Ivan Manokha, Mona Chalabi

La dernière crise financière a mis l'État et le système international à rude épreuve. Dans ce contexte, on aurait pu s'attendre à une explosion de la littérature de la discipline qui revendique un monopole intellectuel sur le domaine international : les Relations internationales (RI). Or, comme le constate cette recherche, très peu d'universitaires spécialistes des RI ont tenté d'analyser la crise. Le présent article cherche donc à expliquer ce manque d'engagement ainsi que les apories du petit nombre d'?uvres qui ont essayé de traiter de la crise en mettant en évidence les limites de l'orthodoxie de la discipline. L'article affirme donc que la discipline des RI s'intéresse principalement à l'analyse des interactions politiques entre États souverains, leur comportement les uns vis-à-vis des autres au sein d'un système anarchique où chacune de ces entités territoriales poursuit ses intérêts nationaux, souvent vaguement définis en termes de pouvoir ou de ressources. En faisant ainsi prévaloir le politique sur l'économique, l'extérieur sur l'intérieur, les acteurs étatiques sur les acteurs non étatiques ainsi que l'étude du conflit sur l'analyse d'autres types d'interactions, la discipline des RI est structurellement, en soi, incapable de traiter ni de rendre intelligible la dernière crise financière et ses conséquences. L'article esquisse une autre approche qui cherche à surmonter les dichotomies qui caractérisent l'orthodoxie et à offrir une explication plus holistique de la crise.

Jean-Pierre Pagé

Pour sa quinzième édition (le premier volume est paru en 1997 !), le Tableau de Bord fait peau neuve et ouvre ses pages à des pays qu'il ignorait jusqu'à présent : signe des temps, alors que les pays d'Europe centrale et orientale sont tous intégrés dans l'Europe ou se préparent à l'être, c'est aux contrées plus orientales qu'il nous revient d'ouvrir nos pages. Cette innovation modifie la typologie et le format des chapitres dont nos lecteurs sont familiers. Le nouveau Tableau de bord consacre en effet un premier volume à l'Europe centrale, balkanique et balte et continue de suivre l'évolution des pays qui faisaient l'essentiel des précédentes éditions, regroupés dans des ensembles à dimension régionale : les pays de l'Europe centrale (incluant la Slovénie) sont traités ensemble, de même que les Etats baltes et les pays des Balkans ayant rejoint l'Union européenne (Bulgarie et Roumanie). Un quatrième chapitre est consacré aux « Balkans occidentaux », et traite non seulement de la Croatie et de la Serbie, mais aussi – et c'est une autre innovation importante – de tous les pays de cette région jusqu'alors non présentés dans ces pages, à savoir l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et le Monténégro. Le Kosovo, pour lequel on ne dispose pas de statistiques appropriées pour ce travail, n'y figure pas. Le deuxième volume est consacré aux pays de l'ex-Union soviétique, regroupés sous le vocable d'Eurasie. On y trouve ainsi la Russie et l'Ukraine, comme dans les précédentes éditions, et les autres Etats regroupés en quatre chapitres : le Bélarus et la Moldavie, les trois pays du Caucase du Sud, le Kazakhstan, isolé en raison de la dimension de son économie, et les quatre autres pays de l'Asie centrale. Cette nouvelle structure entraîne également, on le comprendra, des modifications dans la présentation des tableaux d'indicateurs.

Boris Samuel

En 2004, le gouvernement mauritanien avouait que les statistiques macroéconomiques et financières nationales étaient falsifiées depuis plus de dix ans. Cet épisode levait un coin du voile sur les pratiques frauduleuses de l'ère Taya, renversé en 2005. Mais il montrait aussi que les procédures formelles de la gestion économique de ce « bon élève » s'étaient jusque-là enchevêtrées aux pratiques de captation, dans une véritable « anarchie bureaucratique ». A partir de 2005, alors que la transition démocratique devait remettre de l'ordre dans la gestion publique, les réformes, souvent motivées par l'amélioration de l'image du régime, restèrent ambivalentes. Puis, après les élections de 2007, sur fond de scandales financiers, le gouvernement a développé une orientation technocratique qui l'a éloigné des Mauritaniens et nourri le sentiment de vacuité du pouvoir. Un nouveau coup d'Etat eut lieu à l'été 2008. Le « mouvement rectificatif » du général Abdel Aziz, s'abritant derrière un discours populiste et moralisateur de lutte contre la gabegie, favorise désormais une gestion discrétionnaire des ressources et un contrôle étroit, voire autoritaire, des finances publiques, renforcé par la rente de légitimation que lui fournit la lutte contre le terrorisme au Sahel.