Critique internationale

Revue comparative de sciences sociales

Couverture Critique Internationale N°66Critique internationale. Revue comparative de sciences sociales est une revue trimestrielle de langue française consacrée à l’international. Elle est publiée par les Presses de Sciences Po avec le soutien du Centre national de la recherche scientifique et du Centre national du livre. Revue à comité de lecture, elle est portée depuis sa création (octobre 1998) par le Centre et de recherches internationales (CERI-Sciences Po/CNRS).
Revue comparative de sciences sociales, Critique internationale a pour objectif de contribuer à l’analyse politique des pays autres que la France en ayant recours aux outils de la science politique, de la sociologie, des relations internationales, de l’anthropologie, de l’économie politique, de l’histoire, du droit ou encore de la géographie. Chaque trimestre, un dossier thématique de cinq à six articles met en regard plusieurs cas d’étude autour d’une problématique transversale. Le champ géographique couvert peut être indéterminé ou bien se focaliser sur une région, voire un pays. En l’occurrence, l’une des spécificités de Critique internationale est d’aborder chaque fois des entités géographiques et culturelles très éloignées. Avec les articles publiés hors dossiers dans chaque numéro (trois varia), ces études thématiques fournissent des matériaux particulièrement riches pour la comparaison en sciences sociales. Quant à la rubrique lecture, elle propose, outre des comptes rendus d’ouvrages, des états de littérature thématiques qui permettent de faire le bilan de la recherche dans un champ.
La revue accepte des articles en anglais, en espagnol, en russe et en allemand, et fournit aux auteurs des évaluations de leurs textes dans leurs langues originales. Ces textes sont ensuite traduits en français. Par ailleurs, Critique internationale traduit en anglais des articles initialement écrits en français ou dans une autre langue. Ces textes ainsi que l’ensemble de la collection sont diffusés via le portail de revues CAIRN.info

ISSN papier 1290-7839
ISSN électronique 1777-554X

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N°73 - Sommaire

Editorial
5-6

 

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Thema
Thema - La fabrique de l’hérédité en politique
Sous la responsabilité de Marie Brossier et Gilles Dorronsoro

Dans un système politique concurrentiel, la transmission héréditaire du pouvoir est un phénomène a priori paradoxal. Le discours démocratique est en effet méritocratique, il implique une séparation des sphères privée et publique. Pourtant, dans certains systèmes politiques concurrentiels, et sans que la transmission héréditaire soit de droit, des familles occupent des postes de pouvoir depuis plusieurs générations. Bien que centrale dans certaines démocraties, la dimension familiale du pouvoir politique demeure relativement inexplorée. Cet objet « non conventionnel » est abordé ici à partir d’études de cas sur l’Asie du Sud-Est (Inde), la France (Gironde et Nouvelle-Calédonie) et le Liban. Autant d’exemples qui posent la question du renouvellement des élites dans des sociétés démocratiques anciennes ou plus récentes et invitent à réfléchir aux frontières – plus poreuses qu’il n’y paraît – entre expériences démocratiques, polyarchiques et oligarchiques.

Thema
Le paradoxe de la transmission familiale du pouvoir
Marie Brossier, Gilles Dorronsoro
9-17

 

Aucun résumé

 

Thema
Quand les femmes héritent : une analyse genrée des phénomènes lignagers en Asie du Sud
Virginie Dutoya
19-36

L’importance des « familles politiques » est une caractéristique connue des régimes de l’Asie du Sud. Le rôle de l’hérédité dans ce domaine y serait d’autant plus remarquable que ce phénomène fait la part belle aux femmes dans des contextes qui leur sont autrement peu favorables. Ainsi, la famille, site majeur de (re)production des représentations et des hiérarchies de genre constitue une filière d’accès au pouvoir politique pour les femmes sud-asiatiques. L’étude des cas de l’Inde et du Pakistan permet d’analyser les dynamiques de transmission intrafamiliale des mandats parlementaires sous l’angle du genre. L’enquête quantitative et qualitative sur les femmes parlementaires depuis 1947 dans les deux pays souligne les possibilités, mais aussi les contraintes que représentent les phénomènes d’hérédité politique pour les femmes. Cette analyse genrée permet de saisir la complexité de l’imbrication des rapports de pouvoir familiaux, sociaux et politiques.

