Critique internationale

Revue comparative de sciences sociales

Couverture Critique Internationale N°66Critique internationale. Revue comparative de sciences sociales est une revue trimestrielle de langue française consacrée à l’international. Elle est publiée par les Presses de Sciences Po avec le soutien du Centre national de la recherche scientifique et du Centre national du livre. Revue à comité de lecture, elle est portée depuis sa création (octobre 1998) par le Centre et de recherches internationales (CERI-Sciences Po/CNRS).
Revue comparative de sciences sociales, Critique internationale a pour objectif de contribuer à l’analyse politique des pays autres que la France en ayant recours aux outils de la science politique, de la sociologie, des relations internationales, de l’anthropologie, de l’économie politique, de l’histoire, du droit ou encore de la géographie. Chaque trimestre, un dossier thématique de cinq à six articles met en regard plusieurs cas d’étude autour d’une problématique transversale. Le champ géographique couvert peut être indéterminé ou bien se focaliser sur une région, voire un pays. En l’occurrence, l’une des spécificités de Critique internationale est d’aborder chaque fois des entités géographiques et culturelles très éloignées. Avec les articles publiés hors dossiers dans chaque numéro (trois varia), ces études thématiques fournissent des matériaux particulièrement riches pour la comparaison en sciences sociales. Quant à la rubrique lecture, elle propose, outre des comptes rendus d’ouvrages, des états de littérature thématiques qui permettent de faire le bilan de la recherche dans un champ.
La revue accepte des articles en anglais, en espagnol, en russe et en allemand, et fournit aux auteurs des évaluations de leurs textes dans leurs langues originales. Ces textes sont ensuite traduits en français. Par ailleurs, Critique internationale traduit en anglais des articles initialement écrits en français ou dans une autre langue. Ces textes ainsi que l’ensemble de la collection sont diffusés via le portail de revues CAIRN.info

ISSN papier 1290-7839
ISSN électronique 1777-554X

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N°72 - Sommaire

Editorial
5-6

 

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Thema
Thema - Enfermement et catégorisations
Sous la responsabilité de Tristan Bruslé et Bénédicte Michalon

Au nom du maintien de la paix et d’une organisation efficace de la vie entre les murs au quotidien, l’enfermement s’accompagne de processus de classement des individus par le genre, l’ethnicité et la religion. Il convient donc d’examiner ce que l’enfermement fait à ces processus de catégorisation et, réciproquement, comment les logiques de classification sont transformées, mises à mal ou au contraire renforcées en situations de réclusion, situations dans lesquelles la possibilité d’identifier, de classer et de nommer apparaît comme un véritable outil de gestion des relations sociales et rencontre finalement peu de résistances. Envisagées dans leurs ressorts concrets, les catégorisations sont ici analysées comme des procédures disciplinaires et normatives, contribuant aux rapports de pouvoir en établissement pénitentiaire comme dans les lieux d’enfermement des étrangers.

Entretien avec les coordinateurs du dossier, Tristan Bruslé et Bénédicte Michalon.

Thema
L’ethnicité, la religion et le genre dans les institutions d’enfermement : processus et effets de catégorisation
Bénédicte Michalon, Tristan Bruslé
9-19

 

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Thema
Répartition et circulation : les enjeux de la catégorisation dans le camp de Choucha (Tunisie)
Aurore Mottet
21-34

Quels sont les liens entre la dimension matérielle du confinement des étrangers et la finalité des lieux de confinement, à savoir la gestion de la circulation des migrants par leur admission ou leur expulsion ? L'analyse porte ici sur la répartition des migrants à l'intérieur du camp de transit de Choucha en Tunisie qui, jusqu'à sa fermeture en juin 2013, a accueilli les migrants subsahariens qui fuyaient les combats en Libye. Cette opération de répartition montre que les catégories pertinentes pour organiser le confinement d'un grand nombre de personnes sont celles liées aux appartenances nationales ou ethniques. Or, si le fait de séparer les individus selon leur nationalité permet au gestionnaire de garantir la tranquillité du camp, la répartition ainsi conçue anticipe les futurs statuts administratifs des personnes (réfugié, débouté, etc.). Ainsi ces catégories nationales, mobilisées pour gérer le quotidien de l'enfermement, révèlent-elles un contrôle anticipé des possibilités de déplacement qui seront laissées – ou imposées – aux individus. Certains migrants tentent alors de contester les catégories dans lesquelles ils ont été classés comme en témoigne le cas étudié ici du groupe des « réfugiés de Choucha ».

