Depuis les années 1980, les questions de droits humains, notamment économiques, sociaux et culturels, se sont progressivement imposées dans l'étude des causes de la pauvreté et des mesures qui permettraient de la réduire. Pourtant, force est de constater que les cas de non-respect, dénis et violations des droits humains n'ont pas sensiblement diminué. Les abus entraînés par le phénomène des acquisitions massives de terres agricoles dans les pays les plus pauvres de la planète en fournissent une bonne illustration. Dans ce contexte, les limites des principes volontaires sautent aux yeux, mais la revendication et la protection d'un droit contraignant, tel le droit à l'alimentation, offre des opportunités plus intéressantes pour les communautés locales et les acteurs qui les soutiennent.

La situation de la Russie a beaucoup évolué depuis l'époque de l'URSS et à la suite des réformes socioéconomiques menées en Russie au cours des vingt dernières années. Le système paternaliste étatique a été remplacé par un régime libéral dans lequel l'implication sociale de l'Etat est minime. Alors qu'à l'époque soviétique, l'écart était faible entre les plus hauts et les plus bas salaires et revenus, les inégalités sont aujourd'hui criantes et beaucoup plus accentuées que dans les autres pays européens. La pauvreté a également considérablement augmenté. Le minimum vital et les allocations sociales prévues par la législation sont aujourd'hui insuffisantes pour lutter contre la pauvreté et réduire les inégalités.

Corinne Nativel

La pauvreté est un phénomène qui se pose avec acuité au Royaume-Uni, berceau de la révolution industrielle, du Welfare State et de la contre-révolution néolibérale thatchérienne. L'article examine les approches utilisées pour mesurer la pauvreté, dresse un profil des populations les plus touchées, pour ensuite s'intéresser aux principales conséquences et aux réponses apportées par les pouvoirs publics depuis une quinzaine d'années. Plus récemment, la mise en œuvre d'un plan d'austérité draconienne sous le gouvernement de David Cameron accentue le phénomène de paupérisation en entraînant une augmentation de l'endettement des ménages les plus démunis. Cette situation a suscité un réveil des mouvements contestataires qui placent la lutte contre la pauvreté au cœur de leurs revendications.

Serge Paugam

Cet article se fonde sur l'ouvrage La disqualification sociale publié en 1991 et évalue les transformations majeures intervenues depuis cette date dans le champ de la pauvreté et de la précarité. Trois évolutions sont prises en compte : 1) le phénomène de la pauvreté touche désormais non plus seulement les personnes éloignées du marché de l'emploi et prises en charge au titre de l'assistance, mais aussi les salariés précaires dont il convient d'analyser la situation au regard des transformations des formes de l'intégration professionnelle ; 2) le rapport social à la pauvreté a aussi considérablement changé. Alors qu'il existait dans les années 1980 et 1990 un consensus sur l'impératif de s'acquitter de la dette nationale à l'égard des plus pauvres, les années 2000 ont été marquées par la montée de l'intolérance à l'égard des assistés, souvent considérés comme des paresseux et des profiteurs des aides sociales ; 3) la transformation du RMI en RSA a contribué enfin à instaurer ce que l'on peut appeler un nouveau régime de précarité assistée. En dépit de ces changements, il est possible de conclure que la pauvreté disqualifiante est désormais en France, comme dans d'autres pays européens, une configuration sociale durable.

Simon Tordjman

Depuis la décennie 1980 et plus encore durant les années 1990, la transformation du champ de la lutte contre la pauvreté et l'affirmation de la société civile et des organisations non-gouvernementales (ONG) comme figures privilégiées de l'aide au développement a eu un impact significatif sur les objectifs poursuivis, les stratégies empruntées et les répertoires d'action des acteurs du développement. A partir d'une étude de ses promoteurs et de ses relais, cette contribution se propose d'explorer la rationalité politique du recours aux ONG et à la société civile comme double formule de développement et de démocratisation.

Malgré la montée en puissance de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud sur la scène internationale, et de leur catégorisation comme puissances émergentes, la lutte contre la pauvreté reste une priorité nationale dans chacun de ces pays. Dans ce cadre, plusieurs politiques et initiatives sont mises en oeuvre à la fois au niveau national et international : le forum IBSA qui regroupe ces trois émergents en est un exemple. Né en 2003, cette nouvelle coopération Sud-Sud (Inde, Brésil, Afrique du Sud) se fait le relais des priorités nationales et des intérêts communs de ses membres pour la résorption de la pauvreté au niveau interne mais aussi international. Leur coopération passe par des échanges trilatéraux et la conduite de projets de développement communs dans d'autres pays en développement via le fonds IBAS pour la lutte contre la faim et la pauvreté. Malgré ses limites, elle participe à l'affirmation et à la quête d'autonomie et à la légitimation de ses membres comme nouvelles puissances.

Valeria Pero

Les programmes sociaux de transferts monétaires conditionnels ont modifié la politique sociale du Brésil. Cet article analyse l'évolution des politiques publiques contre la pauvreté ainsi que les défis que devra affronter le pays à l'avenir. La première décennie du XXIe siècle a été marquée par la diminution de l'inégalité et de la pauvreté ; il est désormais essentiel d'améliorer la qualité des services publics pour que les bénéfices de la croissance du Brésil profitent à tous les Brésiliens.

Florence Arestoff

Cette contribution propose une visite guidée des principaux axes de la recherche économique sur les relations entre éducation, inégalités et pauvreté: la théorie du capital humain comme cadre analytique et les principales estimations empiriques auxquelles elle a donné lieu; les inégalités constatées dans l'accès à l'éducation et les problèmes de discrimination; le rôle du marché du travail et enfin, le lien entre éducation et croissance économique. Les exemples que nous utilisons sont tirés principalement de l'expérience des pays en développement et des pays dits émergents. Une bibliographie relativement fournie permet de poursuivre l'exploration de cette question.