Thema
Le fils du chef : État colonial et production de l’hérédité politique en Nouvelle-Calédonie
Éric Soriano
37-52

Les logiques de transmission héréditaire du pouvoir dans le monde kanak sont analysées ici à partir d’une enquête sur la surreprésentation des « chefs » en politique dans la Nouvelle-Calédonie coloniale des années 1950. Cette étude se fonde sur la prosopographie des élus mélanésiens après la fin du Code de l’indigénat (1946), sur une recherche dans les archives de l’administration coloniale et sur des entretiens avec des élus et anciens élus de la période. Il en ressort que cette surreprésentation des chefs est plus le produit d’une instrumentalisation symbolique opérée par eux que d’une légitimité « traditionnelle » de l’hérédité qui serait convertible en politique. Dans le contexte kanak, ce qui compte c’est l’aptitude à contrôler un espace consacré par l’administration, et c’est parce qu’ils se situent à la frontière de l’État colonial que ces « chefs » s’imposent en politique.

Thema
Le genre de l’hérédité en politique : une filière d’accès pour les élues municipales en Gironde ?
Victor Marneur
53-70

Les communes rurales constituent un terrain privilégié pour la transmission héréditaire des mandats municipaux. À cet égard, et même si plusieurs travaux ont montré le caractère patrilinéaire de cet héritage, il convient de s’interroger sur la probabilité pour les femmes d’hériter d’un mandat. Les résultats d’une enquête par questionnaire et par entretiens menée dans les municipalités de la Gironde entre 2012 et 2014 ont permis d’identifier plusieurs formes d’héritage en politique dans les espaces ruraux. Or, si certaines fonctionnent pour les deux sexes, il existe bien des modalités spécifiques de transmission d’un mandat pour les femmes. Il s’avère ainsi que, dans certains contextes, notamment peu concurrentiels, l’héritage constitue une filière d’accès à l’espace publique permettant aux femmes de neutraliser les effets démobilisateurs de leur genre en politique.

Thema
Dynamiques dynastiques au Liban : transmettre le pouvoir politique en famille
Ward Vloeberghs
71-93

Depuis l’instauration de la démocratie parlementaire libanaise en 1926, le nombre de députés et de ministres issus de dynasties politiques s’est maintenu dans une proportion remarquable. Une classification de ces « familles » sur la base de critères confessionnels n’a pas de sens puisqu’on en trouve dans presque toutes les communautés. Par ailleurs, le politique et l’économique sont souvent corrélés dans la constitution de ces grandes familles : certaines cherchent à protéger leurs biens et leurs investissements par une représentation politique tandis que d’autres renforcent leur ascension politique en s’emparant d’activités rentables dans le domaine de l’économie. L’étude des destins de deux familles politiques sunnites citadines – les Salam et les Hariri – permet de comprendre comment se forme et se maintient, voire se réinvente une dynastie politique dans un système électoral compétitif, ou présenté comme tel. Les mécanismes ainsi identifiés révèlent l’importance de quatre ressources – alliances et réseautage familial, intérêts économiques, activités caritatives et de mécénat, positionnement confessionnel modéré – qui donnent au concept de dynastie politique toute sa pertinence dans le Liban post-Taëf.