Thema
Les frontières de la rétention : genre et ethnicité dans le contrôle des étrangers en instance d’expulsion
Louise Tassin
35-52

Fondée sur une enquête en immersion dans un centre de rétention français, cette analyse vise à approfondir la question des usages et de la production des catégories de l’altérité dans et par l’enfermement des étrangers en instance d’expulsion. Les frontières de genre et d’ethnicité jouent un rôle clé dans l’organisation du travail, dans les relations interprofessionnelles et dans le traitement des étrangers retenus. En effet, le fonctionnement général du centre obéit à une division genrée et ethnicisée des tâches que cristallise la position des agents privés, immigré-e-s précaires dont les compétences sont rapportées à des caractéristiques naturalisées et qui sont en partie associé-e-s aux retenus. Par ailleurs, les hiérarchies internes à la police, qui compte un certain nombre de femmes et de policiers minoritaires, sont adossées à des représentations stigmatisantes des étrangers enfermés que les conditions de travail des agents contribuent à renforcer. Alors que la rétention est promue comme un dispositif de confinement administratif, son mode de fonctionnement au quotidien produit et reproduit un amalgame entre personnes retenues et délinquants.

Thema
Le « radical », une nouvelle figure de dangerosité carcérale aux contours flous
Claire de Galembert
53-71

La panique morale suscitée par l’attrait de la violence islamiste auprès de la jeunesse est allée de pair avec l’apparition d’une nouvelle figure de dangerosité : celle de jeunes gens qui se radicaliseraient en prison. Pour comprendre quels sont les ressorts et les processus qui font que le « radical », déclaré ou en puissance, s’est imposé dans le langage pénitentiaire comme une catégorie de référence, il convient d’analyser les dispositifs d’étiquetage et de détection qui participent à la construction de ce qui est désigné comme déviant. L’étude des circonstances, du contexte et des acteurs à l’origine de la mise en œuvre d’une politique de détection de ceux qui sont désignés au départ comme des « prosélytes » révèle que les résistances et appropriations hétérogènes de cet outil n’ont pas empêché la catégorie de s’imposer. Le changement terminologique qui s’opère à partir de 2008, via la tentative de substitution au terme « prosélyte » de celui de « radical » ou de « en voie de radicalisation », est symptomatique de l’européanisation de la politique de lutte contre la radicalisation plutôt axée sur une logique de prévention. Reste que l’absence de compréhension partagée de ce qu’est un radical, terme polysémique et flou, prête aux confusions et aux amalgames stigmatisants, exposant tout musulman au soupçon, y compris lorsqu’il cherche à neutraliser le stigmate.

Thema
Appréhension et expérience de la pluralité religieuse dans les prisons en Suisse et en Italie : une approche par l’ethnographie
Irene Becci, Mohammed Khalid Rhazzali, Valentina Schiavinato
73-90

Depuis plus de vingt ans, on observe dans les prisons en Suisse et en Italie une pluralité religieuse inédite, issue de la globalisation sociétale et culturelle. Pour les institutions pénitentiaires garantissant la liberté de croyance et de conscience, cette « super-diversité » conduit à de nouveaux aménagements et à une tentative d’encadrement du religieux sur un plan formel (aumôneries, repas, célébrations religieuses). Les détenus, quant à eux, mobilisent leur expérience du religieux de manières variables, tantôt comme moyens de résistance à l’institution, tantôt comme pratiques « privées » ou comme demandes officielles. Une approche ethnographique et épistémologique sensible aux situations et nourrie des données recueillies sur plusieurs années de recherches depuis 2005 permet de questionner les catégories religieuses mobilisées par les institutions pénitentiaires, tout en explorant l’agentialité des détenus dans leur appropriation du fait religieux.

