ghana/ Sénégal)
Sidy Cissokho
167-189

Cette étude compare deux types de barrage routier mis en place par des entités représentant les professionnels du transport de passagers au Ghana et au Sénégal. Loin de se déployer dans un registre concurrent de celui des autorités légales, la légitimité de chacune de ces formes de barrage repose sur la mise en scène d’une proximité avec l’État, son idéal, sa symbolique et les fonctionnaires qui le représente. La mise en regard de ces deux cas permet cependant d’aller encore plus loin. Au Ghana, cette pratique a longtemps été encadrée par le droit. Au Sénégal, elle est en revanche le produit d’une multitude d’accords informels passés à l’échelle des villes ou des régions. Cette différence a doté l’entité ghanéenne de plus de ressources pour mettre en scène son étaticité, mais l’a aussi rendue plus vulnérable aux évolutions de la conjoncture politique nationale que son homologue sénégalaise. Dans ce cas précis, la forme a priori la plus bricolée d’étaticité est loin d’être la plus fragile. Elle apparaît au contraire comme la plus durable, si ce n’est la plus stable.

Lectures
État de littérature. Comment les cadavres des migrants sont devenus des objets sociologiques. Notes sur quelques travaux en sciences humaines et sociales (2012-2018)
Françoise Lestage
193-203

 

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Lectures
Lectures
Théotime Chabre
205-208

Claire Visier (dir.), La Turquie d’Erdoğan : avec ou sans l’Europe ? Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, 277 pages

Lectures
Lectures
Philippe Lavigne Delville
209-212

Pierre Blanc., Terres, pouvoirs et conflits : une agro-histoire du monde. Paris, Presses de Sciences Po, 2018, 379 pages

Lectures
Lectures
213-216

Romain Robinet., La Révolution mexicaine : une histoire étudiante. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, 295 pages