Varia
Autopsie des deux élections iraniennes de 2016
Marie Ladier-Fouladi
97-110

À l’annonce des résultats des deux élections iraniennes du 26 février 2016, aussi bien les « réformistes » et les « modérés » coalisés que les « fondamentalistes » ont crié victoire. Or la composition de la nouvelle Assemblée des experts et celle du nouveau Parlement révèlent une vérité toute différente de celle revendiquée par chacun des deux camps. Elles montrent la complexité d’un jeu électoral devenu encore plus sensible après l’accord de Vienne (juillet 2014) sur le programme nucléaire du pays, qui a exacerbé les enjeux de ces deux scrutins surtout dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017. À l’évidence, l’arme électorale la plus puissante des « fondamentalistes », à savoir la présélection orientée des candidats, est à bout de souffle, et ces derniers paraissent désormais bien démunis à dix mois de la présidentielle. Dans ces conditions et compte tenu du clivage politique établi à la suite de ces deux scrutins, le risque d’une crise de régime n’est pas exclu, et cette crise pourrait bien, pour ne pas retomber dans le piège de la contestation post-électorale de juin 2009, conduire à l’instauration d’un régime parlementaire par la modification de la Constitution.

Varia
La légitimation par le droit ? Les défis du gouvernement de la famille en contexte musulman. Une comparaison Sénégal/Maroc
Marième N’Diaye
111-131

La réforme du droit de la famille au Sénégal et au Maroc s’est révélée extrêmement sensible car elle impliquait pour l’État d’agir sur le domaine du privé, traditionnellement régi par des ordres normatifs (religieux et/ou coutumiers) concurrents. Cette étude comparative analyse les modalités par lesquelles ces États ont redéfini la norme familiale et l’effet de ces réformes sur l’ordre social, et ce afin de déterminer leur capacité à affirmer leur monopole sur la production juridique. Bien que se fondant sur des sources de légitimité différentes, les deux États ont opté pour une même redéfinition de la norme islamique, conforme au projet moderniste qu’ils portaient. L’étude de l’application de la loi révèle cependant le conservatisme de l’institution judiciaire et l’attitude de contournement des justiciables, signes de la résistance de ces sociétés. Si l’État s’impose dans son rôle d’arbitre du débat et de producteur du droit, la norme qu’il promeut ne bouleverse pas l’ordre social existant et invite à relativiser la rupture opérée par ces réformes qui traduisent finalement une volonté de composer avec le pluralisme normatif existant.

Varia
Une réinvention de la différence élitaire : un Rotary Club dans le Kenya de Mwai Kibaki
Dominique Connan
133-155

L’enquête ethnographique menée entre 2008 et 2011 au sein du Rotary Club du Langata à Nairobi permet de décrire la sociabilité professionnelle, organisée autour de réunions hebdomadaires et d’événements caritatifs, des élites kényanes qui s’approprient les représentations mondialisées du succès économique et social. L'entre-soi rotarien éclaire sur la manière dont les aspirations individuelles au succès économique, à la reconnaissance sociale et à l'estime de soi se mêlent à la promotion pour le Kenya des mantras de la « bonne gouvernance » et des libéralisations. Les rotariens entretiennent avec l’État un rapport paradoxal, fait d'évitement de la compétition politique et de ses dérives, et de mimétisme de ses pratiques de légitimation : la bureaucratie, la taxation et, à travers la philanthropie, le service public. L'enquête parvient ainsi à montrer au plus près, depuis l'intimité des cercles de sociabilité élitaire, la traduction dans la vie quotidienne des « jeux d'import-export symbolique » par lesquels se légitime ce segment des classes dirigeantes.

Lectures
Le procès de Nuremberg : retour sur soixante-dix ans de recherche
Guillaume Mouralis
159-175

 

État de littérature

 

Lectures
Lectures
Tewfik Aclimandos
177-181

Shirîf Yûnis, Al-Bahth ‘an al-Khalâs. Azmat al-Dawla wa-l-Islâm wa-l-Hadâtha fî Misr (La recherche du salut. La crise de l’État, de l’islam et de la modernité en Égypte), Le Caire, GEBO, 2014, 415 pages.