Varia
Victimes cherchent statut désespérément : le cas des « bébés volés » en Espagne
Gabriel Gatti
93-111

En Espagne, depuis 2005, un groupe de victimes émerge autour de ce que l’on désigne de façon générique comme le « vol de bébés ». Indépendamment du fait que l’émergence de ce « cas » doit être analysée dans la perspective d’un phénomène plus large – celui de la naissance et de la consolidation d’un « nouvel espace des victimes » en Espagne –, ces victimes possèdent une double caractéristique : la multiplicité des causes qui les produisent et la variété des catégories auxquelles elles ont recours pour se nommer et se penser. La relative unité de ce groupe de victimes ne provient donc pas de ce qui fait leur condition actuelle, mais de leur travail de recherche d’un statut, d’une existence, que celle-ci soit nominale (être victime) ou juridique (être reconnu comme tel). Face à cette quête de reconnaissance qui met en œuvre les outils de la citoyenneté, les frontières souvent établies entre victimes et citoyens deviennent poreuses, voire s’effacent complètement.

Varia
Des « restes » résistants en milieu soninké : esclavage, sens de l’honneur et mécanismes d’émancipation
Sidi N’Diaye
113-125

L’architecture sociale de la communauté soninkée autorise encore la perpétuation de formes anciennes de domination, non seulement par le maintien de stéréotypes mais aussi par des pratiques concrètes de relégation qui imprègnent le champ politique et social mauritanien. Aujourd'hui, nombre de ces pratiques gouvernent les consciences, les imaginaires, et innervent le jeu politique local et national. En outre, vestiges de temps anciens, des conflits autour du contrôle de la terre resurgissent et mettent aux prises « nobles » et catégories « serviles ». Cet agrégat d’éléments met en relief les survivances d’une pratique, l’esclavage, de moins en moins acceptée par des groupes qui, à la faveur de l’évolution des mentalités, des transformations sociétales et d’une élévation à la dignité revendiquée, entendent se définir d’abord par rapport à eux-mêmes. Face aux « restes résistants » de l’esclavage, ces groupes dominés mobilisent discours et stratégies pour s’affranchir de la tutelle de franges importantes de la noblesse soninkée. Noblesse qui, au nom de la tradition et de l’honneur, tente de s’opposer au renversement des féodalités et à l’abolition des formes faussement douces de l’esclavage dans leur communauté d'origine.

Varia
Faire la guerre : les politiques publiques, l’État et les conflits armés
Jean Joana
127-145

Faire la guerre : les politiques publiques, l’État et les conflits armés L’étude de la guerre a largement échappé aux rapprochements initiés depuis quelques années entre analyse des politiques publiques et relations internationales. Il convient donc de s’interroger sur les conditions de possibilité d’une analyse de la guerre en termes de politiques publiques et sur ses éventuels apports. L’objectif est de dresser un bilan de la littérature en sciences sociales consacrée à l’action militaire en temps de guerre et de souligner le peu de cas qu’elle accorde à la distinction entre préparation et conduite de la guerre. Adopter une approche de politiques publiques pour rendre compte de la manière dont l’État fait la guerre permet de s’interroger sur les éventuelles spécificités des modes d’action publique que celui-ci met en œuvre pour intervenir militairement dans le cadre d’un conflit armé. Autrement dit, de comprendre la manière dont les politiques de défense sont adaptées à la guerre en cours.

Lectures
Lectures
Morgane Labbé
149-153

Catherine Gousseff, Échanger les peuples : le déplacement des minorités aux confins polono-soviétiques, Paris, Fayard, 2015, 414 pages.

Lectures
Lectures
155-159

Antoine Pécoud, Depoliticizing Migration: Global Governance and International Migration Narratives, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2015, IX-146 pages.

Lectures
Lectures
Paul Gradvohl
161-165

Roman Krakovský, Réinventer le monde. L’espace et le temps en Tchécoslovaquie communiste, Paris, Publications de la Sorbonne, 2014, 325 pages.